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    Dossier: Jardin

    Voyage à Babylone et ses jardins suspendus

    Michèle Drissen
    Il faut se laisser emporter par l'évocation si vivante de la beauté passée de Babylone comme contrepoids aux armes de destruction massive télécommandées par des soldats à peine sortis de l'enfance, qui ont fait subir à Bagdad et à ses habitants un sort semblable à celui de Babylone, il y a deux mille six ans ! Au terrorisme qui est le fait d'une mince frange du peuple musulman, il faut opposer les créations de leurs ancêtres, la poésie qui fleurit dans leurs cimetières et ces jardins paradisiaques qui hantent encore l'imaginaire du reste de l'univers et ont donné corps au mythe du Paradis terrestre. Dans le récit qui suit, Michèle Drissen restitue admirablement l'émerveillement d'un contemporain de Nabuchodonosor II.
    La caravane avançait lentement et péniblement depuis deux jours, entravée dans son élan par une tempête de sable qui, aujourd'hui, se calmait un peu. Nous savions toucher bientôt notre but, mais l'horizon n'était que poussière. C'était ma première caravane, mon initiation, attendue depuis si longtemps par ma jeunesse fougueuse. Bercé par les récits fabuleux des anciens, j'en rêvais.

    C'est rempli de ces souvenirs, un peu somnolent que, soudain je levai la tête, les narines en éveil. Quelle est cette odeur, à peine perceptible, transportée par la poussière ? Un mélange à la fois floral et épicé, doux et âcre. Ces quelques secondes d'interrogation n'avaient pas échappé à mon compagnon, mon maître en caravane. « Babylone » s'écria-t-il, en pointant vers l'avant son menton dissimulé par des voiles. Babylone, enfin ! Babylone dont j'ai tant rêvé, Babylone la magnifique, la plus belle ville de Mésopotamie, celle dont on dit qu'elle n'est surpassée dans le monde que par Thèbes l'égyptienne.

    C'est à la fois excité et heureux, mais un peu oppressé par cette future rencontre que je mis pied à terre pour notre dernière nuit avant Babylone. Une nuit pendant laquelle il m'est impossible de dormir tellement les souvenirs des récits s'entrechoquent dans ma tête.

    Au matin, le vent s'est tu, l'air est transparent, le soleil étincelant. Au loin, dans un halo brumeux, la ville, immense, et toujours ces effluves à mes narines. Elle m'apparaît peu à peu, plus distinctement au fil de notre progression, majestueuse, énorme, surmontée de tours nombreuses, d'un beige rosé chatoyant sous le soleil. Je suis sidéré tellement la ville me semble imposante, entourée de ces immenses remparts massifs qui la protègent des envahisseurs. À l'ouest, l'enceinte tombe à pic sur l'Euphrate, constituant ainsi une immense digue qui met la ville à l'abri des crues. Les remparts, défendus à intervalles réguliers par des tours, sont tellement larges à leur sommet que j'imagine un char attelé à quatre chevaux pouvant y faire demi-tour. Tout est si grand ! Une immense tour domine la ville et je commence à entrevoir de nombreux temples et palais. Plus nous nous rapprochons des portes de la Cité, plus sous le soleil chatoient des bleus, des rouges, des jaunes et des beiges.

    Nous entrons par la plus grande porte, la porte d'Ishtar, notre déesse. Mes yeux ne sont pas assez grands, attirés par l'émail bleu des briques et les riches décorations représentant dragons et taureaux. Tout en est recouvert, la base des remparts, les deux tours qui flanquent les deux portails. Je n'arrive pas à tout capter, il faut continuer par la grande avenue qui s'ouvre devant nous, large de vingt-cinq mètres, pavée de dalles calcaires et de marbre rose, bordée de murs garnis de frises vernissées décorées de lions. Devant nous, le temple de Mardouk, plus loin le palais de notre roi Nabuchodonosor ii, reliés par une somptueuse Voie sacrée. Un luxe, une grandeur inimaginables pour moi. Les récits entendus n'avaient pas aiguisé mon imagination à la mesure de la réalité. Je suis bouche bée, mon corps s'avance machinalement comme dans un rêve, je me sens tout petit. Mon compagnon de caravane est un guide discret, il se contente de nommer les bâtiments, comprenant, sans doute pour l'avoir vécu, que le silence est le meilleur accompagnement. Et cette odeur qui embaume la ville, la même qu'hier mais amplifiée, enivrante. Je réalise tout à coup que la ville est grouillante de gens, c'est vrai que j'ai entendu dire que Babylone est la plus peuplée du monde, mais je ne les vois pas, je ne les entends pas, tout absorbé par la splendeur que je découvre.

