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    Dossier: Sand George

    Les amants de Venise - 1ère partie

    Charles Maurras
    Introduction

    Les amours de Madame Sand et d'Alfred de Musset ont tenté bien souvent la rêverie et l'analyse. Il n'est que des esprits chez lesquels le scrupule est une contenance pour bouder à l'étude de sentiments aussi connus et presque aussi fameux que ceux de Didon et d’Énée. Ni l'histoire ni la critique n'ont pris garde au conseil de ces faux discrets. La fertile province cédée jadis en bonne forme par les intéressés n'a pas été rétrocédée, et nous nous y tenons fermement avec le public. Depuis six ans, des documents révélateurs ont ramené de ce côté l'attention générale. Les Mariéton, les Cabanès, les Clouard, les Fontana, les Lumbroso ont dissipé les incertitudes de fait. Mais, ces faits établis, ces chercheurs heureux ou habiles ont négligé d'en établir le sens.

    Qui était-il? Qui était-elle? Qu'étaient-ils l’un pour l'autre? Où les témoignages nouveaux ne répondent pas, il est facile d'évoquer d'autres témoins : les Lettres d'un voyageur, la Confession d'un enfant du siècle, les Nuits. Que ces livres parus sous le règne de Louis-Philippe soient un peu démodés, cela est possible. Mais je n'ai pas eu à me donner la peine de les relire. Autrefois, de mon temps, c'est à-dire entre 1875 et 1881, on ne quittait pas son collège sans savoir tout cela par cœur. De ces textes restés vivants dans ma mémoire et qui se composaient, sans que j'y prisse garde, au fur et à mesure que les inédits paraissaient, est né ce petit livre qui devrait paraître anonyme, car j'en fus moins l’auteur que le théâtre et le sujet. La cruelle aventure s’est rejouée sur mon théâtre intérieur; je ne fais qu'en publier le procès-verbal.

    On ne trouvera pas ici un seul fait qui ne soit connu; si l'explication que j'en donne paraît nouvelle, c’est par l’effet de la paresse des écrivains qui m’ont précédé ou de leurs lecteurs. Elle découle des données. Fidèle à un précepte de la rhétorique classique, j'ai recherché le secret des événements dans les cœurs. La réflexion, la rêverie sont les deux muses de l’histoire, nulle archive ne les remplace. Elles seules découvriront ce qui manqua à George et à Alfred, comme ce qu'ils eurent de trop, pour réussir l’ouvrage de leur félicité.

    Mais cette découverte élargit le champ de l’étude. Le grand souci du philosophe et du politique français est aujourd’hui de mettre fin à ce qui subsiste de la maladie romantique. Il faut donc la connaître. La vie et l’œuvre d'un Chateaubriand, la vie et l’œuvre d’un Michelet (1), vues d’un peu près, nous montrent comment les romantiques ont subi dans leur volonté le désordre de leur pensée. La liaison de Madame Sand et d'Alfred de Musset jette des lueurs précieuses sur le sentiment romantique, et l’on y peut saisir quelle était sa manière de concevoir l'amour ou même d’aimer.

    Ils venaient en un mauvais temps, en un temps de fous et de folles et d'une race empoisonnée aussi bien par le sang que par l'esprit de l'Étranger. Eux-mêmes, ils étaient ce temps, ils le figuraient à la lettre. Enfant du siècle, comme ils disaient, cette génération devait abuser de son cœur, l 'un ne se fiait qu’à l’amour, et l'autre ne croyait qu’aux âpres beautés de l'orgueil. Ils méprisèrent donc les divers artifices par lesquels la tradition du genre humain, fermement définie chez les peuples civilisés, a tempéré l’orgueil et enchaîné l'amour. Ils subirent donc tous les deux ces nécessités naturelles qui tourmentent quiconque fait retour à nos éléments primitifs. Qu'y pouvait le génie ? Il n'était pas à la portée du génie de rendre ces esprits élémentaires moins cruels, ni moins aveuglants. Du moins il accusa avec magnificence les caractères successifs du double supplice. Il les mit en pleine clarté. La cruauté de ces passions et leur extravagance feront peut-être, pour le sage professeur de morale, un tableau de quelque ironie. Madame Sand en avait bien le sentiment : elle y répondait d'avance. « Tout cela, vois-tu, disait-elle à son ami, c’est un jeu que nous jouons, mais notre cœur et notre vie servent d’enjeux, et cela n'est pas tout aussi plaisant que cela en a l’air. » Le plus faible des deux amants y fut brisé. Celui qui survécut ne put s’empêcher d’y rêver au delà de la cinquantaine.

    Leur double fin presque également pathétique aurait dû terminer cette vénérable querelle des sandistes et des mussetistes, à laquelle nos Gaulois reviennent toujours avec bonheur, affamés de guerre civile. Est-il nécessaire de dire que le sandisme est aussi étranger que le mussetisme à cet examen ? Vous admirez donc cette femme, me disait en grondant une cruelle ennemie de Madame Sand. Oh ! vous le défendez, m'ont écrit des anti-mussetistes farouches. Admirons-les et défendons-les tous les deux, avant de les ensevelir. M. Emile Aucante a juré sur l'honneur que l'on découvrirait dans la correspondance de Madame Sand le témoignage, écrit « de la main de Musset », que George « ne l'a point trahi ». Et M. Émile Aucante n’a pas prêté de faux serment. Mais il faut savoir expliquer son témoignage, qui est loin de contredire celui du Dr Cabanès, de la famille Pagello et de M. Paul Mariéton, qui est en apparence contraire. Comme dans l'infini, tout s'explique et se réconcilie dans l'absurde; or, cette histoire n'a rien à voir avec la raison.

    ELLE

    On ne peut contester à Madame Sand une place éminente entre les premiers écrivains de son âge et de son école; il n'est pas impossible que la postérité détache de son fatras quelques pages belles et pures. Un de mes amis qui l'a relue en ces derniers temps, et dans le goût duquel j’ai une confiance extrême, me dit que nous serions surpris de la fraîcheur, de la netteté, de la force de son langage. J'ai fait la même expérience, qui a tourné un peu moins bien. La déclamation, les longueurs, le mensonge fondamental des caractères et la fausseté des passions m'ont, de page en page, brisé. Pour me distraire de la fatigue du livre, je n'avais qu’un recours, c'était de songer à l'auteur. Mais, en vérité, le beau monstre !

    I

    George avait l'âme grande, généreuse et hospitalière; c'est-à-dire presque incapable du sentiment que le commun des hommes appelle l'amour.

    Deux sortes de personnes semblent, en effet, devoir être impropres à l'amour : les premières, faute de sensibilité; les secondes, par un excès de ce don de sentir et de suivre le sentiment. George a passé sa vie à tout éprouver par son cœur. Elle aimait, pour mieux dire, elle préférait tout le monde, sans en excepter ni les bêtes ni les choses. Elle avait au sublime le pouvoir de s'abandonner avec furie à tout prenant, à tout venant, rustre, dieu, système, paysage. Le prodige était de se multiplier de la sorte et de rester entière dans chacun de ses travaux et de ses plaisirs.

