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    Dossier: Néron

    Vie de Néron: les années de démesure

    Suétone
    Vie de Néron
    1e partie: les années de mesure
    2e partie: les années de démesure
    3e partie: les derniers jours


    [Néron musicien]
    XX. La musique était un des enseignements dont on avait imbu son enfance. Dès qu'il eut monté sur le trône, il fit venir Terpnus, le premier joueur de luth de son temps. Durant plusieurs jours, après son repars, il se tint à côté de lui pour l'entendre chanter jusqu'à bien avant dans la nuit. Peu à peu, il se mit à cultiver cet art et à s'y exercer, sans omettre aucune des précautions que prennent les artistes de ce genre pour conserver ou développper leur voix. Il se couchait sur le dos en portant sur sa poitrine une feuille de plomb; il prenait des lavements et des vomitifs; il s'abstenait de fruits et d'aliments nuisibles à son talent. Enfin, content de ses progrès, quoiqu'il eût la voix fabile et voilée, il voulut monter sur le théâtre. Il répétait de temps en temp à ses amis ce proverbe grec:
    De musique ignorée on n'a jamais dit mot
    Ce fut à Naples qu'il débuta. En vain un tremblement de terre ébranla le théâtre; il ne cessa de chanter que lorsqu'il eut fini son air. Il y chanta souvent, et plusieurs jours de suite. Après avoir pris un peu de loisir pour reposer sa voix, impatient de l'obscurité, au sortir du bain, il revint au théâtre, mangea dans l'orchestre en présence d'un peuple nombreux, et promit en grec «qu'aussitôt qu'il aurait un peu bu, il ferait retentir quelque chose de plein et de sonore.» Flatté des louanges que lui donnèrent en musique les habitants d'Alexandrie, qu'un nouveau commerce de grains avait attirés à Alexandrie, il en fit venir plusieurs de cette ville. Il choisit également partout de jeunes chevaliers et plus de cinq mille jeunes plébéiens des plus robustes, partagés en différents corps, et leur fit apprendre diverses manières d'applaudir, telles que les bourdonnements, les claquements à main concave et les castagnettes, afin qu'ils l'appuyassent toutes les fois qu'il chanterait. Ces jeunes gens étaient remarquables par leur épaisse chevelure et leur excellente tenue. Ils portaient un anneau à la main gauche, et leurs chefs gagnaient quarante mille sesterces.

    XXI. Comme il tenait surtout à chanter à Rome, il y fit célébrer les jeux néroniens avant le temps prescrit. Tout le monde ayant demandé instamment à entendre sa voix céleste, il répondit qu'il céderait à ce vœu dans ses jardins. Mais ses gardes joignant leurs prières à celles du peuple, il promit volontiers de paraître sur la scène, et fit aussitôt inscrire son nom sur la liste des musiciens qui devaient concourir. Il tira au sort comme les autres, et entra à son tour suivi des tribuns militaires et accompagné de ses amis intimes. Les préfets du prétoire portaient son luth. Lorsqu'il eut pris position et achevé son prélude, il annonça par le consulaire Cluvius Rufus, qu'il chanterait Niobé, et il chanta en effet jusqu'à la dixième heure. Néanmoins il remit à l'année suivante la couronne et les autres parties du concours pour avoir plus souvent l'occasion de chanter. Ce délai lui paraissant trop long, il ne cessa pas de se montrer en public. Il ne craignit point de se mêler aux comédiens sur des théâtres particuliers, et un prêteur lui offrit en paiement un million de sesterces. Il figura aussi dans des rôles tragiques. Il représenta les héros et les dieux sous un masque fait à sa ressemblance, tandis que celui des héroïnes et des déesses reproduisait les traits de la femme qu'il aimait le plus. Il joua particulièrement les Couches de Canacé, Oreste meurtrier de sa mère, Œdipe aveuglé et Hercule furieux. On raconte que, dans cette dernière pièce, un jeune soldat qui était de garde à l'entrée du théâtre, voyant enchaîner son maître, comme le demandait le sujet, s'élança pour lui porter secours.

