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    Dossier: Napoléon Bonaparte

    les institutions impériales et les réformes administratives

    Hippolyte Monin
    Napoléon instituant la Légion d'honneur en 1802.
    Source: F. Rixinger, vers 1860, Library of Congress
    Extrait de la biographie de Napoléon Bonaparte publiée dans La Grande Encyclopédie vers la fin du XIXe: Abdication de Louis Bonaparte. — Les états du Nord. — L'étendue de l'Empire. — Les réformes administratives. — La noblesse d'empire. — La cour des comptes; répression des fraudes et exactions. — L'Université impériale et les réformes en éducation. — Le pape sous haute surveillance; crainte d'un nouveau schisme. — Les droits et libertés obtenus en 1789 anéantis. — Subordination du pouvoir militaire. — Censure de la presse; Chateaubriand et Mme de Staël contre Napoléon. — Les sciences et l'industrie. — Les grands travaux publics. — Apogée et effondrement du système militaire.



    Les années 1810-14 peuvent être considérées comme l'apogée de l'Empire, mais non sans certaines restrictions. Par l'activité de sa contrebande qui trouve maints complices, l'Angleterre brave le «système continental». La Hollande, au dire de Napoléon lui-même, est devenue, au point de vue commercial, une province anglaise. Nos petites colonies des Antilles succombent; la Guadeloupe, le 6 février 1810, est livrée par le général Ernouf. Le 8 juillet, les Anglais occupent l'île de la Réunion, le 3 décembre l'Ile de France; ils y trouvent des munitions navales en quantité, 5 frégates, de petits bâtiments de guerre; ils y reprennent 28 vaisseaux de la compagnie anglaise des Indes, capturés par des corsaires français. Tous les postes français de Madagascar sont détruits. Il ne nous reste plus d'établissement ni dans l'océan Indien, ni dans l'Inde, ni en Amérique. Les Anglais, obligés de chercher partout de nouveaux débouchés, s'habituent de plus en plus à se considérer comme les maîtres de la mer: «Le trident de Neptune est le sceptre du monde,» a écrit un poète, disgracié, pour ce vers, par Napoléon. Flessingue, aux abords d'Anvers, l’île d'Aix, en face de Rochefort, ont été insultés.

    [Abdication de Louis Bonaparte, roi de Hollande]
    C'est aussi l'époque où l'empereur commence à regretter d'avoir distribué à trois de ses frères et à son beau-frère Murat des couronnes royales qu'ils devinent éphémères, s'ils ne se concilient pas, même en désobéissant, les peuples dont le gouvernement leur a été confié. Avec Louis, qui s'était rendu très populaire en Hollande et avait profité de l'année de Wagram pour ouvrir ses ports aux marchandises anglaises, la querelle se dénoua de la plus violente façon. Après un premier avertissement (24 janvier 1810) à l'adresse de l'administration hollandaise, et toute une série de brutales sommations mêlées à des injures grossières à l'égard de son frère, Napoléon le contraint d'abord à lui céder le Brabant hollandais, la Zélande, la partie de la Gueldre située à la gauche du Wahal: ces pays formeront les départements français des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-l'Escaut. Toute relation entre les ports de la Hollande et de l'Angleterre est interdite; 48.000 hommes, dont 6.000 Français, surveilleront le littoral (16 mars). À l'approche d'un corps français beaucoup plus considérable, Louis s'enfuit, après avoir abdiqué en faveur de son fils Napoléon-Louis. Oudinot s'empare d'Amsterdam, et la Hollande est incorporée à l’empire, attendu, dit le rapport de Champagny, que, «la réunion de la Belgique à la France ayant détruit l'indépendance de la Hollande, le système de la Hollande est devenu nécessairement celui de la France, comme si elle était une de ses provinces... Votre Majesté, en donnant à la Hollande un gouvernement provisoire, n'a fait que prolonger sa douloureuse agonie... La Hollande est comme une émanation du territoire de la France. Pour posséder le Rhin tout entier, Votre Majesté doit aller jusqu'au Zuyderzée». Louis s'était enfui à Teplitz en Bohème. Il protesta contre l'invasion de la Hollande, contre la dépossession de ses enfants. L'empereur, qui bien à tort craignait sa résistance ou ses intrigues, le fit sommer par l'ambassade française de Vienne de se rendre à Paris au plus tard le 1er décembre, comme prince français et grand dignitaire de l'Empire, «sous peine d'être considéré comme désobéissant aux constitutions de l'Empire, et traité comme tel». Louis répondit qu'il était Hollandais, refusa toute dotation du Trésor français, et finit par se retirer à Grätz. Joseph, en Espagne, montra plus de patience que Louis, mais ne fut guère moins humilié. En 1809 déjà, les généraux percevaient des contributions sans son ordre et sans son avis, En févr. 1810, il lui est interdit de se mêler des opérations militaires. Masséna, Soult, Ney, Macdonald, Hellermann sont pourvus de grands gouvernements où ils exercent tous les pouvoirs et qu'ils exploitent à fond. Joseph, qui se croit en Espagne des devoirs de conscience, n'a aucun moyen de les remplir: son trésor est vide, sa personne est bafouée. Il demande à l'empereur d'accepter son abdication on de l'aider, et n'en reçoit que de bonnes paroles; aussi conseille-t-il à la reine Julie de rester en France, à Mortefontaine, car à Madrid la situation ne peut durer. Le roi Jérome de Westphalie s'arrache un jour lui-même à sa vie de plaisir et de carnaval pour avertir son frère que sa politique de domination universelle le mène à sa perte. C'est la sœur même de Napoléon qui engage son mari, le roi de Naples, à se concilier l'Autriche s'il veut survivre à la ruine du système napoléonien. L'instinct de conservation commence à l'emporter, un peu partout, sur l'admiration, sur la crainte, sur la reconnaissance.

    [Les états du Nord]
    En Suède, l'imprudent Gustave-Adolphe IV, dont les folies guerrières et despotiques avaient coûté à son royaume Rügen et Stralsund, avait été obligé d'abdiquer, et les États lui avaient donné comme successeur son oncle Charles de Sudermanie (Charles XIII). Celui-ci perdit son fils adoptif, et se proposa de le remplacer par un général français dont le caractère indépendant était connu, Bernadotte. Napoléon eût préféré le roi de Danemark, mais il n'en fit rien savoir. Bernadotte, de son côté, fit répandre le bruit qu'il avait l'assentiment de l'empereur et fut élu prince royal par la diète d'Œrebro (17 août 1810). Napoléon accueillit cette nouvelle avec dépit et froideur: «Voudriez-vous donc, Sire, que je fusse plus que vous en me faisant refuser une couronne?» lui aurait dit l'ex-républicain. — « Soit, allez en Suède; nos destinées doivent s'accomplir.» Le prince royal fut le vrai roi de Suède et n'attendit plus que le moment de sa revanche.

    Le 13 décembre 1810, un sénatus-consulte annexa le Valais à l'Empire, ainsi que la Hollande, les villes hanséatiques, le Lauenbourg, tous les pays situés entre la mer du Nord et une ligne tirée du confluent de la Lippe, dans le Rhin, jusqu'à Halteren, de Halteren à l'Ems, de 1'Ems au confluent de la Werra et du Weser, de là à Stolzenau sur l'Elbe (soit: l'Oldenbourg, une partie du grand-duché de Berg, du Hanovre et de la Westphalie), «ces nouvelles garanties étant devenues nécessaires».

