• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Flux RSS:

    Dossier: Verlaine Paul

    Romances sans Paroles

    Paul Verlaine
    ARIETTES OUBLIEES

    I

    Le vent dans la plaine
    Suspend son haleine.
    (Favart)

    C'est l'extase langoureuse,
    C'est la fatigue amoureuse,
    C'est tous les frissons des bois
    Parmi l'étreinte des brises,
    C'est, vers les ramures grises,
    Le choeur des petites voix.

    O le frêle et frais murmure!
    Cela gazouille et susurre,
    Cela ressemble au cri doux
    Que l'herbe agitée expire...
    Tu dirais, sous l'eau qui vire,
    Le roulis sourd des cailloux.

    Cette âme qui se lamente
    En cette plainte dormante
    C'est la nôtre, n'est-ce pas?
    La mienne, dis, et la tienne,
    Dont s'exhale l'humble antienne
    Par ce tiède soir, tout bas?

    II

    Je devine, à travers un murmure,
    Le contour subtil des voix anciennes
    Et dans les lueurs musiciennes,
    Amour pâle, une aurore future!

    Et mon âme et mon coeur en délires
    Ne sont plus qu'une espèce d'oeil double
    Où tremblote à travers un jour trouble
    L'ariette, hélas! de toutes lyres!

    O mourir de cette mort seulette
    Que s'en vont, - cher amour qui t'épeures,
    Balançant jeunes et vieilles heures!
    O mourir de cette escarpolette!

    III

    Il pleut doucement sur la ville
    (Arthur Rimbaud)

    Il pleure dans mon coeur
    Comme il pleut sur la ville;
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon coeur?

    O bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits!
    Pour un coeur qui s'ennuie
    O le chant de la pluie!

    Il pleure sans raison
    Dans ce coeur qui s'écoeure
    Quoi! nulle trahison?...
    Ce deuil est sans raison.

    C'est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi
    Sans amour et sans haine
    Mon coeur a tant de peine!

    IV

    De la douceur, de la douceur, de la douceur.
    (Inconnu)

    Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses:
    De cette façon nous serons bien heureuses
    Et si notre vie a des instants moroses
    Du moins nous serons, n'est-ce pas? deux pleureuses.

    O que nous mêlions, âmes soeurs que nous sommes,
    A nos voeux confus la douceur puérile
    De cheminer loin des femmes et des hommes,
    Dans le frais oubli de ce qui nous exile!

    Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles
    Eprises de rien et de tout étonnées
    Qui s'en vont pâlir sous les chastes charmilles
    Sans même savoir qu'elles sont pardonnées.

    V

    Son joyeux, importun, d'un clavecin sonore.
    (Petrus Borel)

    Le piano que baise une main frêle
    Luit dans le soir rose et gris vaguement,
    Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile
    Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
    Rôde discret, épeuré quasiment,
    Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

    Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
    Qui lentement dorlote mon pauvre être?
    Que voudrais-tu de moi, doux Chant badin?
    Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
    Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
    Ouverte un peu sur le petit jardin?

    VI

    C'est le chien de Jean de Nivelle
    Qui mord sous l'oeil même du Guet !
    Le chat de la mère Michel,
    François-les-bas-bleus s'en égaie.

    La Lune à l'écrivain public
    Dispense sa lumière obscure
    Où Médor avec Angélique
    Verdissent sur le pauvre mur.

    Et voici venir La Ramée
    Sacrant, en bon soldat du Roy
    Sous son habit blanc mal famé
    Son coeur ne se tient pas de joie:

    Car la Boulangère... - Elle? - Oui dam!
    Bernant Lustucru son vieil homme
    A tantôt couronné sa flamme...
    Enfants, Dominus vobiscum!

    Place! En sa longue robe bleue
    Toute en satin qui fait frou-frou,
    C'est une impure palsambleu!
    Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue,

    Fût-on philosophe ou grigou,
    Car tant d'or s'y relève en bosse
    Que ce luxe insolent bafoue
    Tout le papier de Monsieur Los!

