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    Dossier: Langue française

    La langue française

    Jean-Marc Léger
    Le français représente pour nous, Québécois, non seulement le plus précieux de notre héritage et de notre identité mais, plus encore, une double chance d'accès à l'universel, dans le temps et dans l'espace.
    « Tout au long de notre histoire depuis la Conquête, la langue française nous a protégés au moins autant que nous l'avons défendue. Nous avons bénéficié, à notre insu, ou presque, de son prestige international et du respect qu'elle imposait au conquérant (du moins à l'élite intellectuelle et à l'aristocratie britanniques), comme à l'ensemble du monde d'alors, puisqu'elle était par excellence la langue de la culture et celle des échanges de tous ordres, notamment diplomatique. De même, avons-nous profité, dans une certaine mesure en tout cas, de l'accès aux valeurs universelles que nous permettaient tant la richesse et la diversité du patrimoine littéraire français que la primauté internationale de la langue.

    Il est pour le moins étonnant que cette dimension ait été rarement évoquée dans le combat multiséculaire, et toujours à reprendre, pour la défense du français au Québec, pas plus d'ailleurs que n'est de façon générale soulignée notre chance singulière d'être partie à une histoire éclatante et à une civilisation somptueuse. Car le domaine littéraire français tout entier est nôtre, comme est nôtre l'histoire de France, jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Certains critiques et chroniqueurs rangent désormais la littérature française dans les «littératures étrangères», alors qu'il s'agit de notre langue et d'une part de notre littérature. C'est nous rapetisser, c'est réduire et abaisser le Québec que de le limiter à ses frontières géographiques lorsqu'il s'agit de langue et de littérature; il a naturellement vocation à l'universel et c'est d'ailleurs pour réaliser cette vocation qu'il lui faut accéder à l'indépendance. Nos collèges classiques supprimés, par des novateurs frivoles, faisaient une large place à la littérature française, ressentie et enseignée comme nôtre, de même qu'ils attachaient une importance primordiale à l'enseignement de l'histoire nationale et universelle. L'enracinement est la condition de l'universel: les amnésiques et les apatrides accélèrent l'uniformisation, qui est le contraire de l'universalisme, et appellent les nouvelles tyrannies, insidieuses.

    Nous ne défendons pas que notre langue mais celle de l'ensemble des francophones à travers le monde: nous sommes avec eux tous, comptables de l'avenir du français, de son statut de langue internationale. Et nous ne défendons pas que le français mais aussi, à travers lui, l'ensemble des langues et des cultures sur lesquelles paraît monter aujourd'hui un même malheur. C'est par sa vocation à l'universel que le français assume le salut de la diversité, qui est le plus pressant impératif de notre temps. Dès lors, défendre le français, c'est défendre toutes les langues à travers la première d'entre elles, qui incarne une haute vision de l'homme et la noblesse du monde. Il y a là un aspect fondamental, qui confère à notre permanent combat une justification supplémentaire, une nouvelle légitimation et l'inscrit dans une perspective humaniste.

    La régression, le crépuscule puis l'extinction d'une langue, si modeste soit-elle par son extension, le nombre de ses locuteurs, sa littérature, représentent un appauvrissement pour la communauté humaine entière. Et que cela ait été le cas de plusieurs centaines, voire de quelques milliers d'idiomes depuis le début des temps, n'atténue en rien la portée du drame. Cela étant, et étant valable pour toutes les langues, ce n'est faire injure à aucune d'elles que de souligner qu'elles ont connu à travers le temps des fortunes diverses, que certaines ont manifesté une vitalité, acquis un prestige, exercé un rayonnement qui en ont favorisé la diffusion et l'usage, en ont fait pour un temps la langue première des échanges, de la culture, de la science, de la diplomatie, à l'échelle d'une région, d'un continent, voire du monde et lui ont conféré le statut de langue internationale.

    Ce fut notamment le cas du français, d'abord du IXe au XIIIe siècle puis du XVIIe jusqu'au début du XXe siècle, où sa primauté était incontestée, et cela le reste encore dans une certaine mesure, même si son rayonnement et son usage ont subi depuis un demi-siècle un recul substantiel au profit de l'anglais, particulièrement dans les vingt-cinq dernières années: le français est encore «une» langue internationale, il a cessé d'être «la» langue internationale, titre que lui a ravi l'anglais.