    La naissance du roi de Rome (20 mars 1844) fut accueillie en France, bien à tort, comme un gage de paix ou du moins de modération dans l'avenir. Il y eut un moment de détente, sinon dans les événements qui suivaient leur cours logique et toujours inquiétant, aux yeux des vrais politiques, du moins dans les esprits. Le monde officiel crut ou affecta de croire que la dynastie était fondée: «Les peuples, dit l'adresse du Sénat, saluent ce nouvel astre qui vient de se lever sur la France, et dont le premier rayon dissipe jusqu'aux dernières ombres des ténèbres de l'avenir.» Le «fils de l'Homme,» fut chanté sur tous les tons et dans toutes les langues. Mais l'amour tendre et profond que l'Homme eut pour son héritier n'amortit en rien sa passion maîtresse, celle de la domination universelle, et parut au contraire l'exalter encore.

    [L'étendue de l'Empire]
    C'est le 26 janvier 1812 que fut décrété le dernier agrandissement de l'Empire, l'annexion de la Catalogne qui forma 4 départements. La France comprend alors 130 départements et compte 42 millions de sujets; les provinces illyriennes, qui forment des gouvernements distincts, ont 1.100.000 habitants L'empereur est roi de l'Italie proprement dite, capitale Milan (6.000.000 hab.). Il est suzerain du royaume de Naples (Murat) qui, avec la principauté de Lucques et Piombino (Elisa Bonaparte), a 4.600.000 habitants. La péninsule ibérique, moins la Catalogne, sous la royauté nominale de Joseph, en compte 13.500.000; le royaume de Westphalie (Jérôme), 2.100.000. Les peuples moins directement subordonnés se répartissent entre la Confédération du Rhin moins la Westphalie (11.000.000 d'habitants); Napoléon en a le «protectorat»; la Suisse (1.600.000 hab.) dont il est médiateur; le grand-duché de Varsovie (3.600.000) dont le grand-duc, roi de Saxe, est son vassal. D'après l'évaluation de Humboldt, la population totale de l'Europe, moins la Turquie, était alors de 172 millions d'habitants. La moitié donc de cette population (85.500.000) obéit ou est censée obéir à la volonté impériale. La Turquie est l'alliée de la France. La Prusse et la Russie après Tilsitt, le Danemark depuis 1807, l'Autriche après Wagram, la Suède depuis 1810, sont entrés de gré ou de force clans le système continental dirigé contre la puissance et le commerce britanniques. — Dans l'organisation de l'Empire, dans ses institutions, Napoléon est sans doute inspiré par l'esprit logique et unitaire de la Révolution, mais il n'oublie ni Auguste, ni Charlemagne, ni le Saint-Empire romain de nation germanique parmi les modèles qu'il se plaît à citer et à imiter: «il couvre la Révolution d'un manteau archéologique» (E. Lavisse). Assez peu importe, au point de vue révolutionnaire, que le calendrier républicain ait subsisté jusqu'en janvier 1806; que la fête du 14 juillet ait coexisté avec celle du 15 août; que jusqu'en 1808 les monnaies aient porté comme légende: «République française, Napoléon empereur», ce qui n'étonnait alors personne. Napoléon a par ses conquêtes renversées ou profondément ébranlé l'ancienne organisation féodale et ecclésiastique, les corporations, les privilèges en matière d'impôt ou de service militaire, les coutumes locales ou provinciales. L'abolition du pouvoir temporel des papes est aussi œuvre révolutionnaire, quelles qu'aient été les intentions personnelles et dynastiques. «Il sert encore la Révolution... quand, opprimant l'Europe pour satisfaire sa fantaisie, il éveille l'âme du peuple espagnol et celle du peuple allemand,» mais cette fois c'est «malgré lui et contre lui» (E. Lavisse). Bref, les idées révolutionnaires, ou pour mieux dire les instincts, sont pour lui un moyen, comme tout le reste, et non un but: on sait du reste qu'il se moquait de l'idéologie, et il ne faut pas le faire lui-même plus idéologue qu'il n'était, ni prendre des théories de circonstance, des doctrines d'occasion, pour un système fixe et arrêté le gouvernement. N'a-t-il pas fini par se faire libéral?