    Arrière robin crotté! place,
    Petit courtaud, petit abbé,
    Petit poète jamais las
    De la rime non attrapée!...

    Voici que la nuit vraie arrive...
    Cependant jamais fatigué
    D'être inattentif et naïf
    François-les-bas-bleus s'en égaie.

    VII

    O triste, triste était mon âme
    A cause, à cause d'une femme

    Je ne me suis pas consolé
    Bien que mon coeur s'en soit allé,

    Bien que mon coeur, bien que mon âme
    Eussent fui loin de cette femme.

    Je ne me suis pas consolé,
    Bien que mon coeur s'en soit allé.

    Et mon coeur, mon coeur trop sensible
    Dit à mon âme: Est-il possible,

    Est-il possible, - le fût-il -
    Ce fier exil, ce triste exil?

    Mon âme dit à mon coeur: Sais-je
    Moi-même que nous veut ce piège

    D'être présents bien qu'exilés,
    Encore que loin en allés?

    VIII

    Dans l'interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable.

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune
    On croirait voir vivre
    Et mourir la lune.

    Comme des nuées
    Flottent gris les chênes
    Des forêts prochaines
    Parmi les buées.

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune.
    On croirait voir vivre
    Et mourir la lune.

    Corneille poussive
    Et vous, les loups maigres,
    Par ces bises aigres
    Quoi donc vous arrive?

    Dans l'interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable.

    IX

    Le rossignol qui du haut d'une branche se regarde dedans, croit être tombé dans la rivière.
    Il est au sommet d'un chêne et toutefois il a peur de se noyer.
    (Cyrano de Bergerac)

    L'ombre des arbres dans la rivière embrumée
    Meurt comme de la fumée
    Tandis qu'en l'air, parmi les ramures réelles,
    Se plaignent les tourterelles.

    Combien, ô voyageur, ce paysage blême
    Te mira blême toi-même,
    Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées
    Tes espérances noyées!

    PAYSAGES BELGES

    "Conquestes du Roy"
    (Vieilles Estampes)

    WALCOURT

    Briques et tuiles
    O les charmants
    Petits asiles
    Pour les amants!

    Houblons et vignes,
    Feuilles et fleurs,
    Tentes insignes
    Des francs buveurs!

    Guinguettes claires,
    Bières, clameurs,
    Servantes chères
    A tous fumeurs!

    Gares prochaines,
    Gais chemins grands...
    Quelles aubaines,
    Bons juifs-errants!

    CHARLEROI

    Dans l'herbe noire
    Les Kobolds vont.
    Le vent profond
    Pleure, on veut croire.

    Quoi donc se sent?
    L'avoine siffle.
    Un buisson gifle
    L'oeil au passant.

    Plutôt des bouges
    Que des maisons.
    Quels horizons
    De forges rouges!

    On sent donc quoi?
    Des gares tonnent,
    Les yeux s'étonnent,
    Où Charleroi?

    Parfums sinistres!
    Qu'est-ce que c'est?
    Quoi bruissait
    Comme des sistres?

    Sites brutaux!
    Oh! votre haleine,
    Sueur humaine
    Cris des métaux!

    Dans l'herbe noire
    Les Kobolds vont.
    Le vent profond
    Pleure, on veut croire.

    BRUXELLES

    Simples Fresques

    I

    La fuite est verdâtre et rose
    Des collines et des rampes
    Dans un demi-jour de lampes
    Qui vient brouiller toute chose.

    L'or, sur les humbles abîmes
    Tout doucement s'ensanglante.
    Des petits arbres sans cimes
    Où quelque oiseau faible chante.

    Triste à peine tant s'effacent
    Ces apparences d'automne,
    Toutes mes langueurs rêvassent,
    Que berce l'air monotone.

