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    Dossier: La Rochefoucauld

    Pascal et La Rochefoucauld

    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    Madame de Sablé, dont Pascal et La Rochefoucauld avait fréquenté le salon, entretint la légende que les Pensées et les Maximes auraient mutuellement servies l'inspiration des deux grands moralistes du XVIe siècle. Or nous rappelle Sainte-Beuve, si l'on s'en tient aux dates, la chose est impossible. Les Maximes parurent en 1665, trois après la mort de Pascal, et quelques années avant la première édition des Pensées. Ce qui n'empêche pas les deux écrivains de se retrouver sur le même terrain, celui de l'amour-propre, ce «vilain fond» que recouvre une politesse qui n'est que «mutuelle tromperie».
    Toute la première partie de l'ouvrage [les Pensées], ou plutôt (nous l'aimons mieux) de la conversation de Pascal, qui s'explique devant nous de vive voix, porte donc sur l'homme considéré dans sa grandeur et sa bassesse, dans son orgueil et sa vanité, dans sa corruption par l'amourpropre, dans ses illusions par l'imagination, par la coutume; dans ses ressauts et ses essors soudains qui, si bas tombé qu'il soit, le relèvent; dans son entière et continuelle contradiction enfin, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible: dernier mot et dernier cri que le démonstrateur arrache à son patient, sous sa poignante analyse. Nous possédons cette première partie du discours, abondamment représenté par les Pensées. C'est un premier acte. Suivons-y un peu en détail Pascal dans l'ordre naturel de son développement et dans la marche de l'action.

    Après cette première grande esquisse de l'homme placé et perdu comme un point au sein de l'immense et splendide nature, et supérieur pourtant à elle puisqu'il a la pensée; après avoir reconnu cette pensée qui monte, et qu'à chaque instant l'obstacle refoule ou déjoue, ce brûlant désir de trouver quelque part une assiette ferme , et d'y édifier une tour qui s'élève à l'infini (mais tout notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes); après avoir ainsi agité comme au hasard ce roseau pensant, et l'avoir vu flotter au sein des choses, Pascal prend l'homme en lui-même, et lui démontre au cœur, dans son moi, la racine naturelle de toute faction, et une racine corrompue.

    Tout à l'heure en débutant, et dans cette première vue de l'homme même déchu , il avait, on en a été frappé, des restes d'éclairs de Moïse, des ressouvenirs de l'Éternel parlant à Job, des reflets d'ancienne splendeur qui semblaient appartenir à Salomon: ici, en suivant dans ses replis, dans ses transformations et sous ses masques divers, le moi, c'est exactement La Rochefoucauld qu'il rappelle, qu'il égale parla précision et le tranchant de son analyse, qu'il surpasse par la profonde générosité du but et du mouvement. Chez Pascal, toutes ces pensées, qui décèlent et qui, pour ainsi dire, injectent les moindres veines cachées de l'amour-propre, ne sont pas, comme chez La Rochefoucauld, à l'état de description curieuse, indifférente; elles n'essayent pas de circuler à titre de simples proverbes de gens d'esprit le détail d'observation, chez Pascal, est porté par un grand courant.

    Pascal savait tout ce que savait M. de La Rochefoucauld; il n'avait pas eu besoin pour cela d'être tant mêlé aux choses de la Fronde. La mère Angélique écrivait un jour à madame de Sablé, à propos d'une visite que devait faire à cette dame la Princesse Palatine: «Vous êtes doctissime dans les passions, les dégoûts, les instances et les fourberies du monde; de sorte qu'en en faisant bon usage, vous pouvez aider cette Princesse à s'en dégoûter.» Pascal était doctissime en telle matière autant que pas un; il lui suffisait de tenir la maîtresse branche; et de la retourner en tout sens pour se convaincre qu'étant gâtée radicalement; toutes les branches l'étaient aussi
    «La vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne, ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savoit ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion.» «Tous les hommes se haïssent naturellement les uns les autres. On s'est servi comme on a pu de la concupiscence pour la faire servir au bien public; mais ce n'est que feinte, et une fausse image de la charité; car au fond ce n'est que haine... Ce vilain fond de l'homme, ce figmentum malum n'est que couvert; il n'est pas ôté.»
    A part le mot concupiscence qui implique le Christianisme, qui donc a pensé cela, de Pascal ou de La Rochefoucauld?

    Mais là où Pascal se sépare, c'est quand il remarque que, l'amour-propre étant le fondement de tout notre être actuel, et la nature de l'amour-propre étant de n'aimer que soi, bien qu'on ne puisse s'empêcher de se voir soi et son être plein de défauts, de vices, et très-peu aimable, il s'engendre de là la plus injuste et la plus criminelle passion, qui est la haine mortelle de cette Vérité qui nous condamne. Ici Pascal coupe court à l'infinie variété, à la piquante et imprévue déduction où La Rochefoucauld se complaît. La Rochefoucauld, qui habite volontiers dans l'amour-propre, qui fait comme état de croiser sur ces parages, déclare qu'il y reste encore bien des terres inconnues: il est dans l'étude sans terme. Pascal se hâte et nous presse; il a vu le dedans et le fond; il a fait le tour; peu lui importent, dans cet archipel tortueux, quelques Cyclades de plus ou de moins, si tout cela est une mer de naufrage et de malheur, une mer d'amertume qui, par une infranchissable barrière, peut, à tout instant, fermer le retour à la vraie patrie. Pascal a le tourment: c'est le ressort de son drame, c'est par où il tient à l'homme. Là où les autres moralistes qu'il rencontre s'attardent, se complaisent comme dans le pays du Lotos, oubliant la vraie patrie, lui s'inquiète et passe outre. Il ne laisse pas son homme s'endormir; il lui tient l'aiguillon au cœur, comme il le sent lui-même. Ce tourment est si grand, que plus tard, et lors même qu'il aura trouvé, il s'inquiétera encore; mais alors il entendra en son cœur une voix secrète qui l'apaisera, et il redira aux autres cette tendre parole du Consolateur: «Tu ne me chercherais pas si tu ne me possédais: ne t'inquiète donc pas !» Combien la première inquiétude était différente!

    Ici donc, l'amour-propre une fois exploré, d'une part il sent à quel point «toutes ces dispositions si éloignées de la justice et de la raison ont une racine naturelle dans le cœur;» d'autre part, il reconnaît que a quiconque ne hait point en soi cet amour-propre, et cet instinct qui le porte à se mettre au-dessus de tout, est bien aveugle, puisque rien n'est si opposé à la justice et à la vérité. «Il faudrait donc haïr ce qui est la racine naturelle, haïr ce qui s'aime; car a s'il y a un Dieu, s'écrie-t-il, il ne faut aimer que lui, et non les créatures.» Nouvelle contradiction: comment en sortir? Dans cette première partie de son discours, Pascal se plaît à lever de toutes parts les contradictions, à en assiéger l'homme, à le presser dans les alternatives jusqu'à susciter l'angoisse. C'est ainsi qu'il le mate, qu'il le dompte, et qu'il compte bien l'amener à merci aux pieds de la Vérité.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Charles-Augustin Sainte-Beuve
    Mots-clés
    Blaise Pascal, La Rochefoucauld, amour-propre, égoïsme
    Extrait
    «La Rochefoucauld, qui habite volontiers dans l'amour-propre, qui fait comme état de croiser sur ces parages, déclare qu'il y reste encore bien des terres inconnues: il est dans l'étude sans terme. Pascal se hâte et nous presse; il a vu le dedans et le fond.»
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