    Dispersée, non pas divisée, il semble qu'elle ait dû vivre en un tourbillon. Mais elle y restait calme. Ses lettres, celles mêmes dont le tour paraît exalté, laissent voir une paix profonde. Rarement la passion s'y vient exprimer toute pure. Elle pense ses sentiments et, comme elle pense fort mal, elle les gâte. A parler amoureusement de l'infinité des choses humaines, Madame Sand néglige de parler ainsi de l'amour.

    Elle a, de temps en temps, un cri large, une haute plainte. On lit dans un billet à Alfred de Musset : « Je ne veux plus de toi, mais je ne peux plus m'en passer. » Mais, si l’œil du liseur remonte quelques lignes, tout le transport s'explique : « Ah ! qui te soignera et qui soignerai-je ? » George ne souffrait que du trouble de sa charité sans emploi. Après la rupture avec le poète, elle eut une assez forte crise de foie; mais, nous dit Mme Arvède Barine (2), cette crise passée, elle « en vint vite à l'indifférence ».


    II

    « Rétrécis ton cœur, mon grand George, tu en as trop pour une poitrine humaine. » On entend aujourd'hui quel était le sens de cette parole que lui jetait Musset dans une heure de clairvoyance. Justement le grand George n’était d'humeur à rien rétrécir. Ce qu'il lui fallait, c'était tout. Mais il le lui fallait véritablement, et personne ne savait mieux ce qu'elle voulait dire quand elle réclamait sans précision ni cesse du champ, de l'aise, de la vie, ou qu’elle déclamait en termes très vagues contre toutes les conventions, les limitations et les chaînes. Le rôle de la démagogue est presque toujours emprunté. Mais celle-ci était sincère, et c'était sa nature qu'exprimaient ses protestations.

    Le sang de George était le plus mêlé qui fût au monde. Les classes et les races diverses s'y contrariaient. Elle comptait parmi ses ascendants un roi de Pologne, une danseuse de l'Opéra et un teneur d'estaminet. Elle était la petite cousine de Louis XVI et d'un maître oiselier du faubourg Saint-Antoine. S'il n'est pas facile d'imaginer ce que put être, à la fin du XVIIIe siècle, un plébéien artiste de la bonne ville de Paris, on connaît du moins la grossièreté de l'aristocratie du nord de l'Europe vers la même époque : ces électeurs de Saxe dont les aïeux avaient été protecteurs de Luther furent d'affreux soudards ivrognes et d'une luxure sans grâce. Auguste eut bien trois cents bâtards. Son fils, le maréchal de Saxe (Maurice-Arminius), n'aimait rien tant que le beurre rance et tous ses autres goûts étaient à l'avenant, au témoignage de sa petite-fille.

    George tenait, de cette race impolie et forte, deux ou trois grands traits du caractère physique, la brutalité de la vie, l'audace impudente à la vivre, et je ne sais quoi de vorace et de glouton dans le mouvement du désir. Sa biographie bien écrite pourrait servir d'évangile à nos libertaires dont elle a devancé les murmures et les révoltes. M. Lemaître a fort bien dit qu'Ibsen et Tolstoï n'ont fait que reprendre les vieux thèmes de notre George, mais il faut convenir que celle-ci leur appartient par ce qu'elle a de slave ou de gothique dans le sang. Ces barbares n'ont fait que reprendre un peu de leurs biens chez la romantique française.


    III

    Telle étant la nature de George, une autre cause l’eût empêchée de rien céder ni sacrifier de son cœur. Disciple de Rousseau, assez fière de l'hérédité protestante qui lui venait d'Auguste II, elle se tenait, du haut de sa tête, pour une nature sacrée. Non comme femme, ni comme belle femme, ni comme jeune femme ni comme femme de génie. Son sexe, son génie, sa beauté, sa jeunesse, lui paraissaient des dons accidentels et secondaires, assez méprisables au fond : elle s'était sacrée dans son essence même; comme créature pensante, comme chose morale et pourvue de la conscience de ses droits et de ses devoirs. Maintenir la parfaite intégrité de sa personne, c’était pour George Sand le devoir et le droit; c'était la vertu. Elle définissait la vertu par la rigueur du caractère, la fierté de la conduite, la mâle unité du langage et la vérité de la vie. Ces grands mots ne la défendirent d'aucune faiblesse ni d'aucun mensonge de femme. Mais elle tenait religieusement à leur lettre : si son naturel lui ôtait tous les moyens de vivre en matrone romaine, elle parle souvent ainsi et n'admira ni n'estima que les hommes nés stoïciens. Sérieusement, je crois. En amitié, on nous la montre comme un très honnête garçon. Et quelle bonne vieille femme elle fit un peu plus tard !

    Ce stoïcisme imaginaire avait l'avantage de conférer au moindre caprice de son coeur un prix supérieur à celui du commun caprice féminin. Elle le nommait Inspiration, ou Nécessité, ou Fatalité. Plus court, elle le nommait Dieu, ce Dieu de Kant et de Rousseau qui, paraît-il, s'exprime au fond de toute conscience sincère. « Dans George Sand, observe avec malice un vénérable philosophe, M. Pierre Laffitte, quand les dames veulent doucement céder, Dieu est toujours là pour faciliter l’affaire (3). » Cette bonne pièce de Louise Colet avait écrit par allusion directe aux livres de Madame Sand : « Si les héroïnes des romans modernes sont si ennuyeuses et, à mon avis, si immorales, c’est qu’à propos d'amour elles parlent de Dieu ou de maternité. »

    Madame Sand sut se tromper elle-même avec beaucoup d'art, de manière à prendre ses humeurs pour des volontés, ses tumultes pour des raisons et l'universelle fantaisie de ses goûts pour la voix de Dieu. Rien de divertissant ni d'agréable qu’elle ne prétendît accomplir rituellement et par obligation étroite de sa conscience. Le catéchisme du moment servait ainsi de couverture à ses intérêts du moment. Elle avait le génie d'amalgamer à l’idée la plus générale ses plaisirs les plus personnels. Même en amour ? Surtout en amour. Ses héroïnes n'ont guère fait que répéter et mettre en formules limpides ses propres sentiments. L'Histoire de ma vie porte la devise à laquelle toutes les filles de son imagination ont également aspiré : « Charité envers les autres, dignité envers soi-même, sincérité envers Dieu. »

    Dans un être sans passion, la charité, la dignité et la sincérité peuvent vivre d'accord, faute de rencontrer même l'occasion d'un conflit. Et l'accord n'est pas impossible chez telles natures ardentes et qu'une forte discipline religieuse ou morale a tenues longtemps en respect, car l'idée de Dieu ou l'idée du Bien s’y traduit par des habitudes morales d'une vive efficacité. Le Dieu de George était l'esclave et non le maître de ce cœur turbulent. Il dut donc arriver que le souci de sa dignité personnelle lui fît quelquefois oublier le précepte de charité jusqu'au point de la rendre plus que dure, presque cruelle. Quant à la sincérité devant Dieu, ce beau souci n'a-t-il jamais tourné à l'aigre? Et n'a-t-il jamais nui à la dignité de George aussi bien qu'à sa charité ? Le sentiment certain d'être justifié devant le ciel a fait commettre sur la terre plus d'une iniquité.


