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    Dossier: Néron

    Vie de Néron: les années de mesure

    Suétone
    On parle communément du quinquennium Néronis pour évoquer les cinq premières années du règne de Néron, de 54 à 59. Le contraste avec la débauche meurtrière et les infamies qui ont souillé à jamais la mémoire du politique le plus détesté de l'histoire romaine, est tel qu'il n'est pas interdit de parler de «mesure». D'emblée, Suétone, nous dit que Néron, dès le début de son règne, «annonça qu'il régnerait selon les principes suivant les principes d'Auguste, et ne manqua aucune occasion de montrer sa libéralité, sa clémence et sa douceur.» Ce qu'il fit en effet en établissant une série de mesures qui attestent d'un étonnant souci de piété, de modération et de sobriété. Suétone termine cette partie où il brosse à grands traits, un tableau avantageux de l'exercice du pouvoir par le jeune Néron, en disant: «J'ai rassemblé tous ces faits, dont les uns n'encourent aucun blâme et les autres méritent les plus grands éloges, pour les séparer des infamies et des crimes dont je vais parler.»
    Vie de Néron
    1e partie: les années de mesure
    2e partie: les années de démesure
    3e partie: les derniers jours



    I. Dans la maison Domitia, deux familles s'illustrèrent, celle des Calvinus et celles des Ænobarbus. Les Ænobarbus doivent leur origine et leur surnom à L. Domitius. Celui-ci, revenant un jour de la campagne, rencontra deux jeunes gens d'une beauté céleste, qui lui ordonnèrent d'annoncer au sénat et au peuple une victoire que l'on regardait encore comme incertaine. Pour lui prouver leur divinité, ils lui caressèrent les joues, et de noire qu'était sa barbem elle devint cuivrée. Ce signe demeura à ses descendants, qui presque tous eurent la barbe de cette couleur. La famille des Ænobarbus fut honorée de sept consulats, d'un triomphe et de deux censures. Ses membres furent appelés au patriciat, et tous conservèrent le même surnom. Ils ne prirent même jamais d'autres prénoms que ceux de Cnéius et de Lucius, qu'ils faisaient alternet entre eux d'une manière remarquable. Tantôt, il restait à trois personnes consécutives, tantôt il changeait avec chacune d'elle. Le premier, le second et le troisième Ænobarbus furent des Lucius. Nous retrouvons ensuite trois Cnéius. Les autres sont tantôt des Lucius et tantôt des Cnéius. Il est bon de faire connaître plusieurs membres de cette famille, afin que l'on puisse mieux juger que si, d'un côté, Néron dégénéra des vertus des siens, de l'autre, il reproduisait les vices de chacuns de ses ancêtres, comme s'ils lui eussent transmis avec le sang.

    II. Ainsi, en remontant un peu plus haut, nous dirons que son bisaïeul Cnéius Domitius, pendant son tribunat, irrité de ce que les pontifes, au lieu de l'élire à la place de son père, s'étaient adjoint un autre candidat, fit passer au peuple le droit qu'ils avaient de nommer les prêtres. Après avoir, dans son consulat, vaincu les Allobrogres et les Arvernes, il traversa sa province, monté sur un éléphant et suivi d'une foule de soldats, comme dans la solennité du triomphe. C'est de lui que l'orateur Licinius Crassus disait qu'il n'était pas étonnant qu'il eût une barbe de cuivre, puisqu'il avait une bouche de fer et un coeur de plomb. Son fils, étant prêteur, appela C. César devant le sénat, et le somma de rendre compte de son consulat qu'il avait géré, disait-on, contre les auspices et les lois. Consul lui-même, il essaya de l'enlever à son armée de la Gaule; et, nommé pour lui succéder, par la faction de Pompée, il fut pris dans Corfinium au commencement de la guerre civile. Remis en liberté, il releva par son arrivée le courage des Marseillais qui soutenaient un siège pénible; mais il les abandonna tout à coup et périt enfin à la bataille de Pharsale. Il avait trop peu de fermeté dans le caractère et trop de dureté. Dans un moment où les affaires étaient désespérées, la crainte lui fit souhaiter la mort. Mais il en eut une frayeur si soudaine, qu'il rendit le poison qu'il avait avalé, et qu'il affranchit son médecin qui, prévoyant son retour, avait atténué les effets de la potion fatale. C'est lui qui, lorsque Cn. Pompée délibérait sur ce qu'il fallait faire de ceux qui resteraient neutres, soutint seul qu'on devait les traiter en ennemis.