    Les bâtiments me semblent aussi massifs que les remparts, les murs extérieurs sont pleins, sans fenêtres. Par une porte laissée ouverte, j'aperçois une jolie cour intérieure pavée. Mon compagnon m'explique que ce type de construction répond au souci de lutter contre l'écrasante chaleur de l'été. Les murs sont épais, les portes voûtées laissent à peine pénétrer le soleil. Et toujours ces briques vernissées qui étincellent.

    Notre caravane s'arrête près d'un grand bâtiment, c'est là son but. Un privilège pour les nouveaux caravaniers, dont je bénéficie ; mon compagnon va me faire visiter rapidement la ville pendant que les autres s'affairent au déchargement.

    Au coin d'une rue, je lève la tête, la grande tour ! Celle que j'avais aperçue le matin, dominant la ville. Je me sens écrasé, j'ai déjà vu des ziggourats mais celle-ci est gigantesque. Ces tours en briques, flanquées d'escaliers et portant à leur sommet un petit sanctuaire dédié à Mardouk, avaient en général de un à trois étages. Mais celle-ci en possède sept, elle mesure plus de quatre-vingt dix mètres de hauteur. C'est l'Étemenanki de Babylone, la Maison du Fondement du Ciel et de la Terre, La Tour de Babel ! Elle est somptueuse. Les pyramides qui forment les sept étages sont recouvertes entièrement de briques vernissées de multiples couleurs, de même que le Temple dédié à Mardouk, posé sur son sommet. Mon compagnon m'indique que le Temple est meublé d'une couche confortable et d'une table pour les visites éventuelles du Dieu Mardouk. Sa plate-forme inférieure, carré de quatre-vingt dix mètres de côté, prend appui sur un terre-plein de quatre cents mètres de côté, lui-même bordé de bâtiments, magasins et logements affectés au personnel religieux. Le roi Nabuchodonosor II avait prescrit aux architectes royaux « d'élever sa plate-forme supérieure jusqu'à défier le ciel »... quel défi ! Au pied de la Tour, un pont d'une architecture extraordinaire permet, grâce à ses 120 mètres de long, de gagner l'autre rive.

    Et enfin ! Ceux que j'attendais depuis mon départ, ceux que mes narines appréhendaient, ceux qui me faisaient rêver depuis des années, ceux que l'on qualifiait de paradisiaques, enfin, je les aperçois, tel un morceau d'une autre Terre posé ici : Les Jardins suspendus de Babylone, quelle beauté !

    Enivré par les parfums qui s'en exhalent, je ne sais où porter mon regard, il me semble être dans un autre monde, hors du temps. Ces jardins en terrasses joignent le ciel et la terre, les arbres sont luxuriants, la végétation abondante, les fleurs omniprésentes. Les cascades enchantent mes oreilles, embrument ce petit paradis. J'emprunte une allée de palmiers qui serpente le long de la première terrasse, véritable forêt enchantée : pins, peupliers, platanes, palmiers dattiers, cèdres, robiniers, saules, frênes, bouleaux, chênes. Des voûtes et des piliers, complètement envahis de verdure, soutiennent les terrasses supérieures auxquelles j'accède par un escalier de marbre. Toutes les terrasses surplombent les précédentes donnant l'impression que les plantes sont suspendues au ciel par de minces fils d'araignée. La deuxième terrasse, cinq mètres plus haut, est consacrée aux arbres fruitiers, amandiers, oliviers, poiriers, pommiers, cognassiers, figuiers, grenadiers auxquels se mêlent genévriers, cyprès, buis, tamaris, térébinthes dans une harmonie toute naturelle. De terrasses en terrasses, de cascades en cascades, je traverse une nature merveilleusement féconde et belle, mimosas, jasmins, myrtes, vignes, coquelicots, crocus, anémones, tulipes, lis, iris, lotus, et bien entendu des milliers de roses si chères à notre Reine.

    Complètement transporté par cette abondance, je m'assieds sur les marches de la dernière terrasse, embrasse du regard toute la ville, aspire l'air chargé de parfums et laisse couler une larme de bonheur. Si les jardins sont la mesure de notre degré de civilisation, merci à tous ces hommes qui ont imaginé et créent une si extraordinaire beauté. Je descends rejoindre la caravane, je suis un autre homme.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Michèle Drissen
    Mots-clés
    Jardin, art paysager, Irak, Babylone, Mésopotamie, Antiquité
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