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    Dossier: Jérusalem

    Jérusalem

    Jean-Louis Fournier

    Jérusalem: hier, aujourd'hui, demain

    L'homme contemporain semble très fier de ses villes.

    La preuve en est qu'il déserte constamment les campagnes et leurs verdures, pour s'engouffrer dans ces lieux de béton et de briques, bâtis à la fois sur le sol, sous le sol et surtout en hauteur au-dessus du sol. Il s'y retrouve à l'aise, puisque tout y est ordonné selon ses plans, ses volontés, ses désirs, en somme selon sa mesure propre. Ses villes le reflètent, tel qu'il se veut lui-même, ou du moins dans toute la mesure du possible.

    Et voilà que de Tokyo à Moscou, de Berlin à Paris, de Londres à New York, se localisent les grands centres nerveux de notre terre, centres qui décident en définitive des destinées de chacun des pays, de même que de l'humanité tout entière.

    Or, au sein de ces multiples villes qui jalonnent notre univers, il en est une qui n'occupe pas une place prépondérante, au point de vue économique, social ou politique, mais qui s'est présentée, se présente encore et se présentera toujours comme le «coeur spirituel» des hommes et de ses villes, comme le prototype d'une existence urbaine idéale; elle incarne, en effet, le statut profond de toute l'humanité, son aventure totale à la fois individuelle et collective, son sort passe, présent et à venir: Jérusalem. Fondée il y a mille ans avant notre ère, cette ville absolument unique dans l'histoire peut nous servir encore aujourd'hui d'inspiration et de guide dans la menée de nos affaires civiques.

    Conception «biblique» de la ville, en conséquence, conception axée sur Jérusalem, son modèle absolu et rayonnant: tel sera le sujet de ces quelques lignes, qui se veulent avant tout comme un chant d'espérance en l'avenir de l'humanité ...

    Au cours du premier millénaire de son existence, cette Jérusalem nous apparaît sous deux visages; visages impliquant une contradiction profonde et douloureuse, qu'elle-même ne pourra jamais réussir à lever au moyen de ses propres forces.

    La capitale d'Israël en effet, se veut fondamentalement et exclusivement régie par la Loi de Yahvé, loi reçue jadis par l'intermédiaire Je son grand prophète Moïse. Cette Loi, aussi dénommée universellement «Les Dix Commandements» ou «Le Décalogue», devenait ainsi l'unique code devant régler toutes les actions de tous les hommes de cette Ville, tant sur le plan des relations hommes-hommes, des relations gouvernants-gouvernés que des relations Yahvéhommes. Ses habitants se voyaient alors invités à obéir à des directives dont ils n'étaient pas les auteurs exclusifs, mais qui se présentaient aussi comme sanctionnées par la souveraine autorité de Yahvé, créateur des hommes et de leurs villes. Jérusaem, ville en définitive théocratique, dont les dirigeants ne devaient jouer le rôle que de «représentants» de son «Maire» réel et premier, à savoir Yahvé en personne.

    Cependant, au niveau non plus de l'idéal mais de la réalité quotidienne, les citadins de la ville sacrée se montrent constamment infidèles à cette loi, la violant sous tous ses aspects sans exception, tant civils que religieux. Et les prophètes qui alors élèvent la voix dans ses murs, criant au nom de Yahvé, parlant de «prostitution», d'«idolâtrie», d'«adultère», ne se font guère écouter ni obéir, et tous finissent en fin de compte leurs jours sous les coups du meurtre ou de l'exil. Et les hommes de Jérusalem continuent toujours à sécréter le Mal, un peu comme malgré eux, impuissants par leurs propres pouvoirs à se conformer totalement et sans faille à la Loi qui devrait pourtant les inspirer.

    Et lorsque dans son enceinte, au début de notre ère, commence à parler et à agir le fils de Yahvé, Jésus-Christ, venu pour confirmer et perfectionner la Loi, donner en même temps toute la force nécessaire à son respect intégral, l'opposition s'élève aussitôt contre Lui. On se refuse à sa lumière et à son aide, on nie sa qualité de Divin, on va même jusqu'à le trahir: le Mal triomphe, les infidélités à la Loi triomphent; et le tout se termine, comme nous le savons par l'histoire, le vendredi sept avril de l'an trente, sur la colline du Calvaire. La contradiction, sise au coeur de Jérusalem, trouve en cette heure même le paroxysme de son développement.