    IV

    Voilà l'erreur née d'un mensonge qui défigure George Sand. Ce n'est qu'en essayant de se formuler une loi, loi qui se trouva être fausse, qu’elle fut réduite à quitter son état d'innocence et connut les deux termes du Péché et de la Vertu, qui ont empoisonné sa vie.

    Franchement païen, purement sensuel, répandu hors de ce barrage tout verbal de stoïcisme, de christianisme ou bien de déisme hypocrite, son souvenir serait d’un grand charme. La bonne George, ainsi que quelques-uns l'appellent, recevrait ce nom de nous tous. On lui dédierait, comme aux princesses des deux Renaissances, ce culte souriant que l'antiquité portait aux faunesses et aux naïades, et le même que Provençaux et Napolitains ont consacré à leur reine Jeanne. On diviniserait tout ce qui a été d'elle, en mémoire de ce beau don qu'elle avait de jouir de toutes les choses physiques, et l'on rappellerait qu'elle y joignit même un désir de les comprendre et d'avancer dans leur secret. On évoquerait son envie de ne rester, de cœur, de corps ni de pensée, étrangère à rien de vivant et comment, mal organisée pour les sciences, elle s’y appliqua avec le zèle d'Hypathie et de Novella.

    Du moins donnons-nous le plaisir de la regarder dans ce jour le plus favorable.

    Voir, respirer, toucher les fleurs ne lui suffisait pas, elle en avait cherché les noms et les propriétés dans les livres de botanique. Grande regardeuse d'étoiles (il y a dans son œuvre des « Nuits » en prose qui valent pour le magnificence, sinon pour la tendre passion, les Nuits rimées de son ami), elle conservait en bon ordre dans sa tête la nomenclature des cieux.

    ─ Savante ! lui disait Musset en l'admirant, non peut-être sans raillerie.

    Cette fois Musset se trompait. Même devenue astronome, George n'eut rien d'une savante. Elle était simplement l'égale de la Nature dont son heureux esprit reflétait la course limpide.


    V

    Dans la vie d’une femme ainsi faite, les hommes devaient se suivra à peu près comme ils se succèdent dans le mouvement du Grand Tout. Éphémères instants, secondes fugitives, bulles de l'écume infinie.

    A demi-siècle de distance, elle paraît la Bonne Hélène du monde des lettres d'alors. A peine deux ou trois courtisans furent-ils trouvés impossibles. Encore savait-elle tirer de ces amants déçus des amis sûrs, d'étroits familiers, d'honnêtes gardiens qui, pareils à ce pauvre Planche, se consolaient, à chaque passade dont elle les faisait témoins, en se disant non sans raison que cela aurait une fin. Oh! cela finissait, mais recommençait. Planche disparut sans en avoir jamais vu le terme. Elle demandait à l'amour, ou plutôt à l'homme choisi par son amour, le suc de sa pensée, la substance de ses ouvrages. George aimait comme elle eût regardé en voyage la teinte d'un beau ciel, la grâce d'un ruisseau ou le sauvage désordre d'une forêt; c'était un nouveau coin du monde qui se soulevait à ses yeux. Elle le visitait pour son profit presque autant que pour son plaisir.

    Quant aux heureux favorisés, ils ne pouvaient songer sans un étonnement qui les rendait presque stupides à l'extrême égalité d'âme dont elle s'employait à faire leur bonheur. Froide ? Il paraît que non. Mais tout en elle respirait l'indifférence supérieure. Elle a parfaitement dévoilé ce qu'elle pensait sur ce point, dans les Lettres d'un Voyageur, par l'allégorie de la barque où sont assemblés ses amis, tous beaux, tous jeunes, tous amants. « La barque est grande, et elle est pleine. Ils ne sont pas divisés par couples, ils vont pêle-mêle sans se choisir, et semblent s'aimer tous également, d'un amour tout divin. » Laissons, s'il vous plaît, le divin.

    Que l'ami du moment fût Sandeau ou Musset, que même il s'appelât du nom de ce Pietro Pagello que nous connaîtrons tout à l'heure, elle n'en pouvait perdre ni une goutte d'encre, ni une feuille de tabac. Son métier, qu'elle aimait beaucoup, ses habitudes, auxquelles elle tenait de tout son cœur, ne furent jamais dépossédés par l'amour. L'affreuse amie sautait du lit pour se mettre à écrire. L’anecdote est connue. Il lui arriva une nuit de terminer un roman, et tout aussitôt d'en commencer un nouveau, en ne prenant d'autre répit que le temps de sceller le volume à l'adresse de Buloz, peut-être de rouler une légère cigarette. C'était aux beaux soirs de Musset. Le poète se morfondait à la rappeler près de lui. Il perdait sa peine et sa voix.


    VI

    On s’accorde à noter qu’elle était sotte en conversation, parlait mal et n'écoutait guère et que son regard décelait la rêveuse stupidité d'une bonne génisse... Mais elle s’imposait cette réserve et ce silence. Où la grande prodigue aurait-elle amassé son trésor sans ces heures de parfaite placidité ? Une éloquence naturelle, une éloquence de sirène (le mot est de Mme de Musset, la mère) lui remontait au besoin de la plume aux lèvres : sa personne un peu lourde, sa physionomie de dormeuse éveillée, son regard vague, se ranimaient, domptaient l’attention et prenaient de force l'amour. Le rhéteur fascinant qui revit encore pour nous dans quelques pages faisait alors sentir directement son pouvoir.

    La verve emporte et brise tout. Cette verve d'un beau génie éclatait, en ce temps-là, dans les yeux de George : yeux admirables qui persistèrent dans son extrême vieillesse, sombres, profonds, traversés de flammes subites, parfois noyés avec langueur d'une sorte de fluide ambré. Celui qui en avait éprouvé la puissance en était délivré difficilement. Musset, en 1851, près de vingt ans plus tard, les revoyait encore, éclatants et fugitifs comme des flambeaux entre les sapins qu'il avait traversés autrefois dans les transes de la douleur et de l'amour.

    Ote-moi, mémoire importune,
    Ote-moi ces yeux que je vois toujours.

    Vers 1833, les yeux impérissables brillaient dans un teint chaud et foncé à reflets de bronze. Cette couleur de fauve fit le premier éblouissement de Musset. C'était à peu près le portrait vivant de la Rosina de Mardoche, telle qu'il l'avait entrevue et saluée deux ans plus tôt :

    … Un peu brûlée à ces soleils de plomb
    Qui font dormir le pâtre à l'ombre du sillon,
    Une lèvre à la turque et sous un col de cygne
    Un sein vierge et doré comme une jeune vigne.

    Il ne put s’empêcher d'en parler le soir à son frère. Sans doute croyait-il deviner à ce teint et à ces yeux couleur de fièvre, la promesse d'un beau et rude tempérament d'amoureuse. Il ignorait que chez plus d'une la passion ne peut se concentrer en un même objet, mais s’élance, comme la prière du panthéiste, au-devant de tous les êtres de l'univers.