    LES RÉFORMES ADMINISTRATIVES
    [La noblesse d'Empire]
    Depuis 1804, la principale modification apportée à la Constitution impériale fut la suppression du Tribunat (19 août 1807). Il fut remplacé par trois commissions (législation, administration, finances) prises dans le Corps législatif. Le Corps législatif reçut par suite le droit de discussion, mais en comité secret et sur la demande de cinquante de ses membres. De plus, pour être député, il faudra avoir quarante ans accomplis. «Le premier représentant de la nation, dit le Moniteur en déc. 1808, c'est l'empereur; la seconde autorité représentative est le Sénat; la troisième, le conseil d'État, qui a de véritables attributions législatives; le Corps législatif, qui devrait être appelé Conseil législatif, puisqu'il n'a pas la faculté de faire des lois, a le quatrième rang.» Un nouveau ministère, celui des manufactures et du commerce, fut institué en 1811. La hiérarchie des grands dignitaires et des grands officiers eut son complément dans l'institution d'une nouvelle noblesse. En 1806, par droit d'initiative, Napoléon avait créé un prince de Bénévent (Talleyrand); le 28 mai 1807, un duc de Dantzig (Lefebvre), etc. Le sénatus-consulte du 11 mars 1808 porta institution de titres héréditaires honorifiques (c.-à-d. n'impliquant pas une possession territoriale ni une dotation quelconque) de prince, duc, comte, baron, chevalier. Pas de marquis, «Molière les avait tués». Les «chevaliers» n'étaient autres que les membres de la Légion d'honneur. Les titulaires de ces titres pouvaient former des majorats ou substitutions, en faveur de leurs descendants directs. Le titre de comte fut attribué de droit aux ministres, aux sénateurs, aux conseillers d'État, aux présidents du Corps législatif, aux archevêques; le titre de baron d'Empire, aux présidents des collèges électoraux, de la cour de cassation, de la cour des comptes, des cours d'appel, des évêques, des maires de trente-sept «bonnes villes». La transmission des titres de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, est absolument subordonnée à l'institution effective de majorats, dont la valeur est déterminée pour chaque titre. D'après les registres de lettres patentes conservés aux archives nationales et publiés par M. Émile Campardon, voici, sans compter la période des Cent-Jours, les principaux noms et titres historiques de la noblesse impériale: Cambacérès (prince), duc de Parme (24 avril 1808); Lebrun (prince), duc de Plaisance (24 avril 1808): ils avaient été collègues du premier consul; Gaudin, ministre des finances, duc de Gaëte (15 août 1809); Fouché, ministre de la police générale, duc d'Otrante (15 août 1809); Champagny, ministre des relations extérieures, duc de Cadore (15 août 1809); Maret, ministre, secrétaire d'État, duc de Bassano (15 août 1809); Régnier, grand juge, ministre de la justice, duc de Massa (15 août 1809); Duroc, grand maréchal du palais, duc de Frioul (mai 1808); les maréchaux Soult, duc de Dalmatie (29 juin 1808); Bessières, duc d'Istrie (28 mai 1809); Victor Perrin, duc de Bellune (10 septembre 1808); Moncey, duc de Conegliano (2 juillet 1808); Lannes, duc de Montebello (15 juin 1808); Ney, duc d'Elchingen (mai 1808), plus tard prince de le Moskowa (25 mars 1813); Davout, prince d'Eckmühl (28 novembre 1809); Mortier, duc de Trévise (2 juillet 1808); Macdonald, duc de Tarente (9 décembre 1809); Oudinot, duc de Reggio (14 avril 1810); les généraux Caulaincourt, duc de Vicence (7 juin 1808); Clarke d'Hunebourg, duc de Feltre (15 août 1809); Savary, duc de Rovigo (1808); Arrighi de Casanova, duc de Padoue (24 avril 1808), etc. Toutefois Chaptal, comte de l'Empire en 1808, est devenu comte de Chanteloup avec majorat le 25 mars 1810. Berthollet, Fourcroy, Lagrange, sont comtes de l'Empire sans autre titre; Monge est comte de Péluse (26 avril 1808). Les registres ne mentionnent pas les parents ou alliés de l'empereur, comme Murat, successivement grand-duc de Berg et roi de Naples; Bernadotte (beau-frère de Joseph), prince de Ponte-Corvo avant son élection comme prince de Suède, etc. Il convient de faire une place à part à Berthier, «prince et duc souverain de Neuchâtel,» qui fut nommé prince de Wagram avec donation du château de Chambord le 31 décembre 1809. Notons aussi que les titres nobiliaires s'ajoutent et ne s'excluent pas, et cela conformément à l'usage de l'ancien régime. Les noms géographiques n'appartiennent pas, en général, au territoire français. En Italie surtout, une part des revenus locaux est assurée au titulaire du fief, mais sans aucun pouvoir politique. «Ce n'est donc pas, dit un historien complaisant, un retour complet à la féodalité;» en effet, sous le régime féodal, l'exercice des droits politiques impliquait et justifiait les droits réels. D'ailleurs, la nouvelle noblesse (près de trois mille noms en tout) est principalement alimentée par des dons et des dotations, c.-à-d. sur le trésor public ou sur la cassette impériale: 34 millions de biens nationaux en France, 2.400.000 fr. de rente en Italie, 20 millions de domaines en Pologne, 30 millions en Hanovre, 5 à 6 millions de revenus en Westphalie furent spécialement affectés aux récompenses militaires. L'empereur se charge très souvent de constituer lui-même les majorats exigibles, et, de fait, les particuliers n'en constituèrent que deux cents environ, représentant un revenu total de 2 millions: dans le nombre de ceux-ci se distinguent principalement les nobles ralliés de l'ancien régime, comme «les deux Montmorency», comtes de l'Empire avec majorats (17 mai 1810). Un grand nombre de villes, grandes ou petites, reçurent des armoiries: l'Empire croyait ainsi imprimer un sceau de propriété sur Aix-la-Chapelle (6juin 1811), Amsterdam (13 juin), Turin (6 juin), etc., non moins que sur Lyon (19 janvier 1810), Marseille (21 novembre) et Paris (29 janvier 1811).

    [La cour des comptes; répression des fraudes et des exactions]
    Un emprunt heureux à l'ancien régime fut celui de la cour des comptes, mais au lieu de onze il n'y en eut qu'une seule (1807), placée au sommet de l'administration et de la juridiction financières. Un impôt devenu indispensable fut celui des contributions indirectes, mais sous la forme de régie et non de ferme; les droits réunis, fort impopulaires d'ailleurs, pesèrent sur les boissons, les cartes à jouer, les voitures publiques, etc. En 1806 fut établi l'impôt sur le sel, qui ne rappelle, d'ailleurs, la gabelle que par la matière imposable; en 1811 fut créée la régie des tabacs. Par l'expédient des licences, Napoléon tira un parti fiscal de la contrebande inévitable et incœrcible qu’avait provoquée le blocus continental; le procédé consistait à s'attribuer le monopole des fraudes et à le vendre au détail. Malgré les timides observations de la chambre de commerce de Paris, l'empereur déclara que, «la France étant le pays le plus riche du globe, dans aucun cas il ne changerait rien à son tarif des douanes, et qu'on se le tint pour dit». La comptabilité publique fit d'ailleurs l'objet de règlements minutieux et rigoureusement appliqués. Même en pays conquis, il lui arrive, lorsqu'il est averti et lorsqu'il le peut, de réprimer les exactions des militaires ou autres: «J'approuve, écrit-il au ministre Mollien en 1811, que pour solde de paiement vous fassiez rendre par les particuliers ci-après, savoir: par le général Girard, 250.000 fr.; par le sieur Bourrienne, 670.000 fr.; par le général Allemand, 20.000 fr.; par le maréchal Brune, 785.000 fr.; par son secrétaire, 90.000 fr.; par le payeur Poulain, 33.000 fr.; par M. de Talleyrand, 680.000 fr.; par M. Durand, 354.000 fr.; par M. Laborie, 80.000 fr., etc. Vous ferez poursuivre ces individus en restitution et prendrez des inscriptions sur leurs biens.» Le prince de Ponte-Corvo est épargné comme prince royal de Suède; le maréchal Mortier, comme conquérant du Hanovre. Mais quant à Talleyrand, «vous lui ferez connaître, continue la lettre, qu'on a trouvé ces renseignements et qu'il faut que ces fonds rentrent. Vous lui ferez comprendre que, s'il ne rend pas cette somme, vous serez obligé de le faire poursuivre, à moins qu'il ne se mette en règle avec moi».

    L'œuvre des Codes fut poursuivie. La flatterie officielle donna au code civil le surnom de code Napoléon (1808); en 1807 fut promulgué le code de commerce; en 1810, le code pénal et le code d'instruction criminelle.

    [L'Université impériale; les réformes en éducation]
    La loi du 10 mai 1806, les décrets du 17 mai 1808 et du 15 nov. 1811 organisèrent l'Université impériale, c.-à-d. le monopole de l'État, en matière d'instruction et d'éducation publiques. Le chef de l'Université est un grand maître (Fontanes), assisté d'un conseil et ayant sous ses ordres ries inspecteurs généraux. L'Empire est divisé en académies (autant que de ressorts de cours d'appel); chaque académie a un recteur, assisté d'un conseil académique et ayant sous ses ordres des inspecteurs d'académie. C'est à cette hiérarchie administrative que sont soumis l'enseignement supérieur (facultés de théologie, de lettres, de sciences, de droit et de médecine), l'enseignement secondaire (lycées et collèges), l'enseignement primaire (écoles communales). L'école normale supérieure est maintenue pour le recrutement des professeurs. Ceux-ci composent une sorte de corporation laïque, sur laquelle l'Église ne saurait donc avoir de prise, mais dont les membres sont astreints, sinon à des vœux, au moins à un engagement envers l'État, et, de plus, ne doivent pas se marier. L'ensemble est conçu à la fois comme une armée et comme un couvent. Le mot d'ordre est d'élever d'après «des principes fixes» les générations successives, d'inspirer à la jeunesse des opinions impérialistes. Aussi l'enseignement primaire est à peu près abandonné aux soins des autorités locales; l'enseignement supérieur est étroitement surveillé; l'enseignement secondaire, pépinière des officiers et fonctionnaires de tout ordre, est principalement favorisé (environ 10.000 élèves, en 1809, dans 35 lycées). Les professeurs ont, en dehors de leur métier quotidien, nombre d'obligations précises ou vagues. Ils ne peuvent accepter aucune fonction publique, ou particulière, ou salariée, sans la permission authentique du grand maître. «Ils sont tenus d'avertir le grand maître et ses officiers de tout ce qui viendrait à sa connaissance de contraire à la doctrine et aux principes du corps enseignant dans les établissements d'instruction publique.» Ils sont en certain cas soumis à la peine des arrêts: «ils n'en souffriront pas plus dans leur considération que les colonels contre lesquels cette peine est prononcée». Des peines plus graves sont la réprimande, la censure, la mutation pour emploi inférieur, la suspension, la réforme, enfin la radiation, et, dans ce cas, «l'incapacité d'obtenir aucun autre emploi dans aucune autre administration publique». Celui qui désire se retirer avant l'âge, si le grand maître s'y refuse, doit engager une longue procédure après trois demandes successives renouvelées de deux en deux mois; faute de ces formalités, il peut être condamné à une détention qui peut atteindre un an, selon la gravité des circonstances.

