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    Dossier: Robot

    La condition de l'oeuvre d'art

    Ernest Ansermet

    En 1965, dans le cadre des Entretiens de Genève, eut lieu un colloque mémorable intitulé Le robot, la bête et l'homme. Entre autres, Jacques Monod, Ernest Ansermet, Vercors, Roger Caillois, le R.P. Henri Niel figuraient parmi les conférenciers. La variété, la qualité et la pertinence des positions adoptées nous autorisent à considérer ce colloque comme l'événement intellectuel fondateur de l'ère du numérique.

    Voici un extrait de la conférence d'Ernest Ansermet assorti d'un lien vers le site Les classiques des sciences sociales, lequel a assuré la numérisation des actes du colloque.

     


    «Il faut donc nous faire à l’idée que notre époque n’est pas et sans doute, pour toutes sortes de raisons, ne pouvait pas être une époque créatrice dans le domaine des arts d’expression puisque ce que ces arts y ont créé d’entièrement nouveau est aberrant et que ce qui n’est pas aberrant n’est en général pas très enthousiasmant. Elle n’a été créatrice que par quelques individus isolés qui, en fait, ne doivent rien à leur époque et dont on pourrait plutôt dire que, grâce à leur personnalité, ils ont pu surmonter l’ingratitude de leur situation historique. Mais notre époque a une autre importance que celle d’être une époque créatrice en matière d’art et c’est à quoi nos institutions de culture devraient être attentives : elle nous a mis en présence de tout l’art du passé et de partout, et nous a donné la phénoménologie husserlienne, qui nous permet de nous faire une idée claire du conditionnement de l’œuvre d’art et qui nous fournit à son sujet des critères sûrs. La phénoménologie nous a appris qu’il y avait quelque chose de plus important pour l’homme que le savoir ou la connaissance : et c’est de comprendre ce qu’il croit savoir ou connaître, c’est-à-dire de se rendre compte de leur raison d’être et de leur nature. La science en effet étudie à part les phénomènes qui se produisent dans le monde et les phénomènes humains, tandis que la phénoménologie, à condition d’être une phénoménologie génétique, c’est-à-dire remontant à la source du phénomène, prend l’homme dans sa liaison interne avec le monde : elle ne sépare pas ce que Dieu ou la Nature ont unis. Je vous disais tout à l’heure que certaines peintures contemporaines ne pouvaient apporter au spectateur qu’une pure satisfaction esthétique : c’est extrêmement grave, et c’est un signe de notre époque. Car ce qui vaut dans l’œuvre d’art, c’est ce qui se cache derrière les apparences esthétiques ; et ce qui se cache derrière les apparences esthétiques est toujours, en dernière analyse, une détermination éthique de l’homme.

    Sartre nous dit que Dieu est mort ; or le seul Dieu qui peut mourir n’est pas celui qui est au ciel, mais celui qui s’annonce au cœur de l’homme et dont la voix se confond avec nos aspirations éthiques, nos aspirations au Vrai, au Beau et au Bien. Autrement dit, ce qui est mort en réalité, chez beaucoup d’hommes d’aujourd’hui, c’est cette voix intérieure de l’homme qui est celle de l’éthique. Et ce qui conditionne cette éthique est précisément notre liaison affective au monde et notamment au monde humain, ce qui fait de l’homme, en tant qu’être éthique, un être social. Ainsi les révélations de la phénoménologie sont la seule chose qui pouvait ramener l’homme, de l’individualisme absolu où l’a conduit à notre époque la conquête de son autonomie, au sentiment de sa socialité, non sous l’effet d’une pression extérieure — enseignement moral ou politique — mais par une illumination intérieure analogue à celle qui s’est produite lors de la révolution copernicienne ou à l’avènement du christianisme. Et comme cet événement dépasserait de beaucoup le domaine de l’art, il ouvrirait une nouvelle époque de l’histoire humaine qui ferait à l’art un nouveau sort en lui fournissant une nouvelle assise et de nouvelles motivations. Il ne faut donc pas désespérer de l’avenir de l’art, mais il ne pourra connaître un renouveau général qu’à l’avènement d’une nouvelle époque qui le ramènerait à ce conditionnement éthique et social qu’il a eu dans le passé et qui ne subsiste aujourd’hui que chez quelques-uns. En attendant, cultivons-nous par l’écoute, la vision, l’étude des grandes œuvres du passé, puisque nous sommes mieux armés désormais pour les comprendre, et réjouissons-nous qu’en un temps qui nous a fait témoins de tant de folies il y ait encore quelques personnalités créatrices capables de nous donner de belles et grandes œuvres, d’authentiques œuvres d’art.»

    Source et suite

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Ernest Ansermet
    ERNEST ANSERMET est né à Vevey le 11 novembre 1883. Il possède une double formation de musicien et de mathématicien. Chef d’orchestre, il fut découvert par Diaghilew qui le nomma directeur musical de ses ballets russes, et cette fonction lui valut de parcourir presque tous les pays du monde. Mais son grand projet, qu’il sut mener à bien avec une singulière ténacité, était de doter la Suisse romande d’une grand ensemble symphonique. Et comme il était lié d’amitié avec des hommes comme Stravinsky et Honegger — qui lui a dédié son Pacific 231 —, il mit le remarquable ensemble qu’il avait forgé au service de la musique la plus moderne. Ses concitoyens lui doivent la révélation des œuvres de Ravel, de Debussy, de Stravinsky, de Honegger, d’Alban Berg, de Paul Hindemith, et en général la formation de leur goût musical. Interprète connu dans le monde entier par ses concerts et d’innombrables disques, Ernest Ansermet n’a cessé d’étonner par l’exceptionnelle mobilité de son esprit toujours en éveil, la ferveur de son enthousiasme, l’étendue et la variété de sa culture ; il a trouvé finalement dans la méthode phénoménologique la possibilité de démontrer, en mettant à profit son immense expérience, la vérité propre à l’art authentique. La publication de son monumental ouvrage, Les fondements de la musique dans la conscience humaine (Editions de la Baconnière, 1961), marque une date importante dans la culture contemporaine.
    Extrait
    «Sartre nous dit que Dieu est mort ; or le seul Dieu qui peut mourir n’est pas celui qui est au ciel, mais celui qui s’annonce au cœur de l’homme et dont la voix se confond avec nos aspirations éthiques, nos aspirations au Vrai, au Beau et au Bien. Autrement dit, ce qui est mort en réalité, chez beaucoup d’hommes d’aujourd’hui, c’est cette voix intérieure de l’homme qui est celle de l’éthique. Et ce qui conditionne cette éthique est précisément notre liaison affective au monde et notamment au monde humain, ce qui fait de l’homme, en tant qu’être éthique, un être social.»
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