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    Dossier: Paideia

    Une application au service de la culture

    Jacques Dufresne
    L'application Paideia est présenté ici sous l'angle des principes qui ont présidé à sa création, plutôt que sous un angle technique.
    Paideia

    L'éditeur d'encyclopédies
    Une application aux mille et un usages


    La première règle de l'éducation est de ne pas trop faciliter des exercices dont le but est la difficulté vaincue.* (Ernest Renan)

    D'abord destiné au monde de l'éducation et conçu en étroite collaboration avec les professeurs et le directeur d'une école, l'Institut Saint-Joseph de Québec, cette application, sous sa forme actuelle ou sous d'autres formes qu'il sera possible de lui donner, se prête à de muliples usages. On peut s'en servir aussi bien à des fins pédagoqiques, allant jusqu'à la création d'une encyclopédie institutionnelle, que pour créer des archives familiales ou assurer la gestion des documents dans une entreprise. Les chercheurs, amateurs ou professionnels, auront aussi intérêt à l'utiliser pour conserver et classer leurs documents et les offrir ensuite au reste du monde ou à quelques collègues ou amis.

    Cette application est un dérivé, simplifié et amélioré de celui que nous avons créé pour L'Encyclopédie de L'Agora sur Internet. Nous l'avons appelé Paideia** parce que ce mot désigne parfaitement la conception de l'homme et de l'éducation en fonction de laquelle nous l'avons conçu. Qualifier cette conception d'humaniste équivaut à dire qu'elle repose sur un idéal d'harmonie entre les trois parties de l'être humain: l'intelligence symbolisée par la tête, l'affectivité symbolisée par le coeur et les instincts symbolisés par le ventre. Qu'il adhère ou non à cette conception, l'utilisateur de Paideia a intérêt à la connaître. Le lien que nous établissons entre l'application lui-même et nos principes pourra servir d'exemple à ceux qui voudront adapter la même application à d'autres principes.

    L'usage humaniste de l'ordinateur

    S'il faut remonter à la Grèce antique pour retrouver cet idéal sous sa forme la plus pure, on en trouve la trace encore bien vivante dans de nombreuses expressions du langage courant. Perdre la tête, garder la tête froide, avoir le coeur à la bonne place, avoir du coeur au ventre. Ces expressions reposent sur l'idée d'un ordre intérieur tel que la tête doit diriger, que le coeur doit s'émouvoir mais sans se substituer à la tête et que l'énergie du ventre est nécessaire et bienfaisante à condition qu'elle soit mise au service du coeur et gouvernée par l'intelligence.

    Pour désigner cet ordre, Platon emploie le mot harmonie. L'éducation à ses yeux a pour but d'introduire de l'harmonie dans ces êtres humains qui, à l'état de nature, en l'absence de culture, sont en proie au chaos: ce sont les désirs qui en eux imposent alors la loi du ventre au coeur et à la tête.

    Ce but, on peut l'atteindre par deux voies complémentaires: l'enseignement formel et la formation par la cité. Par l'enseignement formel, on s'élève jusqu'à l'idée d'harmonie sous forme abstraite. Les efforts d'attention, la rigueur, la discipline que cette élévation suppose, contribuent à mettre les choses à leur place à l'intérieur de l'âme. La même idée d'harmonie existe aussi dans la cité, incarnée dans des oeuvres d'art: musique, monument, danse, cérémonies, rites. Au contact de ces oeuvres ou de ces événements l'âme s'imprègne d'harmonie par une espèce d'osmose. Un repas fait selon les rites, bien ordonnancé, est une manière de s'imprégner d'harmonie aussi importante dans son ordre que le grand art dans le sien.