    [Sa passion pour les courses]
    XXII. Dès sa plus tendre jeunesse, il aima passionnément les chevaux, et sa conversation favorite, quoiqu'on le lui défendit, roulait sur les courses du cirque. Un jour qu'il plaignait devant ses condisciples le sort d'un conducteur de la faction verte qui avait été traîné par son attelage, pour tromper son maître qui l'en réprimandait, il dit qu'il parlait d'Hector. Dans les commencements de son règne, il jouait tous les jours sur une table avec des quadriges d'ivoire, et s'échappait de sa retraite au moindre bruit d'une exercice dans le cirque, d'abord en secret, ensuite ouvertement, de manière à ne laisser ignorer à personne qu'il y assisterait au jour fixé. Il ne dissimula point l'intention qu'il avait d'augmenter le nombre des prix. Aussi le spectacle se prolongeait-il jusqu'au soir, parce que les récompenses se multipliaient au point que les chefs des factions ne consentaient à amener leurs bandes que pour la journée entière. Bientôt Néron voulut conduire lui-même des chars, et se donner souvent en spectacle. Après avoir fait son apprentissage dans ses jardins devant ses esclaves et le bas peuple, il se montra publiquement dans le grand cirque. Ce fut un de ses affranchis qui donna le signal du même lieu d'où les magistrats le donnent ordinairement. Non content d'avoir essayé ses divers talents à Rome, il alla, comme nous l'avons dit, en Grèce, uniquement parce que les villes où étaient établis des concours de musique avaient coutume de lui envoyer les couronnes de tous les concurrents. Il les acceptait avec tant de reconnaissance, que les députés qui les lui apportaient étaient reçus les premiers et admis à ses repas intimes. Quelques-uns d'entre eux l'ayant prié de chanter après souper, il fut comblé d'éloges. Il dit alors «qu'il n'y avait que les Grecs qui sussent écouter, et qui fussent dignes d'apprécier ses talents.» Il partit sans délai, et, à pein débarqué à Cassiope, il se mit à chanter devant l'autel de Jupiter Cassius.

    XXIII. Il parut désormais dans tous les genres d'exercices. Il réunit dans une seule année les spectacles qui appartenaient aux époques les plus éloignées. Quelques-uns même furent recommencés. Il fit, contre l'usage, ouvrir à Olympie un concours de musique. Pour n'être pas dérangé ou détourné de ses occupations, il répondit à son affranchi Hélius, qui lui écrivait que les affaires de Rome exigeaient sa présence: «Quoique tu paraisses désirer et être d'avis que je revienne promptement, tu dois plutôt me conseiller et souhaiter que je revienne digne de moi-même.» Lorsqu'il chantait, il n'était pas permis de sortir du théâtre, pas même pour une raison indispensable. Aussi quelques femmes accouchèrent, dit-on, au spectacle, et beaucoup de personnes, lasses d'écouter et d'applaudir, sautèrent à la dérobée par-dessus les murs des villes dont il avait fait fermer les portes, ou feignirent d'être mortes pour qu'on les enlevât sous prétexte de les enterrer. On ne saurait croire avec quelle crainte, quelle inquiétude, quelle jalousie et quelle défiance des juges il entrait dans la lice. Il observait ses adversaire, les épiait, les décriait secrètement, comme s'ils eussent été ses égaux; quelquefois, il les attaquait par des propos injurieux lorsqu'il les rencontrait, et corrompait ceux qu'il l'emportaient sur lui par leur talent. Avant de commencer, il adressait aux juges une respectueuse allocution, disant qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait faire, mais que le succès dépendait de la fortune; qu'en hommes doctes et sages, ils devaient exclure tout ce tient du hasard. Quand les juges l'encourageaient, il se retirait plus tranquille, mais non sans inquiétude, attribuant à la malignité et à la mauvaise humeur le silence et la réserve de quelques-uns d'entre eux, et disant qu'ils lui étaient suspects.

    XXIV. Il obéissait si strictement aux lois du concours, que jamais il ne se permit de cracher, et qu'il essuyait avec son bras la sueur de son front. À une représentation tragique, ayant laissé échapper son septre, il se hâta de le relever, tout tremblant, parce qu'il craignait que cette contravention ne l'écartât du concours. Il fallut, pour le rassurer, que son pantomime lui jurât que ce mouvement n'avait point été aperçu au milieu de la joie et des acclamations du peuple. Il se proclamait vainqueur lui-même. Aussi concourait-il pour l'emploi de héraut. Jaloux d'effacer tout souvenir et tout vestige des anciens vainqueurs, il fit renverser et traîner avec un croc dans les égouts, leurs statues et leurs images. Souvent aussi il conduisit des chars. Aux jeux olympiques, il en guidait un attelé de dix chevaux, quoique, dans une de ses pièces de vers, il eût blâmé le roi Mithridate de l'avoir fait. Il fut renversé de son char; on l'y replaça; mais il ne put s'y tenir jusqu'à la fin de la course. Il n'en fut pas moins couronné. En partant, il accorda la liberté à toute la province et le droit de cité aux juges, ainsi qu'une forte somme d'argent. Lui-même, au milieu du stade, le jour des jeux isthmiques, il annonça à haute voix ces récompenses.

