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    Dossier: Légende

    La Légende des chevaliers d'Oïl

    Jules Gendron
    «Par humaine parole et plume,
    Défendre Croix, Langue et Coutume.»
    Victor Lafrance Ltée, Québec, 1928.
    Un mythe de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
    «La légende des chevaliers d'Oïl» est un poème symbolique et de forme épique qui raconte «la Geste» d'un Ordre secret, supposé avoir existé sous le régime tyrannique du gouverneur Haldimand. Cet Ordre avait pour but d'aider à conserver et à propager notre religion, notre langue et nos coutumes dans l'Amérique du Nord. «Oïl» est, comme chacun sait, le nom originel de la langue française. (Jules Gendron)

    Sommaire du Poème

    Lors de la cession du Canada à l'Angleterre (1763), vivait au village de Saint-François de Montmagny, à trente milles en bas de Québec, le colone1 Morin, un des seigneurs du système féodal de l'époque.

    Il avait un fils qui naquit le jour même de la capitulation de Montréal. Sa naissance avait coûté la vie à sa mère.

    Le manoir seigneurial dominait la Rivière-du-Sud qui, à Saint-Thomas de Montmagny, se déverse dans le Saint-Laurent.

    Comme le colonel s'absentait souvent et sentait la nécessité d'une personne fiable pour prendre soin de son fils, Raoul, et pour l'éduquer, il avait fait venir de France sa soeur, qui était veuve.

    Cette femme, qui avait été bien éprouvée, mais dont le coeur était plein de noblesse et de dévouement exalté pour sa race, éleva le fils du colonel suivant son idéal, qui était de faire de lui un des plus illustres défenseurs de la cause française au Canada.

    Raoul avait atteint l'âge de quatorze ans, lorsque, une nuit d'automne, sa tante tomba gravement malade. Après avoir reçu les derniers sacrements, elle fit appeler auprès d'elle son neveu, à qui elle fit de graves recommandations et donna un anneau mystique qui, prétendait-elle, devait lui porter chance. Puis elle lui fit ses adieux.

    Après la mort de sa tante, Raoul fut placé au petit séminaire de Québec. À la fin d'un brillant cours d'études, il revint à la maison paternelle, chargé de prix et avec la réputation d'avoir été le meilleur jeune orateur de son temps au séminaire.

    Le jour qui suivit son retour, comme il déposait des fleurs sur leurs tombeaux, sa mère et sa tante lui apparurent, lui enjoignant de se rendre à Québec, à l'automne, pour y étudier le droit, comme préliminaire de la mission qu'il devait remplir.

    Or, en ce temps-là, vivait en la cité de Québec un vieil officier anglais, retiré du service. Il se nommait Lord Doray. Comme son ami intime, le gouverneur Haldimand, il avait un caractère cruel et il était antipathique à la race française.

    Lord Doray, qui était veuf, demeurait avec sa fille Laura, âgée de dix-huit ans, dans un manoir tout près de la résidence du gouverneur.

    Il avait fondé sur elle de grandes ambitions, rêvant de retourner un jour en Angleterre, et de la marier à quelque noble de la Cour.

    Mais Laura, une exquise blonde, qui avait ses idées à elle, avait rencontré Raoul, et tous deux s'étaient aimés à première vue.

    Un soir qu'elle s'habillait pour assister à un bal à la résidence du gouverneur, elle révéla à sa femme de chambre le secret de son amour. La bonne Julie, effrayée des conséquences qui s'ensuivraient, si Lord Doray apprenait ce secret, essaya, mais en vain, de lui persuader qu'il valait mieux renoncer à son amour pour le chevalier Raoul Morin.

    À quelques jours de là, Raoul et Laura firent une promenade à l'Île d'Orléans, et là se jurèrent fidélité.

    Près des Plaines d'Abraham, sur les hauteurs du Cap-Rouge, au-dessus de l'Anse du Foulon, d'où Wolfe avait gagné ces plaines et remporté la victoire qui décida du sort du Canada, un vieil officier français, qui avait servi sous Montcalm, avait construit un remarquable édifice qu'il appelait «Le Manoir des Érables».