    [Le pape sous haute surveillance; crainte d'un nouveau schisme]
    Si l'Université est chargée de former la foi politique des jeunes générations, sans porter atteinte d'ailleurs à l'enseignement religieux, l'Église de France, malgré le Concordat, est de plus en plus séparée de son chef spirituel. Le Cabinet noir exerce une surveillance sévère sur la correspondance du pape. En 1810, le ministre des postes a l'ordre «d'acheminer sur Paris toutes les lettres écrites par le pape ou par les personnes de sa maison et celles destinées au pape et à sa maison». Même ordre au ministre de la police. «Il faut être très sûr du directeur de la poste de Savone. Si l'on n'en était pas sûr, on pourrait le changer... S'il est quelques individus intrigants auprès du pape, il faut les éloigner et les faire fouiller, lorsqu'on peut soupçonner qu'ils ont des lettres.» Il mande an prince Borghèse: «Le pape se conduisant mal à Savone, je désire que vous donniez l'ordre que les voitures que j'avais mises à sa disposition rentrent à Turin, et que sa maison ne coûte pas plus de 12.000 à 15.000 fr. par an. Assurez-vous que le pape n'a aucune correspondance secrète et n'a de commerce qu'avec le préfet» (du dép. de Montenotte). Le pape ayant refusé obstinément l'institution canonique aux évêques nommés par l'empereur depuis la suppression de son pouvoir temporel, celui-ci convoque à Paris un concile auquel se rendent plus de cent prélats de France, d'Italie et d'Allemagne (11 juin 1811). Ce concile se déclare compétent pour statuer sur l'institution des évêques, «en cas de nécessité»; les sièges, d'après le droit canon, ne peuvent vaquer plus d'un an. Les évêques nommés s'adresseront au pape pour leurs bulles. Six mois après que la nomination aura été notifiée au pape, il sera tenu de les accorder, sinon le métropolitain procédera à l'institution canonique, ou, à son défaut, le plus ancien évêque de la province (5 août). La crainte d'un nouveau schisme d'Occident détermine le pape à confirmer ce décret par un bref (20 sept.), mais il n'investit spirituellement aucun évêque nommé, bien que l'empereur, par crainte d'un coup de main des Anglais, l'eût fait transférer sous sa main, au palais de Fontainebleau. Malgré ses violences, l'empereur est loin de renoncer à se servir de la religion catholique conformément à la maxime émise par-devant le Corps législatif en 1802: «La religion est un utile instrument entre les mains du gouvernement, aussi bien qu'une consolation aux esprits faibles et aux consciences timorées.» Le catéchisme de l'Église de France propage le culte impérialiste: «Honorer et servir notre empereur, c'est honorer et servir Dieu lui-même.» N'est-il pas «l'oint du Seigneur»? Lui désobéir, manquer à ses devoirs envers lui, c'est, «suivant l'apôtre saint Paul, résister à l'ordre établi de Dieu même, et se rendre digne de la damnation éternelle». Le légat Caprara avait découvert, lors des négociations du Concordat, un martyr égyptien, Napolas, dont le nom fut identifié à celui de Napoléon: la fête avait été fixée au 15 août, jour de l'Assomption. Malgré les articles organiques, Napoléon autorisa diverses congrégations, les lazaristes, les missions étrangères, les frères des écoles chrétiennes, les sœurs de charité (18 févr. 1809); mais les jésuites n'obtinrent jamais de se reconstituer, même sous de nouveaux noms; ils se passaient d'ailleurs de la permission. Quant aux cultes non catholiques, les protestants durent s'abstenir de toute relation avec aucune puissance étrangère; les consistoires payent, nomment et révoquent les pasteurs, mais avec l'approbation du gouvernement. D'habiles mesures furent prises pour assimiler les Juifs, par la réunion de l'assemblée des notables israélites à Paris (30 mai 1806), celle du grand sanhédrin, et par le décret du 2 mars 1810, réglant les questions du mariage confessionnel ou mixte, du divorce, du sabbat, dont l'observation est interrompue par le service militaire, et des noms de famille obligatoires. À Paris siégea le consistoire central. En résumé, Napoléon tient à être le maître politique de toutes les Églises; mais son ambition est plus grande encore en ce qui concerne sa propre religion; les empereurs romains, même chrétiens, n'étaient-ils pas souverains pontifes? Dans ses rêves de Sainte-Hélène, il s'exprime clairement à ce sujet: «Quel levier que l'Église! Quel moyen d'influence sur le reste du monde... J'aurais fait du, pape une idole. Il fût demeuré près de moi. Paris fût devenu la capitale du monde chrétien, et j'aurais dirigé le monde religieux aussi bien que le monde politique... J'aurais eu mes sessions religieuses comme mes sessions législatives. Mes conciles eussent été la représentation de la chrétienté. Les papes n'en eussent été que les présidents.» Il n'en affectait pas moins, en 1811, de parler des libertés de l'Église gallicane. Par ses fourberies comme par ses violences, il rejeta du côté du saint-siège ou du moins de la personne du pape, à leur grand étonnement, les esprits qui attachaient encore quelque prix à la liberté du for intérieur et à la dignité humaine.

