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    Dossier: Romantisme

    Le romantisme musical

    Léo-Pol Morin
    LE ROMANTISME MUSICAL D'HIER ET
    D'AUJOURD'HUI
    OU
    Les Origines de la Musique Psychologique et Physiologique


    Il fut de mode, il y a quelques années, de médire du romantisme. A la suite d'écrivains comme Maurras et Pierre Lasserre, tout un mouvement anti-romantique est né en France. On s'est attaqué à Jean-Jacques Rousseau et au romantisme révolutionnaire, ainsi qu'aux écrivains et aux poètes les plus illustres de cette célèbre forme de l'esprit humain que fut le romantisme. Chateaubriand, Michelet, Madame de Staël, Victor Hugo, ont partagé avec Jean-Jacques les reproches des écrivains de notre temps.
    Mais les choses ont changé depuis la guerre. On juge avec plus d'équité l’œuvre des romantiques. L'abbé Brémond, parmi d'autres écrivains d'aujourd'hui, a pris la défense de cette école qui fut si féconde en belles oeuvres et en grandes idées. Un Pierre Lasserre a considéré le romantisme comme une longue maladie. Un autre écrivain, un homme aussi sérieux et aussi raisonnable que Rémy de Gourmont, avoue que «cette maladie a été des plus heureuses, parce qu'elle était nécessaire, comme il arrive en physiologie». J'ajouterai qu'il était inévitable qu'un cœur trop gonflé de sensibilité finît par crever.
    Si donc le romantisme a pu corrompre des esprits, il a dans le même temps puissamment renouvelé les sources de la sensibilité. On ne peut pas, en effet, oublier que cette noble et généreuse maladie a donné au monde, au cours du XIXe siècle, comme une nouvelle manière de penser et de sentir.
    Le mouvement romantique fut à l'origine un mouvement de révolte, révolte de l'esprit contre la matière, révolte de la sensibilité contre la raison. Révolte sentimentale. Si on veut, c'est le triomphe de l'individu, de l'individualité. Le romantisme est né du besoin de réagir contre l'imitation des formes du passé, contre la soumission à ce passé. Il est né du besoin d'exprimer, en littérature comme en peinture et en musique, un peu plus des mœurs et des goûts du temps, un peu plus de la personnalité et du tempérament individuels. Disons que c'est la victoire du subjectivisme sur l'objectivisme. On cherche à élargir le cadre des émotions et on brise les vieilles formes trop rigides, trop peu humaines. On est épris de sentimentalité, de pittoresque, de fantastique, de ténèbres, de ruines et d'exotisme. Tout est prétexte à émotions et à rêves. C'est le triomphe de l'irréel, en opposition au réel des classiques.
    On imagine sans peine que la musique devait convenir admirablement à un tel état d'esprit, à de telles dispositions psychologiques et physiologiques. Pourtant, elle ne fut pas le premier truchement, je veux dire le premier organe par quoi s'est exprimée cette nouvelle manière de sentir. La littérature et la peinture frayèrent le chemin. En même temps que Chateaubriand, Hugo et Lamartine, des peintres comme Delacroix, Gros, Géricault, Ary Scheffer et Léopold Robert ont exploité ce nouveau mode. Sans doute, on pressent dans l’œuvre de musiciens comme Lesueur et Spontini qu'on est au seuil d'une nouvelle sensibilité, mais ainsi qu'en conviennent les historiens, il faut attendre Berlioz et sa Symphonie Fantastique, jouée pour la première fois en 1830, pour mesurer ce que donnera en musique la révolte romantique. C'est l'époque des grands manifestes et des grandes déclarations auxquels se mêle le jeune, bouillant et fringant Berlioz.
    Avec le romantisme, la musique change de nature. Elle veut être avant tout inspiration et non plus seulement calcul mathématique. Elle veut peindre autant qu'émouvoir. Elle va du rêve à la réalité, en passant par les sujets les plus banals comme les plus rares. La langue musicale se modifie et s'enrichit; aussi le timbre, sous l'influence prépondérante de Berlioz. On réclame la liberté des formes. On les veut plus souples et on en invente de nouvelles et de plus personnelles. Ainsi paraissent le lied et le poème symphonique, la musique à programme littéraire.
    Victor Hugo, en établissant que « tout ce qui est dans la nature est dans l'art », donnait tous les droits à son art vivant et personnel. Il en donnait à la beauté autant qu'à la laideur. La liberté des sujets devint donc absolue. Dès lors, les lois du goût, les règles, les genres, tout est remis en question. C'est l'élargissement grandiose, c'est la porte grande ouverte aux interprétations les plus fantaisistes, les plus riches et à la fois les plus troublantes. Mais il y avait là un danger: que tout ce pittoresque sonnât faux, que ce débordement de l'individualité et de la sensibilité, que cette toute puissance du moi donnât lieu à des oeuvres mal équilibrées, uniquement sensibles et intuitives et dépourvues de raison.
    Ce danger fut cependant évité. En effet, même dans les pages les plus débridées et en apparence les plus désordonnées de Berlioz, on sent que la raison a tâché d'ordonner les mouvements de la sensibilité. Prétendre le contraire serait malséant, quelle que soit l'aversion que l'on pût avoir pour les plus purs et les plus parfaits spécimens de la musique romantique.
    La musique romantique se caractérise par le «désir de la dissonance », dit je ne sais plus quel historien. Elle se distingue par son goût de la vibration et de l'excitation physique. Que nous voilà loin des anciens classiques pour qui elle n'était généralement que jeu de formes sonores, que jeu de sons, sans le souci d'exprimer l'âme profonde de l'homme. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, dans l'une ou l'autre musique, les sens ont eu leur part. Les romantiques y mirent seulement plus de complaisance à étaler leur chair. Les mêmes formules se retrouvent d'ailleurs assez souvent chez les uns et chez les autres, on retrouve les mêmes rythmes et les mêmes dessins. Mais ils avaient un sens intellectuel chez les anciens classiques, tandis qu'ils ont chez les romantiques un sens emphatique, physique, émotif, dès lors excitant pour les sens. La musique des anciens classiques n'excitait que l'esprit. Celle des romantiques, avec une bienveillance et une complaisance quelquefois excessives, flatte les sens. Ajoutons qu'elle ne veut cependant pas négliger tout à fait l'esprit.
    Le romantisme n'a pas surgi tout d'un coup dans sa formule substantielle et ce serait l'affaire d'un historien d'en indiquer les sources. La transformation de la sensibilité s'est opérée lentement et les premiers symptômes avaient paru longtemps avant les célèbres manifestes de 1830. Il serait donc convenable de considérer Beethoven comme un romantique, du moins le Beethoven de la dernière manière. Ce musicien qui a chanté la joie et la douleur avec tant d'humanité, celui dont l’œuvre capitale, la Neuvième symphonie, est la conquête de la joie sur la douleur, celui-là s'accorde, en effet, avec les caractères généraux du romantisme
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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