    XXV. Revenu de la Grèce à Naples, où il avait débuté dans l'art théâtral, il y entra sur un char traîné par des chevaux blancs, à travers une brèche pratiquée dans la muraille, selon l'usage des vainqueurs aux jeux sacrés. Il fit la même entrée à Antium, dans sa maison d'Albe et dans Rome. Mais, à Rome, il était sur le char qui avait servi au triomphe d'Auguste, revêtu d'un manteau de pourpre et d'une chlamyde d'étoiles d'or, la couronne olympique sur la tête, et la couronne pythique à la main droite, tandis que les autres couronnes étaient portées en pompe devant lui, avec des inscriptions qui indiquaient le lieu de sa victoire, le nom des vaincus, les chants et les pièces où il avait triomphé. Le char était suivi de gens qui applaudissaient comme à une ovation; ils criaient qu'ils étaient les compagnons de l'empereur et les soldats de son triomphe. On démolit ensuite une arcade du grand cirque, et Néron traversa le Vélabre et le Forum pour se rendre au temple d'Apollon Palatin. On immolait des victimes sur son passage; on y répandait du safran, on y jetait des oiseaux, des rubans et des friandises. Il suspendit ses couronnes sacrées dans ses appartements, au-dessus des lits. Il y plaça aussi ses statues en habit de joueur de luth, et fit frapper une médaille où il figurait de la même manière. Dans la suite, loin de se refroidir et de renoncer à ses goûts, pour conserver sa voix, il ne faisait de proclamation à ses soldats que lorsqu'il était absent, ou se servait, pour leur parler, de l'intermédiaire d'un autre. Dans les affaires plaisantes ou sérieuses, il avait toujours auprès de lui son maître de chant qui l'avertissait de ménager ses poumons, et de mettre un linge devant sa bouche. Souvent, il réglait son amitié ou sa haine sur la dose plus ou moins forte de louange qu'on accordait à son talent.

    XXVI. Le désordre, la débauche, la profusion, l'avarice et la cruauté ne parurent d'abord de sa part que des erreurs de jeunesse auxquelles il ne se livra qu'en secret et par degrés, mais, quoiqu'il fit, personne ne se douta que ces vices n'appartinssent à son caractère plutôt qu'à son âge. À l'entrée de la nuit, il se coiffait d'un bonnet ou d'un chapeau, fréquentait les tavernes, parcourait en fôlatrant tous les quartiers de la ville et y faisait beaucoup de dégâts. En effet, il chargeait d'ordinaire les gens qui revenaient de souper, les blessait qu'ils faisaient résistance, et les précipitait dans les égoûts. Il brisait même et pillait les échoppes, et dans une cantine établie chez lui, il vendait le butin à l'encan pour en dissiper le produit. Dans ces sortes de querelles, il risqua souvent de perdre les yeux ou la vie. Un sénateur, dont il avait insulté la femme, pensa le faire expirer sous les coups. Aussi désormais ne se hasarda-t-il plu en public à la même heure, sans être suivi de loin et en secret par des tribuns. Le jour même, on le portait furtivement au théâtre dans une litière, et, du haut de l'avant-scène, il regardait et encourageait les émeutes excitées par les pantomimes. Lorsqu'on en était venu aux mains et qu'on se battait à coups de pierres et de bancs cassés, il en jetait aussi beaucoup sur le peuple, et blessa même une fois un prêteur à la tête.

    [Ses débauches]
    XXVII. Peu à peu ses vices se développèrent à un tel point que, laissant là toute plaisanterie et tout mystère, il se jeta publiquement dans les plus grands excès, sans s'inquiéter du soin de les dissimuler. Il prolongeait ses repas de midi à minuit. Souvent il prenait des bains chauds, et pendant l'été, des bains à la neige. Quelquefois il soupait en public, soit dans la Naumachie qu'il faisait fermer, soit au Champ-de-Mars ou dans le grand cirque, et se faisait servir par toutes les courtisanes et toutes les danseuses de Rome. Lorsqu'il descendait le Tibre pour se rendre à Ostie, ou qu'il passait devant le golfe de Baies, on disposait, le long du rivage, des guinguettes et de magnifiques lieux de débauches pour les matrones qui, placées là comme des hôtesses, l'appelaient de toutes parts et l'invitaient à débarquer chez elles. Il se priait à souper chez ses amis. Il en coûta à l'un d'eux plus quatre millions de sesterces, pour une espèce de diadème, et plus encore à un autre pour un breuvage à la rose.

    XXVIII. Sans parler de ses débauches avec les hommes libres, et de ses amours adultères, Néron viola une vestale nommée Rubria. Il fut sur le point d'épouser en légitime mariage son affranchie Acté, et il aposta des personnages consulaires pour jurer qu'elle était d'un sang royal. Il rendit eunuque le jeune Sporus et prétendit le métamorphoser en femme. Il l'amena à sa cour avec une suite considérable, lui constitua une dot, l'orna du voile nuptial, et l'épousa en observant toutes les cérémonies d'usage. C'est ce qui fit dire assez spirituellement qu'il eût été heureux pour le genre humain que son père Diomitius eût épousé une femme de cette espèce. Il fit habiller ce Sporus comme une impératrice, le promena en litière et l'accompagna dans les assemblées et dans les marchés de la Grèce, ainsi que dans les fêtes sigillaires de Rome, en lui donnant de temps en temps des baisers. Il est hors de doute qu'il voulut abuser de sa mère, et que les ennemis d'Agrippine l'en détournèrent, de peur que cette femme impérieuse et violente n'acquit trop d'ascendant par ce nouveau genre de faveur. Ce qui accrédita cette opinion, c'est qu'il plaça parmi ses concubines une courtisane qui ressemblait beaucoup, dit-on, à Agrippine. On assure même qu'autrefois, quand il se promenait en litière avec sa mère, il satisfaisait ses désirs incestueux, et qu'on s'en aperçut aux taches de ses vêtements.

