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    Dossier: Humour

    De l'esprit français à l'humour anglais

    Jacques Dufresne

    Dans le texte qui suit, nous avons combiné le contenu d'un article sur l'esprit français avec celui d'un document sur l'humour anglais; nous avons inséré après chaque bon mot à la française, un bon mot à l'anglaise sur le même thème. L'article sur l'esprit, signé Jacques Dufresne, avait d'abord été publié dans Le Devoir, le 17 janvier 1981.

    Qu'est-ce donc que l'esprit? «L’esprit qu’on veut avoir gâte celui qu’on a» . C’est l’ébauche d’une définition. L’esprit n’est pas volontaire. Mais il n’est pas non plus spontané : il est libre. S’il a la légèreté de la chose spontanée, il a aussi la précision de la chose voulue. Il ne faut pas confondre cette liberté avec la facilité qui conduit au calembour, lequel, dans la mesure où il résulte d’une association mécanique, est le contraire du bon mot. Certes, pour Victor Hugo, un bouvreuil blessé devient, en guérissant, un rouvreuil, mais les calembours sont rarement aussi réussis. L'humour, l'humour anglais plus précisément, est-il plus proche du calembour que du bon mot à la française? Comment faut-il entendre ce mot de Samuel Butler:« L'humour et l'ironie les plus parfaits sont généralement inconscients?»

    Au cours d’une discussion philosophique, Mirabeau dit un jour à Talleyrand : « Je vais vous enfermer dans un cercle vicieux. » « Vous voulez donc m’embrasser », répondit distraitement Talleyrand. On sait que Mirabeau avait de nombreux vices et que son visage les trahissait tous. Bernard Shaw pensait-il à Mirabeau quand il a écrit:« les êtres humains sont les seuls animaux dont j'aie vraiment peur.»

    À l’âge des ordinateurs, il convient peut-être de rappeler que le mot d’esprit résulte d’une prodigieuse concentration d’information. Un bon mot est souvent un traité résumé en une phrase. Comme cette définition de la folie par Chesterton: «Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison.» Ou comme ce mot d'amitié d'un homme qui trouve son meilleur ami dans le lit de sa femme: « Méfiez-vous, madame, un autre que moi pourrait voir. » Tout ce que suppose un tel mot ! Notre psychologie apparaît tout à coup pédante et lourde. C’est pourquoi Nietzsche disait que ce qui avait manqué à l’Allemagne, c’est le dix-huitième siècle français, ce siècle où, en mourant, les vieilles dames disaient : « Nous verrons donc si Dieu gagne à être connu. » Aurait-elle préféré mourir à l'anglaise: «Tout arrive à qui sait attendre, la mort entre autres.» (Bradley)

    D’un mauvais recueil de poésie, Rivarol dit un jour : « C’est de la prose dans laquelle les vers se sont mis. » L’auteur de ce recueil est plus connu par ce mot que par ses œuvres complètes. D'un auteur semblable Coleridge a dit: «Les cygnes chantent avant de mourir. Certaines personnes feraient bien de mourir avant de chanter.» Le même Rivarol, méridional, traitait de haut les gens du Nord : « Ces gens que le soleil regarde de travers. » Rivarol était réputé pour sa parfaite maîtrise de la langue française. Lewis Carrol pensait sans doute à lui quand il a dit: «Quand vous ne trouvez pas le mot anglais, parlez français.»

    Le poète renaissant Maynard n’aimait pas les écrivains obscurs, ceux dont « les ouvrages ont besoin d’un devin qui les explique. » Il le dit d’une façon simple et directe : « Si ton esprit veut cacher / Les belles choses qu’il pense, / Dy-moi, qui peut t’en empescher / De te servir du Silence ? » Maynard devait être «de ceux dont les éclairs de silence rendent la conversation tout à fait délectable.»(S.Smith)

    Et voici ce que la duchesse de Choiseul pensait du style de Rousseau : « Il a de la chaleur, mais c’est celle de la fièvre, il a de la clarté, mais c’est celle des éclairs. » «Votre manuscrit monsieur Rousseau, est à la fois bon et original, malheureusement, la partie qui est bonne n'est pas originale et la partie qui est originale n'est pas bonne.» (Johnson)

    Pourquoi a-t-on retenu surtout des mots d’hommes ? Il semble bien pourtant que l’esprit, comme les salons, ait surtout été l’affaire des femmes. Pourquoi mettaient-elles tant de soins à faire briller les hommes ? « Pour être aimable en société, disait Chamfort, il faut se laisser apprendre ce que l’on sait. » «À condition qu'ils parlent les premiers, je suis toujours de l'avis des connaisseurs.,» ajoutera Congreve.

    Mme de Stael a voulu rivaliser avec Talleyrand. Pour mieux l’atteindre, elle l’a représenté en femme dans l’un de ses romans, Delphine. Cela lui valut cette réplique de l’ancien évêque d’Autun : « Elle a réussi à nous représenter elle et moi, déguisés en femme. » On sait que la féminité n’était pas le trait dominant de Mme de Stael. «Elle aurait pu, comme Lady Mary Montagu, se consoler d'être femme en pensant qu'elle n'en épouserait jamais une.»