    Cet officier, qui avait nom Jean de Fenouillet, avait découvert un trésor enfoui sur sa propriété, lequel, venant s'ajouter à un important héritage qu'il avait reçu d'Europe, lui formait une fortune considérable qu'il avait décidé de mettre au service de la cause française en l'Amérique du Nord.

    Il avait dessein de fonder un ordre secret où douze chevaliers intellectuels, au moyen de la plume, de l'éloquence, de la musique et du chant, travailleraient sans relâche à maintenir, dans l'Amérique du Nord, la religion, les traditions, les coutumes et la langues des Français, et à y sauvegarder leurs droits.

    Son manoir, qu'il avait pourvu d'une riche bibliothèque, devait être l'Alma Mater où les chevaliers se prépareraient pour leur mission et leurs constants voyages à travers l'Amérique en vue du salut de la cause.

    Deux fois l'an, à Noël et le 24 juin, ils devaient tous se réunir au Manoir des Érables, pour y célébrer la nativité du Christ et la fête nationale, et pour y arrêter de nouveaux plans de campagne.

    Le vieux soldat avait eu la vision d'une dame qui lui avait prédit qu'un chef distingué paraîtrait bientôt pour diriger l'oeuvre qu'il avait conçue, et qu'on le reconnaîtraît à un anneau mystique qu'il portait.

    Jean de Fenouillet avait organisé son ordre, et, avec l'approbation de l'évêque français de Québec, s'était assuré les services spirituels d'un ancien évêque de Malle en retraite.

    Un jour que Raoul, alors étudiant en droit, faisait la chasse dans la forêt avoisinant Québec, il rencontra un des jeunes chevaliers qui le reconnut, à son anneau, pour le chef que lui et ses frères attendaient.

    Emmené au manoir par le chevalier, Raoul y fut accueilli avec de grands honneurs, et, avec son consentement, couronné chef de l'ordre le même jour, en présence de l'évêque de Québec, monseigneur Briand, qu'on s'était empressé d'aller chercher.

    Durant deux ans, l'ordre prospéra glorieusement. Les chevaliers promenèrent à travers l'Amérique du Nord, chez les populations françaises, l'évangile de leur Dieu et celui de leur langue et de leurs coutumes. Aux moments critiques de la vie nationale ils paraissaient soudain dans les conseils de la nation et défendaient vigoureusement nos droits menacés. Chez les peuplades anglaises, ils prêchaient la tolérance en faisant appel à leur sens de la justice.

    Ils paraissaient toujours incognito, et, leur effort achevé, ils disparaissaient de même.

    Nombre d'aventures, et même le martyre de l'un d'eux aux mains des Iroquois du lac Onondaga, sont décrits dans le poème.

    Cependant, Laura Doray, qui s'étonnait des longues absences de Raoul et de sa froideur récente, s'imagina qu'elle avait affaire à une rivale.

    Avec l'aide d'un espion, elle découvrit l'existence de l'ordre et apprit le voeu de célibat qui enchaînait la liberté des chevaliers.

    Comme la réunion de juin des chevaliers était venue, elle décida d'assister au banquet qu'ils devaient donner à cette occasion.

    Sous le déguisement d'un jeune chevalier français dernièrement arrivé au pays, et accompagnée de son espion, elle arriva tard au banquet, et, là, récita une fable improvisée sur «l'Amour et la Gloire». L'émotion éprouvée par Raoul fut tellement sensible que Laura en acquit la conviction qu'il l'aimait toujours, et qu'il avait fait un sacrifice en l'abandonnant.

    Dans le cours de la nuit qu'elle passa au manoir, comme l'hôte des chevaliers, elle entendit le chapetain qui, dans les jardins sous son balcon, chantait doucement au clair de la lune un hymne du rosaire, et lorsqu'elle s'endormit elle fit un rêve étrange qui la terrifia. En conséquence, au point du jour, elle quitta le manoir avec un grand trouble dans son esprit.

    Cependant, rentrée chez elle, elle retrouva son aplomb, et son parti était déjà pris.