    Jérusalem, type des villes devant vivre sous l'étoile des Dix Commandements, loi naturelle inscrite au centre de tous les hommes, mais révélée à Moïse pour assurer davantage son exactitude et son autorité incontestable. Jérusalem, type aussi des villes qui trahissent depuis toujours, aujourd'hui encore, et très probablement demain encore, cette loi absolue des hommes et de l'histoire. Ne suffit-il point de prendre connaissance des événements quotidiens de n'importe quelle grande cité du monde pour constater aussitôt les multiples contradictions, sans cesse renouvelées, entre Loi et Mal qui se manifestent en elles: pollution, vols, corruption, prostitution, mensonges, injustices, pègre, délinquance, surpopulation, racisme? L'homme y exploite l'homme, l'homme y blesse l'homme,l'homme y assassine l'homme: rejet de la Loi, crucifixion renouvelée de Jésus-Christ, à l'image de l'ancienne Jérusalem.

    La Ville contre la Loi, contre Jésus-Christ, ne se révèle-t-elle pas ainsi parfaite broyeuse de ses habitants? Et ce mouvement, négatif et négateur, ne peut à la vérité que croître indéfiniment, sans aucune possibilité d'arrêt ou de diminution. Les meilleures volontés des meilleurs citadins n'y pourront jamais rien; car, laissé seul avec lui-même, l'homme ne peut guère réussir à vraiment déraciner le Mal qui habite à l'intime de son coeur et de ses villes. La Jérusalem d'hier, la Ville sous l'emprise du Mal.

    Aujourd'hui

    Pourtant, Jérusalem n'est point demeurée dans cet état lamentable; et les villes de la terre, à sa suite, ont pu ainsi acquérir le pouvoir de s'en sortir le mieux possible, à condition qu'elles y consentent en toute honnêteté.

    Le dimanche matin, en effet, neuf avril de l'an trente, à Jérusalem même, Jésus-Christ n'a pas été retrouvé au fond de son tombeau. Et dans le courant de cette même journée, voilà qu'il s'est montré vivant et glorieux à ses connaissances, leur révélant par ce fait même qu'il avait vaincu le Mal, et cela d'une façon définitive, pour entrer dans la joie parfaite et sans fin des observateurs sincères de la Loi.

    Cet événement, absolument unique dans l'histoire millénaire de Jérusalem, vient transformer d'une façon radicale cette ville, quant à son statut et quant à son message. Car l'apparition du Ressuscité en ses murs fournit la preuve évidente et concrète que le Mal y a été maîtrisé par la Croix, que la Loi y a été intégralement respectée, et que ses habitants, dans la mesure de leur fidélité à Jésus-Christ, deviennent eux aussi aptes à entreprendre une nouvelle existence de sauvés et de sauveurs. Jérusalem, par le fait même, se laisse voir désormais à l'humanité comme le type de la Ville par excellence, ville libérée en laquelle prédomine la vie sur la mort, l'imitation de Jésus-Christ sur l'esclavage du Mal. A la suite de ce dimanche, seul entre tous, le sort de l'histoire humaine se trouve radicalement métamorphosé, fournissant aux hommes et à leurs villes, depuis leur origine jusqu'à leur terme, la possibilité de constituer des lieux d'épanouissement tant individuel que collectif.

    Possibilité qui est laissée au libre choix de chacune des villes du monde; pour ou contre Jésus-Christ et sa Loi, voilà désormais la seule grande question qui devrait agiter la délibération des problèmes posés aux urbains d'aujourd'hui. Car l'adhésion personnelle à la personne de Jésus-Christ ressuscité octroie la puissance nécessaire pour éliminer, dans la mesure du possible, du coeur des citadins les velléités de vol, de prostitution, d'exploitation, de mensonge, de corruption, de racisme, etc. Ceux-ci se transforment donc en véritables ferments de paix, de justice, de probité, de respect, d'honnêteté, au sein des multiples tâches qui sont les leurs dans l'édification et l'administration d'une ville. Et le disciple du Ressuscité en vient de la sorte jouer le rôle de grand purificateur de la cité, face aux tendances constantes de celle-ci à se laisser envoûter par les lacets multiformes du Mal.

