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    Dossier: Millet Jean-François

    Quelques tableaux de Millet

    Zacharie Astruc
    Description poétique de quelques-unes des œuvres les plus connues du peintre Jean-François Millet.
    Les Glaneuses. — Elles sont trois — trois misères groupées, s'activant dans le champ du riche. O sauvages glaneuses! Avec une avidité poignante et envieuse — hélas! elles marchent, bêtes à bon Dieu, chassant l'épi rare, tantôt pliées en deux ou debout, envisageant à distance les probabilités de la trouvaille. Depuis le matin, elles parcourent la plaine, liant à mesure leurs épis. Mais le paysan ne jette pas son grain aux oiseaux. Elles marchent craintives. Deux sont baissées et se suivent. L'une tient ses épis sur son genou, qui lui sert de point d'appui; l'autre, sur son dos; la troisième est en avant, debout. Cela remplit l'âme de mélancolie. C'est que le pauvre est toujours triste quand il est vu cherchant son pain. La plaine blonde s'étend au loin. Là-bas sont les moissonneurs; les charrettes s'emplissent — le ciel est triste.

    Une douce brume enveloppe cette page où tout s'affirme dans la mesure exacte de l'idée. On dirait l'explication d'une sainte parabole. Les mouvements sont d'une observation excessive. Ainsi, les mains! quelle voracité! La peinture a une force intime du plus surprenant effet. Le paysage est vu par les yeux d'un maître. L'étrangeté de la couleur fait penser....

    Paysanne au puits. — Ce puits est dans la cour d'une ferme séparée du chemin par un mur de clôture où s'ouvre une porte. Une jeune fille, en jupon court, vient de retirer son seau du puits. Elle le soulève avec un geste délicat — coquette même avec la nature inanimée, et verse son contenu dans des pots de cuivre. Le temps est doux. Le soleil luit sur cette vie paisible. Contre la porte, là-bas, trois oies fuient, se dodelinant, pareilles à des navires en partance.

    Ce tableau est complet. Les Flamands n'ont rien fait de plus amoureusement caressé.

    Paysanne apprenant à tricoter à sa petite sœur. — Qu'est-il besoin d'expliquer la scène? Vous la voyez. Les deux enfants causent et travaillent. Bonne page. J'y trouve à reprendre, cette fois, quelques lourdeurs de modelé, une gamme générale un peu rougeaude.

    La même critique pourrait s'appliquer à la Mort et le Bûcheron. Le tableau, qu'on s'en souvienne, fut repoussé à la dernière Exposition. Acte de barbarie insigne! Le travail a une exagération de simplicité qui finit à certains endroits par s'amollir, ou donne un empâtement fâcheux. Le caractère est magistral. «Viens à mon secours, Mort!» s'écrie le vieux bûcheron, qui s'est assis accablé au revers du chemin, près de la forêt. Pourtant, le toit de sa maison, protégé d'arbres, l'appelle avec un sourire heureux... Tout est paix autour de lui. «Vieux bûcheron! vieux bûcheron! ne sais-tu point supporter la vie, toi qui apprends ce que deviennent les arbres tombés!...» La Mort arrive: «Que me veux-tu? — Aide-moi à recharger mon fagot...» Le fagot est lourd; la Mort ne se dérange que pour rendre des services plus complets. Et, tandis qu'il tremble et bégaye des phrases de pardon, elle le saisit à l'épaule: — «Viens çà, bûcheron! nous cueillerons ensemble un fagot d'herbes pour ta tombe...»

    Elle est terrible, ainsi retournée dans son blanc suaire, un sablier à la main — sa grande faux sur l'épaule, équerre mortelle qui nivelle tout. L'idée de la montrer de dos est une heureuse variante au squelette si connu. Le paysage d'automne est très beau. Regardez le chemin creux, dans l'ombre... comme il va loin!..... et qu'il monte!..... spirale accablante pour la vieillesse!

    La Faneuse est un tableau de la vie champêtre, véritable chef-d'œuvre de lumière et de sentiment.

    Le Retour du berger.Il marche en avant de son troupeau, drapé dans sa limousine, son bâton sur la poitrine. Le chien veille. La plaine brune s'étend au loin. Le ciel est gris. Tout en bas, le rouge soleil descend — roi découronné qui roule dans sa tombe. On ne peut imaginer une impression plus grande. Ce calme, ce mystère des premières ombres, ce caractère sauvage et doux de la nature, ce cercle rouge, œil de sang fixé sur le berger méditatif — toute cette grandeur et ce sentiment agreste vous plongent dans une émotion profonde. Nous ne sommes plus devant un peintre, mais devant la nature. Ainsi notre âme fut saisie par une vision. Cette toile est un admirable chef-d’œuvre. Le caractère en est unique peut-être.

