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    Dossier: Nation

    Un foyer national

    Lucien Campeau
    Ces lignes voudraient provoquer une réflexion sur les constantes et les lignes de force de l'histoire du Québec. C'est par là qu'on peut le mieux apprendre quelles attitudes il convient à notre peuple d'avoir en regard de son destin collectif, quelles sont les vraies sources de notre énergie ethnique et qu'elles sont aussi les limites qu'on doit imposer à ses rêves.

    Les deux rives du Saint-Laurent sont le lieu essentiel de nos racines. La Nouvelle-France, en 1603, était limitée par le 46e (détroit de Cabot) et le 40e (Philadelphie) degré de latitude nord. C'était le front, sur l'Atlantique. À l'arrière, la profondeur était infinie. La fourrure en était alors la seule denrée exportable. Les marchands de fourrure n'étant pas intéressés à peupler ce pays, l'initiative va être prise par les missionnaires. Il traçaient dès 1616 un programme de colonisation: pour évangéliser les indigènes, une colonie française et catholique était nécessaire. C'est la ligne de conduite qu'adopte en 1628 Richelieu en fondant la compagnie de la Nouvelle-France, ou des Cent-Associés. Celle-ci, devenue seigneuresse de toute la Nouvelle-France, peut enfin en 1632 commencer son oeuvre essentielle, établir une colonie française et catholique, afin d'offrir un noyau à l'intégration des indigènes convertis.

    Mais la compagnie divise en trois son immense domaine: l'Acadie, ou côte atlantique, le golfe, avec ses îles, et le fleuve Saint-Laurent. Elle confie les deux premières provinces à des compagnies subalternes formées par ses membres. L'histoire de l'Acadie révèle le danger le plus grave qui menaçait alors les colonies. À cause du coût excessif d'une telle entreprise, l'oeuvre commencée risquait de tomber aux mains des financiers métropolitains. L'Acadie a été saisie par un Leborgne et elle n'a pu résister à une conquête anglaise en 1654. Mais les Cent-Associés conservèrent le Saint-Laurent sous leur régie immédiate. Ils y dépensèrent plus d'un million de 1633 à 1645. Ils évitèrent les financiers comme un fléau. Malgré cela, ils étaient déjà en situation de banqueroute en 1643. La compagnie ne fut renflouée que par l'autorité impérieuse du roi.

    Mais il y avait, en 1645, une communauté française et catholique sur le Saint-Laurent: à Québec, à Trois-Rivières et à Montréal. C'est elle qui reprend en main la charge de coloniser, avec tous les frais et tous les bénéfices. Elle appliquera à fond le principe majeur des Cent-Associés: les ressources de la colonie ne doivent porter bénéfice que pour la colonie elle-même, nullement pour les entrepreneurs métropolitains. La communauté décide elle-même de ses intérêts, requérant l'autorité royale si nécessaire. Elle est ainsi autonome jusqu'en 1665. Cela n'a pas été facile, mais sa détermination et son application ont triomphé. Quel fut le résultat? Une colonie de plus de 3 000 âmes en 1663, trois bourgs et des campagnes, un gouverneur et un conseil, un appareil judiciaire, un évêque, un collège, deux hôpitaux, un monastère d'enseignantes et un institut naissant d'institutrices. En trente ans! C'était un morceau de roi! Et le roi l'a pris en 1663. Québec, malgré son éloignement, son isolement annuel de six mois dans les glaces, devient colonie royale et tête de toute l'Amérique française.

    Fait important, la croissance démographique, à la fois par augmentation naturelle et par immigration, a été extraordinaire de 1633 à 1663. La population du ler janvier 1652 était celle du ler janvier 1642 multipliée par 2.37. Et en 1662, elle était celle de 1652 multipliée par 2.65. En 1672, malgré les soldats de Carignan, malgré les filles du Roi, malgré d' autres immigrants, le coefficient n'atteint pas 2.37. Et puis c'est la chute. Sur le conseil de Talon, Colbert cesse d'envoyer des femmes. Le nombre annuel des naissances n'augmente pas pendant quinze ans, causant un enrayage fatal à un moment critique de la croissance. Car au coefficient de 1642-1652, il aurait pu y avoir treize millions de Français sur le SaintLaurent en 1762. Murray n'en compta alors que 65 000.

