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    Dossier: Alberti Leon Battista

    Article «Alberti» de la Grande Encyclopédie (1885-1902)

    André Michel

    L'article d'André Michel publié dans la Grande Encyclopédie (Paris, 1885-1902) donne la pleine mesure de ce grand humaniste, fin lettré, rénovateur des arts qui fonde entièrement sa philosophie sur les grands auteurs de l'Antiquité. «Personne, écrit André Michel, pas même Montaigne, n'a plus que lui aimé les citations». Connu pour ses traités sur l'architecture (De re œdificatoria, 1452) et sur la peinture (De pictura), il s'est également intéressé à une foule de sujets, souvent en dilettante, parfois avec profondeur et une grande élévation d'esprit. En témoignent ces traités sur la tranquillité de l'âme (Della tranquillità dell' animo, 1442), sur le cheval (De equo animante, 1441), sur la famille (Della famiglia, 1441), sur la vie civile (De jure civili (del Diritto), 1437). Dans ses Ludi mathematici, il décrit un instrument de mesure «dell' umidita dell' aria», qui n'est autre que l'ancêtre de l'hygromètre.

    ALBERTI. – Noble famille florentine, dont le membre le plus célèbre est Léon-Battista Alberti, écrivain, architecte, sculpteur, peintre et médailleur italien, né à Gênes le 18 fév. 1404, mort à Rome en avr. 1472. Il appartient à la race des grands novateurs qui donnèrent, au XVe siècle, le signal de la Renaissance. Par la variété et la profondeur de sa culture encyclopédique, il mérite d'être appelé le précurseur, sinon l'égal de Léonard de Vinci. Son père était Lorenzo di Benedetto; sa mère (naturelle), Margherita di Messer Piero Benini. Après le décret de bannissement qui privait tous les Alberti nés ou à naître de leurs droits de citoyens, Lorenzo se réfugia à Gênes, où il se mit à la tête d une importante maison de commerce: c'est là que, d'après une note manuscrite trouvée sur un exemplaire du De re œdificatoria de 1485, Battista vint au monde, le 18 fév. 1404, hora prandii usu mercatorum. On ne sait où se passa son enfance. Son dernier biographe, Mancini, suppose qu'en 1406 sa famille quitta Gênes, ravagé par la peste, pour venir se fixer à Venise; en 1414, Lorenzo y dirigeait la banque des Alberti, voués aux grandes affaires, comme la plupart des plus nobles familles de Florence. Son éducation, dont il garda un souvenir profondément reconnaissant, avait développé ses forces physiques et ses aptitudes corporelles, en même temps que ses facultés intellectuelles et morales. On cite de lui des tours de force et d'adresse incroyables; par exemple, il franchissait à pieds joints la taille d'un homme; il lançait une pièce d'argent à des hauteurs invraisemblables; il excellait à la joute équestre – ce qui, entre parenthèse, suppose un long séjour sur la terre ferme. Comment eût-il appris l’équitation à Venise? – Il voulait arriver à la perfection comme marcheur, comme cavalier et comme orateur. Il professait pour Cicéron une admiration particulièrement vive, et il recommandait plus tard aux pères de famille d'exercer leurs fils, en même temps qu'à l'arithmétique et à la géométrie, à la lecture des orateurs, poètes et philosophes, non pas dans des recueils de phrases compilées par les pédagogues, mais aux sources mêmes, dans les œuvres de Marcus Tullius, de Salluste, de Tite-Live et autres écrivains propres à développer l'élégance et la fleur de la latinité. Il sentait vivement la musique; les chants d'église le remuaient profondément et, quoiqu'il n'eût jamais eu de maître, il composa plusieurs morceaux. Dans son De re œdificatoria, il essaie même d'établir une analogie entre l'architecture et la musique, le rythme des lignes et celui des sons. – Son père mourut à Padoue le 14 mai 1421, après avoir, à son lit de mort, recommandé ses fils à Ricciardo Alberti, un de ses frères. Mais cet oncle mourut lui-même bientôt après, et Léon-Battista eut à souffrir de la rapacité de ses