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    Dossier: Intergénération

    Le Béguinage de Lauzelle

    Paul Huvelle
    Un bel exemple de résilience sociale

    Le petit béguinage de Lauzelle

    Louvain-la-Neuve, Belgique

    Depuis 1995, trois couples d'aînés et quatre personnes vivant seules occupent, au milieu des étudiants de Louvain-la-Neuve, un habitat groupé rappelant les béguinages du Moyen Âge. Ce rappel n'est pas fortuit, les fondateurs de l'habitat ayant perçu une ressemblance frappante entre la situation des femmes dans les villes du Moyen Âge et celle des personnes âgées dans les villes d'aujourd'hui.

    Il ne s'agit pas d'une improvisation, comme il y en eut tant et plus à la belle époque des communes, mais d'un projet, mûrement réfléchi, dont les fondateurs souhaitent qu'il essaime. Ils ont publié à cette fin de nombreux documents que l'on peut se procurer à l'adresse indiquée au bas de cette page. Les paragraphes qui suivent sont tirés des actes d'un colloque qui fut entièrement consacré au projet.

    Se bien loger pour s'épanouir.

    Habiter, ce n'est pas seulement se loger ou demeurer; c'est prendre “l'habit” qui me convient dans un “tissu” urbain que je partage avec d'autres. Comme beaucoup, j'aspire à un “chez moi” taillé sur mesure, qui comporte des ouvertures et des allées vers les autres. Bien souvent, nos rêves doivent se rétrécir aux offres du marché, à des logements construits par d'autres ou pour un public standardisé. À moi de l'adapter à mes goûts et de le meubler pour lui donner une “âme”. Ce droit au logement s'inscrit nécessairement dans une relation avec l'entourage. Si l'écologie est la science de la solidarité et de l'adaptation des êtres vivants à leur environnement, créer un habitat est un art qui harmonise les aspirations des personnes à leur entourage. Toutes ces considérations apparaissent bien théoriques dans une urbanisation où prévalent la complexité technique, les contraintes économiques ou politico-administratives, et où l'individu est trop souvent dominé par la loi de la jungle. Deux urbanistes se demandaient déjà, en 1972, comment imaginer un Montaigne ou un Sophocle s'épanouissant dans l'agglomérat humain de Jakarta (Chermayeff et Alexander, Intimité et Vie Communautaire).

    Le mouvement béguinal et sa spiritualité

    Lorsque l'on parle de “mouvement béguinal”, c'est pour décrire un phénomène qui s'est développé pendant plusieurs siècles et qui participe d'un renouveau des mentalités en Occident, dès les XIIe et XIIIe siècles. C'est un mouvement lié d'une part à l'urbanisation – la plupart des villes se sont constituées à cette époque – et d'autre part aux réactions de l'Église – notamment des clercs – dans un climat autoritariste (la querelle des investitures, la police de l'inquisition, dès 1231), qui n'excluait pas le relâchement des mœurs et de la ferveur. On peut dégager plusieurs caractéristiques de cette période des deux premiers siècles du mouvement béguinal (de 1200 à 1400) de religieuses soumises à la vie conventuelle sans avoir prononcé de vœux . Il fut constitué d'expériences diverses, sans concertation, ayant pour point d'ancrage les anciens Pays-Bas, puis la France, l'Italie, et jusque la Pologne. En Belgique, on a compté par la suite jusqu'à 94 béguinages, 40 à Cologne et 38 en Hollande. Certains ont subsisté jusqu'en 1960 (onze en Belgique avec 600 béguines).

    Le contexte

    La réforme cistercienne, la fondation des ordres mendiants par saint Dominique (1216) et saint François (1223) sont des réponses structurées à un immense besoin spirituel qui accompagne l'essor économique et le relâchement de la foi. Chez les laïcs, une nouvelle mentalité prend forme qui choisit d'élire le seul Évangile, sans intermédiaire, comme règle de vie. Le mouvement béguinal se situe dans la foulée de ce retour aux sources dans les villes en construction (même si quelques communautés ou béguines errantes ont choisi les campagnes) et ce contexte va permettre le développement de leurs traits caractéristiques:

    1. des femmes laïques qui veulent vivre dans le monde une vie active et contemplative;

    2. dans l'autonomie: c'est-à-dire, sans dépendre de tuteurs civils ni religieux mais vivant de leur travail ou de leur revenu;

    3. en solidarité avec des personnes qui partagent leur projet: soit en confréries soit en communautés.

    Cette volonté de vivre une vie spirituelle dans le monde, et plus spécialement dans la ville, a rencontré beaucoup de résistances. Ces “mulieres religiosae” étaient dérangeantes, à la fois pour les autorités civiles (insécurité, moralité publique, mendicité...) et pour les autorités religieuses (contrôle et discipline, voire contestation). Il semble que “béguine” soit un sobriquet lié à la notion d'hérésie, comme les cathares et albigeois qui portaient eux aussi des vêtements de couleur beige.

    Résilience et adaptation

    Ce qui fait sans doute la spécificité du mouvement béguinal, c'est cette ouverture au monde de son époque, aux différents courants qui le traversent, combiné avec la manière qu'ont les femmes d'incarner dans la vie quotidienne un art de vivre en relation avec la nature et le surnaturel, dans la simplicité. “Gardez-vous des singularités, ne faites point montre de votre spiritualité, dit Hadewijck, un esprit de bonne volonté assure intérieurement plus de beauté à notre vie que nulle règle ne saurait prescrire, car tout sera l'œuvre de l'Amour”.

    Il faudrait retrouver les sources de cette richesse pour les faire couler dans notre temps présent. On ne saurait l'enfermer dans des théories ou des synthèses simplificatrices. Il faut regarder ces vies de béguines comme des icônes, des énergies de connivence; leurs écrits comme des guides touristiques vers un au-delà bien mystérieux. Ce qui nous frappe surtout, c'est la similitude des situations: comme au XIIIe siècle, notre société change brusquement; sous la pression économique et sociale. Or les populations en difficulté peuvent être créatrices de progrès, si elles se font entendre dans la société civile et religieuse. Les femmes en surnombre, menacées d'exclusion, sont remplacées par des personnes âgées dont la vie risque de se gâcher parce que considérées comme inutiles ou sans avenir. Alors pourquoi ne pas inventer de nouveaux béguinages?

    Pierre Huvelle, initiateur du projet

    ***
    Un regard extérieur

    Au niveau le plus général, il me semble que l'initiative du groupe de Louvain-la-Neuve répond bien à un premier défi de notre temps. En effet, il propose un chemin alternatif qui s'oppose à ce à quoi beaucoup de gens sont voués, à savoir la solitude en fin de vie ou alors, au contraire, une vie dans de grands ensembles plus ou moins impersonnels, appelés pudiquement “maisons de retraite”. Or, à la différence des béguinages, de tels ensembles conduisent à une forme d'homogénéité et d'anonymat qui n'est pas favorable au développement de la personne. […]

    Un autre point à propos duquel l'expérience d'aujourd'hui ressemble à celle du passé, c'est que, d'une certaine façon, en créant ce béguinage, le groupe porteur du projet transgresse l'ordre établi. En effet, sans être aussi radical que celui des béguins et béguines du XIIe siècle, le changement qu'il propose implique une rupture par rapport au modèle individualiste dominant dans notre société. Par cette rupture qui peut être vue comme une transgression, il nous invite à dépasser la difficulté que nous avons à vivre ensemble.

    Monique Esser, psychopédagogue

    Renseignements

    M. Paul Huvelle
    Rue de Neufmoustiers, 1/3
    1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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