    Calculant que si l'ordre était dissout, Raoul, libéré de son voeu, lui reviendrait, elle eut une entrevue avec son père à qui elle révéla l'existence de l'ordre et son idéal, mais en le conjurant d'implorer la clémence du gouverneur pour les jeunes chevaliers.

    Lord Doray, soupçonnant l'affaire, et de plus, décidé qu'il était de ruiner la cause française, obtint du gouverneur un ordre de dissolution de la société secrète, lui enjoignant d'exiler, sans bruit et à sa discrétion, les chevaliers.

    Sans perdre de temps, l'officier anglais appela un de ses lieutenants fidèles, à qui il commanda d'aller avec une troupe de soldats, la nuit prochaine, détruire le manoir, se saisir des chevaliers et les conduire à bord d'un vaisseau qui devait les transporter en exil sur une terre éloignée dans l'Atlantique.

    Or, dans la nuit qui précéda l'accomplissement de ce forfait, monsieur de Fenouillet tomba gravement malade, et, au matin, il' expirait au milieu de ses chevaliers assemblés dans la salle des délibérations. On l'avait alors exposé dans l'oratoire avoisinant, sur la tombe artistique qu'il avait élevée au drapeau de France.

    La nuit suivante, les soldats de Lord Doray ravagèrent le manoir qu'ils incendièrent, arrêtèrent les chevalliers et tuèrent les serviteurs. Seul un des chevaliers s'échappa, et, après nombre d'aventures, il devint enchanté dans une grotte magique sous le cap Éternité, au bord du Saguenay; et le Temps en fit le prototype du père de l'histoire du Canada.

    Laura, qui à maintes reprises avait interrogé en vain son père sur le sort des chevaliers, résolut de visiter le Manoir des Érables. Quand elle en aperçut les ruines et qu'elle y découvrit des crânes humains épars ça et là, elle devina l'horrible vérité et se hâta de revenir chez son père pour avoir une entrevue avec lui.

    À son arrivée, tout le monde semblait excité. On la cherchait. Lord Doray venait d'être foudroyé par une attaque d'aploplexie!

    Laura était dans un tel état qu'elle dut s'aliter, et la fidèle Julie resta à veiller près d'elle. Cependant, au cours de la nuit, comme Julie s'était assoupie, Laura, devenue somnambule, se rendit au salon où Lord Doray était exposé. Le salon était alors désert. Là, dans son sommeil, elle accusa son père d'avoir causé le malheur des chevaliers et le sien.

    Le jour suivant, comme elle rêvait dans le cabinet de travail de son père, elle découvrit par accident l'ordre d'exil des chevaliers. Mais, fatalité! le nom de l'île n'était pas mentionné au document.

    Après les funérailles, elle alla se faire introduire auprès du gouverneur. Celui-ci la reçut avec politesse, mais, quant aux chevaliers, il lui assura qu'il ignorait le lieu où ils avaient été conduits. Après un plaidoyer éloquent en leur faveur, elle obtint pour eux, au cas qu'ils seraient retrouvés, un pardon conditionnel.

    Comme elle avait hérité d'une grande fortune, elle prit la ferme détermination d'aller à leur recherche sur l'Atlantique. Elle fréta un vaisseau et, durant quatre ans, parcourut l'océan dans tous les sens.

    Épuisée par les fatigues du voyage, le chagrin et le remords, elle retrouva, par un matin brillant d'été, Raoul seul et mourant sur le roc de Tristan da Cunha, dans le sud de l'Atlantique.

    Un par un ses compagnons l'avaient précédé au tombeau. Il la reconnut, lui pardonna, et l'ayant embrassée, il mourut dans ses bras. Mais Laura, trop brusquement frappée par ce nouveau coup du sort, ne put survivre à son chevalier, et son âme suivit celle de Raoul que les âmes des autres che valiers étaient venues chercher pour l'amener au paradis.


