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    Dossier: Johann Winckelmann

    Winckelmann

    Adolphe Bossert
    Vocation de Winckelmann. - Études à Dresde; les Réflexions sur l'imitation des ouvrages grecs. - Séjour en Italie; l'Histoire de l'art dans l'antiquité. - Théorie de Winckelmann sur l'art; ce qu'elle a de grand et d'exclusif. - Influence de Winckelmann sur la littérature.
    Un critique moderne, jugeant le caractère et le rôle de Winckelmann, débute par ces mots : « Les Grecs disaient de certaines images des dieux, antiques et vénérables, qu'elles étaient tombées du ciel : ils voulaient indiquer par là qu'elles étaient absolument uniques en leur genre et inexplicables dans leur origine. On serait presque tenté d'en dire autant de Winckelmann. Un Klopstock, un Wieland, un Lessing, un Herder, même un Goethe et un Schiller, nous apparaissent en quelque sorte comme les produits naturels et nécessaires de la civilisation qui les environne; ils sont comme la fleur et le fruit d'un développement qui a longtemps germé en silence et qui est enfin arrivé à son terme. Il semble, au contraire, que Winckelmann soit issu de lui-même, dans la pleine originalité de son génie. Le sentiment profond qui le dirigeait dans sa voie n'était point nourri par les influences du temps et du lieu; sa vocation s'éveilla et se fortifia dans une lutte sans trêve contre les circonstances. Il fit résonner des cordes qui n'avaient jamais été touchées jusqu'alors. Semblable aux vaillants navigateurs des siècles passés, il découvrit et conquit des mondes qui étaient complètement inconnus, ou du moins qui avaient été longtemps soustraits aux regards de l'homme. » (1)

    En effet, s'il y eut jamais une vocation décidée, impérieuse et exclusive, ce fut celle de Winckelmann, Toutes ses facultés convergèrent en un seul point, qui est comme le foyer lumineux de son intelligence. Dans toute l'histoire du passé, il ne voit et ne comprend qu'une chose, l'art grec. Au temps de Périclès, il eût été un maître de cet art; mais dans tous les temps il l'aurait deviné, et quelques restes lui auraient suffi pour le reconstituer. Il y avait en lui une prédisposition native pour le monde poétique dans lequel son âme a vécu, ou, comme disent les Allemands, il y avait accord intime entre le sujet et l'objet.

    La carrière de Winckelmann a été semée de difficultés qui auraient paru insurmontables à tout autre. Né à Stendal, dans la Vieille-Marche de Brandebourg, le 9 décembre 1717, fils d'un pauvre cordonnier, il sert d'abord d'aide et de guide à un instituteur aveugle. Quelques personnes s'intéressent à lui, et lui fournissent les moyens de suivre les écoles de Berlin. Mais il ne peut prendre goût à l'enseignement de ses premiers maîtres : ils n’étaient point amis des Muses, dit-il, et le grec était, chez eux, plus rare que l'or. Ayant appris que la bibliothèque du savant Fabricius est mise en vente à Hambourg, il s'y rend à pied, demandant le long de sa route l'hospitalité dans les presbytères et les couvents, et il en rapporte quelques auteurs grecs. Puis il a l'idée de voyager ainsi jusqu'à Rome; mais, à Francfort, la guerre l'oblige à revenir sur ses pas. Il accepte plusieurs charges de précepteur, pour vivre, et il est nommé enfin, en 1743, recteur adjoint à Seehausen, dans le Brandebourg. Il reste là cinq ans, cinq années d'esclavage, dit-il, « pendant lesquelles il apprenait l'alphabet à des enfants galeux, tout en faisant sa prière dans Homère ». En 1748, il est nommé bibliothécaire du comte de Bunau à Noethnitz, près de Dresde, avec un traitement annuel de quatre-vingts thalers. Il se trouve à portée des riches collections des ducs de Saxe ; il décrit les tableaux, il dessine, il se livre même à des travaux d'anatomie. Tout en rassemblant les matériaux d'une histoire de l'Empire que le comte préparait, il poursuit ses études favorites. « Depuis quelque temps, écrit-il, je comprends mieux les anciens, et, pour ne parler que d'Homère, je l'ai lu trois fois cet hiver, avec toute l'application que réclame ce divin ouvrage. »

    La pensée de visiter l'Italie l'occupait toujours. Enfin le nonce Achinto lui procura un emploi à la cour de Rome; mais il fallut qu'il embrassât le catholicisme. Il écrit à ce sujet à son ami Berendis : « Tu sais que j'ai renoncé à tous les plaisirs, et que je n'ai jamais cherché que la vérité et la science. Tu sais aussi ce que j'ai souffert pour cela. J'ai lutté contre le dénuement et l'abandon, pour me frayer un chemin. J'ai toujours été mon propre guide. C'est l'amour de la science, et de la science seule, qui a pu me décider à prêter l'oreille aux ouvertures que l'on m'a faites... Le doigt du Tout-Puissant, la marque évidente de son action sur nous, c'est notre instinct, auquel nous résisterions vainement... » Avant de partir, en 1755, il publia son premier écrit, les Réflexions sur l'imitation des ouvrages grecs dans la peinture et la sculpture, où il montrait que le seul moyen de sortir de la confusion et du mauvais goût était de recourir aux modèles anciens, et où il résumait déjà les caractères de l'art grec dans une formule restée célèbre : « la simplicité noble et la grandeur calme. » (2)