    LUI

    Il n’est guère possible de parler d'Alfred de Musset sans mentionner d'abord, pour en tenir compte dans tous les cas, l'espèce de folie qui le marqua depuis l'enfance la plus tendre. Né inquiet, visionnaire, un peu maniaque, sujet à des crises d'épilepsie (4), mais devenu alcoolique à l'âge de vingt ans, le poète sentait et même il avouait qu'une imagination exaltée et des nerfs malades composaient le meilleur de son charme et tout son génie. Ses chansons vantent sa folie comme le premier bien de sa magnifique jeunesse. Il ne cessa jamais de l'observer, de la noter et d'en tirer les plus beaux effets. Ce mélange d'hypochondrie et de poésie l'accompagna jusqu'à la fin. On lui a vu rimer, peu de temps avant de mourir, les symptômes qui l'inquiétaient :

    Et dès que je veux faire un pas sur terre,
    Je sens tout à coup s’arrêter mon cœur.


    I

    Le temps qu'il fut poète ne ressemble pas mal à quelque transport au cerveau qu'il se fût donné vers la dix-huitième année et qui, toujours croissant, eût cessé définitivement vers la trente-troisième. Encore ce génie ne fut-il jamais très constant. Le dieu lui venait par secousses. S'il trouvait à portée une plume et de l’encre et qu'il n'eût horreur d'en user, c’était le moment des beaux vers, sinon celui des sièges ou des verres brisés, des querelles, des larmes, des hallucinations.

    Qui sortait avec lui n'était pas assuré de ne point le voir tomber tout à coup dans une extase, ou délirer passionnément en criant à la lune, ou se rouler l'écume aux lèvres sur la chaussée. L'image fantastique par laquelle les jeunes Français, à l'âge où l'on aime Musset, se représentent leur poète et, par extension, tout poète n'est donc pas d'une radicale fausseté. On a le droit de se représenter Musset selon l'idée qu'il a donnée en prose et en vers du poète. Sans torturer le sens des mots, c'est l'idée d'une démence mystérieuse et réservée. Tous les poètes, objectera-t-on, même Boileau qui parle de docte et sainte ivresse, en ont dit autant. Mais ils l'ont dit moins souvent, avec moins de chaleur, sur un ton bien moins personnel. Toutes les fois qu'il arrive à ce sujet-là, Musset prend feu. Même dans le lyrisme, même dans l'ironie on sent la gravité, la science, la conviction profonde de sa pensée. Il se consolait du sentiment de l'anomalie en se persuadant qu'elle lui servait de démon.

    Le jour où l’Hélicon m’entendra sermonner,
    Mon premier point sera qu’il faut déraisonner.
    Celui qui ne sait pas quand la brise étouffée
    Murmure au fond des bois son tendre et long chagrin
    Sortir seul au hasard chantant quelque refrain,
    Plus fou qu'Ophalia de romarin coiffée,
    Plus étourdi qu'un page amoureux d'une fée
    Sur son chapeau cassé jouant du tambourin;

    ...Celui qui ne sait pas durant les nuits brûlantes,
    Qui font pâlir d'amour l'étoile de Vénus
    Se lever en lever en sursaut, sans raison, les pieds nus,
    Marcher, prier, pleurer des larmes ruisselantes
    Et devant l'infini joindre des mains tremblantes,
    Le cœur plein de pitié pour des maux inconnus.

    Quo celui-là rature et barbouille à son aise ...
    ... Grand homme si l'on veut, mais poète non pas...

    Le premier vers des Stances à Ninon a été vécu et parlé avant d’être écrit. « Un matin », dit Paul de Musset dans sa biographie de son frère, « en marchant dans la rue de Buci, le visage soucieux, les yeux baissés, il rêvait au danger d'adresser à cette femme une déclaration d'amour par écrit. Tout à coup, il s’écria : Si je vous le disais pourtant que je vous aime ? Et, en relevant la tête, il se trouva en face d'un passant qui se mit à rire de cette exclamation. » C'était un bon alexandrin, qui lui en inspira cinquante autres.

    Si je vous le disais, Ninon, que je vous aime,
    Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

    Nous savons que la scène de la Nuit de décembre n'a presque rien d'imaginaire. Une nuit que George Sand courait avec lui la forêt de Fontainebleau, il a bien vu glisser, sur les roches et sur le gazon, le fantôme vêtu de noir qui lui ressemblait comme un frère. Il tirait tout son art de ses émotions personnelles, qui touchaient à la frénésie.

    Mais, cette frénésie, il en est désormais le poète inviolable. On lui a justement appliqué les mots de Properce : ardoris nostri magne poeta ! Peinture, lecture, musique, des excitations très diverses trouvaient le chemin de son cœur et, quand son cœur battait, comme il aimait à dire, il écrivait sous la dictée. Haute leçon que Dante tenait de Guittone et que Musset trouva dans les stances du Purgatoire :

    Io mi son un che quando
    Amore spira noto; e a quel modo
    Che detta dentro, vo significando.

    De là, le tour supérieur du style quand une émotion sincère l'a touché. Parmi les pauvretés et les incohérences, l’âme fait sentir le génie; la vérité et la beauté des larmes gagnent le cœur. On entend s'élever un système de cris plaintifs et tendres, accordés avec infiniment de justesse et de sûreté. Musset, alors, c'est vous, c'est moi, c'est tout ce qui souffre de l'antique plaie de l'amour.

    Voilà pour les heures où la passion le transfigura. Il connut d'autres heures, pendant lesquelles il a rimé tantôt d'insupportables badineries dans le goût de Mardoche ou des trois quarts de Namouna, tantôt sa jolie Ballade à la lune, les vers d'A quoi rêvent les jeunes filles, ses deux ou trois bonnes satires: choses délicates et légères dont la grâce, l'humeur et le naturel doivent nous faire réfléchir. N'y eut-il pas chez Alfred de Musset, mélangé à son génie et à sa folie, un esprit heureux, cultivé, et des plus ouverts, devenu supérieur par l'éducation à sa maladive nature, bourgeois fils de bourgeois, Parisien fils de Parisiens, lettré à l'ancienne manière (celle de l'oncle Desherbiers), capable d'excellente critique, trop négligent pour surveiller ses propres défauts, mais éveillé sur ceux d'autrui, apte enfin à donner de bonnes leçons de mesure tant à Victor Hugo, dont il a tiré des parodies excellentes, qu’à son grand George dont il lui arriva de biffer sans miséricorde un demi-tome d'épithètes superflues ? Inférieur pour l'imagination à Madame Sand, il était homme à révéler à cette barbare ce que c'était que le bon goût.


    II

    Un critique, un poète, un fou, ces trois personnes réunies formaient un caractère inégal et mystérieux.. Mais la crise aiguë de l’amour devait exagérer cette inégalité, que la différence des âges, jointe à l'opposition des caractères, n'était pas faite pour réduire.