    Invocation

    Chante, Muse immortelle, à l'ancienne Patrie,
    La gloire et le berceau d'une chevalerie
    Qui parcourait naguère encor ce continent,
    Pour propager au loin le verbe rayonnant
    Que nous laissa la France aux bords du Saint-Laurent.
    Seule de l'intellect elle portait les armes,
    Et savait conquérir au moyen de ses charmes.
    Chante aussi ce héros favorisé du ciel,
    Qui, dès ses jeunes ans, malgré le dard cruel
    Dont le perça l'Amour, ignorant sa blessure,
    Remplit sa mission avec une âme pure,
    Jusqu'à ce que, trahi par le dieu courroucé,
    Il mourut dans l'exil, retrouvant du passé
    Un rayon des bonheurs qui l'avaient délaissé.



    Discours de Raoul au Conseil Législatif
    (début du chant cinquième)

    Dans notre vieux Québec à l'imposant rocher
    Qui de loin réjouit l'oeil perçant du nocher,
    À l'ancien Évêché qui domine la rive,
    Et permet au regard de voir en perspective
    Le Château Saint-Louis et le Cap Diamant,
    La chapelle où siégeait le Conseil maintenant,
    Offrait un gai spectacle, en dépit de la lutte
    Dont elle était témoin souvent depuis la chute
    Des Francs, pour le maintien de la religion,
    De la langue et des droits de notre nation.
    Sous un haut dais royal était son Excellence
    Gouverneur Haldimand, d'austère contenance.
    De son riche fauteuil, le Président suivait
    Les débats véhéments avec grand intérêt.
    À l'époque on avait donné, par courtoisie,
    Auprès des Conseillers une place choisie.
    Le jubé, qui servait alors de galerie,
    Offrait en ce moment un spectacle attrayant,
    Capable d'émouvoir le plus insouciant.
    Là, dames de lignée avec robes garnies
    De broderie en or sur les riches soieries,
    Avec brillants colliers et bagues de haut prix,
    Portant fleurs au corsage, éventails fort exquis
    Dans leurs mains, se tenaient auprès de leur escorte:
    Gentilshommes vêtus de la plus noble sorte,
    Avec cheveux poudrés et cannes à pommeau.
    Du Conseil assemblé tel était le tableau.
    Et maintenant, après une lutte à outrance,
    La situation était pénible, intense.
    Comme deux forts lions sur les sables brûlants,
    Après un long combat, pendant quelques instants
    Pour un coup décisif reprennent leur haleine,
    Anglais et Canadiens ainsi dans cette arène
    Se préparaient au vote, afin de décider
    De quel côté devait la balance pencher.
    Or, au dernier moment, un jeune homme étranger
    Qui se tenait auprès de la porte d'entrée,
    S'avançant au-devant de la grave assemblée,
    Demanda qu'on voulût écouter son discours.
    Son apparence noble et ses mots sans détours,
    Puis l'étrange habit blanc qu'il portait avec grâce,
    Excitant l'intérêt de l'assemblée en masse,
    Le Président anglais donna permission
    À l'hôte de débattre aussi la question.
    D'une voix agréable et pleine d'assurance,
    En ces mots s'exprima l'étranger:

