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    Dossier: Île d'Orléans

    Le développement régional

    Diane Paquin
    À l'heure d'un développement urbain qui gruge, d'année en année, des portions considérables de terres agricoles, la question de l'Ile d'Orléans est toute particulière. Décrétée arrondissement historique en 1972, elle n'en est pas moins menacée d'un rôle de ville-dortoir région métropolitaine de Québec.
    Le texte de Diane Paquin aborde les diverses raisons de l'actuel empiétement urbain et quelques formes de ce dernier. Puis, après avoir traité de la richesse des patrimoines naturel et historique de l'Ile d'Orléans, il souligne la nécessité de coordonner les efforts de tous les groupes concernés afin que tout développement suive une voie compatible avec les meilleurs intérêts de l'endroit.

    Dans la région québécoise, le développement régional s'est accentué au cours des récentes années; toutefois, il est nulle part aussi contesté qu'à l'Ile d'Orléans. Les raisons de ces contestations sont multiples et sans doute très particulières à ce territoire historique et culturel.

    Les types du développement

    L'Ile d'Orléans, d'une superficie de 75 milles carrés, compte six municipalités qui subissent toutes l'influence grandissante de l'urbanisation intimement liée à la proximité de la ville de Québec. Le phénomène du développement se manifeste de diverses manières:

    * le professionnel citadin qui se découvre une vocation de «gentleman farmer»;
    * l'agriculteur qui veut vendre, à même sa terre, un petit lot pour y construire une maison;
    * la municipalité qui croit voir dans le développement la voie du progrès, en prenant pour acquis que les ensembles résidentiels unifamiliaux constitueront une source intéressante de revenus;
    * le vacancier qui, éventuellement, transformera sa résidence secondaire en résidence permanente;
    * le courtier en immeubles qui prend option sur des terres en culture ou à bois, anticipant la venue prochaine d'une vague de construction résidentielle.

    L'Ile d'Orléans constitue une des plus grandes richesses culturelles du Québec. Son état de préservation, ses dimensions, son caractère insulaire, ainsi que le nombre et la diversité de ses biens historiques et naturels, lui donnent un potentiel extraordinaire en tant que «témoin culturel» qu'il faut sauvegarder et mettre en valeur.

    Or, l'intégrité de ce territoire est menacée du fait des pressions exercées par l'urbanisation grandissante de la région métropolitaine de Québec; urbanisation qui a provoqué le développement de zones de villégiature amenant une extension du réseau routier, donc un accès plus facile à la campagne et aux zones de conservation naturelle. On peut noter aussi comme autres conséquences importantes:

    * les disparités du revenu moyen des familles des différentes municipalités (les nouveaux arrivants s'établissent à l'ouest et jouissent généralement de revenus supérieurs à ceux de la population établie sur l'Ile depuis longtemps);
    * l'augmentation du pourcentage de la main-d'?uvre orléanaise disponible dans le secteur des services (finuance, assurance, biens immobiliers);
    * le fait que moins de la moitié (44%) de la main-d'?uvre orléanaise disponible travaille sur l'Ile.

    L'existence de la spéculation foncière, un des problèmes majeurs de l'urbanisation en général, constitue d'autant plus un signe de danger dans le cas particulier de l'Ile d'Orléans, qu'il s'agit d'un arrondissement historique à caractère agricole où le développement urbain ne peut suivre la même démarche que pour la ville-dortoir type.

    La question agricole

    À l'heure actuelle, l'agriculture constitue encore la principale activité économique de l'Ile tant par l'espace qu'elle mobilise que par les revenus qu'elle procure. Toutefois, la population agricole vieillit et la relève est de plus en plus faible. Cette situation s'explique principalement par l'attraction que l'agglomération métropolitaine exerce sur les jeunes et par un changement dans la mentalité et le mode de vie des gens. Aussi, l'agriculteur consent-il de plus en plus à vendre sa terre par appât du gain immédiat, délaissant un bien ancestral pour des valeurs trop souvent artificielles et éphémères.

    Il apparaît donc indispensable de maintenir une agriculture active afin de sauvegarder l'intégrité du milieu, intégrité qui se voit menacée par l'abandon progressif des fermes au profit d'un développement résidentiel non planifié.

    Les résidents de l'Ile d'Orléans sont d'accord pour l'implantation de certaines industries, mais pas à n'importe quel prix et surtout pas au prix de l'agriculture, activité qui a modelé l'Ile depuis des siècles. Une constante se dégage de l'ensemble des discussions des comités locaux d'aménagement de chaque municipalité: l'agriculture doit absolument demeurer la principale activité économique de l'Ile. Les citoyens n'envisagent pas plus d'en faire un musée qu'un Ste-Foy, un Charlesbourg, etc.

