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    Dossier: Religion

    Religion et femmes

    Monique Dumais
    «Si Dieu s'était faite femme...

    Si Dieu s'était faite femme, qu'elle était venue habiter notre terre comme femme, le christianisme serait-il différent? Déjà parler de Dieu en employant le genre féminin n'est pas sans étonner, tant nous sommes habitués à emprunter le genre masculin pour dire Dieu, alors que nous savons bien théoriquement que Dieu n'a pas de sexe, qu'il/elle appartient à la fois au genre masculin et au genre féminin. «A l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.» (Gen. 1, 27). Pourtant, nous avons si clairement adopté un genre spécifique qu'il peut apparaître bouleversant, si ce n'est scandaleux, de parler de Dieu au féminin. Ce choix de langage n'est pas inconscient, il révèle une structure mentale collective qui s'est imposée et qui représente un défi important pour les femmes qui veulent jouir des dimensions féminines de Dieu.


    A la recherche des représentations féminines de Dieu

    Une psychologue, Naomi Goldenberg, s'appuyant sur les données de Freud et de Jung, a établi l'hypothèse que «si les féministes réussissaient à changer la situation des femmes dans le christianisme et le judaïsme, elles ébranleraient à leurs bases ces religions».1 Parce que ces deux religions reposent si fondamentalement sur des symboles masculins qu'en les changeant, on sape leurs appuis les plus importants. De fait, les études féministes des théologiennes et d'autres spécialistes ont fait découvrir comment ces religions sont construites sur un système patriarcal persistant, que les doctrines, les symboles, les rites sont conçus selon le mode masculin et privilégient le pouvoir mâle. Y a-t-il une possibilité réelle pour les femmes de faire émerger dans le judaïsme et le christianisme, ces deux religions les plus répandues de notre monde occidental, des représentations féminines de Dieu, des rites expressifs des femmes, une participation entière des femmes dans toutes les formes de ministère?

    Certaines féministes, telles Mary Daly,2 rejettent toute possibilité d'opérer un changement profond dans le christianisme. Son livre Beyond God the Father, conçu d'abord pour présenter une théologie chrétienne féministe, est devenu une «philosophie postchrétienne pour la libération des femmes». D'autres théologiennes, par ailleurs, en déployant un esprit critique et créateur, espèrent modifier à long terme les mentalités, les représentations de Dieu, les réflexions dogmatiques, les prescriptions morales, les rites liturgiques, de façon à ce que les femmes y trouvent un lieu d'expression et de signification approfondies de leur foi.

    Des femmes exégètes travaillent sur le matériel biblique et tentent de mettre en lumière l'histoire des femmes dans la Bible et de faire découvrir les «entrailles» féminines de Dieu. Phyllis Trible a entrepris ce type de recherche dans God and the Rhetoric of Sexuality, où elle utilise une herméneutique féministe pour «retrouver les vieux trésors et en découvrir de nouveaux dans le domaine de la foi».3 L'étude de la métaphore des entrailles de la femme à partir des histoires de Sara, Rachel, Anna, lui a permis de discerner «le mouvement sémantique allant des entrailles des femmes à la compassion de Dieu».4 Le passage de Jérémie 31, 15-22 illustre bien ce mouvement en se référant aux lamentations de Rachel qui pleure ses fils dans Rama.

    «Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j'en parle le veuille encore me souvenir de lui? C'est polir cela que mes entrailles s'émeuvent pour lui, que polir lui déborde ma tendresse, oracle de Yahvé.» Jr. 31, 20.

    Dieu nous apparaît enfin non seulement avec la bonté d'un père mais aussi avec la tendresse d'une mère.