    Avec le gouvernement royal, la colonie devait produire des profits pour la métropole, où s'en allaient ses épargnes. Les financiers français avaient la haute main sur les ressources canadiennes. Surtout, l'administration de la cour fut toujours écartelée entre deux attraits opposés: entre l'avantage d'un enracinement profond sur le Saint-Laurent et la tentation d'accaparer une Amérique inculte et déserte, entre une colonie et un empire, entre la concentration et la dispersion. Les Cent-Associés avaient combattu la dispersion, Frontenac, soutenant son favori La Salle, engagea imprudemment le pays dans cette voie. Il fut impossible d'y renoncer depuis lors. Mais comme la colonie ne devait pas affaiblir la France, c'est l'infime population du Saint-Laurent, avec sa fécondité naturelle presque seule, qui fut écrasée sous le fardeau d'un empire français. Si la population, avec une assiduité incomparable, continuait de s'accrocher aux rives du Saint-Laurent et d'humaniser son patrimoine, c'était elle aussi qu'on saignait pour occuper un monde infiniment précaire au plan stratégique. Immigration insuffisante, visions impérialistes démesurées épuisaient et consumaient une petite société humaine qui en avait plein toutes ses capacités à essarter le tour de sa maison.

    La conquête anglaise rendit manifeste l' erreur d'aiguillage. Curieusement, elle imposa sans y penser le redressement dont les coloniaux français avaient besoin. Elle les força à se replier sur le Saint-Laurent, où ils avaient leurs véritables assises. L'Angleterre refusa d'abandonner sa conquête aux colonies américaines qui la réclamaient. Elle la partagea en deux: la province de Québec, de Gaspé à la Pointe-à-Beaudet, la demeure des Français; les territoires de l'ouest, laissés aux Indiens et occupés par des garnisons anglaises surveillant le commerce. Embarrassée d'abord par une colonie catholique et française allergique aux lois anglaises, incapable de persuader ses soldats démobilisés de s'établir et d'envelopper les nouveaux sujets, elle trouva la formule en 1774. On permit à cette province de demeurer catholique et française, sans incapacités civiles ou religieuses, sous une administration britannique et en dépit des lois de la métropole. Je ne crois pas qu'on ait alors prévu la révolution américaine. Comment la glorieuse Angleterre de 1766-1774 aurait-elle pu l'imaginer comme possible? Ce n'était pas non plus un sursis, une tolérance, pour la colonie conquise. On envisageait un état durable. Cette concession demeurerait propre à cette colonie. C'est le sens de l'acte de Québec.

    La révolution impossible eut lieu. En 1784 se fit sentir au sud le ressac après les années de tension et d'incertitude. Les coloniaux collaborateurs de l'empire détesté furent traqués, spoliés, chassés. Ils se réfugièrent à l'abri des frontières anglaises du nord, en Nouvelle-Écosse, dans l'ancienne Nouvelle-France. Certains s'arrêtèrent au sud de la province de Québec. Un plus grand nombre se glissèrent au nord du lac Ontario, dans les territoires de l'ouest. Ils pensaient arriver en pays anglais; ils se retrouvaient en pays français. Sans tarder, ils joignirent leurs voix à celles de la poignée d'Anglais, un sur vingt, qui clamaient depuis vingt ans contre l'indulgence de la métropole. Effrayé un moment, puis étonné et charmé par cette immigration imprévue et inespérée, le gouvernement de Londres crut opportun de renverser ses attentes à l'égard de l'ancienne Nouvelle-France. Ce fut la constitution de 1791.

    Ce pays était désormais destiné à devenir anglais: ce fut le principe fondamental. Les territoires de l'ouest seraient colonie anglaise, avec toutes les institutions traditionnelles: le Haut-Canada. Et pour éviter l'embarras d'une majorité française, cette partie aurait son gouvernement séparé, libre de suivre son inspiration propre. La province de Québec, rebaptisée Bas-Canada, serait aussi, en principe, pays anglais. C'est pourquoi on donna aux espaces non occupés par les Français une organisation anglaise, les townships, dont on commença peu après l'arpentage. Quant à la population française, on emploierait à, son égard la patience et la tolérance. On l'aurait à l'usure. Peu à peu, on l'amènerait à abandonner ses coutumes en faveur des usages anglais. Le caractère catholique et français, établi en statut général de la province depuis 1774, était transformé en statut d'exception, condamné à être absorbé dans le plus grand Canada. La situation des Français catholiques devenait exactement parallèle à celle des huguenots en France sous l'édit de Nantes. Le caractère fondamental de la France étant alors d'être catholique, les huguenots étaient libres en conscience, non molestés, restreints aux concessions du passé, mais incapables de s'épanouir et de se développer, en voie de résorption.