    Et l'histoire de Jérusalem, l'histoire de l'humanité se continue, depuis déjà quelque deux mille ans, prise dans cette lutte permanente et féroce entre la Loi et le Mal. Pour combien de temps encore ? Peu importe, en somme, à condition que les forces de Jésus-Christ ne cessent de lutter avec courage pour leur triomphe le plus large possible; les villes pourront se permettre alors, et alors seulement, d'envisager leur avenir avec moins d'angoisse et de désespoir. La Jérusalem d'aujourd'hui, la Ville sous l'emprise de la Libération.

    ...Demain

    Malgré tout cela, quel est l'homme qui peut s'empêcher d'espérer en un retournement plénier de la situation, en un triomphe définitif de la Loi sur le Mal, en une Ville en laquelle le Ressuscité régnerait sur une population enfin libérée de toute servitude? Une telle espérance, bien légitime certes, ne serait-elle qu'un rêve alléchant, ou bien a-t-elle quelque chance de se réaliser un jour?

    Or, Jérusalem, tout au long de son existence, a entendu en son sein des prophètes lui proclamer la venue future d'une Jérusalem complètement rénovée, lavée de ses refus et de ses prostitutions, centre d'une humanité nouvelles qui vivrait désormais de sa lumière propre. Une ville enfin à la hauteur du Ressuscité, qui en prendrait le commandement, parce que seul il est apte à exterminer le Mal du coeur des hommes et à les faire vivre de la Loi d'une façon parfaite et permanente. Ville sans larmes, sans meurtres, sans vols, sans exploitation, ville de liberté, de paix, de joie, de repos, de lumière.

    Une telle perspective, une telle promesse possède en réalité toutes les chances possibles de voir le jour dans un avenir historique de moins en moins lointain. Car Jésus-Christ a déjà inauguré cette ville, à partir de la Jérusalem d'aujourd'hui,le matin même de sa résurrection; il y est entré, avec son corps et avec son esprit, pour n'en plus jamais ressortir. Autant dire, donc, que cette ville neuve, présentement espérée par les hommes, existe actuellement dans les faits, c'est-à-dire dans la personne même du Ressuscité. De plus, tous ceux qui sont déjà morts en conformité avec la Loi y ont alors rejoint en esprit leur Prédécesseur. Et c'est de la sorte que se constitue progressivement cette Jérusalem rénovée, cette cité parfaite, éléments par éléments, jusqu'à ce que le nombre total de ses habitants soit enfin complètement achevé: terme absolu de l'histoire, mutation radicale de l'existence des hommes et de ses villes.

    Et en cette étape précise, dont la date demeure inconnue, devra revenir sur terre Jésus-Christ, le fils de Yahvé; il verra alors à ressusciter tous les corps de ceux qui sont morts et à parachever définitivement la Jérusalem nouvelle, Jérusalem dont il sera lui-même le Maire exclusif. Ville s'étendant à la grandeur d'une humanité enfin unifiée et pacifiée; ville idéale, rêvée par tous les hommes, impossible à réaliser par aucun d'entre eux, mais que Yahvé seul fera germer pour le bonheur maximum des humains. Après-dernier acte de l'histoire des villes, désormais réduites à l'unité, sous le règne bénéfique de la Loi observée sans efforts et sans manquements. La Jérusalem de demain, la Ville sous l'emprise de la Liberté.

    Telle se résume, bien succinctement, l'histoire biblique des hommes relativement à l'existence, à l'évolution et au couronnement de ses villes.

    Le trait majeur qui pourrait s'en dégager ne serait-il point celui-ci: tout citadin, même s'il a le devoir strict de travailler au maximum de ses capacités à l'amélioration de la vie urbaine, sait par avance que ses efforts n'aboutiront jamais à leur pleine réalisation; car le Mai est incrusté en l'homme à tel point qu'il ne peut s'en défaire par ses propres et uniques moyens. Force lui est alors de se tourner et de se soumettre à la source de purification individuelle et collective, l'Esprit de Yahvé, qui lui seul rendra ses efforts efficaces, et pour aujourd'hui et pour demain ; s'il ne le fait point et dans la mesure où il ne le fait point, il se tue lui-même et assassine ses villes.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jean-Louis Fournier
    Professeur de Philosophie, Collège Ahuntsic.

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