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    Dossier: Résilience

    La résilience dans l'économie

    Gilles Paquet
    “Il est des dépaysements qui rapatrient”

    Alexandre Vialatte


    « Introduction

    La résilience, c’est la capacité de retomber sur ses pieds, de garder le cap, d’assurer la pérennité d’un organisme ou d’une société, le maintien d’une certaine permanence dans un environnement turbulent.

    La notion de résilience est toutefois polyvalente. Dans une socio-économie résiliente, ce qui est permanent n’est pas nécessairement toujours défini de la même manière. Il y a toute la différence du monde entre une résilience qui assure la conservation intégrale d’un certain état de l’économie (dans une socio-économie stationnaire) et une résilience qui assure un certain régime de renouvellement (dans une socio-économie dynamique). Pour bien jauger le degré de résilience d’une socio-économie, il faut donc l’analyser selon diverses longueurs d’ondes, car dans chacune d’elles la résilience prend un sens différent.

    Nous allons d’abord nous donner un vocabulaire et mettre en place un cadre d’analyse simple. Ensuite, nous procéderons à l’examen de la résilience dans l’économie à quatre paliers.Puis nous allons montrer comment, malgré la transformation fondamentale de l’économie en apparence, certains éléments de l’économie traditionnelle comme la confiance sont en train de refaire surface comme piliers fondamentaux de la socio-économie moderne. En conclusion, nous montrerons que la résilience joue un rôle fondamental mais ambigu en économie.


    Un cadre d’analyse

    Milieu et environnement

    Nous dirons qu’un système est résilient s’il perdure malgré les chocs et perturbations en provenance du milieu interne et de l’environnement externe (Vickers 1965).

    Le milieu interne est l’ensemble du champ de forces à l’intérieur de la socio-économie qui contraint les actions des divers agents. Ce milieu interne est constitué par la connexité des divers processus, technologies, fonctions et structures qui sont en interaction. C’est le lieu des synergies entre ces divers sous-systèmes. Sa dynamique propre déborde chacune de ses composantes et est la source de blocages et de chocs endogènes: la culture corporative, la structure industrielle ou les patterns de gouvernance en vogue sont autant d’équilibres précaires susceptibles à tout moment de transformation.

    L’environnement externe est le contexte plus vaste (physico-matériel, les encadrements transnationaux, le soubassement socio-culturel, etc.) dans lequel la socio-économie est encastrée et d’où elle tire les ressources matérielles, financières, symboliques, personnelles nécessaires à son fonctionnement et à sa survie. La socio-économie entretient avec l’environnement des relations métaboliques par lesquelles elle s’approprie les ressources dont elle a besoin. En retour, les modifications dans l’environnement et dans les relations métaboliques sont la source de chocs et perturbations exogènes.


    Cartographie de la socio-économie

    Pour fixer les idées, nous avons cartographié la socio-économie d’une façon fort sommaire sous forme de réseau (Laurent et Paquet 1998).




    À gauche, on trouve une image délibérément floue de l'environnement lié aux diverses parties internes de la socio-économie par le sous-système métabolique (#1). À droite du sous-système métabolique, qui transforme et fournit les ressources nécessaires au fonctionnement de la socio-économie, on représente les quatre autres sous-systèmes internes.

    Le sous-système technologique (#2) définit l'état de la technologie physique et de la technologie sociale. Le sous-système fonctionnel (#3) comprend l'ensemble des relations opérationnelles au sein du réseau; ce sous-système combine des ressources physiques, informationnelles et interpersonnelles dans une dynamique qui orchestre l'apprentissage social, l'innovation, la coopération, les alliances, etc. Cela se passe à l'intérieur d'une structure: c’est le sous-système structurel (#4) constitué par l'ensemble des relations qui se sont incrustées à force d’habitude ou par réglementation dans l’histoire de la socio-économie. Plus cette structure est polycéphale, modulaire et décentralisée, plus sa dynamique de fonctionnement et d'évolution sera grande, et plus l'articulation à l'environnement sera harmonieuse. Le sous-système de gouvernance (#5) est composé des relations qui permettent le partage de valeurs communes entre les membres de la socio-économie. Cet ensemble de relations de gouvernance est en évolution permanente, en perpétuelle construction. Ce sous-système est composé de relations d'exécution qui permettent de garder le cap sur les objectifs fixés et de relations politiques qui tendent à modifier valeurs, normes et objectifs au fur et à mesure que se développe le processus d'apprentissage du réseau.

