De fait, si le diagnostic posé par Polanyi était et demeure exact, il était trop optimiste quant au cours de l'histoire. Les institutions de l'Etat-providence européen de l'après-guerre qui étaient, croyait-il, définitivement établies, sont aujourd'hui gravement menacées. Le mécanisme d'imposition et de redistribution dont dépendaient depuis toujours les démocraties sociales modernes a été totalement désorganisé par l'internationalisation du capital et du revenu, qui échappent à la compétence territoriale et fiscale des autorités nationales. Il n'est pas possible non plus d'exercer un contrôle politique sur les sociétés transnationales et sur les marchés financiers internationaux. Les "votes" des spéculateurs, qui évaluent continuellement les politiques économiques et sociales nationales, ont aujourd'hui plus de poids que les votes des citoyens. Le scénario catastrophe de Polanyi d'un mécanisme du marché "seul artisan du destin de l'homme et de son environnement naturel" est devenu une réalité bien plus effrayante encore.
-- faire en sorte que le marché ne sorte pas de son rôle ;
-- réaffirmer la fonction essentielle du bien public et de l'Etat-nation démocratique ;
-- élargir à la sphère internationale la définition et la portée du concept de "citoyenneté responsable".
Le présent document s'efforcera d'expliquer brièvement pourquoi le modèle de l'Etat-providence démocratique et social est gravement menacé, arguant, comme Polanyi l'avait pressenti, que cette évolution peut en effet conduire à la destruction de la société, sauf si les citoyens et leurs gouvernements engagent l'action politique nécessaire pour :
