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    Dossier: Monachisme

    La règle de Saint-Benoît

    Émile Levasseur
    Extrait de l'Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant 1789 publié en 1900.
    La règle de saint Benoît de Nursie. — Saint Benoît de Nursie, «le patriarche des moines de l'Occident 16», qui, dès l'âge de seize ans, avait quitté le monde, et dont la piété exemplaire avait ensuite attiré au mont Cassin un nombre considérable de chrétiens désireux de vivre sous sa loi, leur donna, vers 528, une règle qui ne tarda.pas à se répandre en Italie, en Sicile et en Gaule, et qui devint le modèle de toutes les règles postérieures. Saint Benoît établit la perpétuité des vœux, l'autorité absolue de l'abbé, l'égalité de tous les moines, quelle que fût leur condition antérieure 17.

    «L'oisiveté est l'ennemie de l'âme 18», disait-il, et il avait fait en sorte de la bannir des cloîtres. Un des chapitres de la règle de Saint-Benoît est intitulé de Opere manuum quotidiano..

    Depuis Pâques jusqu'aux calendes d'octobre, le moine, au signal donné par le prieur, partait dès le matin pour travailler de la première à la quatrième heure (de 6 à 10 heures du matin). Le milieu de lajournée était consacré à la lecture, au dîner, au repos, à la méditation. À la neuvième heure (2 heures de l'après-midi), quand la chaleur était moins accablante, il sortait de nouveau pour continuer son ouvrage jusqu'à vêpres (12e heure). Des calendes d'octobre à la Quadragésime, le travail durait, sans interruption, de la troisième jusqu'à la neuvième heure (9 heures du matin à 2 heures) et même, pendant le carême, jusqu'à la dixième. Les plus faibles comme les plus robustes,étaient assujettis à ces six ou sept heures d'exercices manuels; il était seulement réservé à la sagesse du supérieur de mesurer le genre et la quantité de travail à la force de chacun 18. C'était, en somme, un travail modéré.

    Ce travail était de deux espèces: celui des champs et celui des ateliers.

    On sait que des étendues considérables de campagnes incultes, de marais, de bois ont été défrichées, du VIe au Xe siècle, par les moines qui allaient s'établir dans des contrées sauvages, au milieu des forêts, et qui portaient avec eux à la fois les lumières de la religion et là pratique de l'agriculture. Les religieux de l'ordre de Saint-Benoît avaient toujours à la ceinture une faucille pour se rappeler que leur premier devoir était de cultiver la terre. Leurs efforts persévérants durant les premiers siècles des temps modernes ont accru la richesse territoriale et hâté le développement de l'Europe centrale.

    Le travail des métiers, pour n'avoir pas laissé des traces aussi profondes et des souvenirs aussi vivants dans la mémoire des hommes, n'en a pas moins eu une grande influence sur l'industrie du Moyen Âge. Le travail industriel, dans l'Antiquité, avait toujours eu, malgré les institutions de quelques empereurs, un caractère dégradant parce qu'il avait ses racines dans l'esclavage; après l'invasion, la grossièreté des barbares et l'abaissement des villes n'étaient pas de nature à le réhabiliter. Ce fut l'Église qui, en proclamant que Jésus-Christ étaitle fils d'un charpentier et que ses apôtres étaient de simples ouvriers, fit connaître au monde que le travail est honorable autant que.nécessaire. Les moines le prouvèrent par leur exemple et contribuèrent ainsi à donner aux artisans une certaine considération que les sociétés antiques leur avaient refusée.