collatéraux, qui le volèrent dans la liquidation de la maison de commerce, où il ne voulut pas entrer. Mais «l'adversité est la matière de la vertu», disait-il, et il résolut d'en tirer parti pour tremper son âme et se développer moralement. Pour se consoler, il écrivit le Philodoxios, comédie latine, qu'il signa d'un nom d'emprunt, Lepidus comicus, et qu'il feignit tirée d'un vieux manuscrit. Grâce à la qualité de son style, les plus habiles s'y trompèrent longtemps. Il étudiait alors le droit à Bologne, où il ne reçut qu'en 1428 le bonnet de docteur in utroque jure. L'excès de travail l'avait rendu malade; la lecture lui occasionnait des vertiges; les médecins l’obligèrent à interrompre des études qui exigeaient un trop grand effort de mémoire. Il se décida à abandonner le droit, et à vingt-quatre ans, après avoir pris son doctorat en droit canonique, il se tourna vers la philosophie, c.-à-d. vers les sciences mathématiques et naturelles.

    Les troubles de Bologne décidèrent Alberti à changer de résidence; il est probable qu'il alla dès lors à Florence, et qu'il s'y trouvait déjà en 1429 (le décret de bannissement avait, en effet, été rapporté en oct. 1428). C'est de ce moment que date son amitié avec Brunelleschi; en 1435, il en parle comme d'une chose déjà ancienne. Il composa alors son traité De commodis litterarum atque incommodas, dédié à son frère, dissertation agréable et élégante, toute pénétrée de la haute idée qu'il se faisait de la science, source de noblesse et de joie pour l'âme plus que de richesse matérielle. – Une aventure et un chagrin d'amour lui inspirèrent le Deifira et Ecatonfila (Hecatomphila elle ne insegnia l'ingeniosa arte d'amore; Deiphira, elle ne mostra fuggir il mal principiato amore, Venise, 1495, trad. en franç. vers 1536).Il fit aussi bon nombre de comédies gaies, qu'il détruisit en parties; il laissa survivre pourtant la Veuve et le défunt (Vidua et defunctus). – Mancini croit qu'il accompagna, en 1430, l'Albergatti dans plusieurs de ses légations à la cour de France, de Bourgogne; puis en Allemagne et à Bâle. Deux ans après, il rentrait en Italie et était nommé membre du collège des abbreviatori des lettres pontificales, réorganisé par Martin V. – Les grandes ruines furent pour lui un spectacle fécond; il ne se borna pas à déplorer l'état lamentable où était tombée la ville éternelle: «Quasi lutta gausta e desolata Roma!» s'écriait-il douloureusement; l'exemple de son ami Brunelleschi n'avait pas été perdu pour lui. Il se mit «ad investigare con diligenza l'arte e la cosi relative all' edificar». En même temps, il s'occupait de sculpture, de peinture, et continuait ses études de physique et de mathématiques. Il institua des expériences; d'où sortit l'invention de la chambre optique; il provoqua en outre l'invention de plusieurs instruments, qui ont permis une étude plus exacte des astres. – Les événements politiques qui suivirent la mort de Martin V, et les troubles qui signalèrent le pontificat si agité d'Eugène IV, l'obligèrent à quitter Rome. Ses promenades à travers l'Italie, à la suite de la cour errante d'Eugène IV, ouvrirent du moins à son esprit de nouveaux horizons et lui apprirent à mieux connaître les hommes. Il revint d'abord à Florence et y retrouva la brillante pléiade d'artistes, d'érudits et d'amateurs, qui en faisaient alors la tête et le cœur de la Renaissance. Il n'est pas douteux qu'il ne mît, lui aussi, la main à l'outil. Politien l'appelle: ottimo pitiore et statuario; Vasari parle de quelques-unes de ses peintures. Elles sont perdues ou oubliées comme ses sculptures; il est probable, d'ailleurs, qu'il fût, sous ce rapport, simple dilettante plus qu'artiste proprement dit. Il ne paraît pas avoir attaché lui-même une importance exagérée à ses œuvres. La spéculation et la théorie l'occupaient à ce moment beaucoup plus que la pratique; nous avons heureusement conservé les traités célèbres qu'il composa alors.