    À un moment et en un lieu donnés, un des sous-système composant la socio-économie peut devenir hégémonique et imposer aux autres une certaine direction. En d'autres lieux et temps, une autre configuration émerge et représente une autre forme d'armistice (ou de quasi-équilibre) entre les champs de force en présence qui est continuellement remis en cause par des ruptures dans l'un ou l’autre des sous-systèmes (ou dans l’environnement) et conduit à une série d'ajustements dans toutes les dimensions évoquées jusqu'à ce qu'un nouveau point de convergence soit atteint.


    Automatismes, mécanismes et apprentissage à deux boucles

    Quant à la nature exacte des processus de rétro-action qui assurent la résilience, ils sont de deux types.

    Les automatismes jouent de manière plus ou moins organique (sans que soient nécessaires des décisions délibérées d’un définisseur de situation) et vont entraîner des effets de rétro-action susceptibles de corriger les effets du choc initial. Ces automatismes sont inscrits dans la structure et le fonctionnement de la socio-économie. Un exemple d’automatisme est la réaction à un accroissement de la demande dans un marché qui fonctionne bien: un accroissement du prix pour une raison quelconque signale la rareté et engendre augmentation de l’offre, ce qui fait que s’ensuit une correction des prix à la baisse.

    Par ailleurs, les mécanismes sont des processus délibérément mis en place pour déclencher des effets rétro-actifs quand le système sort d’un certain corridor de situations normales à l’intérieur duquel il est supposément organiquement régulé. Hors du corridor des situations normales, causalité cumulative, rendements croissants, cercles vicieux de l’inflation ou du chômage, etc. vont avoir des effets explosifs et les mécanismes régulateurs seront activés pour engendrer des effets correctifs, quand certains clignotants s’allument. Un exemple de mécanisme est le programme d’assurance emploi: augmentation du chômage pour des raisons exogènes, accroissement du nombre des personnes qui ont besoin d’aide, augmentation de la sommes des prestations déboursées, accroissement de la demande globale, accroissement de l’emploi, etc. Toute l’économie keynesienne est un effort pour découvrir et mettre en place des mécanismes susceptibles de contenir l’économie dans le corridor (ou pour la ramener dans le corridor quand la turbulence l’entraîne ou l’a entraînée hors du corridor) (Clower et Leijonhufvud 1975).

    Les bouleversements dans le milieu ou l’environnement vont enclencher des automatismes et des mécanismes tendant à neutraliser l’impact de ces bouleversements. Ces correctifs sont inscrits soit dans la structure, le fonctionnement et la technologie de la socio-économie soit dans sa gouvernance. Mais, comme fonctions, technologies et structures sont en interaction constante avec la gouvernance – les unes influencent l’autre et réciproquement – il est souvent difficile de les démarquer de manière claire et nette.

    D’une part, dans une socio-économie en apprentissage, les technologies nouvelles ajoutent à l’éventail des choix possibles et, avec le temps, transforment les choix et créent des routines et habitudes nouvelles. Cette évolution entraîne une transformation des valeurs, puisque celles-ci sont le résultat cumulatif de choix renforcés par l’habitude (Mesthene 1970). D’autre part, un changement des grandes orientations viendra modifier les routines dans les opérations. Dans un monde en évolution, il y a donc (par les automatismes et les mécanismes) apprentissage à deux boucles: les agents ajustent continuellement les moyens utilisés pour atteindre leurs fins, mais à proportion que la socio-économie cafouille, on est forcé d’apprendre des nouvelles valeurs et de changer ses objectifs (Schon 1971).