    D'autres recherches, publiées dans Women of Spirit,5 veulent faire voir comment les femmes ont exercé un leadership dans les traditions juive et chrétienne. Le principal problème demeure celui des sources, car la marginalité dans laquelle les femmes ont été gardées dans ces deux traditions a entraîné une rareté de sources. Celles qui sont disponibles, tant celles conservées par les femmes que par les hommes, sont marquées par le biais mâle,6 ou même ont été réécrites pour mieux servir certaines argumentations théologiques.7 Malgré tout, Elisabeth Schüssler Fiorenza a pu découvrir que dans le christianisme primitif, vécu selon des modes égalitaires et contre-culturels diversifiés, les femmes étaient parmi les missionnaires qui exerçaient un leadership de premier plan.8


    A partir des expériences des femmes

    Comment parvenir à introduire une dimension féminine dans des religions patriarcales qui s'en sont presque entièrement privées pendant des siècles? Les théologiennes féministes doivent recourir à leurs propres expériences de femmes pour réagir à cette situation aliénante, articuler de nouvelles interprétations de la Parole de Dieu, laisser émerger des symboles différents. L'expérience est devenue la nouvelle norme en théologie.9 S'approprier sa propre expérience quand on est femme n'est pas un acte en un seul temps; ce processus suppose même trois étapes: prendre une distance face à un monde uniquement patriarcal, marcher dans le désert en vue de la terre promise, entreprendre un début d'expression.10

    Les femmes ont largement contribué au devenir de l'humanité et des civilisations, les anthropologues nous en parlent éloquemment;11 elles ont apporté à la culture des valeurs essentielles que, faute d'être valorisées, les femmes d'aujourd'hui ont tendance à déprécier. C'est pourquoi Barbara Burris nous engage à changer d'attitude.

    «La culture mondiale dominante définit négativement toutes les caractéristiques de la culture des femmes. Nous ne croyons pas qu'elles le soient (sauf celles qui nous ont gardées subordonnées telles que la passivité, l'abnégation, etc.). Nous sommes fières que certains traits de la culture des femmes notamment l'intuition, l'émotivité, l'amour, les relations personnelles, etc., soient les caractéristiques humaines les plus importantes. Ce sont nos colonisateurs mâles - la culture mâle - qui ont défini les traits humains essentiels comme n'appartenant pas aux schèmes de leur propre identité; en fait les hommes sont des dépossédés culturels.»12

    Il faut donc «faire valoir l'importance des préoccupations des femmes et nous battre pour qu'elles soient reconnues et qu'elles se retrouvent à tous les niveaux de la vie».13


    Depatriarcalisation des modèles de femmes

    La tradition judéo-chrétienne nous a certes présenté des modèles de femmes; les deux les plus connus sont Eve et Marie. Encadrées dans la tentation ou la sainteté, les femmes ordinaires ne s'y retrouvent pas. Elles doivent se défaire du complexe d'Eve qui, au cours des siècles, a rendu les femmes responsables de tous les maux; encore aujourd'hui, apprend-on, les féministes seraient coupables de violence accrue chez les hommes, de leur perte d'identité et de leurs problèmes d'impuissance. A l'opposé, se situe Marie, la femme toute pure, soumise, entièrement consacrée à la mission de son fils, femme particulièrement glorifiée par les célibataires mâles.

    Eve et Marie sont des femmes que je puis apprécier à la condition de les saisir dans toute leur réalité de femmes, vivantes, incarnées, en pleine mouvance dans la découverte d'elles-mêmes et des autres; des femmes qui sollicitent une spiritualité qui ne conduit pas à mépriser le corps, mais qui vient signifier et animer profondément toutes les dimensions de leur vie humaine.
    Au-delà des statufications qui les ont fixées dans la mémoire des hommes et aussi des femmes, les dégager d'une unicité de sens réductrice: Eve, le mal; Marie, le bien. La pièce Les fées ont soif a soulevé avec véhémence le besoin de briser les statues, afin d'aller plus loin. C'est à travers l'appropriation de nos expériences de femmes que nous pourrons redonner à Eve et à Marie un visage humain, connaître ces femmes qui ont enfanté, qui ont été aux prises avec le quotidien, qui ont dû cheminer face aux humains et à l'appel à la transcendance.