    Dans le De componenda statua, il se préoccupe surtout de donner aux artistes des règles précises pour l'étude de la nature. Il veut qu'on établisse soigneusement les longueurs, les largeurs, les épaisseurs. Il propose même un cercle, divisé en degrés, qu'on doit placer sur la tête du modèle et ami qui permettra, au moyen d'une alidade et d'un fil à plomb, de déterminer mathématiquement les proportions des parties. Il voulut même établir un canon, comme Polyclète, et mesura dans ce but beaucoup d'individus, choisis parmi les plus beaux. – Le De pictura est plus important. Il le composa à trente et un ans: die veneris ora XX 3/4, quœ fuit dies 26 augusti 1435, complevi opus de pictura, Florentiæ, et le dédia à son ami Brunelleschi, avec prière de le corriger. Il ne connaissait pas encore la nouvelle méthode, qui commençait à se répandre dans les Flandres, d'empâter les couleurs à l’huile: il n'y fit allusion que plusieurs années après, dans son traité de l'architecture. Dans le De pictura, il n'admet que quatre couleurs élémentaires, correspondant aux quatre éléments: le rouge (feu), l'azur (ciel), le vert (eau), la couleur de cendre (terre). Le noir et le blanc n'interviennent que comme agents modificateurs des couleurs élémentaires. – Le traité se divise en trois livres: 1° des notions sur la géométrie, la physique nécessaires au peintre; 2° du dessin, de la composition et du coloris; 3° des qualités du bon peintre et des fins qu'il doit se proposer. – Son culte exclusif de l'antiquité se révèle presque à chaque page; il suppose invariablement que le peintre représentera des dieux, des déesses ou des héros de l'histoire grecque ou romaine. Il lui apprend qu'il serait «inconvenant de vêtir Vénus d'un savon», que «le comble de l’absurde consisterait a donner à Hélène où à Iphygénie des mains rudes ou calleuses, à Nestor un torse d'adolescent»... et propose comme modèle de composition parfaite le tableau de la Calomnie d'Apelles, d'après Lucien. Il veut que le peintre soit lettré, instruit et courtois.

    Alberti passa à Florence tout le temps qu'y séjourna la cour pontificale; il la suit à Bologne en 1437; il fait un court séjour à Venise, d'où il écrit à un ami, souffrant du mal d'amour, une lettre violente contre les femmes, et, après la mort du cardinal L. Conti, il adresse un assez étrange dialogue de consolation, Sofrona, au neveu du défunt. Il mesurait ses consolations aux sentiments de ses correspondants. Sa Lettera consolatoria à un autre ami, brisé par une grande douleur, est presque évangélique. – Le 30 sept. 1437, il improvisa en vingt heures, à Bologne, un opuscule d'une grande importance, à la demande d'un ami c'est le De jure civili (del Diritto); monument de haute culture, de haute raison et de haute justice, page admirable pour un temps la férocité des lois était encore aggravée par la brutalité des procédures sommaires. – En 1438, Alberti suivit Eugène IV de Bologne à Ferrare, où allait se tenir un concile, et entreprit, pour répondre au désir du patriarche Biagio Molino, une série de «vie des martyrs» Martyrum vitas tua jussu descripturus; mais, le patriarche mort, il abandonna bientôt ce travail. – Il avait obtenu successivement plusieurs bénéfices ecclésiastiques, la dignité de chanoine, puis le titre de prélat del Borgo San-Lorenzo à Florence, enfin