    III. Il laissa un fils qui fut, sans contredit, le meilleur de tous les Domitius. Enveloppé, quoiqu'innocent, dans la loi Pédia contre les complices de la mort de César, il se retira auprès de Cassius et de Brutus dont il était le proche parent. Après leur mort, il sut conserver et même augmenter la flotte qu'ils lui avaient jadis confiée, et ne la remit à Marc-Antoine qu'après la défaite entière de son parti, et par un accommodement volontaire qui fut considéré comme un très-grand service. Aussi de tous ceux qui avaient été condamnés pour la même cause, il fut seul rétabli dans sa patrie, où il obtint les plus éclatantes dignités. La guerre civile s'étant rallumée, il fut lieutenant d'Antoine, et ceux qui rougissaient d'obéir à Cléopâtre lui offrirent le commandement. Mais n'osant ni l'accepter ni le refuser à cause de l'affaiblissement subit de sa santé, il passa du côté d'Auguste et mourut quelques jours après, sans avoir pu se garantir de tout reproche; car Antoine prétendit qu'il ne l'avait abandonné que pour revoir sa maîtresse Servilia Naïs.

    IV. Son fils Domitius fut l'exécuteur testamentaire d'Auguste, aussi connu dans sa jeunesse par son habileté à conduire un char, qu'illustré par la suite par les ornements du triomphe qui lui furent décernés dans après la guerre de Germanie. Fier, prodigue et cruel, dans son édilité, il força le censeur Lucius Pancus à se ranger sur son passage. Das son consulat et dans sa préture, il fit paraître sur la scène des chevaliers romains et des matrones pour représenter des mimes. Il donna au cirque et dans tous les quartieres de la ville de combats de bêtes. Il y joignit aussi un spectacle de gladiateurs. Mais il y apporta tant de barbarie, qu'Auguste, qui lui en avait déjà fait secrètement d'inutiles reproches, jugea nécessaire de l'en blâmer par un édit.

    V. Antonio, l'aînée, lui donna un fils qui fut père de Néron, et dont la vie fut en tout point abominable. Ce fils qui avait accompagné en Orient le jeune Caïus Césur, tua son affranchi parce qu'il avait refusé de boire autant qu'il l'ordonnait. Renvoyé pour ce meurtre de la cour du prince, il ne se conduisit pas avec plus de réserve. Il écrasa exprès un enfant dans un bourg sur une voie Appienne, en lançant tout à coup ses chevaux au galopé. À Rome, sur la place publique, il arracha un œil à un chevalier romain qui lui adressait des reproches avec trop de liberté. Il était de si mauvaise foi, que non seulement il privait les courtiers du prix de ce qu'il achetait, mais que, dans sa préture, il frustrait de leurs récompenses les vainqueurs des courses de chars. Cependant les railleries amères de sa sœur et les plaintes des patrons des coureurs l'engagèrent à statuer qu'à l'avenir les prix seraient payés comptant. Quelques jours avant la mort de Tibère, accusé de lèse-majesté, de plusieurs adultères et d'inceste avec sa sœur Lépida, il ne dut son salut qu'au changement de règne. Il mourut d'hydropisie à Pyrges. Il avait eu d'Agrippine, fille de Germanicus, un fils nommé Néron.