    Résilience à quatre paliers

    Pour comprendre la résilience, il faut examiner le jeu des interactions décrit plus haut à diverses longueurs d’ondes. En effet, à proportion que l’horizon temporel s’allonge dans un univers en évolution, de plus en plus de dimensions deviennent variables, et la notion de résilience change de sens.


    Auto-conservation et auto-régulation

    Au niveau le plus simple, à très court terme, la résilience se traduit par l’auto-conservation ou l’équilibre stationnaire: c’est le cas où la réactique se contente de ramener le système inchangé à la position initiale.

    C’est l’économie du village immobile, d’un univers de ronronnement où le temps a été aboli et qui est préservé des perturbations importantes. Beaucoup de modèles économiques du marché développés dans les manuels sont de ce type. On y joue avec des automatismes instantanés qui assurent les rétroactions entre offreurs et demandeurs et maintiennent les prix constants.

    Dans les économies concrètes, l’auto-conservation est nécessairement imparfaite. Il s’agit tout au plus d’un type idéal – d’un modèle utile comme point de repère pour définir jusqu’à quel point il n’y a pas auto-conservation. Dans les faits, les réactions se font à retardement et souvent péniblement, et que les prix oscillent à l’intérieur d’un certain corridor de ronronnement. C’est le jeu du thermostat qui prétend conserver la température à un certain niveau dans la maison alors que, tout au plus, il réussit à garder la température dans un certain corridor dont les bornes sont un peu au-dessus et un peu au-dessous de la température désirée.

    Mais une socio-économie concrète ne vit pas en vase clos et en équilibre stationnaire. Elle est soumise à des malajustements entre structures, fonctions, technologies et gouvernance à l’interne et à des transformations continuelles dans l’environnement. En conséquence, les processus de rétro-action n’engendreront pas l’auto-cponservation: le processus de ré-équilibration dans un marché donné va jouer de telle manière qu’on aboutira le plus souvent à des niveaux de prix fort différents de ceux qui existaient dans l’état original. Il n’y a pas auto-conservation, mais auto-régulation.

    Dans la macroéconomie, la résilience va assurer la ré-équilibration, mais les niveaux de chômage, d’inflation et de taux de change, par exemple, seront en bout de ligne différents de ce qui existait auparavant. C’est ainsi, par exemple,qu’une socio-économie diminuée par la concurrence internationale ou déprimée par un asséchement de son effort de créativité (parce que ses structures sont vieillissantes) se retrouvera à des niveaux de chômage accrus et de taux de change diminués.


    Auto-organisation/auto-réorganisation

    Très souvent, les chocs en provenance du milieu et de l’environnement ne peuvent se résoudre par les simples jeux mécaniques des deux premiers paliers. L’ajustement qui permet au système de survivre passe par l’acquisition de propriétés nouvelles et par la modification de son organisation: c’est un ré-ajustement morphologique qui permet au système de maintenir son intégrité.

    Les processus d’auto-réorganisation peuvent parfois s’accomplir organiquement. C’est le cas quand la structure d’une ville ou la structure industrielle d’un pays se modifient sous les pressions du milieu ou de l’environnement ou qu’un mouvement de réforme est déclenché qui transforme les mentalités. Cependant quand il y a Grande Crise comme dans les années 1930, la socio-économie, n’a pas la capacité de s’auto-réorganiser organiquement face à ce genre de choc, et il faut mettre en place des mécanismes pour l’aider. L’État-providence et ses mécanismes de stabilisation automatique vont remplacer l’État-constable neutre et assurer la résilience de notre économie.


    Autopoïèse

    Au niveau le plus complexe, à très long terme, entre en jeu l’auto-poïèse, c’est-à-dire la capacité d’auto-renouvellement, d’auto-création et d’auto-reproduction qui permet à une socio-économie de continuellement redéfinir sa propre organisation

    Dans ce monde turbulent en évolution rapide, il ne suffit plus d’effectuer certains radoubs à l’organisation, il faut développer un régime permanent de renouvellement exigeant non plus de changer les règles du jeu, mais de changer les métarègles – les règles qui définissent comment on change les règles du jeu. La socio-économie doit se transsubtantier continuellement pour survivre: les anciens dogmes sont constamment débronzés, les anciennes lois économiques abolies, les postulats conventionnels reconfigurés (Kelly 1998; Whitman 1999).