    Le travail des mains était, comme nous l'avons déjà dit, une sorte de sanctification, et les législateurs des ordres religieux ne le comprenaient pas indépendamment des autres vertus monastiques. L'humilité et l'obéissance en étaient les premières conditions: «S'il y a des artisans dans le monastère, qu'ils exercent leur métier en toute humilité, pourvu que l'abbé le permette. Si l'un d'eux s'enorgueillit de son talent, sous prétexte qu'il procure quelque avantage à la communauté, qu'on le prive de son métier et qu'il ne puisse le reprendre qu'après s'être humilié et en avoir reçu l'ordre de l'abbé 19.» Le moine ne choisit pas le genre d'occupation qui lui plait; il fait ce qui lui est prescrit et ne doit jamais se plaindre du fardeau qui lui est imposé. Il se met à son travail au premier signal du prieur; il le quitte de même, et son obéissance doit être si prompte, qu'il ne prend pas seulement le temps d'achever le jambage de la lettre qu'il a commencé d'écrire 20. Aucune fonction ne doit lui paraître rebutante; il peut être appelé à servir ses frères au cellier, à la boulangerie, à la cuisine, comme ses frères peuvent l'être à le servir. Mais il ne doit s'approprier aucun des fruits de son travail; rien ne lui appartient et son industrie ne lui donne droit à aucune jouissance particulière. «Un moine (chap. XXXIII de la règle de Saint-Benoît) ne doit rien avoir en propre, ni un livre ni des tablettes ni une plume... Il doit attendre tout de l'abbé.» Avant le travail il doit faire sa prière, et pendant le travail il doit penser sans cesse à Dieu 21. Dans l'atelier, où il passe six heures courbé sur son ouvrage, règne d'ordinaire le plus profond silence; s'il veut emprunter quelque outil, il le désigne du geste à un de ses frères qui le lui donne sans prononcer une parole; s'il a besoin de demander quelque renseignement indispensable, il le fait en peu de mots et à voix basse de manière à ne pas troubler le recueillement de ses voisins. Quand parfois ce silence est rompu, ce n'est pas par le murmure des conversations, c'est par le bruit des voix qui s'élèvent pour chanter en cadence des psaumes et des cantiques 22. Telle était la règle.; mais elle paraît avoir été très irrégulièrement observée aux IXe et Xe siècles, jusqu'à la réforme de Cluny.

    Au commencement du XIIIe siècle, à une époque où cependant la règle du travail était de nouveau moins rigoureusement observée, on racontait la légende d'un abbé cistercien qui n'ayant presque jamais été au travail avec ses frères et ayant promis à un de ses moines de lui apparaître trente jours après sa mort, lui était apparu en effet, le haut du corps brillant de lumière, mais les jambes noires et ulcérées. Le moine lui ayant demandé la raison de ce stigmate: «C'est, répondit l'abbé, que j'ai été souvent, absent du travail sans nécessité 23.

    La propagation de la règle. — Telle était la vie austère imposée par saint Benoît aux travailleurs qui se consacraient à Dieu, et qu'un concile tenu en 788 à Aix-la-Chapelle imposa à tout l'empire franc. Saint Columban qui, élevé à Bangor, propagea sa règle en Gaule après la mort de saint Benoît, n'était pas moins sévère; il voulait que le moine, après avoir accompli sa tâche de chaque jour, «se couchât le soir fatigué pour se lever le matin avant d'être entièrement reposé 24». Saint Chrodegand donna aux chanoines la règle de Saint-Benoît 25. Isidore de Séville l'introduisit en Espagne; saint Maur, dit-on, la fit connaître en France au IXe siècle; saint Benoît d'Aniane la fit revivre et l'imposa à tous les monastères de la Gaule dans lesquels il ramena l'ordre avec le travail.

    Les deux saint Benoît avaient donné des règles, mais n'avaient pas fondé des ordres. À proprement parler cette fondation a été l'œuvre des Cluniciens et des Cisterciens. La congrégation de Cluny, congregatio cluniacensis, dont l'origine remonte à l'an 910, mais qui ne fut organisée que par l'abbé Odon, constitue une organisation politique fortement liée, à la tête de laquelle était l'abbé de Cluny, abbé des abbés. Deux abbés, saint Hugues et Pierre le Vénérable (1049-1156) firent la fortune de l'ordre qui, au milieu du XIIe siècle, comptait plus de deux mille abbayes affiliées et subordonnées. C'est de 1098 que date l'abbaye de Cîteaux, et c'est au commencement du XIIe siècle que les quatre grandes filles de Cîteaux, la Ferté-sur-Grene, Pontigny, Clairvaux, Morimond, ont été fondées (1114-1115) et que fut confirmée par le pape (1119) la règle de l'ordre, la «Charte de charité». Cette charte établissait l'autorité suprême de la maison mère, mais donnait aux filles une certaine participation au gouvernement que d'ailleurs leur retirèrent des bulles pontificales postérieures.Cluniciens et Cisterciens se proposaient également de rétablir et même de rendre plus austère la discipline antérieure qui s'était relâchée et, en matière de travail, ils ne firent guère que reproduire les prescriptions de saint Benoît 26.