    Le poète Louis Bouilhet a eu ce mot très tendre, d’un grand secours, surtout dans les époques d’abondance où la ligne droite est l’idéal de la beauté : « Qu’importe ton sein maigre, ô mon objet aimé, / On est plus près du cœur quand la poitrine est plate. » Bouilhet n'aimait guère les femmes «qui ont autant de virages que les montagnes russes.(Wodehouse)
    Il est difficile d’échapper à la méchanceté quand on a de l’esprit, mais elle n’est alors qu’un prétexte et elle est rachetée de ce fait. Une dame borgne s’inquiétait de la santé de Talleyrand avec une insistance malveillante. Comment vous portez-vous ?, dit-elle. « Comme vous voyez », répondit le ministre boiteux. Commentaire de Churchill: «Les mots ressemblent aux rayons X. Si l'on sait comment s'en servir ils transpercent n'importe quoi.»

    Nietzsche disait, ce qui était plus que de l’esprit, « certes, si vous étiez des dieux vous pourriez avoir honte de vos vêtements. » D’une femme à qui le décolleté généreux ne convenait pas, faute de formes, Talleyrand dit un jour : « Il est impossible de plus découvrir et de moins montrer. » À un être vertueux qui lui dit : « Je n’ai fait qu’une méchanceté dans ma vie », le même diable boiteux demanda : « Quand finira-t-elle ? » «Si vous offensez votre prochain, ne le faites pas à moitié»

    Le mariage est l’un des thèmes préférés des faiseurs de bons mots. « C’est une si belle chose, disait Talleyrand, qu’il faut y songer toute sa vie. » Chateaubriand excusait ainsi ses libertés : « Madame de Chateaubriand m’a inspiré le respect de mes devoirs, sinon la force de les accomplir. » Réplique d'Oscar Wilde «Quand son troisième mari est mort, elle est devenue blonde de chagrin.» « Les jeunes voudraient être fidèles et ne le sont pas - les vieux voudraient être infidèles et ne le peuvent pas. »(WILDE)

    Les rois aussi pouvaient avoir de l’esprit. Ainsi, Louis XVIII disait de Chateaubriand « qu’il voyait loin lorsqu’il ne se mettait pas devant lui-même. » L’auteur des Martyrs avait autant de moi que d’âme.

    S’il est essentiel dans le mariage, l’esprit est aussi utile dans la vieillesse. Comment allez-vous ? demanda-t-on à un vieillard qui répondit : « Mieux que demain. » Le même vieillard se voyant enlaidi, dans un miroir, soupira : « Et dire que je regretterai ça l’an prochain. » «Un vieillard est un lit rempli d'os.» (Anonymous)

    Talleyrand est l’homme d’esprit le plus cité. Étant donné les côtés bas du personnage, ce n’est pas là, à tous égards une référence pour l’esprit. Un journaliste a dit de lui que s’il avait fait fortune c’est parce qu’il avait vendu tous ceux qui l’avaient acheté. Il pouvait mentir comme un ambassadeur anglais: « Un ambassadeur est un homme honnête que l'on envoie mentir à l'étranger pour le bien de son pays.» (Wotton) Churchill l'aurait-il désapprouvé, lui qui a dit, propos de Lord Baldwin: «C'est une belle chose d'être honnête, mais il est également important d'avoir raison ». Talleyrand, ce Français que les Anglais adorèrent fut en dépit de tous ses vices le diplomate le plus habile et peut-être aussi le plus sage de son temps. Entre deux mots, il a laissé quelques conseils qui ont conservé toute leur pertinence. Il fut le premier homme politique à deviner l’importance que l’opinion publique allait prendre ; avant que les sondages ne soient pratiqués systématiquement, il nous a dit quel usage il fallait en faire : « L’opinion, qui est un contrôle utile, est un guide dangereux pour les gouvernements. » Comment s’est-il enrichi ? Il l’a dit de façon à éviter que son histoire ne se répète. « Les financiers ne font bien leurs affaires que quand les États font mal les leurs. Avait-il lu Fielding: «L'argent est le fruit du mal aussi souvent qu'il en est la racine»

    Et voici le jugement qu’il a porté à l’avance sur la politique extérieure française à l’égard du Canada : « Non-intervention est un mot métaphysique et politique, qui signifie à peu près la même chose qu’intervention. »

    Ses compatriotes n’ont pas pris sa mort exemplaire au sérieux. Je souffre comme un damné, aurait-il dit, agonisant, au roi Louis-Philippe. « Déjà », aurait répondu ce dernier. * Grattez le chrétien - vous trouverez le païen, mais abîmé. (ZANGWILL) Un tel mot n'aurait sans doute pas déplu au vieux voltairien qui faisait mine de mourir en chrétien et qui disait toujours : « Je pardonne aux gens de n’être pas de mon avis, mais je ne leur pardonne pas de n’être pas du leur. »

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jacques Dufresne
    Extrait
    C’est pourquoi Nietzsche disait que ce qui avait marqué l’Allemagne, c’est le dix-huitième siècle français, ce siècle où, en mourant, les vieilles dames disaient : « Nous verrons donc si Dieu gagne à être connu. » Aurait-elle préféré mourir à l'anglaise: «Tout arrive à qui sait attendre, la mort entre autres.» (Bradley)
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