celui de recteur de San-Martino à Gangalandi. (on pouvait alors être curé sans être prêtre.) La peste dispersa le concile de Ferrare, qui fut transféré à Florence, et Alberti se retira quelque temps à la campagne, où il composa le Teogenio, dialogue moral, bientôt suivi du traité Della tranquillità dell' animo. On peut dire qu'il y condensa tout ce que ses voyages, le commerce des hommes, ses études et sa propre expérience de la vie lui avaient donné de maturité, de force d'âme et de culture morale. Dans le Teogenio, qui parait écrit sous l'influence des événements politiques per consolar sostesso in sue averse fortune, et qu'il dédia à Lionel d'Este, il discute si l'État a plus de mal à attendre de la difficulté des temps où de la perversité naturelle des hommes; et, comme la multitude se montre généralement plus favorable aux pires avis des plus insolents conseillers, il conclut, avec une mélancolie virile, que le bon citoyen ne doit attendre d'autres satisfactions que de sa conscience. – Un concours institué en 1441, à Ferrare, pour l'érection d'une statue équestre au père de Lionel d'Este, qui l’avait fait venir juge des concurrents, lui fournit l'occasion d'écrire De equo animante. «En regardant les modèles de chevaux faits avec un art merveilleux, il m'est venu à l'esprit, non seulement de considérer avec un soin plus grand les formes et la beauté des chevaux, mais aussi leur nature et leurs instincts».

    Le traité Della tranquillità dell' animo date probablement de 1442. L'ouvrage a la même origine que le Teogenio; on y sent une hauteur d'esprit et une sérénité tout antiques; il s'agit de conserver la tranquillité de l'âme, œuvre de la raison, et si on l'a perdue de la recouvrer. Pour lui, la douceur de la musique, la pensée de grandes choses à accomplir, le projet de quelque machine ou de quelque édifice où il distribue les colonnes et orne les chapiteaux, ou bien la déduction intérieurement suivie de quelque démonstration mathématique, sont au nombre des moyens les plus efficaces pour bannir la tristesse. – Malgré son admiration pour le latin classique, qu'il écrivait en grand humaniste qu'il était, il souffrait de voir mépriser par les écrivains l'humble langue vulgaire. Non content de donner l'exemple, il voulut provoquer l'émulation et institua, dans ce but, un concours. Le thème proposé fut la Vraie amitié; les secrétaires des lettres apostoliques, parmi lesquels figuraient Le Pogge, Biondo, Aurispa, G. de Trébizonde, Carlo Aretino... furent désignés comme juges, et le 22 oct. 1441 les concurrents vinrent lire leurs pièces, devant une assemblée solennelle. – L'attention était alors ramenée vers les questions d'éducation et de pédagogie. Les traités, lettres et dissertations sur la matière se multipliaient; aucun n'alla plus au fond que L.-B. Alberti, dans son Della famiglia, où il étudie les lois de la grandeur et de la décadence des familles. Il choisit la forme du dialogue – les interlocuteurs sont quelques Alberti, réunis à Padoue autour du lit de mort de Laurent. Ces quatre livres du Della famiglia sont pénétrés de la double tradition classique et chrétienne, si vivante encore dans les esprits des hommes du XVe siècle. Concilier Platon, Aristote, saint Basile, Xénophon et saint Augustin, tel était le rêve de ces grands esprits et l'effort avoué d'Alberti.