    Qu’est-ce qui reste alors permanent dans ce monde en flux? Le respect de certaines méta-valeurs, de certains points de repère, de certaines relations de base, de certains tabous. Il y a résilience parce qu’il existe évidemment une certaine filiation avec le passé, mais il y a aussi révolution permanente. Par exemple, quand la nouvelle division cognitive du travail s’installe et transforme les mécanismes économiques de base (Moati et Mouhoud 1994), ce qui reste permanent est un certain génotype.

    Trame causale de l’environnement et pathologies

    Au coeur de ce processus complexe de résilience, il y a la trame causale du milieu et de l’environnement. Emery et Trist (1965) proposent une typologie de la connexité qui définit quatre types de trame causale. L’histoire de la socio-économie au cours des derniers 125 ans correspond au passage du premier au quatrième type.


    Types d’environnement et défis de type IV

    Le premier est un “environnement au repos et au hasard”; c’est l’univers de la concurrence parfaite de l’économiste. Le second est un environnement au repos, mais où les agents travaillent en groupes assez lâches à la poursuite de buts ciblés; c’est l’univers de la concurrence imparfaite de l’économiste. Le troisième est un environnement où les agents sont aussi groupés, mais cette fois de manière plus cohésive autour de buts ciblés, et où les interactions sont beaucoup plus intenses et fortes; c’est le monde des oligopoles des économistes. Le quatrième est un environnement de “champs de turbulence” où il y a non seulement une dynamique qui vient des interactions entre groupes mais en plus une dynamique qui vient du champ lui-même – on dira que “the ground is in motion”.

    Or, chacun de ces environnements commande des formes d’organisation différentes pour assurer la résilience. Dans un univers de type I, l’auto-conservation et l’auto-régulation prévalent. Dans les univers de types II et III, l’auto-réorganisation est la règle. Quant au passage à un environnement de type IV, ce qui s’est fait dans les décennies récentes, la stabilité et la résilience ne peuvent venir que de l’auto-poïèse.

    Ce qui semble servir de points d’ancrage dans un type d’environnement de type IV, ce sont moins les stratégies et les tactiques – puisque les groupes sont incapables de déterminer clairement les conséquences de leurs actes dans ce monde chaotique – que certaines conventions ou valeurs qui servent de points de repère pour tisser les rapports de collaboration qui s’imposent entre des organisations dissemblables dont les destins sont positivement co-reliés. Il devient donc crucial dans ce monde de type IV d’institutionnaliser ces valeurs-repères si l’on veut une gouvernance efficace et de laisser les jeux d’auto-réorganisation prendre toute la place. C’est le monde de l’apprentissage social et de la gouvernance distribuée (Paquet 1999a). Etat original, équilibre, organisation, régime peuvent disparaître, il y a résilience tout de même si la référence aux valeurs est permanente et institutionnalisée (Mulgan 1997).


    Pathologies

    Mais la résilience n’est pas un bien absolu. Elle peut en effet avoir aussi, comme le conformisme, des conséquences nuisibles (Jones 1984). Il se peut qu’elle empêche la socio-économie de se transmuter dans un registre différent mais plus progressif, tout autant qu’elle maintienne le cap sur des valeurs primordiales, ou qu’elle soit tellement faible que la socio-économie dérape. Il existe donc un degré optimal de résilience qui n’est pas nécessairement le degré maximal de résilience, et deux types de pathologies à dénoncer: d’une part, le manque de résilience et les “discontinuités” qui laissent la socio-économie plus mal en point qu’avant, et la résilience trop musclée qui empêche la socio-économie de sortir des ornières dans lesquelles elle patauge.