    Notre survivance aura tenu pour une part considérable au rayonnement international de la langue française. Il suffit de penser à ce qu'eût été notre situation si, au lieu d'être de langue française, nous avions parlé (tout respect dû à ces langues, il va de soi), danois ou letton, par exemple. Notre survivance linguistique et culturelle se serait révélée singulièrement plus ardue, pour recourir à un euphémisme. D'avoir été héritiers et participants d'une des grandes civilisations occidentales, de parler une langue qui était alors la première du monde en termes d'usage et de rayonnement, cela devait contribuer à nous permettre de faire le pari, malgré tout hasardeux, de la survivance.

    Aujourd'hui, alors que la plupart des langues et des cultures dont elles sont le support et l'expression subissent les mêmes assauts et font face au même et pressant péril d'une nouvelle hégémonie, la défense de la langue nationale doit se situer, quant à nous, dans une perspective résolument internationale. Nous sommes d'autant plus fondés et invités à le faire que le français représente pour nous, Québécois, non seulement le plus précieux de notre héritage et de notre identité mais, plus encore, une double chance d'accès à l'universel, dans le temps et dans l'espace.

    Au-delà de la littérature française et de la nôtre propre, c'est aussi la littérature de tous les pays de langue française qui nous est directement accessible, c'est-à-dire le témoignage de multiples civilisations. Et cela d'autant plus que de toutes les langues de grande diffusion, le français a été jusqu'à récemment celle que le plus grand nombre d'écrivains de toutes les origines ont choisi pour s'exprimer, dans laquelle ils ont rédigé au moins une partie, souvent la plus importante de leur oeuvre. Et cela reste vrai aujourd'hui, de Milan Kundera (tchèque) à Ismaïl Kadaré (albanais) en passant par Cioran (roumain), comme hier Julien Green, d'Annunzio, Rilke, Cantacuzène, Beckett, Ionesco, parmi des centaines d'autres.

    Si le français est une voie d'accès à l'universel dans le temps avec tout son éclat de langue internationale, il l'est aussi dans l'espace en raison de son implantation sur tous les continents. Pour n'être plus la première langue mondiale, il s'en faut, le français conserve des positions fortes, dans plusieurs régions du monde. L'avènement de la communauté des pays de langue française (ce qu'on appelle communément «la francophonie») représente pour le Québec, qui y occupe une place non négligeable, en dépit de l'ambiguïté et de la précarité de son statut, une chance nouvelle de participation au dialogue international. Ce n'est pas d'abord le nombre des locuteurs d'une langue qui importe mais leur distribution à travers le monde et le prestige même de cette langue. Sous ces deux rapports, le français garde un place considérable. La communauté francophone rassemble une quarantaine de pays, répartis dans toutes les grandes aires culturelles en Afrique et dans le monde arabe, aussi bien qu'en Europe, en Amérique et dans l'Océan indien. De plus, le français est largement enseigné et utilisé dans de nombreux pays d'Europe de l'Est et de l'Ouest comme de l'Amérique latine.

    La défense exigeante et persévérante de la langue française chez nous ne doit pas être dictée uniquement par le souci, légitime, de notre survivance et de la préservation de notre identité. Elle doit procéder aussi de la conscience de défendre en même temps toutes les langues et toutes les cultures, dont le français est aujourd'hui le garant et le témoin. Sous ce rapport, le Québec doit tenir à honneur de partager la responsabilité de la défense des positions internationales du français. Mais il ne saurait assumer décemment cette mission sans engager d'urgence, chez lui, l'immense et indispensable effort de restauration de la qualité du français, car notre langue ne souffre pas la médiocrité et moins encore la profanation. Nous devons redéfinir une politique de la langue aussi exigeante quant à la qualité qu'en ce qui a trait à l'usage, avec le souci d'une logique élémentaire et le sentiment que la dignité aujourd'hui, dans ce combat, s'appelle radicalisme.

    Deux impératifs se rejoignent qui nous pressent d'agir avec conviction, sans concession ni compromis: notre droit fondamental de nous réaliser comme peuple et comme culture; notre devoir de contribuer au salut de l'universel. Faire échec à Babel, c'est sauver la liberté qui est fondée dans la diversité. Jamais le singulier ne fut à ce point la condition de l'universalisme. »
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jean-Marc Léger
    Mots-clés
    Universalisme, Québec, culture, survivance, littérature, francophonie
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