    L'optique adoptée en 1791 ne changera plus. Lord Durham en 1839 ne croyait pas que les Canadiens français, qu'il voyait sans conscience collective et sans histoire, fussent de taille à modifier l'évolution engagée. Des deux formes de gouvernement qu'il jugeait convenables à une telle orientation, l'union législative ou la fédération, la première lui parut devoir produire plus rapidement l'absorption souhaitée. L'Union fut exploitée à l'avantage des Anglais. Le Haut-Canada avait une forte dette, à cause des substructures qu'il avait dû mettre en place. Le Bas-Canada était en excellente posture financière. La dette commune fut partagée par moitié. Un inconvénient: le Bas-Canada était plus nombreux que l'autre province. On donna aux deux un nombre égal de députés, ce qui à la fin donnait une majorité anglaise. La langue anglaise fut seule admise au parlement.

    Vint cependant un temps où à Toronto on ne fut plus content de l'Union. On souhaitait cette fois une fédération. Pas entre les deux Canada, mais entre les colonies britanniques de l'Amérique du Nord. Comme il y avait une partie française dans le Canada, il fallut en faire deux provinces, dont le Québec majoritairement français. On prit des précautions contre la majorité dans cette seule province, pas dans les autres: les deux langues y furent obligatoires; il y eut des comtés protégés; la dualité religieuse de l'éducation fut prolongée en bilinguisme au Québec, mais en unilinguisme en Ontario. En fait, si elle a pu paraître acceptable àl'origine, la confédération s'est révélée à l'exercice toujours fondée sur la finalité imposée en 1791: créer une nation anglaise.

    Il y a dans cette organisation politique un fort et un faible; un qui décide, l'autre qui plie. Cela n'a rien à voir avec la majorité. En 1840, les Français sont plus nombreux; les Anglais décident. Sans doute, quand les Anglais ont la majorité, ils l'invoquent. Mais là n'est pas la question. Minoritaires ou non, les Anglais l'emportent; majoritaires ou non, les Français n'ont qu'à suivre. La loi fondamentale, c'est la volonté du conquérant. Or un pays où demeure à perpétuité un peuple conquis non assimilé ne peut espérer la tranquillité politique.

    On observe quand même un phénomène intriguant. En 1791, les Français n'ont pas demandé la chambre d'Assemblée: ils n'en avaient jamais eue et il leur suffisait d'être bien gouvernés. Mais ils s'en sont servis pour rendre impossible l'arbitraire d'un exécutif autocrate. En 1840, ils n'ont pas demandé l'Union, dressée contre eux. Mais ils l'ont utilisée pour rendre le Canada ingouvernable. En 1867, ils étaient partagés sur les avantages d'un parlement provincial, qui leur était laissé non sans restrictions. Cet instrument politique leur suffit depuis longtemps pour mettre le Canada en échec. Ils n'ont pas le pouvoir d'imposer, mais ils ont la capacité de ne pas se laisser détruire. Ils savent fort bien qu'un Etat unitaire moderne ne leur laisse aucun espoir de conserver leur identité particulière. Ils s'associeront librement en choisissant les conditions qu'ils y mettront; mais le Canada doit renoncer à les absorber comme c'est l'intention séculaire des institutions politiques existantes. Sous peine que la coexistence sur un même continent devienne impossible.

    D'où vient aux Canadiens français cette vigueur? Non pas de leurs constitutions politiques inadaptées, malgré lesquelles ils ont réussi à survivre. Etrangement, cette vigueur, ils la puisent dans la terre natale, le Saint-Laurent, chaque fois que la rigueur de l'histoire les oblige à y faire retraite. Comme Antée.

    Le vice premier des constitutions canadiennes est cette prémisse, posée en 1791, que le Canada, nom officiel depuis ce temps, est engagé à devenir une nation anglaise. D'où résulte que c'est un pays où le conquérant fait la loi à perpétuité et où le conquis est en tutelle irrévocable, du moins jusquà ce qu'il disparaisse. Comment le conquis a-t-il survécu sans étouffer dans ce cadre? Non sans peine. Mais sa survivance, dans l'humiliation, le mépris et l'abandon, démontre son caractère.

    Le fait biologique d'abord. De 65 000 en 1762, ce peuple français a été multiplié par deux chaque quart de siècle. Il était de 130 000 en 1787, de 260 000 en 1812 et Bouchette le chiffre à275 000 en 1814. Jusqu'en 1825, ces Canadiens français ont vécu dans les seigneuries, un cadre institutionnel qui leur était familier, qu'ils comprenaient et qui leur était avantageux. L'unité sociale, cependant, était la paroisse, constituée à leur image, selon leur foi et leur esprit. Tout ce temps, soixante ans, ils ne montrent pas le désir de sortir de là. Il est faux que les seigneuries aient été trop étroites à l'origine, puisqu'elles contenaient en 1820 six ou sept fois la population de 1762. Mais en 1825, plusieurs étaient remplies, alors que d'autres étaient à moitié vides. Le Canadien français ne passait pas volontiers de l'une à l'autre.