    Winckelmann avait trente-huit ans, mais, comme il se plaît à à le redire, il commençait seulement à vivre. En 1762, il écrivait à un de ses amis : « Tu veux savoir l'histoire de ma vie : elle se résume en peu de mots, car je la mesure d'après mes jouissances. Le consul Marcus Plautius, qui avait triomphé des Illyriens, fit écrire sur son tombeau, qui se voit encore aux environs de Tivoli, et où il avait fait marquer ses hauts faits vixit annos IX. Je pourrais dire que j'entre dans ma huitième année. Voilà bientôt huit ans que je vis à Rome et dans d'autres villes de l'Italie. J'ai regagné ici ce que la pauvreté et le chagrin m'ont fait perdre de ma jeunesse. Je mourrai content : j'ai obtenu ce que je désirais; ce qui m'a été donné passe même mes espérances et mes mérites. »

    Il employa quelques années à reconnaître son champ d'études. Rien de ce qui était à sa portée ne lui échappa. Il rassembla une quantité de matériaux, et ce travail aurait suffi à un érudit; mais il alla plus loin. L'érudition, c'est-à-dire la notion exacte des choses, n'était pour lui qu'un moyen; il n'estimait que la science fécondée par l'imagination. Il poussait ses recherches jusque dans les plus minutieux détails, commentait les oeuvres d'art par la lecture des poètes et des historiens; mais, au fond, il ne cherchait dans le travail scientifique que des raisons d'admirer. « L'athaumasie, c'est-à-dire l'absence d'étonnement, que vante Strabon, peut être bonne en morale, dit-il, mais elle est pernicieuse dans l'art, parce qu'elle engendre l'indifférence. » Les principes qui le guidaient déjà se confirmèrent au cours de ses observations, et bientôt l'antiquité se dressa devant lui, plus vivante qu'elle ne fut jamais aux regards d'un moderne.

    Quelques traités, qu'il publia coup sur coup, furent comme la préface de son grand ouvrage, l'Histoire de l'art dans l'antiquité, qui parut en 1764 (3). Au printemps de l'année 1768, il voulut revoir l'Allemagne; mais, à peine arrivé dans le Tyrol, il comprit que sa vraie patrie était derrière lui. Revenant par Vienne, il s'associa comme compagnon de route un jeune Italien, nommé Arcangeli, à qui il eut l'imprudence de montrer quelques médaillons qu'il avait reçus de l'impératrice Marie-Thérèse, et qui l'assassina à Trieste pour s’approprier ces trésors dont il s'exagérait la valeur. « La nouvelle de la mort de Winckelmann éclata au milieu de nous, dit Goethe, comme un coup de foudre dans un ciel serein. Je vois encore la place où je l'appris. Cet affreux événement produisit un effet immense; ce furent des plaintes et des gémissements universels. La mort prématurée de Winckelmann fit sentir plus vivement le prix de sa vie. » (4)

    La carrière féconde de Winckelmann est bornée par un espace de douze ans. S'il avait vécu davantage, il aurait continué ses explorations dans la ville éternelle, et il aurait complété sa précieuse collection des Monuments inédits (5). Mais il n'aurait rien ajouté à sa théorie de l'art, telle qu'il l'a exposée dans son ouvrage historique. Elle est là, dans sa grandeur, comme dans sa rigueur exclusive. Une admiration aussi vive que celle de Winckelmann fait comprendre parfaitement un objet, mais ne fait comprendre que cet objet. Winckelmann analyse et décrit avec une sagacité remarquable l'origine, la croissance et la maturité de l'art grec, sous l'influence des moeurs et du climat, de la religion et des lois, de tout ce qui détermine le caractère national. Mais il oublie que l'art, en quelque lieu qu'il se manifeste, ne saurait être soustrait aux mêmes influences. La beauté grecque est, pour lui, un type immuable et accompli, résultat d'un concours de circonstances qui ne se reproduira plus, un type qui doit suffire désormais à la contemplation des hommes. Le beau, dit-il expressément, est un et non multiple. Il n'accorde pas plus de pouvoir à l'individualité de l'artiste qu'à l'esprit changeant des siècles et des nations. Il fait consister le beau dans l'indétermination (6), c'est-à-dire « dans une forme qui ne soit point particulière à telle ou telle personne, et qui n'exprime point une situation de l'âme ou un mouvement de la passion, lesquels mêleraient à la beauté des traits étrangers et en briseraient l'unité ». Le type unique de la beauté ne se diversifie que dans les conceptions allégoriques, seul genre d'invention où doive s'exercer l'artiste (7). Du reste, les mêmes règles conviennent à tous les arts. La peinture, la poésie, la musique, n'ont qu'un idéal, qu'une méthode; elles ne diffèrent que par leurs moyens d'expression.