    Il semble cependant qu'au début de leur liaison la sagesse de sa compagne l'ait sauvé du trouble natal. Elle lui fit entendre, avec une douceur sévère, où elle s’efforçait de mettre l'accent maternel, l'accent même de la Warens, qu'elle cherchait deux biens au monde : l'un fort varié, son plaisir, l'autre, unique en son genre, mais préférable à tout, la paix.

    Doux ans avant de la connaître, il avait invoqué, dans un vers charmant, cet amour pacifique qui mène les couples heureux,

    Fils de la Volupté, père des Rêveries...

    et sans doute elle le lui citait volontiers. Il est très difficile d'imaginer comment Musset put jamais écrire ce vers, si l'on ne songe à sa mobilité infinie. Jamais, sauf par erreur et par vagabondage de l'imagination, il ne put en penser un mot. Au contraire, il tenait de toute l'ardeur de son âme que, bien éloigné de ce calme et de son méprisable bonheur sans rides, l'Amour, né dans le trouble, la furie et l'orage était le fils, le père et le frère de la Douleur. Les textes probants, concordants, sur ce sujet, abondent. Amour, fléau du monde, exécrable folie, au deuxième chant de Don Paez, date de 1829. Le poète avait dix-neuf ans. Six ou sept ans plus tard, lorsque l'épreuve l'eut mûri et lui eut imprimé sa nature définitive, au temps des Nuits, on se rend compte que s'il tendait les bras à l'amour au lieu de le fuir, ce n'était pas qu'il lui retirât son caractère d'amère souffrance.

    J'aime et je veux pâlir, j'aime et je veux souffrir.

    Cette idée lui était dans l'âme. Concevant l'amour de la sorte, il n'aima pourtant qu'à aimer, non point certes par volupté, mais peut-être par un mélange assez subtil d'un héroïsme qui voulait vivre la vie la plus forte et d’une sorte de sadisme sentimental. Plus cet amour environné de flammes cruelles l'excitait à faire souffrir avec lui tout ce qu'il aimait, plus il croyait peut-être donner et sentir de l'amour. Il y a dans Rolla, qui est antérieur aux premiers temps de George, de beaux vers qui sont décisifs :

    S'il est vrai que l'amour, ce cygne passager,
    N'ait besoin pour dorer son chant mélancolique
    Que des contours divins de la réalité,
    Et de ce qui voltige autour de la beauté;
    S'il est vrai qu'ici-bas on le trompe sans cesse
    Et que, lui qui le sait, de peur de se guérir,
    Doive éternellement ne prendre à sa maîtresse
    Que les illusions qu'il lui faut pour souffrir...

    Avec George, Alfred ne tarda point à renouveler l’essai d'un système où l'entraînaient toutes les pentes de son naturel. Il chercha la douleur, celle de sa maîtresse aussi bien que la sienne, tremblant de ne plus la connaître et tremblant aussi à l'idée que ce délicieux tremblement ne vînt à cesser : tant il aimait sentir son cœur suspendu par l'inquiétude ou serré d'effroi.


    III

    Donc, auprès du grand George, l'enfant exaspéré avait, lui aussi, son système : de sorte que son caprice pouvait se taire, il était entraîné au péril par d'autres moteurs. N'être pas amoureux fut proprement l'état qui le faisait bâiller. Amoureux, ne pas se sentir extasié d'espoir ou fou de désirs et d'angoisses, lui semblait encore une des faces de l'ennui. La vieille passion de sentir, libido sentiendi, élevée à la dignité d'un principe de la conduite fut proprement cette idée fausse qui empoisonne souvent de nobles amours. Le malheur de sa vie en a découlé tout entier.

    J'ouvre, pour me rendre compte des différences, la correspondance récemment publiée d'un sage qu'il n'est pas interdit d'appeler un heureux maintenant que sa vie est faite, bien qu'il n'ait cru ni au bonheur ni à la sagesse. Taine, à vingt ans, écrivait à son camarade Prévost-Paradol qu'il aspirait « au Bien » ou « à l'Etre ». C'est-à-dire qu'il rêvait de « penser beaucoup », de « trouver beaucoup de choses nouvelles », « de contempler et de produire de belles choses »; enfin, d’avoir « de quoi aimer ». Il appelait aimer « posséder l'amitié de personnes estimables pour le cœur et l'esprit », dans lesquelles exister « de manière à doubler son être ». « Si, ajoutait-il, j'ai assez de force pour persister dans ce désir, j’obtiendrai ce qui est la santé de l'homme, je veux dire le calme. Le calme ! Entends-tu ce que c'est ? C'est le bien suprême, parce que c'est l'action facile et réglée. »

    Et le jeune Taine poussa plus loin la confidence. Il aime, dit-il. Ou plutôt il éprouve un grand besoin d'aimer. S'il était romanesque, il « tomberait » dans quelque passion. Il vient de lire Raphaël de Lamartine. Eh bien, les sensations de Raphaël, ce sont les siennes. Mais que l'ami auquel il écrit se rassure. Il n'est point homme à s'égarer. Il n'a point « ces idées confuses, cette irréflexion qui font prendre une personne belle et ordinaire pour l'exemplaire suprême de la perfection ». Il aspire à quelque chose d'infiniment plus relevé, à cette perfection dont traitent les philosophes. « Je sais, dit-il, je sais qu'elle n'existe pas dans le genre humain et que si quelque chose en approche, ce n'est pas la femme, c'est l'homme, de sorte que mon idéal serait bien plutôt une amitié qu'un amour. Il y a plus : j'y ai renoncé; cette tristesse calme, ce découragement raisonné qui m’a pris à l'endroit de la pensée me prend aussi à l'endroit de l'amour; je n'espère pas. Nul homme réfléchi ne peut espérer (5). »

    On ne saurait demander aux hommes de chair et d'argile cette sagesse désespérée qui est presque déplaisante chez un homme d'airain. Mais, si froide que soit la sagesse de Taine, elle s'éloigne moins de la vraie nature que la folie raisonnante d'Alfred de Musset, car le philosophe sent bien, ce que méconnaît le poète, que, quels que soient nos passions, nos humeurs et nos goûts, c'est au calme, c'est à la paix, c'est à un accord interne qu'aspirent toutes les guerres intérieures : si l'amour est l'inévitable élément de notre destin, l'amour de l'amour est un vice et le système d'aimer l'amour une erreur, dont l'amour, en sa réalité sensible, ne peut que souffrir. Ce que le jeune Taine voyait si bien était apparu à des âmes moins impassibles que la sienne. On accordera que les passions de Musset sont peu de chose au prix de ce qui enflamma toutes les heures du grand poète du moyen âge; cependant, quand le moine l'interrogea, Dante, qui savait ne pas mentir à son cœur, répondit : Je cherche la paix. Pace, grand mot, l'intérêt secret, la raison dernière d'un amour qui s'examine sincèrement. Plus il est tourmenté, plus il se reconnaît pour une simple nostalgie du bonheur.