    «Excellence,
    «Monsieur le Président et Messieurs du Conseil
    «Que vous me permettiez, en un moment pareil,
    «De parler librement devant cette audience,
    «Est certes un honneur pour votre conscience
    «Qui cherche à bien résoudre un problème épineux;
    «Et je vous remercie avec un coeur heureux.
    «Le trois juillet de l'an quinze cent trente-quatre,
    «Jacques Cartier plantait sur le sol idolâtre
    «De Gaspé la croix de Jésus le Rédempteur,
    «La première qui fut sur la verte hauteur,
    «Comme aussi la première au nord de l'Amérique.
    «De France elle portait le blason héroique;
    «Et dans sa langue, au nom du roi François premier,
    «II prit possession de ce pays entier.
    «Puis à Stadaconé, sur le bord du grand fleuve,
    «Brillait aussi, deux ans plus tard, une croix neuve,
    «La deuxième érigée au Nord américain,
    «Par le même homme, au nom du même Souverain.
    «À partir de ce jour, sur les nouvelles rives,
    «La vieille France fit nombre de tentatives
    «Dans le but de fonder des établissements.
    «Enfin, sur le sommet de ces escarpements
    «S'éleva de Québec la cité catholique,
    «La première cité du nord de l'Amérique.
    «La France ainsi conquit et prit possession
    «Avec son Christ et sa civilisation,
    «La plus haute en ces temps de l'Europe chrétienne.
    «Contemplez maintenant de la patrie ancienne
    «Les efforts généreux et les nobles travaux
    «Au pays des forêts et des profondes eaux.
    «Ainsi prospérions-nous dans la France nouvelle
    «Plus d'un siècle et demi, quand la guerre cruelle
    «Força le drapeau blanc à repasser la mer.
    «Mais à ceux qui restaient auprès du foyer cher,
    «Albion garantit, sur l'honneur britannique,
    «La pleine liberté du culte catholique,
    «La conservation de leur langue, leurs lois,
    «Et des ropriétés qu'ils avaient sous leurs rois:
    «Capitulation de dix-sept cent soixante
    «Et traité de Paris sont preuve concluante.
    «Or, voyons maintenant comment noble Albion
    «Sut tenir sa parole en mainte occasion.
    «Maîtresse du pays, aussitôt l'Angleterre
    «Vint nous imposer le régime militaire;
    «Cependant elle avait à ses nouveaux sujets
    «Garanti le recours à leurs juges français.
    «Ce fut le premier pas, la première injustice.
    «Puis le roi Georges trois, de son propre caprice,
    «Au parlement anglais sans demander avis,
    «Et huit mois seulement du traité de Paris,
    «Abolissait chez nous toutes les lois françaises,
    «Violant de nouveau les promesses anglaises;
    «De plus les Canadiens, en butte aux préjugés,
    «Dans le Conseil des treize étaient presque ignorés,
    «Bien qu'ils fussent alors soixante-quinze mille.
    «Puis on alla plus loin encor dans l'oeuvre hostile.
    «Le gouverneur Murray, sur des instructions
    «Venant de la Couronne, aux populations
    «Essaya d'imposer cette mesure inique
    «Dite "Serment du test"; l'heure devint critique.
    «Heureusement pour nous, du sol américain
    «Montait à l'horizon un orage prochain;
    «Et l'Anglais effrayé de la sombre apparence,
    «Pour la troisième fois aux descendants de France,
    «En l'Acte de Québec réaffirmait leurs droits.
    «D'où vient-il donc qu'ayant garanti, par trois fois,
    «Aux Canadiens-Français ces divers privilèges,
    «On croit avoir raison de leur tendre des pièges
    «Et les persécuter, pour détruire à la fois
    «Leur croyance, leur langue et leurs anciennes lois ?
    «Notre conduite envers la Couronne royale
    «Fut très certainement loin d'être déloyale.
    «Quand des Américains le Congrès révolté
    «Nous fit un double appel au nom de Liberté,
    «Comment répondit-on à sa voix héroique ?
    «Rien ne put ébranler Canadien stoïque,
    «Pas même le clairon des régiments français
    «Qui vinrent d'outre-mer aider à leur succès.
    «Comment reconnaît-on cette digne attitude?
    «En nous persécutant tout comme d'habitude.
    «Des centaines de nous gisent dans les prisons,
    «Arrêtés tout à coup sur de simples soupçons;
    «Notre religion est partout assaillie,
    «Nos droits foulés aux pieds avec effronterie,
    «Et notre langue, enfin, on cherche à l'expulser
    «Des débats du Conseil et de notre foyer.
    «Si la foi des traités et notre âme loyale
    «N'absolvent point du tout la Couronne royale
    «Et ce gouvernement de ces iniquités,
    «Peuvent-ils invoquer quelques nécessités
    «De la Politique ? Ah! ce terrain est stérile!
    «Ce n'est pas par le fer et la prison facile,
    «Ce n'est pas en brisant nos emblèmes sacrés,
    «Que vous attirerez les bonnes volontés.
    «Et le Pouvoir royal comprit si bien la chose,
    «Que tout dernièrement il abolit la clause
    «De ce serment du "test", comme j'ai déjà dit,
    «Et nos droits pleinement en hâte nous rendit,
    «Ayant eu sa leçon des États d'Amérique
    «Auxquels il refusa le "fair play'' britannique.
    «Venons-en maintenant au langage français
    «Que l'on veut expulser au profit de l'anglais.
    «Eh quoi! les Canadiens, sujets de l'Angleterre,
    «Seraient privés des droits que ce titre confère,
    «Parce qu'ils n'ont appris le langage en honneur
    «Aux bords de la Tamise! Ah! pour la même erreur,
    «Privez-en donc tous ceux des îles de la Manche,
    «Qui parlent le français et vous sont en revanche
    «Soumis depuis les jours du conquérant normand!
    «Rappelez-vous ceci: Quand libéralement
    «Vous traiterez leur langue, alors parmi les nôtres
    «Grandira le désir de comprendre les vôtres
    «Et d'être compris d'eux; et dans leurs intérêts,
    «Nos Canadiens sauront apprendre votre anglais.
    «Puis d'un autre côté, la pleine connaissance
    «De la langue française est aussi de l'essence
    «D'une éducation complète en tout pays;
    «Car elle a patronné les progrès accomplis
    «Dans les arts, la science et la littérature,
    «Et porté le flambeau d'une haute culture
    «Sur tous les points du monde aux autres nations,
    «Leur servant d'interprète en leurs contentions.
    «Et le royal blason de la vieille Angleterre,
    «Pour montrer sa noblesse aux peuples de la terre,
    «Garde ces mots français dans sa devise fière
    «Dieu et mon droit;
    «Honni soit qui mal y pense.»
    «La voilà cette langue à laquelle on voudrait
    «Pouvoir mettre des fers, tel qu'un jour on faisait
    «À Colomb qui, comme elle, eut la gloire profonde
    «De révéler au monde ancien un nouveau monde.
    «Et l'on voudrait aussi détruire cette Croix
    «Qui montra la première aux fils sanglants des bois
    «La route du salut et l'horreur de leurs crimes.
    «Enfin, l'on veut réduire à l'état de victimes
    «Les fils des pionniers du nouveau continent.
    «Prenez garde, Messieurs, qu'allant trop de l'avant,
    «Vous ne passiez le but que vous voulez atteindre,
    «Ou que, voulant d'un souffle à la fois tout éteindre,
    «Vous n'allumiez le feu des révolutions,
    «Comme chez nos voisins (écoutez leurs canons!),
    «Et méritiez qu'on tourne en un sens ironique
    «Ce que vous appelez "le fair play britannique"!»