    Pour certaines de ses idées, Winckelmann restait le disciple de Bodmer. Mais, sur d'autres questions, quelles vues profondes et quelles clartés soudaines ! L'imitation antique était placée désormais sur son véritable terrain. Il ne s'agissait plus, comme dans l'école de Klopstock, de reproduire la cadence d'une ode d'Horace; il fallait entrer dans l'esprit des anciens, se pénétrer de leur vie, se faire leur contemporain. La simplicité étant posée comme la première condition du beau, l'afféterie et la déclamation se trouvaient bannies du même coup. On comprit la valeur d'une pensée assez sûre d'elle-même pour dédaigner les vains ornements. Les arts plastiques furent ramenés au grand style; Thorwaldsen sut allier la noblesse et la grâce, dans des oeuvres dignes d'un Italien de la Renaissance. En poésie, on imagina une conciliation nouvelle entre le Nord et le Midi, et Goethe, après avoir conçu Faust, crut s'élever en écrivant Iphigénie. L'influence de Winckelmann s'étendit même sur les sciences historiques. Il avait montré dans l'art un développement naturel et organique : Welcker et Otfried Müller appliquèrent sa méthode à l'histoire littéraire, et Herder lui doit peut-être le plan de ses Idées sur l'histoire de l'humanité.


    Notes
    (1) Hettner, Geschichte der deutschen, Litteratur im XVIII. Jahrhundert, 2e livre; 4e éd., Brunswick, 1893.
    Édition des oeuvres. - Johann Winkelmanns sammtliche Werke, avec une biographie, par J. Eiselein, 12 vol., Donaueschingen, 1825-1829; les trois derniers volumes contiennent la correspondance.
    À consulter. - Carl Justi, Winckelmann und seine Zeitgenossen, 3 vol., Leipzig, 1866-1872; 2e édit., 1898. - Goethe, Winckelmann und sein Jahrhundert, 1805
    (2) « Edle Einfalt und stille Grosse ». - Gedanken über die Nachahmung der Griechischen Werke in der Malerey und Bildhauer-Kunst, nouvelle édition, par B. Seuffert, Heilbronn, 1885.
    (3) Ce furent d'abord quelques articles dans la Bibliothèque des Belles-Lettres (la Description du Torse du Belvédère, les Remarques sur l'architecture des anciens temples de Girgenti, en Sicile, et, un peu plus tard, De la grâce dans les oeuvres de l'art), ensuite les Remarques sur l'architecture des anciens (Leipzig, 1761), les Lettres sur les découvertes d'Herculanum (Dresde, 1762 et 1764), enfin la Dissertation sur la faculté de sentir le beau dans l'art (Dresde, 1763). - L'Histoire de l'art dans l'antiquité (Geschichte der Kunst des Alterthums, Dresde, 1764) fut presque aussitôt traduit en italien (par l'abbé Amoretti, Milan, 1779), et il en parut trois traductions françaises dans le cours du siècle (par Robinet, Amsterdam, 1766; par Huber, Leipzig, 1781, et par Jansen, Paris, 1798-1803).
    (4) Poésie et Vérité, livre VIII.
    (5) Monumenti antichi inediti spiegati ed illustrati, Rome, 1767.
    (6). Die Unbezeichnung, dit Winckelmann, avec un mot créé par lui.
    (7) C'est le contenu d'un des derniers ouvrages de Winckelmann, l'Essai d'une Allégorie (Versuch einer Allegorie, besonders für die Kunst, Dresde, 1766); nouvelle édition centenaire, Leipzig, 1866.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Adolphe Bossert
    Spécialiste français de la littérature allemande (1832-1922).
    Mots-clés
    antiquité, Grèce ancienne, histoire de l'art, art, beauté
    Extrait
    Il employa quelques années à reconnaître son champ d'études. Rien de ce qui était à sa portée ne lui échappa. Il rassembla une quantité de matériaux, et ce travail aurait suffi à un érudit; mais il alla plus loin. L'érudition, c'est-à-dire la notion exacte des choses, n'était pour lui qu'un moyen; il n'estimait que la science fécondée par l'imagination. Il poussait ses recherches jusque dans les plus minutieux détails, commentait les oeuvres d'art par la lecture des poètes et des historiens; mais, au fond, il ne cherchait dans le travail scientifique que des raisons d'admirer. « L'athaumasie, c'est-à-dire l'absence d'étonnement, que vante Strabon, peut être bonne en morale, dit-il, mais elle est pernicieuse dans l'art, parce qu'elle engendre l'indifférence. » Les principes qui le guidaient déjà se confirmèrent au cours de ses observations, et bientôt l'antiquité se dressa devant lui, plus vivante qu'elle ne fut jamais aux regards d'un moderne.
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