    [Les droits et libertés obtenus en 1789 anéantis]
    Le despotisme militaire, la platitude et la nullité des corps de l'État en présence du maître ont anéanti dans la pratique, pour la «grande nation», les droits naturels et les libertés formulés par ces principes de 1789, que nos armées étaient censées propager dans l'Europe vaincue. Par exemple; la Constitution de l'an XII, tout en supprimant toute pétition collective et toute pétition même individuelle, adressée au Corps législatif, à plus forte raison les manifestations qui avaient pour objet ou pour prétexte d'apporter plus ou moins violemment des requêtes à la barre des assemblées, avait néanmoins autorisé le Sénat seulement à recevoir celles qui étaient relatives à la liberté individuelle et à la presse. À cet effet, le Sénat nommait parmi ses membres deux commissions de sept membres chacune, l'une dite de la liberté individuelle, l'autre, de la presse, et sur leur rapport pouvait voter, le cas échéant, une des deux formules suivantes: «Il y a de fortes présomptions que N*** est détenu arbitrairement,» ou bien: «Il y a de fortes présomptions que la liberté de la presse a été violée.» Jamais le Sénat n'usa de cette faculté, qui n'impliquait pas cependant de conclusion pratique, et ne constituait qu'un avis au gouvernement. La Constitution exigeait une loi pour toute levée de conscrits: en 1805, sous prétexte que le Corps législatif était en vacances, il fut procédé par un simple sénatus-consulte, et cette illégalité, par le silence du Corps législatif, devint «organique». L'usurpation s'étendit à l'établissement de la garde nationale, aux annexions opérées sans traités, aux déclarations de guerre, etc. Sur les questions les plus graves, les sénatus-consultes ne font souvent que confirmer ou plutôt enregistrer, en les précisant, les décrets impériaux ou les rapports ministériels qui leur servent de thèmes. Tant que les budgets, préparés d'ailleurs avec habileté et régularité par les ministres des finances, furent votés tels quels par le Corps législatif, on pût croire qu'en France les recettes et les dépenses continuaient à être consenties; mais quand survinrent les défaites et, avec elles, une velléité de résistance, Napoléon régla tout seul le budget, et établit de nouveaux impôts. La tutelle administrative s'étendit aux plus humbles détails.

    [Subordination du pouvoir judiciaire]
    Le pouvoir judiciaire fut étroitement subordonné. Le principe électif n'est plus appliqué, et encore avec des restrictions, qu'aux juges de paix et aux juges de commerce. En 1807 (12 oct.), le personnel des tribunaux fut épuré. Il fallut cinq ans d'exercice pour être inamovible dans la magistrature assise; le ministère public (procureurs impériaux, etc.) dépend du pouvoir exécutif. La vénalité des offices ministériels (notaires, huissiers, commissaires-priseurs) fut rétablie. L'indépendance des avocats ne pouvait être tolérée; on savait que 3 sur 200 seulement à Paris avaient voté oui en 1804: «Je veux, professait le maître, qu'on puisse couper la langue à un avocat qui s'en sert contre le gouvernement.» Une des plus mortelles injures dans sa bouche était le mot: avocat! Aussi la profession redevint-elle corporative comme sous l'ancien régime (ordre, tableau, bâtonnier, conseil de discipline). Dès que la raison d'État est mise en jeu, les règles et les formalités de la justice sont écartées, la police obtient toute créance et toute latitude. Le décret impérial du3 mars 1810 concerne «les détenus dans les prisons d'État, qu'il n'est point convenable ni de faire traduire devant les tribunaux, ni de faire mettre en liberté»; on leur destine huit prisons permanentes: Saumur, Ham, Pierre-Châtel, Vincennes, If, Landskron, Fénestrelle, Campiano. La détention sera ordonnée par le conseil privé, sur le rapport du ministre de la police ou de la justice (peu importait, et leur dissentiment n'est même pas prévu). En outre, le premier de ces ministres a la faculté de «mettre en surveillance» les individus «qui lui paraîtront» devoir y être mis. Quand ce décret fat rendu, il ne faisait d'ailleurs que publier au grand jour ce qui se pratiquait depuis dix ans. Telle était l'indifférence traditionnelle ou acquise des Français pour la liberté individuelle, qu'à Paris le plus haut cours des effets publics à la Bourse (88 fr. 90 c. pour le 5 %) suivit à quelques jours de distance (16 mars) le rétablissement officiel des bastilles. Dans les procès politiques et militaires, tous les moyens paraissent bons pour obtenir des aveux, y compris la torture des «poucettes». Le code pénal de 1810 maintient l'exposition publique, le carcan, la marque, l'amputation du poignet des parricides avant leur décapitation; la peine de mort est prodiguée: elle est applicable entre autres cas à la non-révélation des complots.

    Il ne semble pas que le second mariage de Napoléon, en le rassurant sur l'avenir, l'ait déterminé à se relâcher longtemps des précautions policières dont l'habitude était prise. Fouché, disgracié(1er juil.),est surveillé par Réal, qui, malgré les scellés, les menaces et les rigueurs, n'obtint de l'équivoque personnage que la remise de pièces insignifiantes. Aussi le duc de Rovigo, son successeur, reçoit-il la lettre suivante: «Je regrette beaucoup d'avoir mis en liberté plusieurs individus à l'occasion de mon mariage. Je ne connaissais pas alors toutes les intrigues de M. Fouché. C'est vouloir me trahir que de me proposer de mettre en liberté certaines gens. Je vois, dans le nombre des personnes éloignées de Paris, plusieurs dont on s'est permis d'adoucir la situation. Révoquez ces ordres.» Le prince Eugène est avisé d'arrêter à Venise le P. Leonardi et le P. Pacetti et de prendre «les mesures les plus efficaces pour comprimer les dispositions malveillantes que montrent partout les moines. Mon intention, ajoute le souverain, n'est pas de me laisser insulter par cette vermine». Il emploie à l'espionnage politique, moyennant finances, Mme de Genlis, Mme Hamelin, maîtresse d'un intime de Talleyrand, M. de Montrond. Par les rapports secrets d'une police infatigable à se faire valoir, l'empereur sait, à n'en pas douter, «qu'on ne l'aime pas». Il tombe dans de fréquents accès de mélancolie, dont les causes étaient d'ailleurs en partie physiologiques. Aux Tuileries, un jour, «il se plaça brusquement au milieu d'un cercle, et, regardant bien en face tous ces gens de cour qui s'observaient avec une prudence toujours sur ses gardes, il leur dit: Que pensez-vous que dira le monde quand je ne serai plus là? Chacun des spectateurs, embarrassé, méditait une réponse qui plût au maître. Eh bien! dit Napoléon impatienté de cette hésitation, c'est pourtant bien simple, quand je ne serai plus là, tout le monde dira ouf! et il se retira aussi brusquement qu'il avait parlé. Tous les courtisans se regardèrent avec une figure singulièrement déconcertée. Tous ils avaient eu la pensée que Napoléon venait d'exprimer d'une manière si saisissante, et c'était justement pour cette raison qu'ils avaient cherché une formule qui dérobât à la pénétration de l'empereur cette première impression. Ce qui les effrayait surtout, c'était d'être attachés à la fortune d'un homme qui ne croyait même pas à la stabilité de l'œuvre dont il poursuivait néanmoins si fiévreusement la réalisation.» (P. Bondois.)