    Vivons sages ou vivons fous, ce n'a presque pas d'importance; mais, pour bien vivre, il faut vivre sincèrement. Il ne faut donc pas prendre nos doctrines pour nos passions, ni nos passions pour nos doctrines. Par son erreur et par son vice, Alfred se trouvait comme George, bien qu'autrement que George, sur la voie de dangereuses hypocrisies.


    EUX

    On a conté de vingt façons leurs naissantes querelles. Mais, chose étrange ou, à vrai dire, trop ordinaire, ce ne fut pas la jalousie ni le retour sur le passé qui causa les premiers discords. D'après les relations de témoins sûrs, ces froissements résultèrent de leur commune profession d'écrivains, de la différence des mondes qu'ils fréquentaient ou même (les dieux les absolvent !) de la différence de leurs sentiments politiques. Elle, bohème, révolutionnaire, républicaine. Lui, frotté d'aristocratie, entiché de sa petite noblesse (6) et, quoique libéral, attaché à la monarchie. Mais des menus débats ils passèrent vite aux plus grands.


    I

    En bonne sœur aînée, comme en femme d'expérience, Madame Sand pensa à rompre tout de suite. Telle fut, nous dit-elle, sa détermination dès l’orage. Il eût fallu faire sans dire. Mais elle eut le tort de parler. Peut-être aussi ne voulait-elle que menacer. Mais la menace de rupture agit sur le poète à la manière d'un puissant aphrodisiaque moral. J'imagine qu'il déploya, dès lors, toutes les ruses pour obtenir qu'on le menaçât de nouveau et qu'on rendît ainsi à ses furies l’aliment qui leur convenait. Qui lui réitérait ces coups délicieux entr'ouvrait dans son cœur le tragique éden de ses rêves.

    Il pleurait, s'enivrait de ces larmes voluptueuses et révélait à George quel étrange bonheur il trouvait à se désoler. Elle, femme et curieuse, demanda qu'on l'introduisît à ces raffinements dont sa simplicité ne s'était jamais occupée. Ils s’appliquèrent de concert à perfectionner la torture mutuelle. Il est vrai qu'en cherchant trop soigneusement les sujets de souffrance, on peut oublier de souffrir, et ces sortes de déception ne laissaient pas de refroidir cette bonne George, moins enthousiaste qu’Alfred. La nature reprenant alors le dessus, George voulait, George implorait qu’on lui rendit une tranquillité sans phrases, mais les pleurs ainsi redevenus véridiques, l'autre se replongeait avec un farouche plaisir dans cet élément préféré.


    II

    Oh ! la rupture ! A ce simple et magique mot, il donnait de tels signes de regret et de repentir, il demandait un pardon si humble, s'agenouillait si bien et en s'adressant à lui-même de si âpres reproches; puis, de la pire comme de la meilleure foi du monde, improvisait de si rudes tragédies et des drames si pathétiques que George, y perdant tout sang-froid, ne se réveillait que reprise. Ou, si elle ne cédait point, c'était lui qui pliait, se déclarait abominable et indigne de vivre, jurait ce qu’on voulait qu’il jurât, renonçait à elle par la face de tous les cieux et, le pardon conditionnel emporté ou ravi, les mots d'adieu étaient si vifs et chargés de telles tendresses qu'il fallait bien s’apercevoir que c'était à recommencer.

    Intimidée, touchée, vaincue, pourtant lasse jusqu’à la mort, elle éprouvait chaque matin de la surprise à se trouver ressemblante dans son miroir. La surprise passée, il lui venait un grand mépris de son amour. Par la très haute idée qu’elle s'était forgée de la dignité et de la force de l'homme, elle souffrait, car l'homme de son choix n'y atteignait pas. La Sylvia de son livre de Jacques devait dire plus tard, à propos d'Octave : « Il est trop jeune pour moi, il est bon sans être vertueux... Enfin, je ne l'estime pas. Si dans l'amour un caractère devait être plus fort que l'autre, ce ne devrait pas être celui de la femme. » C'était à peu près ce que l'auteur de Jacques pensait d'Alfred de Musset, témoin ce fragment d'une lettre où elle parlait à Pagello du pauvre poète. « Son cœur n'est pas mauvais, et sa fibre est très sensible. Mais son âme n'a ni force, ni véritable noblesse. Elle fait de vains efforts pour se maintenir dans la dignité qu'elle devrait avoir... Jamais je n'ai eu l'occasion de demander pardon et quand je vois les torts recommencer après les larmes, le repentir qui vient après ne me semble plus que de la faiblesse. »


    III

    Fixons-les bien dans ce moment essentiel de leur crise.

    Par l'infini de son désir, George est parfaitement sage. Pour ne point chagriner son ami, elle est même fidèle. Celui-ci concentre sa vie dans son amour; mais peut-être, en raison de cette absorption amoureuse, parce qu’il en éprouve l'ardente et pénétrante vérité, se montre-t-il assez indulgent à lui-même, ne se défend-il pas tous les passe-temps au dehors. Il n'est exigeant qu'avec elle. Contre celle qu'il tient pour une personne divine et ayant donc de grands devoirs, un rien l'irrite, tout devient grief.

    Mais de tels griefs paraissent à George si enfantins que, dans le désir naturel d'affirmer son bon sens, son bon droit et sa liberté, elle ne fait rien pour éviter qu’ils se renouvellent.

    Elle s'échappe donc jusqu'à évoquer devant lui maint sujet sans rapport ni avec lui ni avec elle. Elle a des amis qu'elle voit et cultive, des livres qu'Alfred n'aime pas et quelle lit avec plaisir, de vieilles lettres d'amitié ou encore d'amour qu'elle prend le soin de classer, des portraits qu’elle touche avec mélancolie, du tabac d'Orient qu'elle fume avec volupté. N'oublions pas le genre humain; les saints-simoniens qu'elle fréquente ont commencé de l'y intéresser : extinction du paupérisme, émancipation ! Non, M. de Musset n'est pas l'unique point auquel convergent les rêveries de celle qu'il aime, et cette dispersion infinie de l'âme de George inspire au poète une indignation, parfois qui s'égaye, la plupart du temps fort sérieuse. Comment admettre autant de fourbes et de trahisons ou, du moins, de larcins faits au saint autel de l'amour ?

    Musset a expliqué avec beaucoup de netteté et de candeur son sentiment sur ce sujet. Il aimait l'amour, disions-nous. Mais il l'aimait comme Pascal put adorer Jésus en croix : l'homme de Port-Royal portait une ceinture intérieurement garnie de pointes de fer et destinée à lui rappeler à toute heure le mystère de la Passion. Le héros de la Confession d'un enfant du siècle, Octave de T..., s'est pourvu d'un instrument analogue; mais il y a pendu le portrait de sa maîtresse dans un médaillon hérissé de piquants. Il enfonce ce fer aigu dans sa poitrine à chaque pas qui l'éloigne de ses amours, pour se purifier de la distraction du chemin. La douleur bénie le rappellera à la présence du seul bien nécessaire et réel.