    II

    L'allée est sans fin
    Sous le ciel, divin
    D'être pâle ainsi:
    Sais-tu qu'on serait
    Bien sous le secret
    De ces arbres-ci?

    Des messieurs bien mis,
    Sans nul doute amis
    Des Royers-Collards,
    Vont vers le château:
    J'estimerais beau
    D'être ces vieillards.

    Le château, tout blanc
    Avec, à son flanc,
    Le soleil couché,
    Les champs à l'entour:
    Oh! que notre amour
    N'est-il là niché!
    Estaminet du Jeune Renard, août 72.

    BRUXELLES

    Chevaux de bois

    Par saint Gille,
    Viens-nous-en,
    Mon agile
    Alezan!
    (V. Hugo)

    Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
    Tournez cent tours, tournez mille tours,
    Tournez souvent et tournez toujours
    Tournez, tournez au son des hautbois.

    Le gros soldat, la plus grosse bonne
    Sont sur vos dos comme dans leur chambre,
    Car en ce jour au bois de la Cambre
    Les maîtres sont tous deux en personne.

    Tournez, tournez, chevaux de leur coeur,
    Tandis qu'autour de tous vos tournois
    Clignote l'oeil du filou sournois
    Tournez au son du piston vainqueur.

    C'est ravissant comme ça vous soûle
    D'aller ainsi dans ce cirque bête:
    Bien dans le ventre et mal dans la tête,
    Du mal en masse et du bien en foule.

    Tournez, tournez sans qu'il soit besoin
    D'user jamais de nuls éperons
    Pour commander à vos galops ronds,
    Tournez, tournez, sans espoir de foin

    Et dépêchez, chevaux de leur âme:
    Déjà voici que la nuit qui tombe
    Va réunir pigeon et colombe
    Loin de la foire et loin de madame.

    Tournez, tournez! le ciel en velours
    D'astres en or se vêt lentement.
    Voici partir l'amante et l'amant.
    Tournez au son joyeux des tambours!

    Champ de foire de Saint-Gilles, août 72.

    MALINES

    Vers les prés le vent cherche noise
    Aux girouettes, détail fin
    Du château de quelque échevin,
    Rouge de brique et bleu d'ardoise,
    Vers les prés clairs, les prés sans fin...

    Comme les arbres des féeries,
    Des frênes, vagues frondaisons,
    Echelonnent mille horizons
    A ce Sahara de prairies,
    Trèfle, luzerne et blancs gazons.

    Les wagons filent en silence
    Parmi ces sites apaisés.
    Dormez, les vaches! Reposez,
    Doux taureaux de la plaine immense,
    Sous vos cieux à peine irisés!

    Le train glisse sans un murmure,
    Chaque wagon est un salon
    Où l'on cause bas et d'où l'on
    Aime à loisir cette nature
    Faite à souhait pour Fénelon.

    BIRDS IN THE NIGHT

    Vous n'avez pas eu toute patience:
    Cela se comprend par malheur, de reste
    Vous êtes si jeune! Et l'insouciance,
    C'est le lot amer de l'âge céleste!

    Vous n'avez pas eu toute la douceur.
    Cela par malheur d'ailleurs se comprend;
    Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
    Que votre coeur doit être indifférent!

    Aussi, me voici plein de pardons chastes,
    Non, certes! joyeux, mais très calme en somme
    Bien que je déplore en ces mois néfastes
    D'être, grâce à vous, le moins heureux homme.

    Et vous voyez bien que j'avais raison
    Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
    Que vos yeux, foyers de mes vieux espoirs,
    Ne couvaient plus rien que la trahison.

    Vous juriez alors que c'était mensonge
    Et votre regard qui mentait lui-même
    Flambait comme un feu mourant qu'on prolonge,
    Et de votre voix vous disiez: "Je t'aime!"

    Hélas! on se prend toujours au désir
    Qu'on a d'être heureux malgré la saison...
    Mais ce fut un jour plein d'amer plaisir
    Quand je m'aperçus que j'avais raison!

