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    Dossier: Maturité

    Normalité - Maturité

    Jean-Yves Roy
    On ne peut parler de normalité sans susciter à la fois une impression de confusion et un sentiment assez mal défini de révolte intérieure. En effet, le terme «normal» est aromatisé de tant de façons qu'on perd rapidement de vue sa signification réelle ou, à tout le moins, contextuelle. De plus, nous n'hésitons pas à le personnaliser, à lui prêter des intentions maléfiques; tel un monstre bizarre toujours prêt à nous attaquer, non pour nous tuer tout à fait, mais pour nous standardiser, ce qui est peut-être pire, il nous semble animé par une volonté implacable de nous rendre conforme à la moyenne. Nous sommes prêts à nous battre contre lui, prêts à nous battre pour échapper à son pouvoir, pour conserver nos caractères distinctifs, pour demeurer nous-mêmes.

    Aussi peut-il être d'une certaine utilité, d'abord, de ressaisir la signification opératoire du vocabulaire de la normalité, ensuite, en retombant dans la pratique, de montrer comment s'inscrit la vie dans ce dédale de devoir-être. Car, c'est de cette confrontation qu'il est question: la norme, une attitude de groupe, d'une part, et d'autre part l'individu aux prises avec son processus individuel de différenciation. Au fond, la question, l'angoisse sous-jacente à tout débat sur la normalité pourrait se formuler de la façon suivante: vais-je pouvoir être à la fois normal et moi-même?

    Il n'y a probablement pas de réponse à cette question; ou plutôt des milliards de réponses toutes différentes les unes des autres.

    Pour tenter de s'y retrouver, il faut d'abord effectuer des distinctions. L'esprit humain est ainsi fait qu'il ne comprend la vie qu'en la disséquant. Nous tâcherons d'abord de distinguer les divers registres de normalité. Car il paraît plus qu'évident que ce concept recouvre plusieurs registres de signification.

    Le premier sens du mot renvoie aux statistiques. Normalité signifie d'abord moyenne. L'événement normal, c est celui qui est le plus souvent observé, celui auquel on est le plus habitué. Comme la plupart des nord-américains adultes mesurent aux alentours de cinq pieds huit pouces, on parle de cette taille comme d'une taille «normale». Même raisonnement pour le quotient intellectuel, etc.

    Le second sens du mot normalité est d'ordre moral. On y a fréquemment recours. On déclare en effet «normal», dans ce contexte, un comportement proposé, suggéré, telle la vertu dont on affirme qu'elle est l'état «normal» de vie dans une certaine société. Cette norme idéale illustre plus clairement que la normalité moyenne l'aspect «conformant» de l'élection d'une normale.

    L'utilisation de ces deux seules définitions de la norme nous conduit, à toutes fins pratiques, dans un cul-de-sac. Déjà avec la norme identifiée à la valeur moyenne, on se rend compte des possibilités phénoménales d'erreur. Jugera-t-on anormal celui qui ne mesure que cinq pieds six pouces? Qui est le «plus normal», celui qui a un Q.I. de 100 ou de 120? Plus encore, existe-t-il beaucoup d'individus qui mesurent précisément cinq pieds huit pouces? On est donc amené à parler davantage d'un champ normal que d'une norme rigide et fixe. Même chose pour la norme idéale. A toutes fins pratiques, l'individu exactement vertueux n'existe pas. Le citoyen tout à fait adulte et autonome est également une vue de l'esprit.

    Ce «champ normal» nous tire encore d'embarras dans l'examen d'un paradoxe amusant. En effet, comme la norme idéale est une valeur proposée et comme, par ailleurs, la norme issue de la moyenne traduit une tendance centrale, on peut penser - et c'est souvent le cas - qu'on est d'autant plus normal (norme idéale) qu'on se détache de la normale (norme moyenne). Seul le concept de champ normal permet de réduire cet écart et ces oppositions; il le fait d'ailleurs bien imparfaitement. Ainsi, la conscience politique désirée par les socialistes pour tous les citoyens n'est finalement le fait que d'une minorité ...

    Pour échapper à ces multiples difficultés (inexistence de la norme - contradiction entre la norme idéale et la normalité moyenne), on a pensé suggérer une normalité évolutive. Essentiellement, cette approche du problème de la normalité découle des savoirs psychologiques. Le raisonnement est le suivant: l'homme évolue; à chaque stade de son évolution, il acquiert habituellement telle capacité, tel talent, telle habileté. Considérons comme normal celui parmi les êtres humains, qui a acquis, à un moment donné, la plupart des capacités propres à son âge.