    Participation des femmes

    Les femmes apparaissent comme d'excellentes consommatrices de la religion. Les célébrations culturelles sont davantage fréquentées par les femmes que par les hommes. L'entrée dans les communautés religieuses a atteint des proportions plus fortes chez les femmes que chez les hommes. Comment expliquer ce phénomène? Possibilité d'intériorité plus grande des femmes? Nous trouvons des mystiques tant chez les hommes que chez les femmes. Besoin plus grand du spirituel? Dans notre culture, les femmes trouvent souvent dans le spirituel un lieu permanent d'expression, qui puisse combler tous les autres manques sur le plan social. Notons que l'Evangile nous rapporte que les femmes ont été les premières à aller avec les aromates qu'elles avaient préparées au tombeau où Jésus n'était plus (Le 24, 1-8) et à recevoir le premier «salut» de Jésus ressuscité (Mth. 28, 8-9).

    N'ayant qu'une participation très limitée dans les églises, les femmes prennent toutes les places qui leur sont offertes. Par exemple, dans le domaine de l'étude de la théologie qui leur est ouvert depuis quinze ans, le nombre des étudiantes en théologie au niveau du premier cycle n'a cessé de s'accroître, alors que les professeurs des facultés de théologie sont presque uniquement des hommes. Dans le domaine de la pastorale diocésaine et paroissiale, les femmes sont de plus en plus présentes, ce qui ne signifie pas que leur leadership est pleinement reconnu et influence les différents niveaux hiérarchiques totalement mâles.

    Les femmes d'aujourd'hui souhaitent ne pas recourir à la marginalité et ne pas être obligées de créer des églises parallèles. Faut-il rappeler que le nombre élevé des sorcières au Moyen Age trouverait une explication dans l'impossibilité pour les femmes de trouver dans l'orthodoxie un cadre d'expression adéquat.


    Dieu se fait femme

    Elle révèle ses dimensions féminines
    aux femmes et aux hommes d'aujourd'hui et de demain,
    elle redit la tendresse qui l'habite,
    elle offre son corps et son sang pour le salut du monde,
    elle réaffirme l'égalité des femmes et des hommes,
    elle supporte les femmes dans leurs aspirations à vivre et à célébrer l'humanité,
    elle allège les hommes des fardeaux trop lourds
    qu'ils se sont mis sur leurs épaules,
    elle leur pardonne leurs injustices séculaires envers les femmes
    elle leur dévoile la liberté des enfants de Dieu,
    elle les invite à une communion durable.»


    Notes

    1 Naomi GOLDENBERG, Changing of the Gods, Boston, Beacon Press, 1979, p. 3.
    2 Mary DALY, The Church and the Second Sex, New York, Harper and Row, 1968; traduction française: Le deuxième sexe conteste, Paris, Mame, 1969; Beyond God the Father, Boston, Beacon Press, 1973; Gyn/Ecology. The Metaethics of Radical Feminisin, Boston, Beacon Press, 1978.
    3 Phyllis TRIBLE, God and the Rhetoric of Sexuality, Philadelphia, Fortress Press, 1978, p. XVI.
    4 Ibid., p. 56.
    5 Rosemary Ruether and Eleanor McLoughlin, cd. Women of Spirit. Female Leadership in the Jewish and Christian Traditions, New York, Simon and Schuster, 1979.
    6 Ibid., introduction, p. 17.
    7 Elisabeth SCHUSSLER FIORENZA, «Word, Spirit and Power: Women In Early Christian Communities»,ibid., p. 57.
    8 Ibid., p. 36.
    9 Carol P. CHRIST, The New Feminist Theology: A Review of the Literature», Religious Studies Review, vol. 3, no. 4 (October 1977), p. 204.
    10 Monique DUMAIS, «Expériences de femmes et théologie», Documentation sur la recherche féministe, publication spéciale no 8 (automne 1980), pp, 39-42.
    11 Robert BRIFFAULT, The Mothers, A Study of the Origins of Sentiments and Institutions. Three vol., New York, The Macmillan Compagny, 1927; Evelyn REED, Féminisme et anthropologie, Paris, Denoël/Gonthier, 1979.
    12 Barbara BURRIS, The Fourth World Manifesto, p. 354, cité par Angela MILES, «Le féminisme, parole authentique et autonorne des femmes», dans Femmes et politique, éd. par Yolande Cohen, Montréal, Le Jour, 1981, p. 69.
    13 Angela MILES, op. cit., p. 74.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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