    Le mot Paideia signifie éducation. Nous avons adopté le sens plus précis que lui donne le philologue allemand Werner Jaeger dans son grand ouvrage: Paideia ou la formation de l'homme grec. La Paideia est pour lui une formation donnée à la fois par la cité et par un enseignement formel qui est lui-même en harmonie avec ce qu'enseigne la cité de façon informelle: on imagine un philosophe grec expliquant l'idée d'harmonie à ses disciples devant un temple qui est lui-même une incarnation de cette idée. Victor Hugo a évoqué cette symbiose entre l'homme et la cité de façon saisissante:

    Ma symétrie auguste est sœur de la vertu [...]
    Moi, le temple, je suis législateur d'Éphèse;
    Le peuple en me voyant comprend l'ordre et s'apaise;
    Mes degrés sont les mots d'un code, mon fronton
    Pense comme Thalès, parle comme Platon,
    Mon portique serein pour l'âme qui sait lire,
    A la vibration pensive d'une lyre,

    Imposée par une dictature qui la poussera trop loin, une telle symbiose entre l'enseignement formel et la formation par la cité devient oppressive. Mais comme le prouve l'art officiel dans les grandes dictatures occidentales du XXe siècle, ce n'est pas l'harmonie et la liberté qui dans ce cas caractérisent l'enseignement formel et l'environnement symbolique, mais la force, le gigantisme et le conformisme le plus servile.

    Parce que nous craignons ce totalitarisme, mais aussi parce que nous avons créé des sociétés de consommation qui reflètent davantage la variété de nos désirs que l'unité de notre pensée, il est désormais très difficile d'harmoniser l'enseignement formel et la formation par la cité. Cette dernière oppose son chaos et ses sensations fortes à tout effort pour introduire unité, cohérence et harmonie en éducation. Là est la cause de l'état permanent de crise dans lequel se trouve l'école.

    Le remède, de plus en plus de gens le pressentent, consiste à donner aux écoles une autonomie telle qu'elles puissent devenir des oasis où, à l'intérieur même des classes et des familles qui participent à son projet, l'enseignement formel soit complété par un environnement symbolique en harmonie avec lui. Quand les familles désespèrent de jamais trouver une telle école, elles se résignent à assurer elles-mêmes l'éducation de leurs enfants.

    Pour le moment du moins, le réseau Internet auquel l'ordinateur donne accès est un chaos virtuel qui aggrave le chaos de la cité réelle plutôt que d'y remédier. L'application Paideia est un outil qui permet de mettre dans ce chaos un ordre qui pourra servir les fins éducatives de l'école, de la classe ou de la famille qui jugera bon de l'utiliser. À cause de la méthode à laquelle il oblige, de l'exercice du jugement auquel il invite, il peut devenir un prolongement précieux à la fois de l'enseignement formel et de la formation par l'environnement symbolique. Cet environnement est constitué par les images et les sons qu'il est possible d'introduire dans l'encyclopédie de l'institution, de la classe et de la famille.

    Si l'on veut accroître l'unité et la cohérence de l'éducation que l'on souhaite donner, on peut, quel que soit le contexte où l'on se trouve, utiliser le même outil pour créer des centres virtuels de documentation dans lesquels on déposera, en versions numérisées pour un usage limité, les œuvres d'art et les textes dont on espère qu'ils deviendront des sources privilégiées pour les enfants, les élèves ou les étudiants en cause. Nous utilisons cette méthode à L'Encyclopédie de L'Agora et nous nous en félicitons chaque jour. Nous avons créé à cette fin notre centre documentation, que nous appelons Trésor. Nous pouvons y consulter facilement les principaux ouvrages de nos auteurs préférés.

    Méthode

    L'application Paideia favorise l'esprit de méthode.Il contient plusieurs formulaires qui sont autant de fiches que l'on peut qualifier de dynamiques à cause de la façon dont elles facilitent ensuite la recherche. À l'intérieur de ces fiches, il y a plusieurs sections, telle la section enjeux, dans le formulaire de Dossier «nom commun», qui ont le mérite d'inciter à la réflexion. Le premier sens du mot enjeu est ce que l'on risque au jeu. Les enjeux sont les questions importantes qui se posent à propos de tel ou tel dossier. Parmi les enjeux relatifs à la télévision, au climat ou au sport, il y a dans l'ordre: la violence, le réchauffement de la planète, la santé. Dans le formulaire Projet, il y a une section, intitulé sources principales. L'utilisateur est invité à insérer à cet endroit des précisions sur les auteurs ou les personnes (professeurs, chercheurs, témoins d'un événement) dont il s'inspirera de façon spéciale dans la conception et la conduite de son travail.