    VI. Néron naquit à Antium, neuf mois après la mort de Tibère, le quinze de décembre, au lever du soleil, en sorte qu'il fut frappé de ses rayons avant de toucher la terre. Parmi beaucoup de conjectures effrayantes qui furent faites à l'instant de sa naissance, on regarda comme un présage la réponse de Domitius son père aux félicitations de ses amis, «qu'il ne pouvant naître d'Agrippine et de lui rien que de détestable et de funeste au bien public.» Le jour de son inauguration, on remarqua un signe évident de sa malheureuse de sa destinée. Caius César, pressé par sa sœur de donner le nom qu'il voudrait, tourna ses yeux vers Claude son oncle, qui depuis l'adopta lorsqu'il fut empereur, et dit qu'il lui donnait son nom. Mais ce n'était qu'une plaisanterie: ce nom fut dédaigné par Agrippine, parce qu'alors Claude était le jouet de la cour. À trois ans, Néron perdit son père. Héritier pour un tiers, il n'eut pas même cette portion, parce qu Caius son cohéritier s'empara de tous les biens et même exila sa mère. Réduit presque à l'indigence, il fut nourrir chez sa tante Lépida, sans autres maîtres qu'un danseur et un barbier. Sous le règne de Claude, il rentra dans les biens de son père et s'enrichit de l'héritage de son beau-père, Crispus Passiénus. Le crédit et la puissance de sa mère, lorsqu'elle fut rappelée à Rome, l'élevèrent si haut que le bruit courut que Messaline, femme de Claude, jalouse de ce qu'il était devenu le rival de Britannicus, avait aposté des gens pour l'étrangler pendant qu'il ferait sa méridienne. On ajouta que les meurtriers s'étaient enfuis, effrayés à la vue d'un serpent qui s'élançat de son oreiller. Ce qui donna lieu à ce conte, c'est qu'on trouva un jour la peau d'un serpent auprès du chevet de son lit. Sa mère lui fit porter pendant quelque temps à son bras droit dans un bracelet d'or. Mais ensuite, importuné du souvenir de sa mère, il le rejeta, et, plus tard, il le rechercha en vain dans ses derniers malheurs.

    VII. Dès l'âge le plus tendre, encore adolescent, il était un des acteurs les plus assidus aux jeux troyens dans le cirque, et il y obtint de nombreux applaudissements. À onze ans, il fut adopté par Claude, et confié aux soins de Sénèque, qui était déjà sénateur. La nuit suivante, Sénèque rêva, dit-on, qu'il était précepteur de Caius César, et Néron vérifia bientôt ce songe, en donnant, le plus tôt qu'il put, des marques de son caractère exécrable. Son frère Britannicus l'ayant appelé, par habitude, Ænobarbus, après son adoption, il tâcha de faire croire à Claude que Britannicus n'était point son fils. Il accabla publiquement de son témoignage sa tante Lépida, pour plaire à Agrippine qui la poursuivait en justice. Conduit au Forum pour y prendre la toge, il fit des distributions au peuple et des présents au soldat. Il porta le bouclier dans la revue des gardes prétoriennes, et rendit à son père des actions de grâces dans le sénat. Il plaida en latin devant Claude, alors consul, pour les habitants de Boulogne, et en grec pour les Rhodiens et les Troyens. Sa première magistrature fut celle de préfet de Rome pendant les fêtes latines, où les plus célèbres avocats s'empressèrent de porter devant lui, non des affaires ordinaires et courtes suivant l'usage, mais un grand nombre de causes importantes, sans avoir égard à la prohibition de Claude. Peu de temps après, il épousa Octavie, et fit célèbrer, pour le salut de Claude, des jeux dans le cirque et des combats de bêtes.

    VIII. Il avait dix-sept ans lorsqu'on annonça publiquement la mort de Claude. Il se présenta devant les gardes entre la sixième et la septième heure, parce que dans toute la journée nulle autre ne parut plus favorable pour prendre les auspices. Il fut salué empereur sur les degrés du palais, et porté en litière dans le camp. Là, il harangua les soldats à la hâte, et se rendit ensuite au sénat qu'il ne quitta que le soir. De tous les honneurs extraordinaires dont on le comblait, il ne refusa que le titre de père de la patrie qui ne convenait pas à son âge.