    Il dit, et du fauteuil des membres guerroyeurs,
    Et de la galerie aux nobles spectateurs,
    Des applaudissements répétés éclatèrent
    De la part de plusieurs, que ses mots transportèrent;
    Même les Conseillers hostiles à nos droits,
    Admirant son talent, son langage courtois
    Mais plein de fermeté, de logique imprenable,
    Son geste gracieux, sa tenue agréable,
    Imitaient tièdement ses fervents auditeurs.
    Comme il se retirait, un déluge de fleurs
    Accompagnaient ses pas, car les dames, charmées,
    De là-haut lui jetaient les roses embaumées
    Brillant à leur corsage. Alors, modestement,
    Il les remercia d'un léger mouvement
    De tête et d'un sourire...Ah! pourquoi brusquement
    Abaissa-t-il la vue avec un air étrange,
    Et son visage frais pâlit-il en échange?
    Là-haut lui souriait avec un air aimant
    Blonde Laura Doray dans un costume blanc,
    Ravisante au milieu du brillant entourage
    Des dames lui jetant des fleurs et leur hommage.
    Tandis qu'avec ardeur au vote l'on mettait
    Les questions du jour et que l'on discutait,
    De la salle soudain Raoul disparaissait.
    Sur le large escalier menant au vestibule,
    Main sur son coeur, tremblant, et le cerveau qui brûle,
    Le héros s'appuyait à la rampe un moment;
    Vers le lieu du Conseil sa main droite étendant
    Avec détresse, il dit, plein de douleur suprême
    «Laura! Laura! le seul être, au monde, que j'aime!»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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