    XXIX. Il se prostitua à un tel point, qu'ayant souillé presque toutes les parties de son corps, il imagina enfin, comme une espèce de jeu, de se couvrir d'une peau de bête, et de s'élancer d'une loge sur les parties sexuelles des hommes et des femmes attachés à des poteaux. Puis, quand il avait assouvi sa brutalité, il s'abandonnait à son affranchi Doryphore auquel il tenait lieu de femme, comme il était l'époux de Sporus, et contrefaisait alors les cris lamentables des vierges qu'on outrage. Je tiens de quelques personnages qu'il était très persuadé qu'aucun homme n'était chaste ou pur dans aucune partie de son corps; mais que la plupart dissimulaient ce vice et avaient l'art de le cacher. Aussi pardonnait-il tout à ceux qui avouaient devant lui leur lubricité.

    XXX. Il croyait que la prodigalité était le seul usage des richesses et de l'argent. Pour être avare et sordide à ses yeux il suffisait de compter ses dépenses; pou être vraiment splendide et magnifique, il fallait abuser et se ruiner. Ce qu'il louait, ce qu'il admirait le plus chez son oncle Caius, c'était d'avoir dissipé en peu de temps la grande fortune qu'avait laissée Tibère. Aussi ne mit-il aucunes bornes à ses largesses et ses profusions. On aura peine à croire qu'il fournissait à Tiridate huit cent mille sesterces par jour, et qu'à son départ il lui en accorda plus d'un million. Il donna au joueur de luth Ménécrate et au gladiateur Spicillus les biens et les maisons de citoyens qui avaient eu les honneurs du triomphe. Il fit faire des funérailles presque royales à l'usurier Cercopithécus Panéros qu'il avait déjà enrichi de possessions urbaines et rurales. Il ne mit aucun habit deux fois. Il jouait à quatre cent mille sesterces le point. Il pêchait avec un filet doré, composé de fils de pourpre et d'écarlate. Jamais il ne voyagea, dit-on, avec moins de mille voitures. Ses mulets étaient ferrés d'argent, et ses muletiers vêtus de belle laine de Canuse; ses cavaliers et ses coureurs portaient des bracelets et des colliers.

    [Les dépenses somptuaires, la Maison dorée]
    XXXI. Ce fut surtout dans ses constructions qu'il se montra dissipateur. Il étendit son palais depuis le mont Palatin jusqu'aux Esquilies. Il l'appela d'abord le Passage. Mais, le feu l'ayant consumé, il le rebâtit, et l'appela le Palais d'or. Pour en faire connaître l'étendue et la magnificence, il suffira de dire que, dans le vestibule, la statue colossale de Néron s'élevait de cent vingt pieds de haut; que les portiques à trois rangs de colonnes avaient un mille de longueur; qu'il renfermait une pièce d'eau, semblable à une mer bordée d'édifices qui paraissaient former autant de villes; qu'on y voyait des champs de blé, des vignobles, des pâturages, des forêts peuplées de troupeaux et d'animaux sauvages de toute espèce. Dans les diverses parties de l'édifice tout était doré et enrichi de pierreries et de coquillages à grosses perles. Les salles à manger avaient pour plafond des tablettes d'ivoire mobiles, qui, par différents tuyaux, répandaient sur les convives des parfums et des fleurs. La principale pièce était ronde, et jour et nuit elle tournait sans relâche pour imiter le mouvement du monde. Les bains étaient alimentés par les eaux de la mer et par celles d'Albula. Lorsqu'après l'avoir achevé, Néron inaugura son palais, tout l'éloge qu'il en fit se réduisit à ces mots: «Je commence enfin à être logé comme un homme.» Il voulut construire un bain couvert depuis Misène jusqu'au lac Averne, l'entourer de portiques, et y faire entrer toutes les eaux thermales de Baies. Il commença aussi un canal, depuis l'Averne jusqu'à Ostie, dans un espace de cent soixante milles, pour dispenser d'aller par mer. Ce canal devait avoir une telle largeur, que deux galères à cinq rangs de rames pussent s'y croiser. Pour achever de pareils ouvrages il fit transporter en Italie tous les détenus, et ordonna que les criminels ne fussent condamnés qu'aux travaux. Outre la confiance qu'il avait en son pouvoir, ce qui encourageait cette fureur de dépenses, c'étaient l'espoir qu'il conçut tout à coup de s'emparer de richesses immenses et cachées. Car un chevalier romain lui avait assuré qu'il trouverait d'anciens trésors en Afrique, dans de vastes cavernes où la reine Didon les avait enfouis en s'éloignant de Tyr, et qu'il en coûterait fort de peine pour les retirer.