    [Censure de la presse; Chateaubriand et Mme de Staël contre Napoléon]
    Quant à la presse périodique, cet utile contrepoids de tout gouvernement, elle est ou officielle (Moniteur) ou officieuse et assujettie. Non seulement les propriétaires de quelques journaux autorisés doivent venir chez le ministre de la police justifier de leur qualité de Français, et prêter un serment spécial, mais, dès 1805, ils sont obligés de présenter comme rédacteurs des «hommes sûrs». Les journaux qui prospèrent sont tenus de racheter ceux qui périclitent. Le Journal des Débats se voit imposer le titre de Journal de l'Empire. L'indépendance d'esprit est qualifiée trahison. À propos du courageux Bertin, Napoléon écrit: «Son existence ne peut être sûre qu'en ne se mêlant plus d'influence politique; il est temps, enfin, que ceux qui ont directement ou indirectement pris part aux affaires des Bourbons se souviennent de l'Histoire sainte et de ce qu'a fait David (sic) contre la race d'Achab. Cette observation est bonne aussi pour M. de Chateaubriand et pour sa clique!» Les feuilletons littéraires eux-mêmes que signent Geoffroy, Étienne, sont l'objet de son étroite vigilance. Les avertissements pleuvent sur la Gazette de France, le Journal de Paris, les seuls organes quotidiens qui, avec le Moniteur et le Journal de l'Empire, subsistent encore, à la fin de 1811, dans la capitale: «Les produits des journaux, disent les considérants, ne peuvent être considérés comme une propriété qu'en conséquence d'une concession expresse faite par Nous...» La censure, déjà impitoyable pour les œuvres dramatiques, fut rétablie en 1810 pour les journaux, sous prétexte que le journaliste exerce une fonction d'État; sous le nom de directeurs, des censeurs à poste fixe sont imposés aux journaux et payés sur leur caisse. En février 1811, les frères Bertin se voient enlever, sans indemnité, la propriété de leur journal; Rœderer et le duc de Bassano eux-mêmes perdent de la même façon le Journal de Paris. Les libraires et les imprimeurs sont réduits à un nombre fixe, astreints au serment, au brevet, et sous le coup d'une perpétuelle inquisition. — Il est vrai que Napoléon «eût fait Corneille prince, si Corneille eût écrit de son vivant», et qu'il combla de ses faveurs Talma, principal interprète du grand tragique, sans compter Mlle Georges qui ne lui refusa pas les siennes. Il s'enthousiasma aussi pour les poèmes du faux Ossian (Macpherson) qu'il fit traduire par Baour-Lormian. Mais les «bardes» qui chantèrent ses victoires ne furent que de plats adulateurs. Il le sentait bien lui-même: «J'ai pour moi la petite littérature, et contre moi la grande.» La petite, c'étaient Fontanes, Thomas, Lancival, Raynouard, Joseph Chénier, François de Neufchâteau, malgré des qualités de second ordre. La grande, c'est un émigré royaliste et catholique, le vicomte de Chateaubriand, un moment rallié au premier consul (Génie du christianisme, préface de 1802), mais tôt désabusé par le meurtre du duc d'Enghien; c'est une Genevoise calviniste, la fille de Necker, et la femme d'un Suédois, Mme de Staël. Chateaubriand est presque un isolé, mais Mme de Staël; qui a publié Delphine et Corinne, attire et fixe autour d'elle des esprits indépendants comme Sismondi, Benjamin Constant, de Barante. Depuis le 18 brumaire, Mme de Staël est la «bête noire» du despote; en 1805, il lui enjoint de demeurer à Coppet; en 1806, il donne les ordres les plus minutieux pour sa surveillance. Apprend-il que le prince Auguste de Prusse, à Berlin, parle mal de lui? «Cela ne m'étonne pas, écrit-il à Victor... Il a passé son temps à faire sa cour à Mme de Staël à Coppet et n'a pu prendre là que de mauvais principes... Faites-lui dire qu'aux premiers propos qu'il tiendra, vous le ferez arrêter et enfermer dans un château et que vous lui enverrez Mme de Staël pour le consoler. Il n'y a rien de plat comme tous ces princes de Prusse!» Génie français par la forme, humain et cosmopolite par la substance, Mme de Staël était admirablement à portée de faire pénétrer à la France l’âme du grand peuple que nous connaissions si mal, du peuple allemand. Le livre De l'Allemagne, sans être exempt d'allusions (c'était impossible) au gouvernement français, n'avait ni le ton, ni le but d'une satire. Le censeur Esménard l'avait tout d'abord laissé passer. L'empereur fut plus difficile, et les 10.000 exemplaires furent saisis et mis au pilon: «Votre livre n'est pas français,» telle fut la raison donnée à l'auteur par le ministre Savary. Les journaux allemands qui se publiaient à Brème, Hambourg, etc., disparurent en masse ou devinrent des reproductions du Moniteur. Après Austerlitz, l'occupation prolongée de l'Allemagne méridionale et centrale provoqua des pamphlets redoutables qui faisaient appel à l'insurrection. L'un d'entre eux, «Le profond abaissement de l'Allemagne,» avait été expédié par ballots aux libraires de Nüremberg. Napoléon fit traduire en cour martiale les libraires Schöderer et Palm, entrepositaires peut-être inconscients. Le premier s'échappa; le second fut condamné et fusillé immédiatement (août 1806): «La mort de cet homme, même injuste, était nécessaire à la sécurité de l’armée.» Trois ans après, l'empereur fit grâce, mais très secrètement, à l'étudiant Frédéric Staps, qui avait tenté de le poignarder (12 oct. 1809). Il craignait plus la force incœrcible de l'opinion que les révoltes ouvertes, les idées que les attentats: c'est pourquoi il ne cessait de tourner en dérision l'idéologie et les idéologues. Il supprima la classe des sciences morales et politiques à l'Institut (V. ce mot). Mais il ne convient point, par une étrange et trop commune complicité, de nier avec lui le mouvement intellectuel qui échappait à sa direction, et cela dans les sens les plus divers: avec les philosophes de Gérando, Maine de Biran, Royer-Collard; avec les historiens critiques Lessing, Winckelmann, Niebuhr, auprès desquels pâlissent les Daunou, les Ginguené, les Sismondi, les Michaud, les Lesur, les Lacretelle; avec les théoriciens de la théocratie, de Bonald et Joseph de Maistre; avec les érudits comme Sylvestre de Sacy. Deux Allemands, Kant et Gœthe, sont les vrais initiateurs de la pensée moderne. Dans les sciences exactes, la France garde le premier rang avec Lagrange, Laplace, Monge, Carnot, Lancret, Méchin, Delambre, Lalande, Meusnier. La physique et la chimie citent avec orgueil Fourcroy, Berthollet, Gay-Lussac, Malus, Arago, Vauquelin, Chaptal, Thénard; les sciences naturelles, Lamarck, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, G. Cuvier, de Jussieu, de Saussure, Brongniart; les sciences médicales, Bichat, Broussais, Corvisart, Laënnec, Hallé, Pinel, Esquirol, le chirurgien Larrey, «dont l'histoire est presque celle des guerres de ce temps» (Rambaud), Dupuytren, Lucas, Chopart, Bouillon-Lagrange. Avec Percier, Fontaine, Raymond, Chalgrin, l'architecture «néo-romaine» subit l'inspiration impériale. La sculpture (Cartellier, Espercieux, Chaudet, Bosio, Lemot) est classique; les grands sculpteurs étrangers Canova et Thorwaldsen sont, par leur vie et leurs œuvres, intimement mêlés à notre histoire. David, ses émules et ses élèves ne s'écartent pas du goût classique.. L'empereur n'aimait, suivant le mot de Cherubini, que «le genre de musique qui ne l'empêchait pas de penser aux affaires de l'État»; aussi ne fait-il grâce à Méhul qu'en faveur de l'Irato, et accorde-t-il sa prédilection aux musiciens italiens Paisiello, Spontini: les Bach et Beethoven, et même Mozart, lui demeurent étrangers.