    IX. Passant de là à des démonstrations de piété, il fit faire de magnifiques funérailles à Claude, prononça son oraison funèbre, à la mémoire de son père Domitius. Il abandonna à sa mère la direction de toutes les affaires publiques de son règne, il donna pour mot d'ordre, au tribun de garde «la meilleure des mères». Dans la suite, il se promena souvent en public avec elle dans la même litière. Il établit une colonie à Antium, composée de vétérans prétoriens, et, comme pour les changer de garnison, il y transporta les plus riches primipilaires. Il y fit construire aussi un très beau port.

    X. Pour donner encore une meilleure idée de son caractère, il annonça qu'il régnerait selon les principes suivant les principes d'Auguste, et ne manqua aucune occasion de montrer sa libéralité, sa clémence et sa douceur. Il abolit ou diminua les impôts trop onéreux. Il réduisit au quart le salaire des délateurs, fixé par la loi Papia, et distribua au peuple quatre cent sesterces par tête. Il assigna à tous les plus nobles sénateurs privés de fortune des appointements annuels, dont plusieurs allaient jusqu'à cinq cent milles sesterces. Il assura aux cohortes prétoriennes des rations de blé gratuites et mensuelles. Un jour que, selon l'usage, on lui demandait de signer la condamnation d'un criminel: «Que je voudrais, dit-il, ne pas savoir écrire!» Il saluait tous les citoyens en les appelant par leur nom. Il répondit au sénat qui le remerciait: «Attendez que je l'aie mérité.» Il admettait le peuple à ses exercices du Champ-de-Mars. Il déclama souvant en public, lut des vers non seulement chez lui, mais sur le théâtre, et excita un tel enthousiasme que, pour cette lecture, on vota des actions de grâces aux dieux, et qu'une partie de ces vers furent gravés en lettres d'or, et dédiée à Jupiter Capitolin.

    XI. Il donna un grand nombre de spectacles en tout genre, des juvénales, des jeux du cirque, des représentatoins théâtrales et de combats de gladiateurs. Il admit aux juvénales des vieillards consulaires et de vieilles matrones. Il donna aux chevaliers une place séparée dans le cirque, et il y fit paraître jusqu'à des attelages de chameaux. Dans les jeux pour l'éternité de l'empire, qu'il appela les grands jeux, des personnes des deux ordres et des deux sexes remplirent des rôles divertissants. Un chevalier très connu courut dans la lice sur un éléphant. On joua une comédie d'Afrianus, intitulée l'Incendie, et l'on abandonna aux acteurs le pillage d'une maison dévorée par les flammes. Chaque jour, on faisait au peuple toutes sortes de largesses. On lui distribuait des oiseaux par milliers, des mets de toute espèce, des bons payables en grains, des vêtements, de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des perles, des tableaux, des esclaves, des bêtes de somme, des bêtes apprivoisiées, enfin des vaisseaux, des îles et des terres.

