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    Dossier: Préraphaëlisme

    Du mérite et des faiblesses des Préraphaëlites

    John Ruskin
    138. — Je ne pouvais aborder, au cours d'une conférence populaire, une question des plus compliquée et des plus difficile, étroitement liée au Préraphaélisme.

    J'entends parler des rapports qui relient l'invention à l'observation, et la composition, à l'imitation. Il fallait encore moins songer à traiter ce sujet dans le court espace d'une note, et je dois remettre son complet examen à une prochaine occasion. Il est néanmoins impossible de laisser sans réponse une des critiques les plus souvent employées à l'égard du Préraphaélisme, et qui consiste à dire que ses principes semblent s'opposer au libre exercice de l'imagination.

    Une telle objection semble vraiment étrange, sur les lèvres de gens qui achètent fréquemment, pour des centaines de livres, de petites toiles hollandaises, ne renfermant que des imitations serviles de la nature la plus grossière. Il est étrange qu'une tête de vache de Paul Potter, une tête de vieille femme d'Ostade, une scène de beuverie de Teniers soient considérées partout comme du grand art, alors que l'expression des plus nobles sentiments humains dans l' « Isabella » de Hunt, du plus délicieux paysage anglais, hanté par la douleur, dans l' « Ophélie » de Millais, sont proclamés « puérils ».

    Mais, si étrange que soit la manière dont elle est présentée, cette objection n'est pas sans valeur. Il est vrai qu'aussi longtemps que les Préraphaélites ne peindront que d'après nature, quelque soin qu'ils mettent à choisir et à grouper leurs éléments, leurs œuvres n'acquerront jamais le caractère des plus hautes compositions. Mais, d'autre part, les arrangements conventionnels et superficiels, habituellement dénommés « compositions » parles artistes modernes, sont encore infiniment plus loin du grand art que l'œuvre la plus minutieuse des Préraphaélites. Cette oeuvre constitue même, dans sa forme la plus humble, une fondation sûre, capable de soutenir la superstructure la plus élevée ; elle a, dans ses limites, une profonde et réelle valeur. Les effets et les groupements auxquels nous ont habitué les peintres contemporains ne sont, au contraire, qu'un vain effort de superstructure sans fondation, un mensonge dépourvu de tout intérêt.

    13g. — Mais, bien plus, cette même fidélité des Préraphaélites provient de la surabondance de leur imagination. Non seulement tous les membres de l'école sont capables de composer mille fois mieux que les artistes qui les dédaignent, mais je me demande même si les plus grands artistes de l'ancien temps possédèrent jamais une invention plus débordante que celles de Millais ou de Rossetti. Et c'est en partie la facilité qu'ils ont d'inventer qui les conduit à mépriser l'invention.

    Des peintres dépourvus d'imagination, mais ayant appris à donner la fausse illusion qu'ils en ont, à l'aide de recettes de composition, sont aisément portés à vanter très haut cette sorte de science pharmaceutique, mais l'artiste, dont le cerveau est hanté à tout moment de mille images vivantes, est au contraire disposé à en faire trop peu de cas, et à leur préférer une vérité qu'il sait ne pouvoir atteindre aussi aisément. Quoique je puisse peut-être reconnaître, avec quelque hésitation, qu'il est possible d'aimer cette vérité avec trop d'intensité, je déclare pourtant, sans aucune hésitation, qu'il ne reste aucun espoir de sauver ceux qui la dédaignent, et que tout artiste qui méprise les oeuvres déjà produites par les Préraphaélites, ne parviendra jamais d'aucune manière à être, lui-même, un grand peintre. Paul Véronèse et Tintoret, tout en s'écartant de la méthode de travail de cette école, auraient considéré ses oeuvres avec un profond respect, comme Jean Bellini considérait celles d'Albert Durer. L'ignorant seul peut être inconscient de la vérité qu'elles renferment et il faut manquer de sincérité pour y rester indifférent.