    Il suivit Eugène IV à Sienne et à Rome, et c'est alors qu'il écrivit Il Momo, allégorie mythologique, où il philosophe à la manière antique de sacris et deis  sur la politique. On a cru y voir une satire d'Eugène IV, reconnaissable dans le Jupiter mis en scène par Alberti. – Eugène IV mourut le 23 fév. 1447, et Thomas de Sarzane lui succéda sous le nom de Nicolas V. Léon-Battista était destiné, dans sa pensée, à exécuter la plus grande partie du grandiose programme qu'il avait conçu. Il s'était dès lors spécialement adonné à l'architecture. On le voit, sous Eugène IV, suivre de très près les travaux de la basilique vaticane, et imaginer un système pour consolider Saint-Pierre. Le cardinal Colonna l'avait appelé pour diriger les restaurations de ses jardins et de sa villa de Mécenate, et pour extraire des eaux du lac de Némi un navire échoué, disait-on, depuis l'époque de Trajan. Alberti en prit prétexte pour écrire un opuscule, Navis, où il étudie les meilleures formes des navires et le combat naval. C'est à cette occasion qu'il inventa le «bolide d'Alberti», perfectionné plus tard par Kook. Il ne parle jamais de ses inventions que d'un air détaché et en passant. Ainsi, dans ses Ludi matematici (1450), il décrit un instrument imaginé par lui, et qui n'est autre qu'une variété de l'hygromètre (alors encore inconnu). Riscontrai che na spugna s'impregna dell' umidità dell’ aria, quindi ne formai una misura per pesaro la gravezza... dell' aria et la siccità.

    Peu de temps après la mort d'Eugène IV, Sigismond Malatesta, qui avait commandé victorieusement les troupes pontificales; lui proposait de venir à Rimini, avec l'autorisation du pape, pour étudier sur les lieux les dispositions du temple qu'il. avait résolu d'y élever. Alberti se rendit à son appel, mais fut bientôt rappelé par Nicolas V, qui ne pouvait se passer de lui. Il n'en eut pas moins le temps de dresser les plans et d'arrêter les dispositions du célèbre temple, auquel sont restés attachés les noms de Sigismond et de la belle Isotta; il laissa à Rimini, comme proto-mæstro, chargé de surveiller l'exécution des dessins, Matteo de Pasti, l'architecte-médailleur à qui nous devons une belle médaille d'Alberti, portant au revers un œil ailé, avec la devise: Quid tum, entourée d'un laurier. – Le temple de Malatesta offre un des premiers exemples du retour à l'architecture classique. Alberti y donna sa formule, et l'on retrouve bien dans la simplicité, l'entente logique et noble de la forme, les rapports et les proportions des parties, les principes qu'il devait développer bientôt dans son traité d'architecture. Fortement imbu de l'antiquité, tout plein de Vitruve, adversaire déclaré de l'ogive; il n'eût sans doute jamais consenti à respecter l'ancien sanctuaire gothique de San-Francesco, si les instructions formelles de Sigismond ne l'y avaient obligé. Il conserva donc les murs extérieurs avec leurs baies ogivales, revêtit la construction primitive d'une enveloppe de marbre, et laissa, sur les façades latérales, entre le mur primitif et le revêtement nouveau, «un espace en couloir de près d'un mètre de largeur», destiné à recevoir les sarcophages de tous les savants artistes et littérateurs qui avaient été les pensionnaires de Malatesta. – Pour la façade principale, il adopta une composition, simple et grandiose, «la première façade de la Renaissance exécutée en Italie», pour laquelle il s'inspira de l'arc d'Auguste, voisin de Rimini, point de départ de la via Flaminia qui conduisait à Rome. Les travaux durent être interrompus en 1450, et la façade resta avec ses assises en attente; mais la médaille de Matteo de Pasti et une lettre écrite de Rome par Alberti lui-même, en 1453, pour recommander à son lieutenant de ne rien changer à ses dessins – ciò che tu muti, discorda lutta quella musica, – prouvent qu'il avait voulu, à l'imitation de Brunelleschi, couronner l'édifice par un dôme. – L'intérieur est aussi riche et chargé que l’extérieur est sobre. Tout respire le paganisme dans cette église érigée sous l'invocation de saint François.

