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    Dossier: Coubertin Pierre de

    L'esprit de Coubertin

    Carter Brown
    M. Brown — […] Lorsqu'il [i.e. Pierre de Coubertin] a essayé la première fois de faire renaître les Jeux olympiques, on l'a pris pour un fou de croire qu'il serait possible de réunir tous les peuples du monde entier sur le même terrain, au sens propre et au sens figuré. C'était, à son avis, l'essence même des Jeux: tout au long des épreuves sportives, peu importe la civilisation dont on est le produit, la religion que l'on pratique ou la langue que l'on parle. Tout ce qui compte, c'est la performance sportive. Dès le commencement des épreuves, toutes les étiquettes qu'on se colle sur le dos perdent tout d'un coup de leur sens.

    Pierre de Coubertin a appliqué cet idéal au domaine des arts. Dès que les Jeux ont démarré, en 1896, il s'est démené pour intégrer les arts au mouvement olympique, comme c'était le cas pendant l'Antiquité. Les sports peuvent créer les conditions qui nous permettent d'échapper aux niches dans lesquelles on nous fourre, et l'art peut en faire autant. C'est cela que je trouve passionnant, le fait que les arts nous offrent l'occasion de dépasser nos différences, non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps, d'un millénaire à l'autre.

    Ce qui m'a aussi passionné, cela a été d'approfondir mes connaissances sur ce Français extraordinaire, dont la mère était artiste et le père musicien, et pour qui l'éducation fut une passion tout au long de sa vie. Il avait le sentiment que la société française subissait un phénomène d'érosion, parce que l'enseignement reflétait une conception fragmentée de l'individu. C'était un anglophile convaincu, ce qui était assez inhabituel pour un Parisien. Et les terrains de sport d'Eton ont contribué pour beaucoup à développer le sens du commandement et à affermir le lien entre le corps et l'esprit que les Grecs comprenaient si bien et qu'il voulait ressusciter. Il a donc défini cet idéal, qu'il a appelé « olympisme », comme étant l'union du sport et de la culture, et il s'est toujours fait le champion de la présence d'une composante artistique.

    Question Etant donné l'emplacement choisi pour les Jeux olympiques de 1996, à savoir Atlanta, et le fait que toute manifestation de cette nature reflète le lieu où elle se déroule, quels sont, selon vous, les valeurs et les principes dont les Jeux sont le reflet cette année?

    M. Brown L'une des choses que les gens à l'extérieur des États-Unis ont particulièrement du mal à comprendre, c'est le degré auquel notre société représente véritablement le regroupement d'un ensemble extrêmement varié de civilisations et d'ethnies. La gloire des Jeux olympiques depuis l'antiquité consiste précisément à mettre tous les concurrents sur un pied d'égalité. C'est Pierre de Coubertin en personne qui a eu l'idée de représenter cinq anneaux réunis les uns aux autres pour symboliser ce rassemblement géographique. L'exposition que nous avons préparée se propose de porter cette union incarnée par les anneaux, emblématiquement et métaphoriquement, au-delà du cadre géographique pour montrer comment l'art relie les gens du monde entier les uns aux autres. Dès lors, les États-Unis — de tous les pays qui ont vraiment intérêt à trouver les moyens d'aider les gens à s'entendre les uns avec les autres, parce qu'ils sont en quelque sorte le microcosme des civilisations du monde — ont l'occasion rêvée de projeter ces valeurs en soutenant une telle exposition. […]
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Carter Brown
    M. Carter Brown était, au moment de la publication de ce texte (juin 1996), directeur honoraire de la Galerie nationale d'Art de Washington et organisateur de l'exposition «Cinq anneaux, cinq passions de l'art mondial». Le présent extrait est tiré d'une entretien accordé par M. Brown à Michael Bandler, de La Société américaine. Revue électronique de l'Agence d'information des États-Unis, dans lequel il évoque la genèse et l'objectif de cette exposition, qui s'est tenue du 4 juillet au 29 septembre au High Museum of Art d'Atlanta.
    Mots-clés
    Jeux olympiques, olympisme, culture, fraternité, sport, Grèce ancienne, art
    Extrait
    «C'était un anglophile convaincu, ce qui était assez inhabituel pour un Parisien. Et les terrains de sport d'Eton ont contribué pour beaucoup à développer le sens du commandement et à affermir le lien entre le corps et l'esprit que les Grecs comprenaient si bien et qu'il voulait ressusciter. Il a donc défini cet idéal, qu'il a appelé «olympisme», comme étant l'union du sport et de la culture, et il s'est toujours fait le champion de la présence d'une composante artistique.»

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