    Le patrimoine naturel

    Le milieu écologique est un facteur qui mérite d'être considéré. On se rend compte que l'homme fait aussi partie du milieu et qu'il est intimement lié à l'équilibre de l'environnement. Mais à l'Ile d'Orléans, l'action de l'homme qui, auparavant, était surtout limitée à celle de ses habitants, provient maintenant de plus en plus de l'extérieur. Les touristes, les vacanciers, les spéculateurs, la voirie même (projets d'infrastructure) sont autant d'agents qui viennent en quelque sorte modifier, sinon perturber l'éco-équilibre de ce territoire.

    Plusieurs raisons militent en faveur de la conservation intégrale de la couverture végétale. La végétation joue d'abord un rôle primordial comme agent antiérosion. De plus, les arbres protègent du rayonnement solaire et servent d'abri contre les vents trop violents. Il est aussi admis que la végétation joue un rôle essentiel dans l'équilibre des cours d'eau et des nappes d'eau de même qu'elle agit comme agent de dépollution de l'atmosphère et de barrière contre le bruit, sans oublier son importance au point de vue esthétique.

    Un développement rationnel ne peut faire fi de l'écologie et, sur ce plan, l'Ile d'Orléans présente certaines particularités dont il faut tenir compte.

    Six zones principales de l'Ile d'Orléans méritent d'être préservées du strict point de vue de l'écologie. Par exemple, dans la zone de l'estran de la Pointe du Bout de l'Ile, on observe les vases estuairiens traditionnels et surtout l'Astragale Saint-Jean, herbacé exceptionnel au Québec. Les boisés de Beaulieu (Ste-Pétronille) ont une valeur esthétique exceptionnelle et comprennent en partie la niche écologique de la chênais boréale. L'érablière de la falaise du versant nord assure la stabilité de cette dernière tandis que les tourbières et marécages et la plate-forme centrale constituent la principale tête d'alimentation des rivières et ruisseaux de l'Ile. Enfin, les forêts de la plate-forme centrale et particulièrement les plus mûres créent un micro-climat particulier qui assure la variété des espèces fauniques.1

    Le paysage est aussi un facteur à considérer Alors que la route périphérique privilégie les paysages de l'encadrement continental (contact morphologique, panorama sur les Iles Madame et aux Ruaux, fleuve, ville de Québec, chutes Montmorency), les traditionnelles routes de traverse mettent en valeur le caractère champêtre de l'Ile (boisés de ferme, érablières, champs cultivés, pâturages).

    Le patrimoine historique

    L'Ile d'Orléans constitue l'un des premiers foyers de peuplement en Nouvelle-France. Le mode d'implantation de la population était axé essentiellement sur les possibilités offertes par la circulation fluviale, du fait de son caractère insulaire. On devait attendre la formation des ponts de glace avant de pouvoir communiquer par voie de locomotion terrestre avec le continent.

    Le fleuve favorisait une importante activité maritime: cabotage, quais, chantier naval, chalouperie, pêche à l'anguille. Il guidait nécessairement le peuplement de ses rives et des ses îles.

    L'activité agricole, sous le contrôle des seigneuries, se développa selon certains cadastres (lots, rang, trait carré) et constitua ce que l'on peut appeler une architecture typiquement rurale.

    En 1972, le gouvernement du Québec décréta l'Ile «Arrondissement historique» en raison de la richesse de son patrimoine mis en valeur par l'esthétique et le pittoresque du milieu naturel qui y est exceptionnel.

    Du côté architectural, on a recensé plus de 550 bâtisses à fonctions principales et présentant un intérêt sur le plan de l'histoire et des usages anciens (reflet d'une culture et d'un mode de vie bien particulier). Les activités telles que fabriques et ateliers traduisent la nécessité qu'avaient les anciens habitants de l'Ile de satisfaire eux-mêmes à leurs besoins.

    Mais avec les années, l'architecture conçue pour la ville fut transposée dans ce milieu rural, trop souvent sans tenir compte de son cachet particulier. C'est pourquoi une réglementation d'urbanisme actuellement en élaboration inclura des dispositions spécifiques à ce sujet qui assureront à l'avenir un mariage plus heureux entre l'architecture ancienne et celle des bâtiments nouveaux.

    La question du développement sur le territoire de l'Ile d'Orléans est chose complexe, aussi ne peut-on négliger les changements irrémédiables qui résulteraient d'un développement qui serait entrepris de façon anarchique. L'on doit même s'interroger si une telle action n'en est pas déjà aux premiers stades de réalisation.

    Nous devons donc espérer qu'une intervention gouvernementale de coordination des efforts de tous les groupes intermédiaires concernés, ainsi que des citoyens de l'Ile, soit assurée de façon dynamique, ferme et efficace dans l'espoir que tout développement éventuel suivra une voie compatible avec les meilleurs intérêts locaux et nationaux.

    Note
    1 Ile d'Orléans. Plan de sauvegarde et de mise en valeur. Phase II : Étude du milieu physique. Rapport no 1A. Étude de la bio-géographie. Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1976, p. 166.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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