• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Flux RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Pierre Corneille

    Corneille libertin

    Jean-Pierre Cavaillé
    (...) Hélène Merlin fait remarquer que les auteurs désignés par les dévots comme « libertins » sont en fait ceux qui théorisent et mettent en pratique la séparation drastique du public et du privé : « Partout, dissimulée, ou exhibée avec éclat, se fait sentir ou pressentir la présence de ce particulier dont les dévots ne peuvent plus que vouloir refouler la pression, l’exigence, l’intérêt – ou révéler la menace, publier les maximes libertines » [13]. (...)

    (...)

    Merlin montre cependant fort bien, à propos des accusations de « libertinage » à l’encontre de Théophile, de Guez de Balzac et du Corneille du Cid que « c’est d’abord l’usage, libre, des mots, l’investissement sur les mots, qui est perçu comme libertin » [20] et comment cet usage libéré des mots se fait au profit de l’affirmation du particulier souverain, du moi, d’un moi « absolu », au sens de son entière déliaison, ontologique et éthique, d’avec le corps politique. Ce que les ennemis de Balzac comme Goulu trouvent scandaleux, c’est que l’épistolier « propulse le moi lui-même, le moi tout nu, à la hauteur d’une dignité publique » [21]. Ce qui est « parfaitement libertin », chez Corneille c’est « l’être solipsiste qui fait de son moi à la fois son propre sujet et son propre souverain » [22]. La pratique libertine des mots, qui trouve son expression dans le purisme et promeut le moi absolu, dégagé des passions politiques, contre lequel réagissent les dévots nostalgiques d’une éloquence des choses et d’une unité organique des citoyens et de l’État chrétien, est de ce point de vue foncièrement en phase avec l’absolutisme politique : en effet, « la solution absolutiste vise à dépassionner la sphère politique en l’articulant à une logique de l’intérêt, renvoyant l’usage des passions à la liberté étroitement circonscrite des particuliers : en ce sens, l’absolutisme favorise le “libertinage” » [23]. Car dans l’absolutisme, le souverain règne absolument, il est la seule source de la loi et les particuliers n’ont aucun droit de regard sur la sphère de l’État ; « en revanche […] leur salut, leur conscience, leurs mœurs, leur appartiennent. Un espace particulier libre, c’est-à-dire décroché de tout bien public (et, en tant que tel, aux yeux d’un « dévot » comme Goulu, libertin), se détache du corps politique » [24]. (...)

    Notes
    13. « La publication du particulier dans les Lettres de Guez de Balzac », Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, n° 3, 1999, p. 85. L’auteure prend l’exemple de Balzac, qui commet la faute impardonnable aux yeux de ses détracteurs, de conférer au moi - le moi particulier hérité de Montaigne -,  par l’éloquence, une scandaleuse dignité publique (voir citation infra, dans le corps du texte), de sorte qu’il brouille la partition du public et du privé, qui est pourtant le préalable de sa démarche. Ibid., p. 81. L’attention à ces effets de brouillage et à ces contradictions, dans la pratique de ce qui est bien d’abord une fiction théorique, sont d’une grande importance pour comprendre les enjeux politiques à long termes, par-delà les convictions des acteurs, du repli (publié) sur le privé. Voir aussi, de la même auteure, « Curiosité et espace particulier au XVIIe siècle », Curiosité et Libido sciendi de la Renaissance aux Lumières, textes réunis par Nicole Jacques-Chaquin et Sophie Houdard, Paris, ENS, éditions, 1998, volume I, p. 109-136, en particulier p. 126-128 : « Curiosité et libertinage ».
    (...)
    20. Hélène Merlin-Kajman, L’Excentricité académique. Littérature, institution, société, Paris, Les Belles Lettres, 2001, p. 70
    21. L’Excentricité académique.Ibid, p. 81.
    22. Hélène Merlin-Kajman, L’Absolutisme dans les lettres et la théorie des deux corps. Passions et politique, Paris, Honoré Champion, 2000, chap. VII, § 3. Mais voir l’ensemble de ce chapitre intitulé « Corneille libertin » sur les « héros » libertins bien différents que sont le Tirsis de Mélite et l’Alidor de la Place Royale.
    23. L’Absolutisme dans les lettres, ibid., chap. 2, § 2.
    24. « La publication du particulier dans les Lettres de Guez de Balzac », art. cité, p. 76.


    Jean-Pierre Cavaillé, Libertinage, irréligion, incroyance, athéisme dans l’Europe de la première modernité (XVIe-XVIIe siècles) - Une approche critique des tendances actuelles de la recherche (1998-2002), février 2003. Passage tiré de la section 19 : Politiques du libertinage
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Jean-Pierre Cavaillé
    Docteur IUE-EHESS. Maître de Conférences à l'École des Hautes Études en Sciences sociales (C.R.H.). Il participe aux travaux du Groupe de Recherches Interdisciplinaires sur l'Histoire du Littéraire (GRIHL). Lire ici son curriculum vitae.
    Mots-clés
    libertin, libre-pensée, Le Cid, Théophile, Guez de Balzac, Goulu, absolutisme, Moi, souveraineté, subjectivité
    Extrait
    Ce qui est « parfaitement libertin », chez Corneille c’est « l’être solipsiste qui fait de son moi à la fois son propre sujet et son propre souverain »
    Documents associés
    Paul Hazard
    Simone Weil
    esprit romain
    Rome antique
    patriotisme
    cardinal de Richelieu
    raison d'État
    État
    absolutisme
    déracinement
    christianisme
    vertu
    Ferdinand Brunetière
    tragédie, héroisme, valeur morale
    Pierre Corneille
    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    Tragédie, littérature française, théâtre
    Émile Faguet

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.