    En même temps qu'il dirigeait ces importants travaux, il s'occupait d'écrire en latin son De re œdificatoria, présenté en 1452 au pape Nicolas V, imprimé en 1485 par les soins de Politien, qui le dédia à Laurent le Magnifique, et traduit en français par Jean Martin, en 1553. – C'est l’œuvre d'un lettré, d'un érudit, d'un naturaliste et d'un physicien, un singulier mélange de conseils pratiques; de dissertations critiques et dogmatiques, où l'on admire la pénétration et l'étendue de sa science, et où l'on s'étonne de rencontrer des théories singulières. On sent que devant les auteurs classiques il n'a plus toute sa liberté critique: il est, par rapport à eux, comme un croyant devant un texte de l'Evangile (V. liv. VI, chap. IV). Personne, pas même Montaigne, n'a plus que lui aimé les citations. – Après une préface où il expose que l'architecte a la double mission d'inventer et d'exécuter, il étudie successivement les conditions de la salubrité, de la ventilation, du chauffage des édifices, la distribution et l'adaptation des monuments à leur destination, leur forme (ne pas alterner les lignes droites et courbes, les portes et fenêtres doivent être quadrangulaires, les arcs plein cintre…), la qualité des matériaux, les toits et supports. Puis il passe en revue toutes les différentes sortes d'édifices publics ou privés, riches ou pauvres. Il insiste sur la beauté des proportions et sur leur éloquence. Il veut que rien qu'à voir de loin un temple, on puisse s'écrier: «Ce lieu est assurément digne de la divinité!» – On n'a pas retrouvé, dans les archives du Vatican, trace des travaux qu'Alberti, qui d'après Vasari aurait été le collaborateur et même l'inspirateur de Rossellino, exécuta sous Nicolas V. M. Müntz, dont les savantes recherches ont élucidé tant de points de l'Histoire des arts à la cour des papes,on pense que si le nom d'Alberti ne se trouve pas sur la liste des maîtres payés au mois ou à la journée, c'est que les bénéfices ecclésiastiques dont il avait été investi lui tenaient lieu de traitement (Gazette des b.-arts; 1879, p. 356). On sait pourtant qu'il dirigea les travaux exécutés à Santa-Maria in Transtevère, San-Stefano rotondo, aux sept basiliques, à San-Pietro in Vincoli, à la toiture du Panthéon, au palais du Vatican, aux églises Saint-François d'Assise, Saint-Benoît, aux fortifications de Civitta-Vecchià, Spolète, Orvieto, etc. – On ne sait rien de ses travaux sous Calixte III, sinon qu'il dicta, pendant une maladie, une paraphrase de l'opuscule de Lucien, la Musca, «avec de si grands éclats de rire, qu'il entra en transpiration et guérit de sa fièvre». Il écrivit aussi un Éloge funèbre du chien, et un petit traité sur les règles oratoires, I trivi, qu'il envoya (1460) au jeune Laurent de Médicis, pour qui il avait une particulière et paternelle affection. – Le 27 août 1458, Æneas-Silvius Piccolomini, Pie II, montait sur le trône pontifical, et, peu de temps après, le nouveau pape emmenait à la diète de Mantoue son ami Alberti, qui était immédiatement recherché par Louis de Gonzague, et exécutait pour ce prince, en 1460, les plans et dessins de deux églises, Saint-André et Saint-Sébastien. La grandiose basilique de Saint-André ne fut commencée que peu de jours avant la mort d'Alberti (1472); Luca Fancelli da Settignano en dirigea la construction. Elle marque, comme le temple de Rimini, un retour à l'architecture classique. – Alberti fit encore, en 1463 et 1470, deux séjours auprès de Louis de Gonzague, dont il était devenu l'ami. – Il avait, en outre, à Florence et à Mantoue, de grands travaux en train, qui remplirent les dernières années de sa vie. A Florence, Louis de Gonzague le chargea d'élever la rotonde et la tribune du couvent de l'Annunziata; le magnifique Ruccelaï lui fit construire (via della Vigna) le palais qu'on y voit encore. Jusque-là la demeure d'un patricien avait été une forteresse – Alberti voulut donner le type d'une habitation plus moderne; il dessina une façade élégante «où les trois ordres se développent nettement». Les fenêtres y sont nombreuses, l’air et la lumière y pénètrent à flots; un appareil régulier a pris la place des gros blocs en bossage. Ce fut le signal d'une véritable révolution dans l'architecture civile. – Jean Ruccelaï lui confia encore l'exécution de la Loggia, qu'il fit élever en face de son palais, et de l'église Saint-Pancrace, chapelle funéraire pour les sépultures de sa famille, où il reproduisit les motifs du Saint-Sépulcre, dont il avait fait relever les mesures. – Enfin, il eut à revêtir de marbre la façade de Santa-Maria-Novella. Presque tous ces travaux, à l'exception de l'église de Saint-Sébastien, de la Loggia et de la chapelle de Ruccelaï, ne furent terminés qu'après sa mort.

