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    Dossier: Haydn Joseph

    Haydn

    Léo-Pol Morin
    FRANÇOIS-JOSEPH HAYDN


    Il est né en 1732, dans un petit village de la Basse-Autriche. Son père était charron, et sa mère avait été cuisinière chez les seigneurs du pays. Son père était musicien à sa manière. Il chantait et s'accompagnait d'instinct sur une harpe. De sorte que le petit Français-Joseph entendit de la musique dès ses premières années. Un jour qu'un violoniste était venu à la maison, avec son violon, le petit joseph fut si émerveillé de le voir jouer qu'il se fabriqua par la suite une sorte de méchant violon en bois, et qu'il s'exerça à répéter les gestes qui l'avaient impressionné. Le maître d'école lui donna ses premières leçons de musique et on le trouve plus tard à l'église Saint-Etienne, à Vienne. C'est là qu'il commença son éducation musicale, en lisant et en chantant, et, comme tous ses petits camarades, il participa à des fêtes musicales chez les grands seigneurs du temps, et il se joignit même à des petits orchestres forains qui donnaient la sérénade à tous ceux qui en voulaient payer les frais. C'est ainsi qu'il vécut pendant tout un été. Il songea à entrer dans un monastère, où il serait au moins assuré de la table, mais les Servites de Mariazell l'éconduirent tout simplement. Enfin, après bien des déboires, il fit la rencontre d'un gentilhomme autrichien qui l'engagea comme violoniste. Il écrivit ainsi plusieurs quatuors à cordes et, un peu plus tard, à vingt-sept ans, il entra chez le comte Morzin, chambellan de l'Impératrice, avec le titre de compositeur et directeur de la musique, au traitement de 200 florins. Haydn fut ainsi placé à la tête d'une petite chapelle d'une quinzaine de musiciens, pour laquelle il écrivit des oeuvres appropriées au besoin du service. Quelques années plus tard, il alla chez le prince Esterhazy, au
    service duquel il demeura attaché pendant près de trente ans.
    C'est à ce moment que se place l'aventure de son mariage, qui révèle bien le caractère du musicien. Il avait donné des leçons aux deux filles d'un perruquier de Vienne, nommé Keller, qui avait été son protecteur. Or, un jour, se sentant épris de la cadette des filles, il veut l'épouser et fait sa demande au père Keller. En apprenant que cette charmante enfant était promise à une autre destinée, et qu'elle devait entrer en religion, Haydn décida d'épouser l'autre, par condescendance, par politesse, peut-être bien pour ne pas désobliger le père Keller, qui l'avait jadis aidé dans sa misère. Anna-Maria Keller, de trois ans plus âgée que lui, avait mauvais caractère. Au dire de tous les biographes et des témoignages mêmes de Haydn, c'était une « bête infernale », fantasque et orgueilleuse, terriblement dépensière par surcroît, qui le fit enrager toute sa vie, et qui ne prenait soin de ses oeuvres que pour en découper les « feuillets en papillotes et en moules à pâtés ».
    Plus tard, il fit la connaissance d'une chanteuse italienne, mal mariée comme lui, avec qui il se lia d'amitié. Ils comptaient l'un et l'autre sur la mort de leurs conjoints respectifs pour s'épouser et ils s'y engagèrent, mais la mort ne les exauça que trop tard. Haydn se fit ainsi tirer beaucoup d'argent par cette chanteuse, sans aucun profit pour son bonheur et sa tranquillité. Néanmoins, on sait que tous ces malheurs n'ont jamais entaché le caractère doux et heureux et optimiste du bon papa Haydn. Sa mégère ne mourut qu'en 1800, huit ans avant lui.
    Le prince Esterhazy, au service duquel était Haydn, appartenait à l'une des familles les plus considérables et les plus opulentes d'Autriche. Il y exerça ses fonctions de maître de musique avec un scrupule et une régularité exemplaires. Sa tâche n'était pas facile. La musique du prince, qui tenait grande maison, représentait un programme quotidien très chargé. Il s'agissait non seulement de renouveler le répertoire, mais aussi de plaire au prince Nicolas, musicien lui-même et homme de goût.