    Discipline

    La tâche consistant à remplir les nombreuses sections des formulaires paraîtra inutilement fastidieuse à plusieurs. Les professeurs pourront, bien entendu, limiter le nombre de sections obligatoires quand ils le jugeront bon. En s'imposant la discipline de remplir adéquatement les formulaires, les élèves prendront l'habitude d'une discipline dont ils n'auront qu'à se féliciter par la suite. On apprend toujours des choses nouvelles à propos d'un mot quand on se donne la peine d'en indiquer la traduction en diverses langues ou de trouver l'étymologie, les synonymes et les antonymes.

    Les projets

    Paideia est d'abord destiné à la création de projets qui comprendront des dossiers, lesquels comprendront à leur tour des documents associés. Ces projets qui sont au centre de la nouvelle pédagogie ont l'avantage de transformer la quête du savoir en une aventure dont chacun est responsable. Grâce à un outil comme Paideia, ils peuvent aussi constituer en s'accumulant et en se complétant, la mémoire ou l'encyclopédie de l'école. Des modèles seraient ainsi créés et appelés à devenir des sources d'inspiration et des défis à relever pour les générations futures.

    Les projets peuvent aussi dégénérer, comme ce fut si souvent le cas pour les travaux dits de recherche, en une opération consistant à plagier ici et là des éléments d'information que l'on rassemble ensuite sans véritable esprit de synthèse. Comment échapper à ce danger qui apparaît à plusieurs comme une fatalité? Nous avons à L'Agora une longue expérience des projets. Chaque numéro de revue, chaque colloque, chaque séminaire, chaque dossier important de notre Encyclopédie sur Internet sont autant de projets. Cette expérience nous a appris des choses précieuses dont les utilisateurs de Paideia pourront tirer profit. Nous en avons nous-mêmes tiré les règles que nous suivons pour faire l'Encyclopédie de L'Agora sur Internet.

    Au début était le maître

    L'un des premiers grands projets auxquels nous nous sommes attaqués avait pour thème Le Crime. Nous étions au début de la décennie 1970, au moment où il devenait possible d'établir une bibliographie par ordinateur. Cette méthode nous avait permis d'imprimer des kilomètres de référence… dont nous ne sûmes que faire. Ayant appris qu'il y avait à l'Université de Montréal un criminologue de réputation internationale, qui était aussi un humaniste et un grand érudit, le professeur Ellenberger, nous sommes allés le rencontrer avec sous le bras, nos rames de papier imprimé. Quelques heures plus tard, notre projet prenait vraiment forme. Nous savions quelles pistes suivre, quels documents éliminer, quels auteurs étudier, quels problèmes aborder pour faire une œuvre originale. Au début d'une recherche, il convient donc de repérer, grâce aux conseils d'un professeur ou d'un proche, une ou deux sommités mondialement reconnues dans le champ de recherche où se situe le projet. À défaut de pouvoir entrer en contact direct avec ces personnalités, ce à quoi il ne faut pas renoncer trop vite, il faut s'inspirer de leurs œuvres ou encore entrer en contact avec les chercheurs qui connaissent le mieux les œuvres en question. Le maître, qui doit aussi être un guide, sera le plus souvent un professeur, il pourra à la limite être un ami qui se passionne depuis longtemps pour le sujet... mais il faut absolument un guide.

    Vers le réel par le virtuel.