    [Les sciences et l'industrie sous l'Empire]
    La science commençait à «révolutionner» les anciennes industries et à en créer de nouvelles. Si la réglementation ouvrière reprit faveur (brevets, livrets), si même quelques corporations furent ressuscitées (boulangers de Paris), si les conseils de prud'hommes (1806) eurent un caractère éminemment patronal, le progrès des procédés industriels est remarquable, grâce à Conté, Leblanc, Seguin, Carcel, Cadet de Vaux, les chimistes déjà cités, Léger-Didot, Proust, Oberkampf, Philippe de Girard, Jacquard, le patriote Richard-Lenoir. Ces inventeurs atténuèrent les résultats lamentables du système continental et «outillèrent la France de telle sorte qu'à la reprise des relations commerciales elle se retrouva en état de soutenir la lutte» (Rimbaud). Mais c'est pure flatterie que de voir, par exemple, dans la découverte de l'extraction du sucre de raisin ou du sucre de betterave, une conséquence du décret de Berlin. L'application de la vapeur à la navigation (V. Jouffroy D'Abbans [De] Fulton) fut mal accueillie en France et ne reçut aucun encouragement de l'empereur.

    Les expositions furent nationales, comme en 1798. Grâce aux récompenses, surtout honorifiques, le nombre des exposants s'éleva (229 en 1801; 540 en 1802; 1.422 en 1806). Une école des arts et métiers fut créée à Compiègne. Si le commerce maritime était nul, le commerce continental fut prospère, tant que la victoire nous assura le monopole des communications et des débouchés.

    [Les grands travaux publics]
    L'Empire fut une époque de grands travaux publics. Contre les Anglais furent créés l'arsenal de Rotterdam, celui d'Anvers, un instant menacé (15 août 1809) par la perte de Flessingue et de l’île de Walcheren; la digue de Cherbourg fut continuée activement. L'union stratégique du royaume d'Italie avec le territoire français fut l'objet principal des routes du Genèvre, du Cenis (col Fréjus), du Simplon, la seule achevée. Une voie rectiligne relia Metz et Mayence. Les routes nationales furent régulièrement construites (route du Tarare) et entretenues aux frais de l'État; les chemins vicinaux furent mis à la charge des communes (arrêté du 23 juillet 1802), qui virent avec bonheur abolir les malencontreuses barrières à péages du Directoire. Le canal de Nantes à Brest permit de soustraire la Bretagne aux surprises des croisières anglaises; celui de Saint-Quentin vivifia la région du Nord; à Paris, l'on termina le canal de l'Ourcq (décret du 19 mai 1802); le bassin de la Villette, destiné à fournir de l'eau de l'Ourcq pour l'alimentation de la capitale, fut achevé de 1806 à 1809; le canal de Saint-Denis fut commencé en 1811 (décret du 24 févr.) entre cette ville et le bassin (c'est par la barrière de la Villette qu'eut lieu l'entrée triomphale de la Grande Armée après Tilsitt). Y compris une vingtaine de millions dépensés pour ces travaux, dont les compléments prévus ne se réalisèrent que sous la Restauration, les améliorations et embellissements de la capitale absorbèrent une somme d'environ 102 millions. Citons, au point de vue municipal, les abattoirs; les cimetières du Nord, de l’Est, de Vaugirard, de Sainte-Catherine (décret du 12 juin 1804), la nouvelle Morgue place du Marché-Neuf (17 août 1804, ord. de police); 15 nouvelles fontaines ajoutées aux 65 anciennes (décret du 2 mai 1806), au nombre desquelles la fontaine Desaix (place Dauphine) et celle du Lion-de-Saint-Marc (place des Invalides) sont l'une de 1802, l'autre de 1804; le pont des Arts, commencé en 1802 par De Cessart, terminé en 1804 par Dillon et Demoutier; le pont d'Austerlitz, commencé en 1799 par Brullé, achevé par Becquey et Beaupré, et qui se composait alors de cinq arches en fonte de fer (1807); le pont d'Iéna, construit par Lamandé et Dillon(1809-13), en vertu du décret de Varsovie (13 janvier 1807); les greniers de réserve; le quai d'Orsay; le marché aux fleurs; le marché des Carmes et le marché Saint-Germain, commencés seulement en 1813; la deuxième coupole de la halle aux blés, construite par Bélanger (1810). A l'Hôtel de Ville, il n'y eut que des travaux d'aménagement et d'inscriptions. Aucune église actuelle ne date de l'Empire, sauf la Madeleine: les travaux accomplis de 1777 à 1790 avaient été suspendus, les premières assises furent rasées en 1807, et sur l'emplacement s'éleva le «Temple de la Gloire», construit par Vignon, et destiné a servir de Panthéon impérial; la Restauration rendit ce monument à son affectation primitive. En même temps, le Panthéon était redevenu l'église Sainte-Geneviève (1806). Le Palais de la Bourse fut construit par Brongniart, de 1808- à 1813 (achevé par Labarre en 1826); Poyet fit la façade (sur le quai d'Orsay) du Palais-Bourbon, où siégeait le Corps législatif (1804 à 1807). Vaudoyer transforma la chapelle de l'ancien collège Mazarin en salle de séances pour l’Institut (1806). L'ancien hôtel du prince de Salm fut aménagé en palais de la Légion d'honneur (1803). Percier et Fontaine achevèrent la cour du Louvre (1806-13) et amorcèrent à l'Ouest la jonction du Louvre et des Tuileries (1802) en même temps que commençaient les travaux de la rue Impériale (rue de Rivoli), qui devait aller jusqu'à la place du Trône et qui s'arrêta, sous le premier Empire, en face du passage Delorme. De 1800 à 1804, Chalgrin acheva le galerie Est du Palais du Luxembourg, supprima l'escalier central, construisit l'escalier de la galerie Ouest pour l'installation du Sénat. De 1810 à 1814, Bonnard commença le palais du quai d'Orsay (Cour des comptes), incendié en mai 1871 et rasé aujourd'hui. Au Palais-Royal fut construite la salle du Tribunat, démolie en 1827. Le seul théâtre qui date de l'Empire est celui des Variétés, dû à Cellerier et Alavoine (1808): vingt-deux exploitations scéniques ont été supprimées, et la censure est particulièrement sévère pour les pièces. Au point de vue décoratif, on peut citer: la fontaine du Regard, par Bralle (1806), elle a disparu; le bas-relief, sculpté par Valois, occupe la façade postérieure de la fontaine de Médicis; la fontaine de l'Égyptien, par Bralle; la première fontaine du Château-d'Eau (1815), transférée au marché de la Villette; la fontaine du Palmier ou du Châtelet, par Bralle (1806), sculptures par Boizot, sauf les sphinx, qui sont de 1858. Mais les monuments de beaucoup les plus caractéristiques du premier Empire sont la Colonne Vendôme, l'Arc du Carrousel et l'Arc de l'Étoile. «Toutes les fois, dit Mme de Staël, que les améliorations possibles dans les diverses branches du gouvernement ne portaient en rien atteinte au pouvoir de Bonaparte, et qu'elles contribuaient au contraire à ses plans et à sa gloire, il faisait, pour les accomplir, un usage habile des immenses ressources que lui assurait la domination de presque toute l'Europe... et employait presque toujours des têtes très propres aux affaires dont il les chargeait.» Quant aux travaux publics, «ces prodiges divers se sont accomplis parce qu'il portait sur chaque point en particulier les tributs et le travail de 80 millions d'hommes. Mais les rois d'Égypte et les empereurs romains ont eu sous ce rapport d'aussi grands titres à la gloire». Bruxelles, Milan (arènes et arc du Simplon), Turin, ne furent pas oubliés. Lyon s'agrandit (place Bellecour). La Vendée eut un chef-lieu central, Napoléon-Vendée. Et que de projets ne furent qu'ébauchés! que de rêves ne furent qu'entrevus! La longue tranquillité de la capitale avait fait oublier à Napoléon ses colères de 1804 (avant le sacre), année où il parlait de transporter ailleurs le siège de son gouvernement et faisait publier un article sur les motifs qui avaient déterminé les empereurs romains à quitter Rome (Gazette de France du 28 sept.). «Il entrait dans mes rêves, dit le Mémorial, de faire de Paris la véritable capitale de l'Europe. Parfois je voulais qu'il devint une ville de 2, 3, 4 millions d'habitants, quelque chose de fabuleux, de colossal, d'inconnu jusqu'à nos jours, et dont les établissements eussent répondu à la population.» Ce que Louis XIV avait fait en petit pour Versailles, Napoléon le rêvait en grand pour Paris. La réalité est plutôt affligeante. La population parisienne est misérable, stationnaire (600.000 hab. en 1810; 530.000 en 1813, dont 86.000 indigents). Jamais, pas même après les désastres, l'empereur ne pensa sérieusement à fortifier sa capitale, il s'en défiait trop au fond. Le projet relatif au palais du roi de Rome marque à merveille sa vraie pensée: «Ce palais, placé sur la hauteur, en face de l'École militaire, dominant le pont d'Iéna, enfilant le cours entier de la rivière d'une part, et tout le développement de la rue de Rivoli de l'autre, devait être construit de manière à remplir toutes les conditions d'une véritable forteresse. Mais, pour lui donner toute la valeur dont elle était susceptible, il embrassait dans sa dépendance tout le grand plateau qui s'étend de la barrière de l'Étoile et de la hauteur des Bons-Hommes (Minimes, Trocadéro) jusqu'au Bois de Boulogne et la route de Neuilly. Sur ce plateau, il devait établir un immense jardin entouré de fortes murailles ou de fossés profonds, qui en faisaient, au besoin, un vaste camp retranché, auquel arrivaient par toutes les routes, et sans être obligées d'entrer dans Paris, les troupes de Versailles, de Courbevoie, de Saint-Denis, en un mot la garde entière» (Rapport de M. de Clermont-Tonnerre à Charles X, 1826).