    XXXII. Mais, trompé dans ses espérances, appauvri, épuisé et sans ressources, au point d'être obligé de différer la paie des soldats et les pensions des vétérans, il eut recours aux confiscations et aux rapines. Il statua, avant tout, qu'au lieu de la moitié du bien de ses affranchis qui lui revenait par succession, les cinq sixièmes lui appartiendraient, lorsque, sans raison suffisante, ils porteraient le nom d'une des familles auxquelles il était allié; ensuite que les testaments de ceux qui se rendraient coupables d'ingratitude envers le prince seraient acquis au fisc, et que les jurisconsultes qui les auraient écrits ou dictés seraient punis; enfin, que, d'après la loi de lèse-majesté, on connaîtrait en justice de toutes les paroles et de toutes les actions qui seraient dénoncées. Il se fit rendre les prix des couronnes que les villes lui avaient offertes dans les jeux. Il défendit l'usage des couleurs violette et pourpre. Un jour de foire, il aposta quelqu'un pour en vendre quelques onces, et emprisonna tous les autres marchands. Pendant qu'il chantait, il vit au spectacle une femme parée de cette pourpre défendue. Il la signala, dit-on, à ses agents et la dépouilla sur-le-champ, non-seulement de sa robe, mais encore de ses biens. Jamais il ne conféra de charge à personne sans ajouter: «Vous savez ce dont j'ai besoin. Faisons en sorte qu'il ne reste rien à qui que ce soit.» Enfin il enleva les offrandes d'un grand nombre de temples, et fit fondre les statues d'or et d'argent, entr'autres celles des dieux pénates que dans la suite Galba rétablit.

    XXXIII. Ce fut par Claude qu'il commença ses meurtres et ses parricides. S'il ne fut pas l'auteur de sa mort, il en fut du moins le complice. Il s'en cachait si peu, qu'il affectait de répéter un proverbe grec, en appelant mets des dieux les champignons qui avaient servi à empoisonner Claude. Il outrageait sa mémoire par ses paroles et par ses actions, en l'accusant tour à tour de folie et de cruauté. Il disait qu'il avait cessé de demeurer par les hommes, en appuyant sur la première syllabe de morari, en sorte que cela signifiât qu'il avait cessé d'être fou. Il annula beaucoup de décrets et de réglements de ce prince comme des traits de bêtise ou de folie. Enfin, il n'entoura son tombeau que d'une mince et chétive muraille. Il empoisonna Britannicus parce qu'il avait la voix plus belle que la sienne, et qu'il craignait que le souvenir de son père ne lui donnât un jour de l'ascendant sur l'esprit du peuple. La potion que lui avait administré la célèbre empoisonneuse Locuste, étant trop lente à son gré, et n'ayant occasionné à Britannicus qu'un cours de ventre, Néron appela cette femme et la frappa de sa main, l'accusant de ne lui avoir fait prendre qu'une médecine au lieu de poison. Comme elle s'excusait sur le dessein qu'elle avait eu de cacher un crime si odieux: «Crois-tu donc, lui avait-il dit, que je craigne la loi de Jullia?» et il l'obligea de composer devant lui le poison le plus prompt et le plus actif qu'il lui serait possible. Il l'essaya sur un chevreau qui n'expira que cinq heures après. Il le fit recuire à plusieurs reprises, et le donna à un marcassin qui mourut sur-le-champ. Sur l'ordre de Néron, on l'apporta dans la salle à manger et on le servit à Britannicus qui soupait avec lui. Le jeune prince tomba dès qu'il l'eut goûté. Néron dit alors aux convives que c'était une épilepsie à laquelle il était sujet. Le lendemain, par une pluie battante, il le fit ensevelir à la hâte et sans aucune pompe. Pour prix de ses services, Locuste reçut l'impunité, des terres considérables et même des disciples.