    On le constate, cette normalité évolutive n'est qu'une version des deux registres précédents de normalité rendue plus subtile par suite de la combinaison et de la fragmentation de certains éléments. On combine en effet la norme moyenne à la norme idéale et on fragmente en raison de l'âge. Par exemple, à 25 ans, je suis sensé gagner ma vie honnêtement: la plupart des citoyens gagnent leur vie à cet âge et il est souhaitable de ne pas voler. Il est certain que cette «combinaison-fragmentation» comporte des avantages inouïs. Elle respecte, entre autres, la réalité évolutive de l'être; (elle ne nous incite pas à espérer qu'un enfant de cinq ans soulève un poids de deux cents livres). Plus fidèle à la réalité de l'être en croissance, elle est plus malléable, elle permet une certaine souplesse dans l'appréciation du fait observé.

    Mais je me rends compte que nous revenons, sans l'avoir abordé vraiment, à l'épineux problème de l'étalonnage: apprécier un individu en fonction d'une jauge. Nous avons tout au plus réussi à nuancer notre jugement, compte tenu de circonstances matérielles telles que l'âge; mais nous ne cessons pas pour autant de porter des jugements de valeur, nous ne cessons pas d'évoluer.

    Or, il est très dangereux d'évoluer. D'abord, en faisant du sujet un cas, nous l'enfermons dans les limites étroites d'une quelconque catégorie abstraite. Ensuite, toute classification suppose un barème absolu dont on sait trop qu'il s'évapore avec le temps, les circonstances ou la culture.

    L'aspect limitatif de l'acte de classer est désormais très bien montré. Si, par exemple, on donne deux lots de rats à éduquer à des enfants, on se rend compte que les enfants qu'on aura convaincus de l'intelligence de leurs bêtes parviendront à des résultats inespérés, alors que les enfants à qui on aura peu vanté «leurs rats» n'aboutiront, dans leur dressage, qu'à de bien piètres performances. En France, un groupe de statisticiens a visité une grande école:
    ils venaient mesurer le Q.I. des élèves et diverses autres variables quantifiables. Ils ont volontairement biaisé leur expérience en se disant particulièrement intéressés à tels élèves précis (choisis au hasard). Les élèves «préférés» ont vu leur 0.1. augmenter de 20 points au cours de cette seule année.

    Si les dangers de la classification sont manifestes, ceux du moins qui sont liés au système de catégories aux caractéristiques prédéterminées, on ne saisit vraiment la relativité de ce geste qu'en considérant le trajet éphémère de ces barèmes qu'on disait éternels. L'anthropologie moderne, en se penchant sur les diverses civilisations du globe, a dû introduire dans son jargon les termes d'hétéro-normalité et d'auto-normalité. Est auto-normal, dans une société donnée, ce que l'anthropologue venu d'ailleurs considérait normal dans sa société d'origine. L'hétéro-normal est ce phénomène courant dans une société X (le cannibalisme par exemple), mais très peu toléré dans le pays de l'observateur.

    Ce concept d'auto et d'hétéro-normalité pourrait à volonté être complexifié: parlant de deux sociétés cannibales, par exemple, on pourrait introduire l'idée d'iso-normalité, etc. Cependant, cet instrument de jaugeage, plus raffiné (plus respectueux de la relativité), demeure une spécialisation de l'évaluation statistique d'un comportement habituel: on précise simplement pour qui c'est habituel.

    Rosenham, dont madame Demers-Beaudry rapporte l'expérience dans ces mêmes pages, a très bien démontré l'aspect provisoire de tout étalonnage. Foucault et Szasz ont particulièrement bien étudié le préjugé social à l'endroit de la folie, c'est-à-dire ce témoin de la limite qui, de ce fait, échappe à l'exercice de tout pouvoir. Le problème de la folie, c'est qu'elle constitue justement ce discours humain que l'on ne peut entendre, alors que la normale moyenne, idéale ou proportionnelle, constitue justement l'ensemble des discours que l'on peut tolérer, entendre. La folie pose le problème de la normalité en nous montrant le ou les points à partir desquels on ne peut plus entendre le discours de l'autre.

    Cette référence à la tolérance collective est tellement inscrite dans le concept de normalité que même cette normale qu'on nommait tout à l'heure évolutive, proportionnelle ou progressive, finit par renvoyer à des comportements moyens. Le quotient intellectuel, par exemple, mesure les aptitudes intellectuelles d'un candidat et les compare à celles des candidats de son âge. C'est ce rapport, ce quotient, que traduit le 0.1. Or, au début de cet article, il nous est arrivé, spontanément, de faire de ce Q.I. un exemple type de normalité moyenne, alors qu'en vérité il est l'exemple même de la normale proportionnelle. C'est dire la confusion qui règne en ces matières!