    Si Alfred lui communiqua (cela ne peut faire doute) de pareilles extravagances, s'il en commit pour elle, s'il en fit commettre pour lui, George ne put tarder à le considérer comme un dangereux monomane. Pourtant elle tenait à lui. La petite réputation de mauvais sujet qu'il s'était faite, son ancienne vie dissipée la rendaient inquiète et même jalouse. Une lettre d'elle à Sainte-Beuve, à qui elle se confessait aussi entièrement qu'il lui était possible, témoigne des premières fautes d'Alfred, de sa dissipation certaine, en même temps que de la jalousie que l'on en conçut. Bien qu'il ne dut guère pécher que par action, elle en souffrait. Un amour-propre touché à vif l'attachait à lui, non sans l'humilier un peu. Quand plus tard elle prit sa revanche, l'idée de se venger n’en fut pas tout à fait absente.

    Mais, au premier printemps de leur amour, elle nourrissait surtout le désir, l'espoir généreux de lui inspirer une conception de la vie plus solide et plus vertueuse. N'avait-il pas été corrompu par Byron ? Bien pis : l'Enfant aux blonds cheveux, le Jeune homme au cœur de cire, comme devait dire un jour Lamartine, ne donnait-il pas le scandale, en 1833, du seul jeune écrivain de talent qui fit penser au tour d’ironie de Voltaire? Le grave et ennuyeux Jean-Jacques posait alors sur tous les fronts, et Musset, en dépit des déclamations de Rolla, avait su conserver le rayon du « hideux sourire ». Quelle que fût sa religion de l'amour, il en parlait sans le jargon de la métaphysique à la mode, avec cette simplicité un peu nue qui écorchait l'oreille aux lectrices du Lac. Dans ses meilleurs moments, il jugeait les choses d'amour simples et naturelles. Encore un préjugé français que George eût voulu lui ôter. Elle s’était attelée à le convertir.

    Il avait badiné avec le saint des saints. Il avait blasphémé le dieu. Il avait professé enfin « l'athéisme en amour ». La chaude liberté de Don Paez avait choqué Madame Sand. Vers ce temps-là, presque tous les styles étaient chastes et, s'il faut en excepter le style de Madame Sand, celle-ci devait en blâmer d'autant plus vivement tout rimeur d'idylles galantes et tout chantre licencieux.

    Plus qu'un volage à retenir, plus qu'un sceptique à convertir, George caressait dans Alfred un être faible, infirme, contre qui elle était sûre d'avoir raison, un enfant qu'il était toujours facile de prendre en faute, de reprendre et de châtier, prompt au repentir, et qu'elle écrasait saintement du double éclat de sa vertu presque sans tache et de sa clémence infinie. Il servait de flambeau à la bonté de sa maîtresse, et que, dès lors, il fût contre elle tyrannique et sans équité, qu'à peine pardonné il recommençât, c’était tant mieux encore, car elle gagnait au contraste qu'elle ne se privait pas de faire briller ! Quelle mauvaise grâce avait ce libertin mal lavé de ses escapades à reprocher à son amie l'infidélité de pensée ! Mais, pour elle, quel pur triomphe non seulement devant lui, mais devant leurs amis communs, poètes, peintres, journalistes, mondains, gens de théâtre et directeurs de revue, toutes les bonnes langues de Paris et de la banlieue !


    IV

    On doute qu’il y ait en politique une justice. Il n'y en a pas en amour. Dans l'ordre délicat des choses du cœur et des sens, c'était cet amoureux injuste, infidèle et violent qui avait raison. Quel que fût le contraste de sa passion et de sa conduite, il aimait et il était seul à aimer avec plénitude, sans aucune raison qui fût étrangère à l'amour. George avait beau garder le foyer comme une Lucrèce, cent fois l'heure elle le quittait au profit des gens et des choses. Ce qui la ramenait à lui par dessus tout, c'était, je crois, l'admiration que lui inspirait son poète.

    Tempérée, si l'on veut, par toutes les réserves de confrère à confrère, cette admiration, avivée par un sens de femme et de voyant, confinait à la religion devant l'adolescent prodigieux qui, dans sa vingt-troisième année, venait de faire quelques-uns des beaux vers du siècle. Elle vénérait en lui la présence d'une nature étrangère et divine, unique de grâce, de charme et de folie, telle enfin que la conscience de son propre génie ne lui montrait rien de pareil. L'exceptionnel et le bizarre, le rare et l'exquis de ce naturel eût certainement parlé à sa curiosité en même temps qu’à ses sympathies, quand le reste n'eût rien dit de clair à son cœur. « Et pourtant il y a de bien belles choses dans le cœur de cet enfant ! Quelle foi naïve dans le cœur d'autrui et dans le sien propret ! » s'écrie la Sylvia de Jacques. Egale et simple, il était nécessaire qu'elle aimât des originaux, des prodiges et des malades, puisque son art excellait à les employer. Bref, après avoir bien rêvé de ne plus le voir, elle désirait le garder. Elle pensa aux ressources d'un beau voyage, tant pour se distraire de lui que pour le distraire avec elle. Un séjour dans la forêt de Fontainebleau leur avait été favorable. Il avait été fréquemment question, par la suite, de Florence, de Venise et de Naples entre eux. Au commencement de l'hiver 1833, ils partirent pour l'Italie.


    V

    Un sandiste éminent assure qu’ils n’étaient plus amants quand fut décidé ce départ. Il est au moins certain qu’ils le redevinrent en route. Les premiers jours du tête-à-tête furent charmants. Aucune trace de querelle dans cette partie du voyage. Ils virent Avignon, et s'embarquèrent à Marseille pour Gênes. La mer les ayant fatigués, ils reprirent la voie de terre. « Rome et Venise furent jetés à pile et à face. Venise face tomba dix fois sur le plancher. » Ils s'arrêtèrent à Florence, à Ferrare et à Bologne. Arrivés à Venise, Alfred eut l'occasion de se montrer aussi dissipateur que dissipé, et George non moins travailleuse qu’à Paris, réparant à force de veilles toutes les brèches faites à la bourse commune. Ce travail solitaire dut contribuer à l'aigrir.

    C'est alors qu'ils furent frappés, l'un après l'autre, d'une indisposition assez grave. George fut la première à payer tribut, mais ce loisir forcé fut d'autant moins perdu pour la réflexion qu’Alfred y laissa voir, trait curieux de son caractère, une horreur invincible du mal physique. Elle prit pour de l'égoïsme ce qui était faiblesse, crainte assez délicate de laisser sentir du dégoût. Mais, dans la solitude où il la laissait, elle se rappela tout ce que cet enfant furieux comme l'amour lui avait donné de tourments : ne se dit-elle pas, en quelqu'une de ces minutes inconscientes mais décisives, où la moindre image aperçue et même repoussée laisse des sillons immortels, qu'elle ne s’affranchirait jamais de son cher bourreau si elle ne prenait le parti de le remplacer ?

    VI

    Elle guérit et retrouva la plus grande partie de ses forces; mais Alfred, l'accès de dysenterie passé, dut se remettre au lit avec une fièvre terrible.