    [Le meurtre d'Agrippine]
    XXXIV. Néron commençait à se fatiguer de sa mère, qui épiait et critiquait avec aigreur ses paroles et ses actions. Il essaya d'abord de la rendre odieuse, en disant qu'il abdiquerait l'empire et se retirerait à Rhodes. Bientôt, il lui ôta tous ses honneurs et toute sa puissance, lui enleva sa garde et ses Germains; enfin il la bannit de sa présence et de son palais. Il eut recours à tous les moyens pour la tourmenter. Était-elle à Rome, des affidés de Néron lui suscitaient des procès; à la campagne, ils l'accablaient de railleries et d'injures, en passant près de sa retraite par terre ou par mer. Cependant, effrayé de ses menaces et de sa violence, Néron résolut de la perdre. Trois fois il essaya de l'empoisonner; mais il s'aperçut qu'elle s'était munie d'antidotes. Il fit disposer un plafond qui, à l'aide d'un mécanisme, devait s'écrouler sur elle pendant son sommeil. L'indiscrétion de ses complices éventa son projet. Alors il imagina un navire à soupape, destiné à la submerger ou à l'écraser par la chute du plafond. Il feignit de se réconcilier avec elle, et, par une lettre des plus flatteuses, l'invita à venir à Baies célébrer avec lui les fêtes de Minerve. Là, il ordonna aux commandants des galères de briser, comme par un choc fortuit, le bâtiment liburnien qui l'avait emmenée, tandis que, de son côté, elle prolongeait le festin. Lorsqu'elle voulut s'en retourner à Baules, il lui offrit, au lieu de sa galère avariée, celle qu'il avait fait préparer. Il la reconduisit gaiement et lui baisa même le sein en se séparant d'elle. Il passa le reste de la nuit dans une grande inquiétude, attendant le résultat de son entreprise. Quand il eut appris que tout avait trompé son attente, et qu'Agrippine s'était échappée à la nage, il ne sut que résoudre. Au moment où l'affranchi de sa mère, Lucius Agérinus, venait lui annoncer avec joie qu'elle était saine et sauve, il laissa tomber en secret un poignard près de lui, le fit saisir et mettre aux fers, comme un assassin envoyé par Agrippine; puis il ordonna qu'on la mit à mort, et répandit le bruit qu'elle s'était tuée elle-même, parce que son crime avait été découvert. On ajoute des circonstances atroces mais sur des autorités incertaines. Néron serait accouru pour voir le cadavre de sa mère, il l'aurait touché, aurait loué ou blâmé telles ou telles parties de son corps, et, dans cet intervalle, aurait demandé à boire. Malgré les félicitations des soldats, du sénat et du peuple, il ne put ni alors, ni plus tard, échapper aux remords de sa conscience. Souvent il avoua qu'il était poursuivi par le spectre de sa mère, par les fouets et les torches ardentes des Furies. Il fit faire un sacrifice aux mages pour évoquer et fléchir son ombre. Dans son voyage en Grèce il n'osa point assister aux mystères d'Éleusis, parce que la voix du héraut en écarte les impies et les hommes souillés de crimes. À ce parricide, Néron joignit le meurtre de sa tante. Il lui rendit visite pendant une maladie d'entrailles qui la retenait au lit. Selon l'usage des personnes âgées, elle lui passa la main sur la barbe, et dit en le caressant: «Quand j'aurai vu tomber cette barbe, j'aurai assez vécu.» Néron se tourna vers ceux qui l'accompagnaient, et dit comme en plaisantant qu'il allait se la faire abattre sur-le-champ; puis il ordonna aux médecins de purger violemment la malade. Elle n'était pas encore morte qu'il s'empara de ses biens; et, pour n'en rien perdre, il supprima son testament.

    [Néron répudie Octavie et épouse Poppéa]
    XXXV. Indépendamment d'Octavie, il épousa Poppéa Sabina, fille d'un questeur, mariée auparavant à un chevalier romain, et Statilia Messalina, arrière-petite-fille de Taurus, honoré deux fois du consulat et du triomphe. Pour se l'approprier, il assassina son mari, le consul Atticus Vestinus, dans l'exercice de ses fonctions. Dégoûté bientôt d'Octavie, il dit à ses amis qui lui en faisaient des reproches, «que les ornements matrimoniaux devaient lui suffire.» Après avoir inutilement essayé plusieurs fois de l'étrangler, il la répudia comme stérile. Mais, voyant que les Romains blâmaient ce divorce et s'emportaient en invectives contre lui, il, il l'exila d'abord et enfin la fit périr comme coupable d'adultère. La calomnie était si révoltante, que tous ceux qui furent mis à la torture ayant protesté de son innocence, Néron aposta son pédagogue Anicétus, qui avoua qu'il avait abusé d'Octavie par ruse. Néron épousa Poppéa douze jours après qu'il eut répudié Octavie, et l'aima passionnément; ce qui ne l'empêcha pas de la tuer d'un coup de pied parce qu'étant enceinte et malade, elle lui avait reproché trop vivement d'être rentré tard d'une course de chars. Elle lui avait donné une fille nommée Claudia Augusta qui mourut en bas âge. Il n'y eut désormais aucune espèce de lieu qui pût garantir de ses attentats. Il accusa de conspiration et fit mourir Antonia, fille de Claude, qui refusait de prendre la place de Poppéa. Il traita de même tous ceux qui lui étaient attachés ou alliés, entre autres le jeune Aulus Plautius, qu'il viola avant de le faire conduire à la mort, en disant: «Que ma mère aille maintenant embrasser mon successeur,» faisant entendre par là qu'Agrippine l'aimait et lui faisait espérer l'empire. Son beau-fils Rufinus Crispinus qu'il avait eu de Poppéa, s'amusait à jouer aux commandements et aux empires. C'ent fut assez pour qu'il ordonnât à ses esclaves de le noyer dans la mer quand il irait à la pêche. Il exila Tuscus, son frère de lait, parce qu'étant gouverneur d'Égypte, il avait fait usage des bains qu'on avait construits pour l'arrivée de l'empereur. Il obligea son précepteur Sénèque de se donner la mort, quoique ce philosophe lui eût souvent demandé son congé en lui offrant tous ses biens, et que Néron lui eût saintement juré «que ses craintes étaient vaines, et qu'il aimerait mieux mourir que de lui faire du mal.» Au lieu d'un remède qu'il avait promis à Burrhus, préfet du prétoire, pour le guérir d'un mal de gorge, il lui envoya du poison. Il fit périr de la même manière, en mêlant le fatal breuvage, tantôt à leurs aliments, tantôt à leurs boissons, les affranchis riches et âgés qui d'abord l'avaient fait adopter par Claude, et qui avaient été ensuite les soutiens et les conseillers de sa couronne.