    140. — Dans quelle mesure des artistes, éduqués dans les sévères principes du Préraphaélisme, peuvent-ils s'élever de ce style vers celui des grandes écoles de composition ; c'est là une question que je préfère ne pas me poser, car elle est encore trop prématurée aujourd'hui pour que sa discussion puisse être souhaitable. Nous avons assez et plus qu'assez de grandes compositions ; et il serait bon que nous voulions bien consentir à prendre quelque souci et quelque soin de celles que nous possédons. Mais nous n'avons pas eu, jusqu'à présent, de pure et franche vérité, notant les faits que nous voyons journellement se passer autour de nous. Et cette phrase de Carlyle ne s'applique pas seulement à la littérature, mais elle est aussi incontestablement vraie en art, comme en toute chose

    « Lorsque nous considérons les hautes destinées qui attendent encore la littérature et vers lesquelles elle s'orientera, avant longtemps, avec plus de décision que jamais, il nous apparaît, de jour en jour plus clairement, que la tâche qui lui est réservée gît dans le domaine de la Foi, dans lequel, si on l'y admet, la fiction poétique, comme on l'appelle charitable meut, devra revêtir un aspect tout nouveau. Il ne serait donc pas déraisonnable de prédire que cette multitude excessive d'auteurs de romans et d'oeuvres du même genre devront, dans l'espace d'une génération, se décider peu à peu pour l'une ou l'autre des alternatives suivantes ou bien se retirer dans une «nursery » et travailler pour les enfants ou les personnes des deux sexes retombées en enfance ; ou bien, ce qui vaudrait beaucoup mieux, jeter leur fabrique de romans dans une charrette à ordures, et employer les facultés qu'ils possèdent à comprendre et à nous dire ce qui est vrai, ce qui constitue certainement, et constituera toujours, la matière d'une foule de livres que nous ignorons et qui seraient, pour nous, d'un intérêt vital. On comprendra toujours davantage la poésie, comme un mode de connaissance supérieur, et le seul roman que consentiront à lire les adultes sera la réalité. »

    141. — Comme je copiais cette phrase on me mit en main une brochure écrite par un clergyman et criant « Malheur! Malheur! à de très jeunes gens, de caractère entêté, qui se donnent le nom de Préraphaélites. » Je rends grâce à Dieu que les Préraphaélites soient jeunes et qu'ils possèdent encore avec eux la force et la vie pour soutenir la lutte qu'ils ont à livrer. Everett Millais a pourtant atteint, cette année, l'âge qu'avait Raphaël lorsqu'il peignit la Disputa, sa plus grande oeuvre ; Rossetti et Hunt sont tous deux plus âgés, et il n'est pas un des membres de la confrérie qui soit aussi jeune que Giotto, lorsqu'on le choisit, parmi tous les peintres de l'Italie, pour décorer le Vatican.

    Mais l'Italie, dans sa grande époque, savait discerner ses grands hommes et ne « méprisait pas leur jeunesse ». Il est réservé à l'Angleterre d'insulter la puissance de ses plus nobles enfants, de flétrir leur ardent enthousiasme sous l'amertume d'une lutte opiniâtre, et de ne laisser à ceux qu'elle aurait dû aider et chérir d'autre espoir que la fermeté, d'autre refuge que le dédain.

    142. — Sans doute, il est malheureux de voir les jeunes gens usurper la place ou mépriser la sagesse des vieillards, et, parmi les nombreux mauvais présages de cette époque, la désobéissance et l'insolence de la jeunesse est peut-être le pire. Mais, à qui la faute? La jeunesse n'a jamais perdu sa modestie lorsque la vieillesse a conservé son honneur; l'enfance n'a jamais refusé son respect quand l'âge mûr n'a pas oublié sa dignité.

    Le cri : « Va-t'en, tête chauve » ne sera jamais poussé dans un pays où l'on se souvient du précepte « Prenez garde de mépriser un seul de ces petits. » Et quoique la jeunesse puisse devenir méprisable lorsque son ardent espoir se mue en vanité et sa puissance de progrès en orgueil entêté, il y a quelque chose de bien plus méprisable encore dans une vieillesse qui n'a acquis ni jugement ni bienveillance, qui est faible sans charité, et froide sans discernement.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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