    Mais il y a pire: il est possible de souffrir de ces deux maux en même temps, d’être trop résilient ici et pas assez là, et donc de vivre dans le pire des mondes.Ce qui plus est, la référence aux conventions et aux valeurs comme fondement des dispositifs de résilience dans l’ordre de l’auto-poïèse est un point d’ancrage en terrain bien meuble. Faut-il rappeler que, pour les post-modernes, l’existence même de valeurs-repères sur lesquelles on pourrait se mettre d’accord reste en doute. Ceci dit, même dans le cas où certaines valeurs-repères pourraient émerger, l’existence des situations de type IV – situations complexes, dynamiques, non-transparentes – la probabilité est grande que toute intervention soit assombrie par beaucoup d’ignorance et beaucoup de postulats faux. Voilà qui peut expliquer pourquoi un fort de gré de résilience est assez invraisemblable (Dörner 1996).


    Centralité de la confiance

    Pas question de faire l’inventaire de toutes les valeurs-repères qui peuvent assurer une résilience raisonnable de la socio-économie en environnement de type IV. Nous insisterons seulement sur l’une d’elle qui nous semble fondamentale – la confiance. La confiance, basée sur les rapports de réciprocité bien décrits par Karl Polanyi (1971) et les contrats moraux entre citoyens qui assuraient l’entraide en cas de crise, était le pilier de l’économie traditionnelle et demeure au centre des mécanismes de coordination dans les environnements de type IV. Beau cas de résilience.

    Entre ces deux moments, il y a cependant eu un hiatus pendant lequel le sens de la “communauté” a été érodé par les mécanismes de la “société” qui ont prétendu faire abstraction de la confiance et des valeurs en s’en remettant aux seuls jeux de la rationalité calculatrice dans des structures bureaucratiques et marchandes où l’individualisme et l’opportunisme sont rois.

    Pour fixer les idées, nous utiliserons un petit graphique emprunté à Kenneth Boulding (1970). Ce graphique synthétise l’ensemble des relations et des forces d’intégration dans une socio-économie où cohabitent l’échange marchand, la contrainte et la réciprocité. L’économie traditionnelle s’ancrait fermement dans les relations de réciprocité de la zone A qui occupait le gros de l’espace en un temps où les relations mercantiles représentaient une petite portion des forces d’intégration et les bureaucraties d’état une portion encore plus petite. Dans un tel cas, le centre de gravité K est évidemment fort différent de ce qu’il est dans notre triangle stylisé.


    Le passage au capitalisme décrit par Karl Polanyi (1944) a entraîné un envahissement de la socio-économie par le marché, et une expansion de la sphère B à proportion que la monnaie, la terre et le travail sont passés sous l’emprise du marché. Cette grande transformation va d’ailleurs se continuer dans les jeux de la grande entreprise qui va s’incarner dans un taylorisme tout aussi méprisant pour la confiance. Les structures tayloriennes veulent contrôler l’ouvrier flaneur ou paresseux par un cadre coercitif. Le centre de gravité glisse vers C. Ces excès du marché et des bureaucraties privées vont donner lieu à des mouvements de ressac: l’état va devenir conscient de son rôle de régulateur nécessaire. Voilà qui devait entraîner une expansion de la sphère C. Ce vaste mouvement va s’accentuer après la Grande Dépression des années 1930 et déclencher un accroissement de la sphère étatique au Canada jusque dans les années 1970. Les excès de la bureaucratie étatique, tout aussi coercitive que celle du privée, vont entraîner un retour du baton qui va alimenter la décennie de néo-libéralisme des années 1980 – une décennie où la foi dans les mécanismes du marché (retour au dominium de B) fera école.