    Il faut peut-être, une fois pour toutes, se poser la question: pourquoi s'embarrasser de ces concepts de normalité?

    Voilà le mot est lâché, cette interrogation qu'au fond je retenais depuis le début et que je faisais taire en spéculant, en rationalisant. Ce qui m'inquiète le plus, dans ce fatras conceptuel, c'est la référence implicite à une vérité. Et c'est sur ce point-là, du moins je pense, qu'achoppe la discussion.

    S'il y a étalon, c'est qu'il y a vérité, c'est qu'il y a comportement souhaitable ou non-souhaitable, désirable ou indésirable. S'il y a mesure, c'est qu'on veut préciser la distance entre sujet et étalon et qu'on est convaincu, implicitement, que le sujet ne doit pas s'éloigner de l'étalon, qu'il doit s'en rapprocher, s'y conformer. On a élevé la normalité au rang de vérité.

    Qu'on se reporte ici à la théorie des ensembles. Tout élément d'un ensemble est caractérisé par une définition qui lui permet d'avoir son lieu au sein de l'ensemble. Je ne vais pas mathématiser le débat, mais je veux souligner que la mathématique des ensembles est une apparition récente. Davantage, il faut admettre que des penseurs l'avaient conçue il y a 150 ans, qu'on l'avait dénigrée à ce moment-là et que, maintenant, elle reprend vie. Juste au moment où se répand l'athéisme.

    En effet, je fais une relation entre les deux événements! Car, au fond, l'Eglise (ou la culture de l'infaillible) disparaissant, on ne pouvait plus éviter d'apercevoir la relativité et la faiblesse humaines. Il fallait inventer une compréhension du monde sans dieu, une solution à son problème. S'il est un élément nouveau des temps modernes, c'est justement ce défi d'élaborer un système athée de connaissances.

    Or, devant ce défi, qu'est-ce qu'on a fait? On a entrepris le plus énorme des projets de systématisation de tous les temps. Sauf la norme idéale, tous les autres concepts de normalité abordés dans ce texte ne sont utilisés que depuis au plus cent ans. On a inventé l'ordinateur étrangement binaire, machine intransigeante qui ne sait qu'inclure ou retrancher, accepter ou refuser. On a dit 20,000 fois qu'on avait peur de la machine! Ce qui m'effraie, moi, c'est le désir qu'on a de la machine: ce désir même qui nous la fait inventer!

    Les considérations que je fais paraîtront hors de propos à première vue; toutefois, la collusion entre la norme et la vérité parait si flagrante qu'on ne peut éviter une digression sur la question.

    Mais à mon tour de nuancer mes assertions. En écrivant ces lignes, je ne peux que constater l'utilisation parcellaire que je fais des termes de vérité et de normale. Je me rends compte, en particulier, que je les restreins à leur signification statique, immuable, arrêtée, adynamique. Et cette constatation est éclairante. La norme statistique et l'idéale étaient en effet des états virtuels, étrangement inamovibles, fixés pour ne pas dire figés. En me rendant compte de mon abus des mots et de l'emploi limitatif auquel je les ai confinés, je perçois plus clairement le sens élargissant des tentatives subséquentes: non pas élargissant pour le seul plaisir d'inclure tous les individus dans sa petite norme à soi, mais élargissant pour rendre compte du mouvement.

    En définissant la norme proportionnelle, on tentait de rendre compte du mouvement de l'individu. Même raisonnement pour l'hétéro, l'auto ou l'iso-normalité. Le problème réside donc dans l'affrontement de la nonne statistique et de la réalité mouvante de l'individu. La question «suis-je normal?» contient en filigrane: dois-je m'arrêter ici? Serai-je encore normal si je poursuis le mouvement amorcé? Où dois-je m'arrêter?

    J'aimais beaucoup, à l'époque, le calcul différentiel et intégral: c'étaient les seuls qui essayaient de rendre compte d'un phénomène toujours mouvant: c'étaient des instruments de calcul qui s'acharnaient à saisir la progression dans ses aspects infinitésimaux.

    Raisonnons en mathématicien: plutôt que de regarder des tranches de vie d'une vingtaine d'années pour définir notre normale, réduisons ces tranches de vie à des espaces infiniment petits. Plutôt que de considérer l'aire d'une planète, réduisons notre champ d'observation à des espaces de plus en plus microcosmiques. Qu'est-ce qu'on observe, en pareil cas?