    XXXVI. Il ne déploya pas moins de cruauté au dehors et contre les étrangers. Une comète, phénomène qui, suivant l'opinion vulgaire, annonce malheur aux souveraines puissances, avait paru pendant plusieurs nuits consécutives. Troublé par cette apparition, il apprit de l'astrologue Babilus que les princes avaient coutume de détourner ce funeste présage par des meurtres expiatoires, et de le faire tomber sur la tête des grands. Dès ce moment, il résolut la perte des personnes les plus illustres. La découverte de deux conjurations lui en fournit un prétexte légitime. La première et la plus importante, celle de Pison, se tramait à Rome; la seconde, celle de Viniciux, fut ourdie et découverte à Bénévent. Les conjurés plaidèrent leur cause, chargés de triples chaînes. Quelques-uns avouèrent d'eux-mêmes leur attentat; d'autres le lui imputèrent à lui-même, disant qu'ils n'avaient pu le dérober que par la mort à tous les crimes dont il s'était souillé. Les enfants des condamnés furent chassés de Rome, et périrent par le poison ou par la faim. On sait que plusieurs furent égorgés dans un même repas avec leurs précepteurs et leurs eslaves, et que d'autres furent privés de toute nourriture.

    XXXVII. Dès lors il n'y eut plus dans ses meurtres ni choix ni mesure: il faisait périr qui il voulait et sous quelque prétexte que ce fût. Pour me borner à quelques exemples, on fit un crime à Salvidiénus Orfitus d'avoir loué trois pièces de sa maison près du Forum à des députés des villes pour s'y réunir; au jurisconsulte Cassius Longinus, qui était aveugle, d'avoir laissé subsister dans une vieille généalogie de sa famille l'image de C. Cassius, un des meurtriers de César; à Pétus Thraséa, d'avoir le front sévère et les airs d'un pédagogue. Il n'accordait qu'une heure aux condamnés pour mourir; et, afin qu'il n'y eût pas de retard, il leur envoyait des médecins qui devaient sur-le-champ guérir, selon son expression, ceux qui hésitaient, c'est-à-dire leur ouvrir les veines. On dit qu'il voulut donner des hommes vivants à déchirer et à dévorer à un Égyptien glouton qu'on lui présentait. Énivré de si monstrueux succès, il dit que nul prince encore n'avait connu toute l'étendue de son pouvoir. Il donna souvent à entendre fort clairement qu'il n'épargnerait pas le reste des sénateurs, qu'il anéantirait cet ordre, et qu'il abandonnerait le commandement des armées aux chevaliers romains et aux affranchis. Jamais, soit en arrivant, soit en partant, il n'embrasse ni ne salua personne. En commençant les travaux de l'isthme, devant une foule nombreuse, il souhaita hautement que l'entreprise tournât à son avantage et à celui du peuple romain, et ne fit aucune mention du sénat.