    L’envahissement de la socio-économie à tour de rôle par les mécanismes marchands, par les mécanismes de coercition de l’état, puis par une autre vague marchande va dramatiquement réduire le coefficient de confiance et de solidarité sur lequel était construite la socio-économie traditionnelle et engendrer une érosion dramatique de la socialité qui sous-tend la sphère A. C’est cette perte de capital social et du capital de confiance qu’ont publicisée Putnam (1995) et Fukuyama (1995) tout en rappelant que ce soubassement de socialité est un support important de la croissance économique et de l’éthos démocratique. Si l’on accepte leurs analyses, il n’a pu s’ensuivre qu’un affaiblissement de la politie et de l’économie, et la promesse d’un avenir assez sombre pour les socio-économies qui semblent avoir vu décliner leur capital social plus rapidement que les autres socio-économies (Paquet 1999b).

    Le retour de la confiance

    Mais tout n’est pas perdu. Par un retournement surprenant, la confiance a resurgi. Alors même que la résilience aux deux premiers paliers semble avoir été affaiblie à proportion que les mécanismes d’ajustement jouent moins bien ou plus lentement dans un univers de concurrence fort imparfaite, les changements organisationnels pour leur part se font de plus en plus rapidement, et la référence aux valeurs et à la confiance est en train de devenir omniprésente. Il semble bien que sous des oripeaux organisationnels sans commune mesure avec ceux d’antan, il y ait résurgence de toute une série de liens moraux dans l’économie moderne qui ressemblent beaucoup au soubassement de l’économie traditionnelle (Killick 1995; Thuderoz, Mangematin et Harrisson 1999).

    Ces liens moraux se révèlent beaucoup plus efficaces dans des situations où l’incertitude et la complexité sont telles que les formes stylisées de contrats sont peu utiles.


    Dérive vers le clan

    Les organisations traditionnelles étaient fondées sur des arrangements où l’information était très concrète – ni codifiée ni largement diffusée parce que les transactions étaient fondées sur le savoir-faire et l’autorité personnelle du chef, qui commandait la loyauté et l’obéissance. C’est le monde du fief. Quand la taille des organisations a grandi, il a fallu bureaucratiser. L’information est devenue plus abstraite (rapports mensuels, etc.) et codifiée sous formes de règles précises, mais révélées strictement aux membres de l’organisation, ce qui veut dire que l’information est restée peu diffusée. Tout comme dans le premier cas, il s’agit d’une coordination hiérarchique, mais construite sur une information plus structurée et décantée, et non plus sur la confiance.

    Les structures hiérarchiques donnent de mauvais résultats dans un monde en turbulence de type IV. On a donc demandé au marché de reprendre du service ert le résultat a été un monde où l’information signalétique codifiée, abstraite est largement diffusée -- les prix -- et où la coordination se fait par les jeux de la main invisible. Mais les marchés sont loin d’être parfaits: ils laissent trop de dimensions hors jeu -- effets sur les tiers, effets de synergie, etc. Voilà pourquoi ont émergé des formes d’organisation dans lesquelles les transactions sont fondées sur une information plus concrète, basée sur des valeurs partagées, des contacts personnels, et des négociations entre pairs: le non-dit y est important, l’information est non-codifiée. C’est le monde du clan où la culture organisationnelle commune et les valeurs communes sont vastement partagées (Boisot 1995).


    Le clan comme nouveau modèle de gouvernance

    Ce nouveau modèle de gouvernance – moins lourd et plus souple, moins directif et plus participatif, plus diffus et moins technocratique, et fondé sur la confiance – existe tant dans le secteur privé que dans les secteurs public et civique (Hock 1995). Il caractérise aussi une vaste gamme de “mouvements” sociaux où il s’est imposé comme le mode de gestion le plus efficace. L'anthropologue Virginia Hine utilise pour le désigner 1'expression un peu maladroite mais fort utile de “réseau polycéphale segmenté” (segmented polycephalous network ou SPN) et souligne le rôle central du “lien idéologique” et le “pouvoir d’une idée unificatrice” qui apposent le ciment qui fera vivre et prospérer ce genre d’organisation. Pour souligner cette dimension essentielle, Hine a baptisé la nouvelle forme d’organisation SP(I)N (SPN + I inséré au milieu), expression dans laquelle le I représente l’idéologie – la valeur-repère (Hine 1977).