    L'an 631, Dagobert donna à saint Eloi la terre de Solignac dans le Limousin. Saint Eloi y fonda un monastère dans lequel il fit entrer un grand nombre d'ouvriers qui avaient travaillé sous ses ordres. ll l'enrichit de tous les dons qu'il obtenait de la libéralité du roi, et lui-même songeait à s'y renfermer lorsque les suffrages du peuple l'appelèrent à l'évêché de Noyon. Des religieux de toutes les provinces y affluaient et la congrégation compta bientôt cent cinquante membres. Saint Ouen, archevêque de Rouen, qui visita le cloître quelques années après, le propose comme modèle à tous les couvents. «Là, dit-il, sont de nombreux artisans habiles dans des métiers de tout genre qui, formés sous la loi du Christ, sont toujours disposés à obéir 27

    Notes
    16. Saint Benoît de Nursie (dont la vie est connue par les Dialogues attribués à Grégoire le Grand), attristé par les désordres de ses compagnons d'étude à Rome,s'était retiré très jeune encore, dans une solitude des Apennins, à Subiaco où sa piété, son ascétisme et ses miracles lui firent une grande réputation. Il quitta Subiaco vers 530 pour une solitude plus sauvage encore, et il bâtit, avec ses moines, le monastère du Mont-Cassin. Il était né vers 480. Il mourut vers 540.
    17. Institutiones Jo. Cassiani, cap. XII et 1IV. Cod. reg., t. II, p. 26.
    18. Otiositas inimica est animes. Reg. S. Benedicti, c. XLVIII..
    19. Reg. S. Bened., c. XLVIII, de Opere manuuni quolidiano.
    20. Artifices, si sint in monasterio, cum omni humilitate faciant ipsas artes, si permiserit abbas. Quod si aliquis ex cis extollitur pro scientia artis suie, eo quod videatur aliquid conferre monasterio, hic talis evellatur ab ipsa apte et denuo per earn non-transeat, nisi forte humiliato ei iterum abbas jubeat. Reg. S. Ben.; cap. LVII.
    21. Instit. Jo. Cassiani, cap. XII.
    22. Laborandum est ergo corpore, animi fixa in Deum intentione ; sicque manes in opere implicanda est ut non avertatur a Deo. Reg. S. Isodori Hispal., c. VI.
    23. Pervenientes auteur ad laborem, non multiplicentur inter se signa, nec presumant loqui, nisi de ipso labore breviter et necessario et silenter cum priore seorsuni a fratribus. Reg. de Monteforti, c. VIII. — Monachi operantes ineditari aut psallere debent, ut carminis verbique Dei delectatione consolentur ipsum laborem. Reg. S. Isodori Hispal., c. VI.
    24. D'Arbois de Jubainville, Études sur l'intérieur des abhayes cisterciennes, p. 54.
    25. Monachus.... non faciat quod vult.., operis sui pensum persolvat... Lassus ad stratum veniat, necdum expleto somno surgere compellatur. Reg. S. Cotumb. dePerfectione mon. Cod. reg., t. 1, p. 174,
    26. Reg. S. Chrodogangi, c. IX, de Opera manuum quotidiana.
    27. Reg. S. Isodori Hisp., c. VI, de Opere mon.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Émile Levasseur
    Historien et économiste français (1828-1911). Auteur d'ouvrages d'économie politique, ce sont surtout ses études historiques sur le travail et le mouvement ouvrier ainsi que ses études démographiques sur la population française qui conservent de l'intérêt encore aujourd'hui.
    Mots-clés
    Développement de la règle bénédectine et sa propagation dans les monastères au Moyen Âge, Moyen Âge
    Extrait
    «Le travail des mains était, comme nous l'avons déjà dit, une sorte de sanctification, et les législateurs des ordres religieux ne le comprenaient pas indépendamment des autres vertus monastiques. L'humilité et l'obéissance en étaient les premières conditions...»

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