    Aussi bien pourquoi me mettrais-je à geindre?
    Vous ne m'aimiez pas, l'affaire est conclue,
    Et, ne voulant pas qu'on ose me plaindre,
    Je souffrirai d'une âme résolue.

    Oui! je souffrirai, car je vous aimais!
    Mais je souffrirai comme un bon soldat
    Blessé qui s'en va dormir à jamais
    Plein d'amour pour quelque pays ingrat.

    Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
    Encor que de vous vienne ma souffrance,
    N'êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
    Aussi jeune, aussi folle que la France?

    Or, je ne veux pas - le puis-je d'abord? -
    Plonger dans ceci mes regards mouillés.
    Pourtant mon amour que vous croyez mort
    A peut-être enfin les yeux dessillés.

    Mon amour qui n'est plus que souvenance,
    Quoique sous vos coups il saigne et qu'il pleure
    Encore et qu'il doive, à ce que je pense,
    Souffrir longtemps jusqu'à ce qu'il en meure,

    Peut-être a raison de croire entrevoir
    En vous un remords (qui n'est pas banal)
    Et d'entendre dire, en son désespoir,
    A votre mémoire. "Ah! fi! que c'est mal!"

    Je vous vois encor. J'entr'ouvris la porte.
    Vous étiez au lit comme fatiguée.
    Mais, ô corps léger que l'amour emporte,
    Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

    O quels baisers, quels enlacements fous!
    J'en riais moi-même à travers mes pleurs.
    Certes, ces instants seront, entre tous
    Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

    Je ne veux revoir de votre sourire
    Et de vos bons yeux en cette occurrence
    Et de vous enfin, qu'il faudrait maudire,
    Et du piège exquis, rien que l'apparence.

    Je vous vois encore! En robe d'été
    Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
    Mais vous n'aviez plus l'humide gaîté
    Du plus délirant de tous nos tantôts.

    La petite épouse et la fille aînée
    Etait reparue avec la toilette
    Et c'était déjà notre destinée
    Qui me regardait sous votre voilette.

    Soyez pardonnée! Et c'est pour cela
    Que je garde, hélas! avec quelque orgueil,
    En mon souvenir, qui vous cajola,
    L'éclair de côté que coulait votre oeil.

    Par instants je suis le Pauvre Navire
    Qui court démâté parmi la tempête
    Et, ne voyant pas Notre-Dame luire,
    Pour l'engouffrement en priant s'apprête.

    Par instants je meurs la mort du Pécheur
    Qui se sait damné s'il n'est confessé
    Et, perdant l'espoir de nul confesseur,
    Se tord dans l'Enfer, qu'il a devancé.

    O mais! par instants, j'ai l'extase rouge
    Du premier chrétien sous la dent rapace,
    Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
    Un poil de sa chair, un nerf de sa face!

    AQUARELLES

    GREEN

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
    Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
    Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
    Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

    J'arrive tout couvert encore de rosée
    Que le vent du matin vient glacer à mon front.
    Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
    Rêve des chers instants qui la délasseront.

    Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
    Toute sonore encor de vos derniers baisers
    Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête
    Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

    SPLEEN

    Les roses étaient toutes rouges
    Et les lierres étaient tout noirs.

    Chère, pour peu que tu te bouges
    Renaissent tous mes désespoirs.

    Le ciel était trop bleu, trop tendre,
    La mer trop verte et l'air trop doux.

    Je crains toujours, - ce qu'est d'attendre! -
    Quelque fuite atroce de vous.

    Du houx à la feuille vernie
    Et du luisant buis je suis las,

    Et de la campagne infinie
    Et de tout, fors de vous, hélas!

    STREETS

    I

    Dansons la gigue!

    J'aimais surtout ses jolis yeux
    Plus clairs que l'étoile des cieux,
    J'aimais ses yeux malicieux.

    Dansons la gigue!