    Dans le travail intellectuel, du plus jeune chercheur au plus reconnu, on est toujours tenté d'accorder à des documents ou à des disciplines plus d'importance qu'à la réalité par rapport à laquelle ces médias ne sont, le mot le dit,que des intermédiaires. C'est ainsi qu'on étudie la biologie moléculaire plutôt que la vie elle-même sous tous ses aspects et dans toute sa complexité. Cette tentation est particulièrement forte pour ce qui est du multimédia auquel l'ordinateur donne accès. Dans la formation en général, comme dans chaque projet, il faut équilibrer l'importance des médias, les intermédiaires, par une revalorisation de l'observation. Si beau et si ressemblant qu'il puisse être sur un écran, le papillon que vous y verrez n'aura jamais le charme indicible de celui que vous découvrirez au terme de ce que l'entomologiste Ernst Jünger appelait une chasse subtile.

    L'ordre dans la totalité.
    «Il faut accueillir toutes les opinions, les loger au niveau qui convient et les composer verticalement.»

    Le respect de cette règle permet d'éviter le piège du dogmatisme, de l'opinion unique, rigide, non fondée, mais sans tomber dans le piège inverse du relativisme. Accueillir toutes les opinions, cela veut dire aussi étudier une chose de tous les points de vue. Dans l'étude de la vie par exemple, la biologie moléculaire n'est pas le seul point de vue; le philosophe ancien, le poète, le peintre, le musicien ont aussi des choses à nous révéler sur ce sujet. L'eau du chimiste ne sera guère potable pour l'intelligence si on ne la baptise pas avec l'eau du biologiste, voire avec celle du poète. De même, si telle vision du monde de l'Inde ou de la Grèce ancienne a été dépassée par celle de Newton, puis par celle d'Einstein, elle n'en contient pas moins une vérité et une beauté dont nous aurions tort de nous priver.

    Notre civilisation a choisi le Big Bang, une explosion, pour évoquer l'origine du monde. D'autres civilisations étaient peut-être plus proches de la vérité en choisissant la métaphore de l'éclosion.

    L'équilibre entre la parole, le texte, le chiffre et l'image

    L'importance prise dans les sciences par le chiffre et le graphique, qui est aussi une image, a provoqué une régression de l'écrit. La plupart des conférenciers désormais ne parlent pas d'abondance et ne suivent pas un texte écrit. Ils commentent de façon laconique des images qui parlent d'elles-mêmes et qui défilent sur un écran. L'écrit avait auparavant provoqué une régression de la tradition orale, et de la mémoire qui la caractérisait. Le multimédia relègue maintenant au second plan le chiffre et l'image statique. La mutation que nous vivons en ce moment est une belle occasion de redonner sa juste importance à chaque moyen d'expression. Même à l'âge du multimédia, il n'y a pas de culture sans une tradition orale vivante. Si Georges Brassens est en ce moment le chanteur favori des jeunes Français, c'est parce que, parmi leurs aînés, des centaines de milliers, des millions peut-être ont appris des chansons de Brassens par cœur et les ont fredonnées ensuite. «Ce qui a été écrit avec le sang mérite d'être appris par cœur.» Ce mot de Nietzsche est plus pertinent qu'il ne l'a jamais été. Chaque projet devrait comporter une part de par cœur. Dans un projet sur le temps, tel poème de Ptolémée mérite d'être appris par cœur, dans un projet sur l'homme, tel poème de Pindare mérite le même honneur. Pour d'autres raisons tout aussi importantes, l'écrit doit être réhabilité. Nous lui devons cette suite dans les idées, et cette émotion dans les mots, qui ont rendu la science possible tout en permettant à la poésie de renaître sous une autre forme. Il faut que dans un projet, l'énoncé initial, de même que les notes, les commentaires et la synthèse finale soient des textes vraiment écrits, rédigés, et non des énoncés laconiques, fonctionnels, présentés sous forme de listes.

    Note
    * Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, Paris 1923, p.114

    **Paideia ,la formation de l'homme grec, Werner Jaeger, Gallimard, 1964.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jacques Dufresne
    Curriculum
    Extrait
    La paideia est une formation donnée, à la fois par la cité, et par un enseignement formel, lui-même en harmonie avec ce qu'enseigne la cité de façon informelle: on imagine un philosophe grec expliquant l'idée d'harmonie à ses disciples devant un temple qui est lui-même une incarnation de cette idée.
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    Victor Hugo
    La Paideia selon Victor Hugo

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