    Haydn se levait de très bonne heure et écrivait le matin les oeuvres qu'il faisait exécuter durant le jour. Coiffé dès la première heure d'une perruque poudrée, vêtu d'un frac bleu orné de broderies et de boutons d'argent, - c'était l'uniforme réglementaire de la maison, - il se mettait à sa table et exerçait d'un cœur léger le métier d'écrire de la musique, un peu à la manière d'un fonctionnaire ou, si l'on préfère, d'un journaliste de génie, écrivant son papier quotidien. Il ne lui était pas toujours possible de revenir sur ses oeuvres et d'y apporter des modifications, ce qui fait que plusieurs trahissent la hâte dans laquelle elles ont été écrites. Ainsi donc, ce grand musicien composait des symphonies comme d'autres aujourd'hui écrivent de petits préludes. Sans tambours ni trompettes, ainsi que l'on dit, il a transformé la forme symphonique, à laquelle il a donné un moule définitif.
    Avec la même grâce, avec la même facilité et avec le même sourire, Haydn a aussi écrit de la musique d'église. Mais ses Messes scandalisent les amateurs de notre temps par leur style mondain et poudré, empreint du luxe de la chapelle princière à laquelle elles étaient destinées. Elles sont joyeuses, bien sûr, et optimistes, et Haydn disait justement à leur propos: « Je ne sais pas les écrire autrement; lorsque je pense à Dieu, mon cœur est tellement plein de joie que mes notes coulent comme d'une fontaine; et puisque Dieu m'a donné un cœur joyeux, il me pardonnera de l'avoir servi joyeusement. »
    Cependant, son service chez le prince Esterhazy se prolongeait à certaines saisons, et ses musiciens en étaient mécontents. Voici le stratagème dont il usa, un soir, pour faire comprendre au prince que ses musiciens avaient bien mérité de rentrer chez eux, rejoindre leurs familles. Il fit entendre une symphonie qui se déroula normalement quant au premier allegro. L'adagio, déjà, annonçait des intentions cachées que le finale fit subitement connaître. Après une centaine de mesures tous les instruments de l'orchestre s'arrêtèrent sur une tonalité inattendue et on réentendit quelques mesures timides de l'adagio, réservé aux seuls violons. On vit alors les cors et les hautbois souffler leurs bougies et quitter sans bruit la salle, et puis bientôt le basson et, peu à peu, tous les musiciens. Lorsqu'ils furent tous partis, Haydn resté seul, prêt à s'en aller lui aussi, se vit interpeller par le prince qui lui dit en souriant qu'il avait compris la requête des musiciens et que l'on partirait le lendemain. C'est cette symphonie que l'on appelle la Symphonie des Adieux, qui est d'ailleurs jouée un peu partout dans le monde, et on avouera que cette grève de musiciens est autrement plus délicate et raffinée que celles que nous connaissons aujourd'hui.
    Enfin, c'est après avoir quitté le service du prince Esterhazy que Haydn écrivit ses plus grandes oeuvres, ses plus célèbres, celles qui sont le plus souvent jouées: Les Symphonies de Londres, celles de Paris, etc. Des symphonies, il en produisit plus de cent, d'aucuns disent cent quarante, cent quatre-vingts. Il est vrai que la musique du papa Haydn est sans gravité tragique et sans pessimisme, comme l'était d'ailleurs généralement la musique du milieu du XVIIIe siècle. Mais, sous cette grâce sereine, sous cette ingénieuse douceur, sous cet optimisme souriant, on découvre quand même les replis profonds de la sensibilité. Les andantes des symphonies de Haydn ont même souvent des accents de profondeur pré-beethovénienne. Et si Haydn est un petit maître, nous dirons que c'est un petit grand maître. C'est en tout cas un chaînon éminemment nécessaire dans le développement de la musique au XVIIIe siècle.
    Il est mort à Vienne en 1809, à l'âge de soixante-dix-sept ans, honoré, reconnu par tous les grands musiciens de son temps. Mozart l'aimait beaucoup, et ils furent amis. Beethoven de même. Il est mort pendant l'occupation de Vienne par les Français, et Napoléon envoya une garde d'honneur auprès du corps pendant huit jours...
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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