    Il ne quittait plus Rome que pour de rares et courts séjours à Florence et à Mantoue; une fois les plans et dessins d'un monument donnés, il ne restait pas sur le chantier et confiait à d'autres la surveillance et la conduite des travaux. Il vieillissait; l’un de ses plaisirs préférés était de converser avec Leonardo Dati de questions littéraires, et c'est de ces conversations que sortit l'opuscule De componendis cifris, où il traite du déchiffrement des écritures et de l'invention d'un chiffre impossible à surprendre. Il continuait d'ailleurs à répandre sur toutes choses sa vive sympathie: «La vue de beaux arbres et d'une riche campagne lui arrachait des larmes; même les animaux d'une forme parfaite le touchaient, comme plus particulièrement favorisés par la nature.» Christophe Landini raconte, dans ses Quæstiones camaldulenses, que quelques amis, Laurent et Julien de Médicis, A. Rinuccini, Pietro Acciaioli, etc., retirés pendant les chaleurs de l'été dans une villa près du couvent des camaldules, apprirent à l'improviste l'arrivée d'Alberti, descendu chez Marcile Ficin. On résolut de ne pas retourner de quelques jours à Florence, afin de jouir plus complètement de la présence du grand ami. Le temps se passa en longues causeries, «dans une prairie arrosée d'un ruisseau, à l'ombre d'un platane»; et tous ces platoniciens de la Renaissance, groupés autour d'Alberti, écoutèrent disserter du souverain bien, de la vie contemplative et de la vie active, des allégories de Virgile, tout cela, écrit Landini, memoriter, lucide ac copiose. C'est dans des circonstances à peu près semblables que fut composé et écrit le De iciarchia. Il y parle de sa vieillesse, de ses tristesses, de ses deuils; on dirait un père de famille donnant à ses fils ses suprêmes conseils. Il y trace la règle de conduite d'un bon prince, qui doit se considérer comme le premier, non comme le maître, responsable de la liberté des citoyens, de la dignité de la patrie, obéir aux lois, rester fidèle à la vertu, qui n'est que la vraie et sincère bonté Bella cosa la vertu, o giovanni, bella cosa la bontâ. L'opuscule est de 1470. Un seul contemporain mentionne sa mort: L. B. Alberti, uomo di squisito ingegno e doctrina niuori in Roma lasciando un egregio volume sull' archilettura, 1472. – Une autre mention permet de fixer la date de cette mort au mois d'avr. Le 25 avr. 1472, un candidat adressait en effet, à la curie de Florence, une requête à l'effet d'obtenir la prélature pour les paroisses de Saint-Martin et Gangalandi, devenues vacantes par suite du décès de vénérable homme Messer Battista degli Alberti, ultimo pievano recentemente defunio.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    André Michel
    Mots-clés
    Renaissance, humanisme, architecture, littérature, peinture, droit, science, antiquité
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