    Pourquoi ne débordait-il pas sur les townships adjacents? Parce qu'ils étaient des cadres anglais destinés à une occupation anglaise. Dans ces townships, vingt-huit ou quarante pour cent de la terre est réservé à parts égales à la couronne et au clergé anglican. Le reste, en tout ou en partie, a été donné gratuitement à des amis de l'Exécutif, qui vendaient les terres - quand on pouvait les atteindre -, spéculaient sur les améliorations faites par d'autres, ne se souciaient d'aucun service publie. Habitués à obtenir la terre pour rien, les Canadiens n'étaient pas attirés par ces conditions. Poussés cependant par le besoin, depuis 1825, ils émigrèrent vers les villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre, l'industrie canadienne naissant beaucoup plus tard. Ils essaimèrent aussi vers le sud-ouest de l'Ontario, vers la rivière Rouge, vers l'Oregon, vers le Minnesota, vers le nord de l'Ontario, vers le grand ouest canadien ou américain. C'était de nouveau la dispersion. Mais alors que sous le régime français les hommes partaient seuls, cette fois on partait par familles, et même par rangs. L'hémorragie ethnique a été une maladie endémique de ce peuple. La plus récente crise a été la plus grave. Elle a duré plus d'un siècle. Il est parti plus de monde qu'il n'en est resté. Mais ce phénomène révèle éloquemment les conditions du pays natal.

    Il a bien fallu aussi se résoudre à occuper les townships, surtout à partir de 1840, pour enrayer la saignée. C'est une histoire toute fleurie d'héroïsme. On l'a méprisée, par myopie intellectuelle. On n'a pas vu que le Québec conquérait alors son territoire par son sang et ses sueurs. Qu'on l'ampute aujourd'hui du bas du fleuve, de la Gaspésie, du Saguenay, du lac Saint-Jean, de la Beauce, des Bois-Francs, des cantons de l'Est, de l'Outaouais et de la Gatineau, des Laurentides, du haut Saint-Maurice, de Joliette et enfin de l'Abitibi et du Témiscamingue, que reste-t-il des ressources du Québec? Cette conquête, musculaire et démographique, a été une humanisation française. Négligeant les tracés des townships, les colons y ont imposé les paroisses à leur convenance, au point que les municipalités, prédéterminées par l'arpentage anglais, ont été forcées de s'en accommoder. Le Canadien français a converti la forêt vierge à l'image des seigneuries où il était né. Le Québec ne serait pas ce qu'il est sans ce mouvement d'un siècle, dont le moteur a été l'énergie intime d'un peuple catholique et français.

    Et c'est ici que reparaît cette autre loi de notre histoire, la loi du repli. Les dispersés en tous sens avaient bien emporté dans leurs bagages leur langue, leurs coutumes, leurs chansons, leurs paroisses, leur endogamie. Ils avaient créé ici et là des petites Nouvelle-France. Mais l'enveloppement d'un continent anglophone, et son intolérance aussi à, l'occasion, était tel que ces flammes, après avoir brillé, vacillaient et s'éteignaient. Repassant ces essaims l'un après l'autre, il faut bien le reconnaître. Plusieurs n'ont plus de vie. D'autres se maintiennent. Mais avec quelle assurance, quand la jeunesse ne parle ni ne pense plus en français? Ici, il convient d'isoler les Acadiens. Ils ne sont pas des Laurentiens. Ils sont un peuple, comme ils viennent encore de le proclamer. Ils ont une histoire et ils ont chèrement acheté le droit d'avoir un destin propre. Ils ne semblent pas prêts, maintenant, à le vendre pour un plat de lentilles. Les uns et les autres, cependant, n'auraient rien à gagner, si le Québec partageait avec eux la précarité. Il leur reste toutefois de l'espoir, s'ils peuvent s'appuyer sur un Québec rassuré.


    On est donc ramené au foyer natal, aux deux rives du Saint-Laurent. Manifestement, la Nouvelle-France des Cent-Associés a maintenu et gonflé son héritage aux lieux mêmes où elle avait planté les piquets de ses premières cabanes. Ici, elle ne craint plus de mourir comme peuple français d'Amérique, même s'il reste à exprimer sa distinction et son énergie vitale par des institutions politiques qui n'en contiennent pas la négation.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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