    La plus fine des biographes, Mme Arvède Barine (7), insinue que l’intervalle de ces deux maux fut occupé par une brouille fort sérieuse. Elle n'en dit pas les motifs. Par les récits de Louise Colet, qui paraissent exacts quand on les expurge de certaines diatribes adressées à George, on devine que les querelles de Paris avaient repris à Venise, sur les mêmes sujets. J'en ai fait voir le rythme et le mécanisme ordinaire. Mais cette fois les choses allèrent assez loin, car le poète avait été « violent et brutal », dit Mme Arvède Barine; « il avait fait pleurer ces grands yeux noirs qui le hantèrent jusqu'à la mort, et il n'était pas accouru un quart d'heure après demander pardon.»

    Huit mois après, dans une lettre (8) où s'entremêlent le mensonge et la vérité, George Sand rappelait elle-même le détail de cet épisode, sa maladie d'abord (« C'était bien triste et bien ennuyeux, une femme malade », fait-elle dire à son ami), les torts, les aigreurs, l'amertume, et, enfin, le mot qu'elle juge (à distance) avoir été le dernier entre eux :

    Je ne me suis jamais plainte, je ne t'ai jamais caché mes larmes, et ce mot affreux a été prononcé, un certain soir que je n'oublierai jamais, dans la casino Danieli : - « George, je m'étais trompé, je t'en demande pardon, mais je ne t'aime pas. »

    ... La porte de nos chambres fut fermée entre nous, et nous avons essayé de reprendre notre vie de bons camarades, comme autrefois ici, mais cela n’était plus possible. Tu t'ennuyais, je ne sais ce que tu devenais le soir...

    ... Veux-tu me dire quels comptes j’avais à te rendre à toi, qui m'appelais l’ennui personnifié, la rêveuse, la bête, la religieuse, que sais-je ? Tu m’avais blessée et offensée, et je te l’avais dit aussi : Nous ne nous aimons plus, nous ne nous sommes pas aimés.

    Ce divorce, nous le savons, n'était pas le premier, et ce ne fut pas le dernier. Mme Arvède Barine déclare que « la maladie », cette maladie d'Alfred, « fit tout oublier ». Mais je n’en suis pas assez sûr. Le souvenir de la rupture provisoire ne put être étranger aux actes de George pendant la maladie du poète et, pendant l'instant décisif de la période qui sera contée, ce souvenir, devenu peut-être plus explicite que nature, la convainquit facilement qu’elle était libre, seule au monde et maîtresse de ses actions, quand il eût mieux valu quelle se tînt pour étroitement engagée encore.


    VII

    Au moins se fit-elle au chevet la meilleure et la plus tendre garde-malade. Tenant tête à la maladie du poète et à la gêne dont ils étaient tous deux menacés, elle s’ingénia et se multiplia. Malgré le tour un peu emphatique de quelques lettres (« Qu'est-ce que j'ai fait à Dieu ? », 4 février 1834), on distingue un dévouement vrai, résistant et fort. Voici des faits : « Il y a huit nuits que je ne me suis déshabillée; je dors sur un sofa; à toutes les heures, il faut que je sois sur pied » (22 février).

    C'était son droit de se savoir beaucoup de gré de tant de zèle. Par malheur, ni ce zèle, ni la belle représentation qu'elle s’en faisait, ne la préservaient de l'ennui. Elle écrivait à ses amis, rédigeait « quelques pages » (une moitié de Jacques) et cela ne suffisait point. Grande occasion de faute, cet ennui qui pousse à rêver. Les caprices conçus en rêvant sont très forts, car, les rapports de grandeur et de convenance s'évanouissant dans le rêve, tout semble de plain-pied, aisé et naturel. Tout se facilite. Voilà pourquoi les solitaires, s’ils sont rêveurs, deviennent sans difficulté les plus grands pécheurs. Madame Sand connaissait bien le léger tournoiement de l’âme, vertige bizarre, mais doux.

    Alfred délirait donc. Elle, bâillait en lui apprêtant des tisanes. Sa sensibilité panthéistique la disposait à s'arranger des distractions qui se présenteraient. Ce fut Pagello qui entra. Elle ne connaissait aucun autre homme dans la ville. Sa qualité de médecin le ramenait au bord du lit qu'elle ne quittait plus.

    Mais c'est trop peu que d'invoquer, comme M. Paul Mariéton, « le vertige des sens auprès d'un malade ». L'imagination s’en mêla. Pagello plut aussi, parce que George avait conçu en le voyant l'idée et donc l'envie de goûter au fruit humain de cette Venise que les malheurs présents l'empêchaient de voir avec soin. Le sens de l'amour n'est-il pas le révélateur infini ? Elle pensait ainsi compléter son voyage par la plus instructive des expériences. Tandis que le poète qui l'avait étonnée par la nouveauté de son âme gisait comme un livre épuisé, tout ce qu'elle savait de la forme et de la beauté de l'Italie descendit de sa tête lourde à son cœur infini et transfigurait Pagello. La moins personnelle des femmes était sensible aux vastes espaces de géographie et d'histoire. Louise Colet fait dire à Alfred de Musset cette parole qui doit être authentique : « Les cris de passion vraie et caractérisée ne la frappaient pas : elle était surtout émue par les morceaux d'ensemble religieux et par les chœurs exprimant des sentiments collectifs : on eût dit qu'il fallait un assemblage d’âmes pour remuer la sienne. »

    Pagello figura donc cet assemblage d'âmes et ce chœur de voix réunies, une Terre, une Race et ce à quoi ce grand cerveau un peu diffus était le plus sensible. Il ne parlait pas le français; ce qu'elle savait d'italien se réduisait au vocabulaire de l'usage commun. Le dialecte vénitien lui échappait tout entier. Fascinant la mémoire et tentant la curiosité, Pagello lui résuma la mystère de l'Étranger, son inconnu et, presque à tout égard, son inconnaissable.


    (1) J'ai tenté cette première étude dans Trois idées politiques. Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve, Paris, Champion, 1898
    (2) Alfred de Musset, par Arvède Barine, Hachette.
    (3) Lettre à M. Anatole France en tête de l'édition de La Princesse de Clèves, Paris, Conquet, 1889.
    (4) M. Paul Mariéton, dans son intéressante monographie d'une Histoire d'amour (Paris, Ollendorff), conteste ce détail important; il le conteste sur le témoignage de Mme Lardin de Musset, sœur du poète, à laquelle il doit la connaissance ou la communication de curieux documents; mais, page 101 de ce livre, il dit pourtant de son héros « Son inégalité de caractère due à des nerfs malades… »
    (5) Taine, sa vie, sa correspondance, pages 52, 53, 54. Paris, Hachette.
    (6) Nous savons cependant, grâce à d'heureuses investigations de M. Henri Longnon, que Musset descendait de la Cassandre de Ronsard, ce qui vaut beaucoup de quartiers, du moins sur le Parsasse.
    (7) Alfred de Musset, déjà cité.
    (8) Publiée par la Revue de Paris, 1er novembre 1896. M. Paul Mariéton a fait une bonne critique de cette lettre : Une histoire d’amour, pages 89, 90, 91.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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