    [L'incendie de Rome]
    XXXVIII. Cependant il n'épargna ni le peuple ni les murs de sa patrie. Quelqu'un, dans un entretien familier, ayant cité ce vers grec:
    Que la terre, après moi, périsse par le feu!
    «Non, reprit-il, que ce soit de mon vivant!» Et il accomplit son vœu. En effet, choqué de la laideur des anciens édifices, ainsi que des rues étroites et tortueuses de Rome, il y mit le feu si publiquement, que plusieurs consulaires n'osèrent pas arrêter les esclaves de sa chambre qu'ils surprirent dans leurs maisons avec des étoupes et des flambeaux. Des greniers, voisins du Palais d'or, et dont le terrain lui faisaient envie, furent abattus par des machines de guerre et incendiés, parce qu'ils étaient bâtis en pierre de taille. Le fléau exerça ses fureurs durant six jours et sept nuits. Le peuple n'eut d'autre refuge que les monuments et les tombeaux. Outre un nombre infini d'édifices publics, le feu consuma les dépouilles des ennemis, les temples bâtis et consacrés par les rois de Rome ou pendant les guerres de Gaule et de Carthage, enfin tout ce que l'antiquité avait laissé de curieux et de mémorable. Il regardait ce spectacle du haut de la tour de Mécène, charmé, disait-il, de la beauté de la flamme, et chantant la prise de Troie, revêtu de son costume de comédien. De peur de laisser échapper cette occasion de pillage et de butin, il promit de faire enlever gratuitement les cadavres et les décombres; mais il ne permit à personne d'approcher des restes de sa propriété. Il reçut et même exigea des contributions pour les réparations de la ville, et faillit ainsi les provinces et les revenus des particuliers.

    XXXIX. À de si grands maux, à de si cruels outrages dont l'empereur était la cause, la fortune ajouta encore d'autres fléaux. En un seul automne, la peste inscrivit trente mille convois sur les régistres funèbres. Dans une défaite en Bretagne, deux de nos principales places furent pillées, et un grand nombre de citoyens et d'alliés massacrés. Du côté de l'Orient, un échec honteux en Arménie fit passer nos légions sous le joug, et la Syrie fut sur le point de nous échapper. Au milieu de ces désastres, ce qui étonne, ce qu'on ne saurait trop remarquer, c'est que Néron ne supporta rien avec plus de patience que les satires et les ingures, et que jamais il ne montra plus de douceur qu'envers ceux qui le déchiraient dans leurs discours ou dans leurs vers. On afficha ou l'on répandit contre lui beaucoup d'épigrammes grecques et latines telles que celles-ci:
    Aux parricides noms d'Alcméon et d'Oreste
    Joins celui de Néron que Romain déteste

    Récemment marié, Néron tua sa mère

    Énée est ton aïeul: s'il emporta son père,
    Tes coups, noble César, ont emporté ta mère.

    O Parthe, et toi, Néron, l'univers vous admire:
    Vous êtes de Phébus les fidèles portraits;
    L'un sait tendre son arc, l'autre monter sa lyre:
    L'un jouer de son luth, l'autre lancer ses traits.

    Rome va devenir une seule maison.
    Allons chez les Véiens reprendre garnison.
    À moins que, par malheur, cette maison hostile,
    En s'étendant toujours, n'ait envahi cette ville.
    Il n'en poursuivit point les auteurs, et s'opposa à ce qu'on punît sévèrement ceux qui furent dénoncés au sénat. Au moment où il passait, Isidore le cynique lui reprocha hautement en public «de chanter si bien les maux de Nauplius, et de si mal user de ses biens.» Datus, acteur d'atellanes, dans un rôle où se trouvaient ces mots: «Bonjour, mon père, bonjour, ma mère,» imite l'action de boire et de nager pour faire allusion à la mort de Claude et à celle d'Agrippine. Au dernier refrain:
    Pluton vous traîne par les pieds.
    Il fit un geste qui désignait le sénat. Néron se contenta d'exiler de Rome et d'Italie le philosophe et l'histrion, soit qu'il méprisât l'opinion publique, soit qu'il craignit, en montrant son dépit, de l'irriter davantage.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Suétone
    Mots-clés
    Deuxième partie de la vie de Néron, Néron artiste, les meurtres de Britannicus, Agrippine, Antonia, sa débauche, persécutions des chrétiens, la folie des grandeurs, l'incendie de Rome
    Extrait
    «Choqué de la laideur des anciens édifices, ainsi que des rues étroites et tortueuses de Rome, il y mit le feu si publiquement, que plusieurs consulaires n'osèrent pas arrêter les esclaves de sa chambre qu'ils surprirent dans leurs maisons avec des étoupes et des flambeaux. Des greniers, voisins du Palais d'or, et dont le terrain lui faisaient envie, furent abattus par des machines de guerre et incendiés, parce qu'ils étaient bâtis en pierre de taille. Le fléau exerça ses fureurs durant six jours et sept nuits. Le peuple n'eut d'autre refuge que les monuments et les tombeaux. Outre un nombre infini d'édifices publics, le feu consuma les dépouilles des ennemis, les temples bâtis et consacrés par les rois de Rome ou pendant les guerres de Gaule et de Carthage, enfin tout ce que l'antiquité avait laissé de curieux et de mémorable. Il regardait ce spectacle du haut de la tour de Mécène, charmé, disait-il, de la beauté de la flamme, et chantant la prise de Troie, revêtu de son costume de comédien.»
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