    La réduction de l'espace, de l'aire d'observation, nous conduit à l'individu; la fragmentation de la dimension-temps nous amène à l'instant. Et l'instant et l'individu ne deviennent plus que témoins porteurs d'une mouvance extrême. De son côté, l'espace analysé ne permet pas de saisir d'une façon péremptoire les directions. Je pressens que cette façon d'aborder le problème respecte le mouvement de l'individu.

    A partir de cette fonction limite, on se rend compte que la normalité est une affaire de trajectoire, de trajectoire existentielle, et que le cas du stéréotype statistiquement normal n'est qu'un cas d'exception étonnamment absent de la réalité. De même, on se rend compte que la normalité tout court est dénuée de sens, qu'il n'y a plus que des trajets et des projets, que la concordance du projet individuel avec le projet collectif est exception, que la normale est l'intégrale de la déviance.

    Oui, mais - il y a toujours des «mais» - comment pourra-t-on désormais parler de normale? Mais pourquoi en parler? Pourquoi ne pas parler de souffrance et de bien-être?

    D'autre part, dans cette perspective, que devient le comportement malin des psychopathes et des voleurs, le comportement stupide des imbéciles? Parce que le psychopathe qui vole est heureux, bien sûr! Et la notion de bien-être ne suffit pas: vous voyez!

    On est revenu au débat concernant le rapport entre l'individu et son groupe, et aux valeurs morales. Y a-t-il vraiment moyen d'y échapper? A tout le moins, et jusqu'ici, nous avons davantage opté pour une considération de plus en plus parcellaire du mouvement individuel et de l'espace social, croyant échapper par là à la loi d'agglomération. A l'appui de ce décodage différentiel de l'intégrale de la déviance, nous avions de sérieuses raisons: il ne s'agit surtout pas de redonner dans le même panneau. Essayons donc de rendre compte d'un espace appelé normale différentielle où l'on pourrait à la fois témoigner du mouvement et
    poser les assises d'une tolérance acceptable. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit: de tolérance (d'une marge de tolérance) et d'un mouvement à respecter.

    Si l'on émet l'hypothèse que la limite à un mouvement est le mouvement voisin ou, en d'autres termes, si ma liberté s'achève là où commence celle du voisin, à quoi aboutirons-nous?

    Déjà, il faut refaire le point sur notre raisonnement. Réduisant notre champ d'observation, nous arrivons à l'espace individu-moment: nous ne pouvons qualifier ce que nous observons qu'en termes de malheur ou de bonheur. Cette qualification ne tenant pas compte suffisamment des aspects collectifs, nous tentons de formuler un espace de mouvement qui soit le plus acceptable possible et ce, à chaque instant, puisque notre analyse continue de s'effectuer sur une aire infinitésimale. Il nous paraît, dans cette aire, que chaque mouvement a droit à la même considération et que le jeu des libertés réciproques définit le champ de mouvance tolérable. Mais si X refuse de respecter la liberté de Z?

    Nous sommes une fois de plus dans une impasse! A moins d'introduire une notion qui, j'ose l'espérer, sera la dernière. Et cette notion, c'est celle de la maturité. En effet, le cas où X n'entrave pas Z, c'est le cas particulier de la maturité, c'est-à-dire ce cas où X a pris sur lui, à son compte, le fait de respecter ses limites à lui.

    Notre nouvelle normale différentielle emprunte donc ses éléments 1) à la description élémentaire d'un mouvement infinitésimal non qualifiable moralement; 2) à la considération simultanée de tous les espaces infinitésimaux individus-instants; 3) à une notion de norme idéale qui souhaite la non-intervention de la coercition et fait plutôt appel à la maturité.

    Reste à éclaircir un point: cet appel à la maturité constitue-t-il un retour à la statique que nous critiquions plus haut? Car le défaut des normes présentées au premier temps de ce travail était leur déterminisme figé.

    A première vue, en tout cas, l'acceptation «mature» de ses limites par chacun des mouvants de l'aire observé paraît respecter davantage la direction de chacun. La notion de maturité est tellement variable, à chaque instant, qu'elle se redéfinit sans cesse. Elle fluctue avec le mouvement choisi, avec les responsabilités, avec les libertés périphériques (contextuelles); elle varie à chaque heure du jour: être mature c'est s'assumer, théoriquement, de façon différente à chaque instant.

    Mais le problème de cette normale différentielle, c'est qu'elle amène à tolérer des écarts plus grands que les normales antérieures et qu'on n'est pas habitué au pluralisme qu'une telle attitude engendre. Puisqu'il n'y a plus de normes statiques, mais des individus qui se prennent en main en respectant les autres de façon heureuse, on laisse librecours aux trajectoires les plus disparates. Mais où sera la vérité?

    Et s'il n'y avait pas de vérité?
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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