    XII. Néron regardait ces jeux du haut de l'avant-scène. Dans l'espace d'un an, il construisit, près du Champ-de-Mars, un ampithéâtre en bois, dans lequel il donna un spectacle de gladiateurs, où il ne laissa périr personne, pas même les coupables; mais il y mit aux prises quarante sénateurs et soixantes chevaliers, dont quelques-uns jouissaient d'une fortune et d'une réputation à l'abri de tout reproche. Il choisit, dans les mêmes ordres, des combattants contre les bêtes, et pourvut à divers emplois de l'arène. Il donna aussi une naumachie où des monstres marins nageaient dans de l'eau de mer. Il fit danser la pyrrhique à des jeunes gens auxquels il délivra ensuite des diplômes de citoyens romains. Parmi les sujets de ces pyrrhiques, le taureau saillit Pasiphaé, qui était, ainsi que le crurent beaucoup de spectateurs, renfermés dans une vache de bois. Dès son premier effort, Icare tomba à côté de la loge et le couvrit de son sang. En effet, Néron présidait rarement alors, et regardait le spectacle par de petites ouvertures; mais, dans la suite, il s'établit en plein podium. Il fut le premier qui institua à Rome des jeux quinquennaux qu'il appela Néroniens. Ces jeux étaient de trois genres, à la manière des Grecs, c'est-à-dire qu'il y avait de la musique, des exercices gymniques et des courses à cheval. Après avoir consacré des bains et un gymnase, il offrit de l'huile aux sénateurs et aux chevaliers. Le sort désigna parmi les consulaires les intendants des jeux, et on leur donna la place des préteurs. Néron descendit ensuite dans l'orchestre, au milieu du sénat, et reçut la couronne d'éloquence et de poésie latine que les plus illustres citoyens s'étaient disputée, et qu'ils lui accordèrent d'un consentement unanime. Il baisa celle que lui décernèrent les juges, comme joeur de luth, et la fit mettre au pied de la statue d'Auguste. Dans les jeux gymniques qu'il donna au Champ-de-Mars, il déposa les prémices de sa barbe au milieu d'un sacrifice solennel, les renferma dans une botte d'or garnie des perles les plus préciseuses, et les consacra à Jupiter Capitolin. Il invita même au spectacle des athlètes, parce qu'à Olympie on permettait aux prêtresses de Cérès d'y assister.

    XIII. On peut compter avec raison parmi les spectacles qu'il donna, l'entrée de Tiridate à Rome. Ce roi d'Arménie, attiré par ses grandes promesses, devait paraître devant le peuple au jour marqué par un édit; mais le mauvais temps y mit obstacle. Néron le montra de la manière la plus avantageuse pour lui. Il rangea autour du Forum des cohortes sous les armes, et s'assit dans la tribune aux harangues, sur une chaise curule, en costume de triomphateur, environné des enseignes militaires et des aigles romaines. Tiridate monta les degrés, et se mit à genoux. Néron le releva et l'embrassa. À sa prière, il lui ôta ensuite sa tiare, et lui mit le diadème sur la tête, tandis qu'un ancien prêteur traduisait à la multitude les paroles du suppliant. De là il le conduisit au théâtre, et, après en avoir reçu de nouveaux hommages, il le plaça à sa droite. Salué empereur, à la suite de cette cérémonie, Néron porta sa couronne de laurier au Capitole, et ferma le temple de Janus, comme s'il ne restait pas aucune guerre à terminer.

    XIV. Il fut quatre fois consul: la première pendant deux mois, la seconde et la dernière pendant six, et la troisième pendant quatre. Son deuxième et son troisième consulats furent consécutifs; un an d'intervalle sépara les deux autres.

    XV. Dans ses fonctions judiciaires, il ne répondait guère aux demandeurs que le lendemain et par écrit. À ses audiences, il supprimait les discours suivis, et il écoutait alternativement les parties sur les principaux points du débat. Toutes les fois qu'il se retirait pour délibérer, il n'opinait ni en commun ni en public; mais, seul et en silence, il lisait les opinions écrites par chacun, et prononçait ce qui lui plaisait, comme si c'eût été l'avis de la majorité. Pendant longtemps, il n'admit point dans le sénat les fils d'affranchis, et n'accorda aucun honneur à ceux que ses prédecesseurs y avaient introduits. Pour consoler des délais et des retards les candidats qui excédaient le nombre des magistratures, il les mettait à la tête des légions. Il ne conférait ordinairement le consulat que pour six mois. Un des consults étant mort vers les calendes de janvier, il ne lui substitua personne et il blâma l'ancien exemple de Caninius Rébilus qui n'avait été consul qu'un jour. Il décerna les ornements du triomphe à des questeurs et même à quelques chevaliers, quoiqu'ils n'eussent rendu aucun service militaire. Souvent, sans recourir au questeur, il faisait lire par un consul les discours qu'il envoyait au sénat sur divers sujets.