    Gardeuse de moutons, tricotant. Marchant derrière son troupeau, de champ en champ, elle est arrivée à la lisière d'un bois sombre. Bientôt, il sera l'heure de rentrer. Le soleil se couche. La petite femme a une robe bleue, un tartan gris, un mouchoir rose autour des cheveux — aux pieds, des sabots. Comme elle est bien à son travail! avec ce joli détail du sabot tourné pendant la longue méditation..... Les ombres et les lumières s'agencent avec une douceur infinie. Vous vous sentirez ému devant ce charme de la vie familière, réalisé par une main si savante qu'on ne fait que deviner.

    La même impulsion simple qui pousse Courbet vers la nature familière entraîne Millet. Il y apporte moins de spontanéité, de sève aussi — une allure moins libre, tumultueuse et forte. Sa vision ne s'attaque pas violemment et indifféremment à tout objet, dans la soif du résultat compliqué beaucoup plus que du choix. L'un est le guerrier, l'autre le druide. Leurs autels sont les mêmes. Seulement, l'un sait les formules de l'incantation; il a approfondi le rite de la nature; il se préoccupe du mystère de son œuvre rustique, de son caractère, de sa parole. S'il l'a choisie, c'est pour lui donner le sentiment de forme oublié de nos jours — et que seule peut-être elle a le droit de revendiquer dans une époque d'effacement. A quoi bon les reconstitutions? C'est la vie qui palpite devant lui qu'il veut peindre et transmettre aux âges d'avenir. Son sentiment d'art, où l'étude antique s'observe, s'est appliqué à la vie simple qui développe l'action humaine, atteignant souvent la pompe, toujours l'ampleur. Il procède par les grands traits. Je crois ses connaissances très étendues. Il a fait évidemment une étude approfondie des styles divers des écoles. De ce chaos savant — lumineux pour lui — s'est formé ce beau style qui lui est propre et qui donne tant de prix à la moindre de ses ébauches. Ce n'est que peu à peu qu'il en est arrivé là. Ce qui prouve la vigueur de son organisation, c'est l'indépendance actuelle de cette manière si nette, si vivante — résumé d'atomes intellectuels qu'il a pour ainsi dire cristallisés, et qu'il signe du beau diamant de son esprit. Son dessin a une incontestable autorité. Il se montre imposant, réfléchi. Dans ces belles lignes entre la pâte qu'il fait résonner avec l'accent de la plus stricte vérité; mais à l'aide de quelle main exercée, pittoresque, robuste et pour tant gracieuse!..... Sa couleur est à lui, on ne pourrait trouver de correspondance à cette échelle de tons, si bien la sonorité en est individuelle et tranchée: mélodie rustique d'une agreste saveur. Rien de petit, rien de cherché, rarement une faute — des beautés généreuses. Voilà un grand art où la falsification moderne n'entre pour rien. Il est digne de toute notre admiration; il est un enseignement et une gloire.

    Aussi haut que mon cœur, aussi haut que mon jugement ont pu élever les maîtres, je l'ai tenté. La ligne est le membre, parce qu'elle réunit toujours d'éminentes facultés — à des degrés différents il est vrai, mais à des degrés supérieurs. Un égal sentiment anime ces âmes fortes: l'amour du vrai, l'amour du bien, l'amour du beau. Le grand respect des maîtres féconde leur esprit; une intime compréhension les guide et les éclaire. Ils vivent dans la foi, ils luttent au nom de l'idée, comme au nom de la vérité qui la renferme. Ils souffrent de l'ignorance brutale de la foule; au même but d'avenir tendent leurs aspirations. Dans le jour lumineux des esprits hardis, ils marchent avec une certitude de pas qui est la conscience. Leur vie atteste le perpétuel devoir du juste. Loin de la banalité, loin du faux goût, de la concession vile, loin des marchés profanes du clinquant et du facile, dans un monde pur où le cerveau ne trafique de rien, ils pensent, anachorètes de la vérité. Je suis fier de les honorer. Qui aurait la folie de leur assigner une place? Ils sont, cela suffit. À mesure que ma mémoire me présentait lucidement leurs œuvres, je les commentais sans parti pris de préférence. Dans ure question si générale et si indépendante, je ne pouvais faire entrer la capricieuse formule de mes goûts. En critique, la première raison que l'on puisse donner d'une loyauté véritable, c'est de n'en tenir aucun compte. Je ne désire que la vérité; je la veux absolue — même aux dépens de mon repos! — la vérité pour tous. Voilà le salut de l'Art, cette divine caresse terrestre aussi précieuse que la lumière, l'amour! N'est-elle pas le repos de notre agitation perpétuelle?...
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Zacharie Astruc
    Critique d'art et artiste français. Il a fondé le Quart d'heures, la Gazette des gens demi-sérieux (1859). En plus de soumettre plusieurs envois aux Salons annuels, dont quelques bustes et médaillons d'écrivains et d'artistes célèbres (Barbey d'Aurevilly, Manet), il a écrit deux volumes de critique sur les Salons de 1859, préfacé par George Sand, et sur celui de 1859. Il participera aux réunions des Impressionnistes au Café Guerbois (1865-1870).
    Documents associés
    Jules Barbey d'Aurevilly
    spiritualisme, paysan, ruralité, piété, réalisme, naturalisme, Gustave Courbet

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