    L'organigramme d'un clan ou d’un SP(I)N ressemblerait, suggère Hine, à “a badly knotted fishnet with a multitude of nodes and cells of varying size, each linked to all the others directly or indirectly”. Des exemples pourraient être la Audubon Society ou le Sierra Club, ou encore la société privée ABB (Asea Brown-Boveri), ou encore la Confederaziun Helvetica (Hine 1977; O'Toole et Bennis 1992).

    Les réseaux de type clanique qui fonctionnent bien sont ouverts, pluralistes et cohérents, ce qui devrait dissiper la crainte que les clans doivent dégénérer forcément en conspirations et collusions au détriment du reste des citoyens (Hine1977; O'Toole et Bennis 1992). En effet, l'une des caractéristiques centrales et cruciales du clan est l’accent mis sur l’adhésion volontaire aux normes. Bien que cette adhésion volontaire ne semble pas forcément exercer en soi des contraintes sur la taille de maximale de l’organisation (comme l’indiquent certains des exemples mentionnés plus haut), il n’est pas toujours facile pour un ensemble de valeurs partagées de s'étendre à des entités de très grande taille comme des communautés transnationales disjointes : le resquillage, les coûts de transaction élevés, les problèmes d’imputabilité, etc. imposent des contraintes et peuvent limiter la taille du clan. Mais les avantages de la minceur, de l’agilité, de la souplesse sont tels que nombre de multinationales importantes ont choisi de ne pas gérer leurs affaires comme s'il s'agissait d'un engin de production global mais plutôt comme une multitude de petites unités quasi-indépendantes coordonnées par une structure fédérale lâche, en raison des déséconomies d'échelle dans les organisations engendrées par l’édification d’un clan de très grande dimension (O'Toole et Bennis 1992; Handy 1992).

    Le clan est donc une constellation non-hiérarchique d'unités qui est cimentée par une vision commune et qui (1) travaille à un projet, (2) a une structure hologrammatique (c'est-à-dire que chaque membre a une perception du projet dans son entier et de son rôle dans ce dernier) et (3) est capable d'apprendre par le dialogue, l’établissement de réseaux, la rétroaction et l’auto-organisation (Sérieyx 1993).


    Capital social, confiance et conflit

    Le clan est le lieu de la “sociabilité spontanée” (Fukuyama 1995) et la confiance, une sorte de capital social qui facilite la coordination et la coopération. Ce capital social est encastré dans des réseaux de réciprocité organisée et de solidarité: c’est une ressource morale et un bien public. Dans la socio-économie moderne, ce capital social de confiance est à la base de relations communautaires riches qui non seulement facilitent les transactions mais aussi constituent un soubassement socio-culturel sur lequel on peut bâtir un ordre institutionnel.
    Le clan est évidemment source de confiance et de solidarité, mais ce n’est pas la seule source de capital social. En fait, la notion de capital social réfère à une variété de ligatures sociales qui ont des origines bien diverses. Ce qui fait qu’on ne doit pas être amené à idéaliser les “communautés”. Celles-ci peuvent être dévoreuses et destructrices, et engendrer l’exclusion, tout autant qu’une source de capital social.

    Cette ambiguité de la communauté pose un défi à ceux qui s’inquiètent du fait que, au coeur du Canada et des Etats-Unis, il y a eu un déclin du capital social de confiance au cours des dernières décennies (Putnam 1995; Helliwell 1996). Le besoin de confiance est tel que certains automatismes ont commencé de jouer: la sphère A du triangle de Boulding est en croissance, cela ne fait aucun doute. Mais nombreux sont ceux qui croient que les automatismes qui sous-tendent cette croissance ne suffisent pas, qu’il faut mettre en place des mécanismes capable de créer du capital social, de susciter un sens de l’appartenance, de la confiance, du respect, de la cohésion, de la philia.

    Il est évident que la construction du capital social et de la confiance peut passer par le travail de construction de la solidarité des entrepreneurs civiques (Spinosa, Flores, Dreyfus 1997). Mais ce qu’on reconnaît moins, c’est la possibilité que le conflit puisse aussi engendrer la solidarité. C’est la thèse Gauchet-Dubiel présentée par Albert Hirschman (Hirschman 1995).