    [Apogée et effondrement du système militaire]
    C'est à cette époque de «l'apogée» que le système militaire atteint ou va atteindre sa plus grande extension, et qu'en même temps il commence à s'effondrer par la base, le recrutement. Le tirage au sort (1804) avait d'abord paru un adoucissement de la conscription; de plus, les mauvais numéros pouvaient s'exonérer en payant un remplaçant. Mais cette sorte de contrat, destiné à satisfaire la bourgeoisie, n'eut rien de solide. Des jeunes gens, même plusieurs fois rachetés, furent obligés de partir; en 1813, l'on remontera jusqu'à la classe de 1803 et l’on descendra jusqu'à celle de 1815. En 1811, il y a déjà 80.000 réfractaires, contre lesquels procèdent les colonnes mobiles; sont responsables «les pères, mères, frère sœurs, tuteurs, hôteliers, communes, des soldats en fuite» Les mutilations volontaires, les mariages prématurés, et jusqu'aux accouchements provoqués avant terme (par suite de la clause qui exemptait le père d'un nouveau-né), telles furent les suites affreuses de cette mise en coupe réglée de tant de générations, perfectionnée encore par le sénatus-consulte du 13 mars 1812 (répartition en trois bans de la garde nationale). Avec les troupiers, l'empereur affecte une familiarité qui les étonne, les séduit, les enthousiastes; mais tous les grades sont au choix ou à l'ancienneté, aucun n'est laissé à l'élection, même dans la garde nationale. L'armement de la ligne est toujours le fusil à pierre, même pour les grenadiers, les carabiniers (simples dénominations distinctives). Dans l'artillerie, le calibre 6 domine, le calibre 12 est allégé; les batteries sont de 6 pièces: les dernières grandes batailles sont surtout des canonnades. La cavalerie, grosse ou légère, est superbe, grâce aux chevaux d'Allemagne. Le train des équipages date de 1807, les infirmiers de 1809. Le but partout poursuivi est d'obtenir la plus grande mobilité; dans chaque bataillon, les hommes les plus robustes forment la compagnie des grenadiers; les plus agiles, celle des voltigeurs; les autres constituent le centre. Les cuirassiers exécutent les charges de cavalerie; les chasseurs hussards, lanciers (ceux-ci créés en 1809) forment la cavalerie légère. L'élite de l'armée est dénommée garde impériale (vieille garde constituée avant 1807, jeune garde depuis lors); elle comprit, en 1813, 92.000 hommes. On y distingue les vétérans de la garde, les dragons de l'impératrice, les guides, les mamelouks, les lanciers polonais. Les uniformes, incommodes surtouts pour les chefs sont éblouissants. Les unités tactiques (régiments) sont réparties en corps d'armée. Les soldats recrutés dans les 130 départements, dans les provinces illyriennes, dans îles ioniennes, sont considérés comme soldats français; les Suisses (1803), les Hanovriens, les Polonais et même le Portugal et l'Espagne (1807), les Tatars (1812), les Albanais, etc., ont fourni des légions, bataillons, etc., directement pris au service de l'empereur qui dispose enfin des troupes de la Confédération du Rhin et des États vassaux. Napoléon dépayse le plus qu'il peut les troupes étrangères (Polonais en Espagne, Espagnols en Danemark). Plus de la moitié de la Grande Armée, en 1812, est composée de soldats réellement étrangers, par leur naissance, au territoire de l'ancienne France.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Hippolyte Monin
    Mots-clés
    Institutions crées pendant l'Empire, réformes administratives, censure, les arts et sciences pendant l'empire, les grands travaux publics, urbanisme, apogée et effondrement du système militaire
    Extrait
    «Aux Tuileries, un jour, "il se plaça brusquement au milieu d'un cercle, et, regardant bien en face tous ces gens de cour qui s'observaient avec une prudence toujours sur ses gardes, il leur dit: Que pensez-vous que dira le monde quand je ne serai plus là? Chacun des spectateurs, embarrassé, méditait une réponse qui plût au maître. Eh bien! dit Napoléon impatienté de cette hésitation, c'est pourtant bien simple, quand je ne serai plus là, tout le monde dira ouf! et il se retira aussi brusquement qu'il avait parlé. Tous les courtisans se regardèrent avec une figure singulièrement déconcertée. Tous ils avaient eu la pensée que Napoléon venait d'exprimer d'une manière si saisissante, et c'était justement pour cette raison qu'ils avaient cherché une formule qui dérobât à la pénétration de l'empereur cette première impression. Ce qui les effrayait surtout, c'était d'être attachés à la fortune d'un homme qui ne croyait même pas à la stabilité de l'œuvre dont il poursuivait néanmoins si fiévreusement la réalisation."» (P. Bondois.)
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    Mémoires de Talleyrand sur Napoléon, de la campagne d'Italie jusqu'à 1804, Montrond, le Consulat, la Malmaison

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