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    Dossier: Innovation

    Innovation et économie de la connaissance

    Luc Soete
    À l'initiative du centre Saint-Gobain pour la recherche en économie, les plus grands spécialistes font le point sur trois déterminants de la croissance: la mise en oeuvre du progrès technique, l'organisation de l'entreprise et l'organisation du travail.
    Des systèmes d'innovation nationaux fragmentés à une société de la connaissance.
    L'évolution du rapport salarial et des conditions monétaires a eu une influence directe sur la diffusion du nouveau système technologique centré sur des innovations dans l'information et la communication. En premier lieu, les changements institutionnels de la fin des années 80 aux années 90 correspondent à l'émergence d'une économie dans laquelle la connaissance individuelle se situe plus directement dans l'interaction créative et réactive avec toutes sortes de connaissances codifiées qui étaient incarnées dans les équipements et les organisations. La gestion de la connaissance et le financement du capital-risque, qui sont devenus des enjeux majeurs dans les années 90, sont deux facteurs essentiels qui guident le développement et la diffusion de l'innovation. La connaissance et la finance conditionnent en effet le flux des inventions et la vitesse de diffusion des nouvelles technologies.
    C'est pour cette raison que la mise en oeuvre et l'application du potentiel des nouvelles technologies ne sont passées au premier plan du développement économique que depuis moins d'une décennie. Les années 80 ont été, à ce sujet, une phase préliminaire de restructuration pendant laquelle les marchés du travail et de la finance ont gagné une marge de manoeuvre en rompant certains anciens liens dominants. Cette interprétation correspond aux observations historiques générales selon lesquelles les transitions d'un système technologique à un autre prennent du temps; elles s'accompagnent aussi d'un nombre incalculable d'incohérences institutionnelles.
    Néanmoins, malgré leur pertinence, de telles comparaisons historiques n'impliquent pas que toutes les transitions suivent toujours et nécessairement des trajectoires similaires. En fait, les détails de chaque paradigme technologique, le lieu et le moment où ils se développent, suggèrent que les étapes et leur déroulement sont différents. Il faut donc être très prudent dans la description de ce que peut être un nouvel arrangement institutionnel: quels sont les pays qui seront à la frontière technologique et ceux qui seront les imitateurs? Les années 90 ont permis d'opérer un classement, qui n'était pas donné au départ, des performances technologiques et de la croissance. Cette décennie a en effet consacré le retour de l'économie américaine à la frontière de l'économie de la connaissance. Après les années 80, leur prééminence avait été remise en cause par la capacité de certains pays asiatiques à produire des technologies de l'information, mais la capacité des États-Unis à utiliser à grande échelle ces technologies, leur capacité à combiner les nouveaux potentiels de l'informatique et des télécommunications ainsi qu'à développer, sur les bases de ce savoir-faire, des activités qui nécessitent beaucoup de connaissances, leur ont permis de retrouver leur prééminence.
    Le Japon et l'Europe sont en retard. Encore une fois, cet épisode ne marque pas la fin de la lutte pour la frontière technologique et économique. Le paradigme technologique des NTIC offre de nombreuses opportunités de rattrapage en raison de la vitesse de développement assurée par la constante augmentation des capacités de mémoire des semi-conducteurs et la mise à jour régulière des logiciels qu'elle implique. Il existe un fort potentiel d'apprentissage dans l'utilisation efficace de ces équipements dans les organisations. Il s'ensuit qu'un certain nombre de pays participent toujours à cette course technologique, au-delà d'une hiérarchie établie à un instant t. La faiblesse de l'Europe doit donc être perçue dans une perspective dynamique qui permet l'émergence d'apprentissages inattendus ainsi que la capacité de diversification permettant l'accession à une primauté technologique dans certaines productions ou dans certaines niches de marché.
    Deux voies d'investigation semblent tracées pour évaluer comparativement les perspectives possibles du développement technologique de chaque pays. La première voie est diachronique, elle met en perspective la capacité relative de chaque système national d'innovation à s'adapter aux défis posés par l'internationalisation. L'autre voie est synchronique et se concentre sur les propriétés intrinsèques d'adaptation locale au progrès technique. L'internationalisation des systèmes nationaux d'innovation passe par trois canaux qui sont l'internationalisation de la connaissance, du capital et du travail. A priori, l'internationalisation du travail, par l'intermédiaire des migrations, a joué un faible rôle, particulièrement en Europe. La première phase de restructuration, c'est-àdire celle correspondant aux années 80, a été marquée par la relative absence de flux migratoires (à l'exception des États-Unis) alors que l'internationalisation du capital s'accélérait. Peu de choses ont changé dans ce domaine, tout du moins en Europe, au cours des années 90, mais il est clair aujourd'hui que la migration de la main-d'oeuvre qualifiée, professionnelle ou scientifique, est l'enjeu d'un avenir proche.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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