    Hirschman suggère que, dans une société pluraliste, il est fort possible que les conflits puissent créer la solidarité tout au moins s’il s’agit de conflits de type a à propos de-plus-ou-de-moins (more or less) qui ouvrent sur un éventail de solutions mitoyennes possibles. C’est tout à fait différent dans les cas de conflits du type b qui se définissent en termes de oui-ou-non (either-or) qui eux engendrent l’anomie. Dans le premier cas, c’est au fil de la résolution de ces conflits que la société apprend à gérer les différences et que se crée une capacité à les gérer qui devient facteur de cohésion.

    On voit donc que c’est par des voies multiples et apparemment contradictoires que la confiance et la solidarité renaissent. Ce qui plus est, c’est beaucoup plus, semble-t-il, à cause d’automatismes que de mécanismes délibérément mis en place, et cela est à la fois rassurant et déprimant. Rassurant , parce que notre ignorance des processus de production de la solidarité semble une défaillance moins fatale qu’on l’aurait cru. Déprimant, parce que force nous est de faire acte d’humilité et de reconnaître la réalité des forces obscures de la résilience qui souvent, par des voies mal pénétrables, semblent capables de faire en sorte que la confiance et la solidarité ré-émergent quand on en a besoin (Emmott 1999).


    Conclusion

    C’est donc sur un constat d’ignorance et de prudence que débouche notre réflexion sur la résilience dans l’économie. Et sur un défi majeur pour les travailleurs dans ce chantier. En effet, peu d’économistes ont pris la peine d’étudier la socio-économie en tant qu’organisme résilient. Cependant, un livre sort du rang, c’est Pathologie économique, publié dans les années 1930 en Italie par un économiste statisticien de renom, Corrado Gini. Il a été traduit en français plus de 20 ans plus tard (Gini 1959).

    Corrado Gini était, comme dirait Raymond Queneau, un “savanturier” dont l’audace intellectuelle est bien connue et l’irrévérence vis-à-vis la science économique traditionnelle notoire. Dans son livre, il se proclame ouvertement néo-organiciste, et étudie les phénomènes d’auto-conservation et d’auto-rééquilibration dans les économies modernes. Bien que ce travail ait un ton un peu archaïque, et que Gini ne poursuive pas une exploration des phénomènes de dynamique qu’il débusque, il met les phénomènes de résilience au centre du tapis. Si son optimisme un peu naïf peut faire sourire – pour lui, le jeu des rééquilibrations spontanées fait que l’harmonie finit toujours par se rétablir et les socio-économies par se cicatriser – il a ouvert un important chantier.

    Certains écomistes renommés des deux côtés de l’Atlantique ont récemment commencé à être tentés par l’étude de ce genre de problèmes (Lesourne 1991; Arthur 1994; Krugman 1996). En fait tout un groupe à l’Institut de Santa Fe a non seulement ouvert grande la boîte de Pandore, mais encore y a installé son chantier.

    Cependant, ces études restent cependant largement dans le maquis. Car dans les ouvroirs des économistes conventionnels, on n’a pas progressé beaucoup au delà des études de la résilience dans les univers de type II et III, et on n’ose pas encore dire son nom. Quand on aborde la notion de résilience, c’est soit avec crainte et tremblement comme si on était en occasion prochaine de péché organiciste, soit avec la foi aveugle du catéchumène dans la main invisible. Ni l’une ni l’autre de ces attitudes ne semble promettre de grands dépassements. »


    Bibliographie

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    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Gilles Paquet
    Directeur du Centre d'études en gouvernance, Université d'Ottawa
    Mots-clés
    Capital de confiance, économie, marché, Keynes
    Extrait
    « La résilience, c’est la capacité de retomber sur ses pieds, de garder le cap, d’assurer la pérennité d’un organisme ou d’une société, le maintien d’une certaine permanence dans un environnement turbulent. »
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