    Elle avait des façons vraiment
    De désoler un pauvre amant,
    Que c'en était vraiment charmant!

    Dansons la gigue!

    Mais je trouve encore meilleur
    Le baiser de sa bouche en fleur
    Depuis qu'elle est morte à mon coeur.

    Dansons la gigue!

    Je me souviens, je me souviens
    Des heures et des entretiens,
    Et c'est le meilleur de mes biens.

    Dansons la gigue!

    Soho

    II

    O la rivière dans la rue!
    Fantastiquement apparue
    Derrière un mur haut de cinq pieds,
    Elle roule sans un murmure
    Son onde opaque et pourtant pure
    Par les faubourgs pacifiés.

    La chaussée est très large, en sorte
    Que l'eau jaune comme une morte
    Dévale ample et sans nuls espoirs
    De rien refléter que la brume,
    Même alors que l'aurore allume
    Les cottages jaunes et noirs.

    CHILD WIFE

    Vous n'avez rien compris à ma simplicité,
    Rien, ô ma pauvre enfant!
    Et c'est avec un front éventé, dépité,
    Que vous fuyez devant.

    Vos yeux qui ne devaient refléter que douceur
    Pauvre cher bleu miroir
    Ont pris un ton de fiel, ô lamentable soeur,
    Qui nous fait mal à voir.

    Et vous gesticulez avec vos petits bras
    Comme un héros méchant,
    En poussant d'aigres cris poitrinaires, hélas!
    Vous qui n'étiez que chant!

    Car vous avez eu peur de l'orage et du coeur
    Qui grondait et sifflait,
    Et vous bêlâtes vers votre mère - ô douleur! -
    Comme un triste agnelet.

    Et vous n'aurez pas su la lumière et l'honneur
    D'un amour brave et fort,
    Joyeux dans le malheur, grave dans le bonheur,
    Jeune jusqu'à la mort!

    A POOR YOUNG SHEPHERD

    J'ai peur d'un baiser
    Comme d'une abeille.
    Je souffre et je veille
    Sans me reposer:
    J'ai peur d'un baiser!

    Pourtant j'aime Kate
    Et ses yeux jolis.
    Elle est délicate,
    Aux longs traits pâlis.
    Oh! que j'aime Kate!

    C'est Saint-Valentin!
    Je dois et je n'ose
    Lui dire au matin...
    La terrible chose
    Que Saint-Valentin!

    Elle m'est promise,
    Fort heureusement!
    Mais quelle entreprise
    Que d'être un amant
    Près d'une promise!

    J'ai peur d'un baiser
    Comme d'une abeille.
    Je souffre et je veille
    Sans me reposer:
    J'ai peur d'un baiser

    BEAMS

    Elle voulut aller sur les flots de la mer,
    Et comme un vent bénin soufflait une embellie,
    Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie,
    Et nous voilà marchant par le chemin amer.

    Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,
    Et dans ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or,
    Si bien que nous suivions son pas plus calme encor
    Que le déroulement des vagues, ô délice!

    Des oiseaux blancs volaient alentour mollement
    Et des voiles au loin s'inclinaient toutes blanches.
    Parfois de grands varechs filaient en longues branches,
    Nos pieds glissaient d'un pur et large mouvement.

    Elle se retourna, doucement inquiète
    De ne nous croire pas pleinement rassurés,
    Mais nous voyant joyeux d'être ses préférés,
    Elle reprit sa route et portait haut la tête.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading
    Informations
    L'auteur

    Paul Verlaine
    Documents associés
    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    poésie française, symbolisme
    Paul Verlaine
    Espoir, amour, isolement, modestie, lien, cible, armure, indulgence, méchanceté, joie
    Joris-Karl Huysmans
    Poésie française, littérature chrétienne
    Anatole France
    Paul Verlaine
    Chanson, voix, bonté, douceur, simplicité, vérité, paix, âme, sagesse, tristesse

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.