    XVI. Il inventa, pour les bâtiments de Rome, un nouveau genre de construction. Il voulut que les maisons publiques et les maisons privées eussent des portiques par-devant, et que du haut de leurs plates-formes on pût éteindre les incendies. Ces portiques furent construits à ses frais. Il avait aussi l'intention de prolonger les murs de Rome jusqu'à Ostie, et de faire entrer la mer dans l'ancienne ville par un canal. Sous son règne, beaucoup furent sévèrement réprimés et punis; beaucoup de réglements furent également établis pour les prévenir. Il mit des bornes au luxe. Il réduisit les festins publics à de simples distributions de vivres. Il défendit de vendre dans les cabarets des mets cuits, à l'exception des légumes et du jardinage, tandis que, auparavant, on y servait tous les plats. Il livra aux supplices les chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable. Il mit fin aux excès des coureurs de chars qui, profitant d'un ancien privilège, se faisaient un jeu de tromper et de voler, en courant de tous côtés. Il exila tout à la fois les factions des pantomimes et les pantomimes eux-mêmes.

    XVII. D'après un système nouveau pour déjouer les faussaires, il ordonna que les tablettes seraient percées, et qu'on y imprimerait le sceau, après avoir trois fois passé le cordon dans les trous. Il décréta que, dans les testaments, les deux premières pages seraient présentées vides aux témoins, et que l'on n'y inscrirait que le nom des testateurs. Il défendit à ceux qui écrivaient le testament d'autrui de s'y donner un legs. Il régla et garantit le salaire des avocats. Mais il voulut que les plaideurs ne donnassent absolument rien pour le droit de présence des juges, et que le fisc se chargeât seul des frais. Enfin il ordonna que les procès du fisc fussent portés au Forum et devant des arbitres, et que tous les appels fussent déférés au sénat.

    XVIII. Jamais il n'eut l'intention ni ne conçut l'espoirt de reculer les limites de l'empire. Il voulut même retirer son armée de Bretagne. Le respect seul le retint: il aurait paru insulter à la gloire de son père. Il réduisit en province romaine le royaume de Pont que lui céda le roi Polémon, et les Alpes après la mort de Cottius.

    XIX. Il n'entreprit que deux voyages, l'un à Alexandrie, l'autre en Achaïe. Il reconça au premier par scrupule et par crainte, le jour même du départ, parce que, s'étant assis dans le temple de Vesta, après avoir visité les autres temples, sa toge s'accrocha au moment où il voulait se lever, et un grand éblouissement lui déroba la vue des objets. Dans l'Achaïe, il essaya de percer l'isthme, et harangua les soldats prétoriens pour les exciter à l'ouvrage. Au signal de la trompette, il donna le premier coup de pioche, et emporta sur ses épaules un panier rempli de terre. Il préparait une expédition militaire vers les portes Caspiennes, composée d'hommes de six pieds, qu'il appelait la phalange d'Alexandre le Grand. J'ai rassemblé tous ces faits, dont les uns n'encourent aucun blâme et les autres méritent les plus grands éloges, pour les séparer des infamies et des crimes dont je vais parler.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Suétone
    Historien latin (v. 69 ap. J.-C. - 125), auteur des Vies des douze Césars.
    Mots-clés
    Première partie de la vie de Néron par Suétone, ses origines, les premières de son règne
    Extrait
    «Pour donner encore une meilleure idée de son caractère, il annonça qu'il régnerait selon les principes suivant les principes d'Auguste, et ne manqua aucune occasion de montrer sa libéralité, sa clémence et sa douceur. Il abolit ou diminua les impôts trop onéreux. Il réduisit au quart le salaire des délateurs, fixé par la loi Papia, et distribua au peuple quatre cent sesterces par tête. Il assigna à tous les plus nobles sénateurs privés de fortune des appointements annuels, dont plusieurs allaient jusqu'à cinq cent milles sesterces. Il assura aux cohortes prétoriennes des rations de blé gratuites et mensuelles. Un jour que, selon l'usage, on lui demandait de signer la condamnation d'un criminel: "Que je voudrais, dit-il, ne pas savoir écrire!"»
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