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    Dossier: Gauche

    Les 7 familles de la gauche française

    Christian Authier

    Texte publié il y a quelques années (vers 1999) par Christian Authier. L'auteur, avec le mordant et l'humour qui le caractérise, en même temps que la rigueur, nous trace un panorama critique des sensibilités de gauche dans la France actuelle. Alors que la gauche française, en raison de sa performance aux présidentielles de 2002, est forcée de se redéfinir, cet article garde toute sa pertinence.

    Texte de la présentation:

    Évidemment, les idées et les identités politiques sont un paysage extrêmement mouvant. Aussi, nous avons choisi de présenter ces 7 familles (la 7ème en regroupe 3) à travers une grille analytique et ludique qui éclaire leur présent par des rappels historiques (“Grands hommes”, “Mythes et références”…). On pourra retrouver ça et là des références communes à plusieurs familles tandis que d’autres seront nationales ou internationales. Bien sûr, nulle prétention ici à l’exhaustivité. Juste un tableau des gauches qui forment une gauche s’affirmant elle-même “plurielle”…

    En outre, certains seront peut-être surpris de l’absence de Lionel Jospin dans ce jeu des 7 familles. C’est tout simplement parce que nous n’avons pas su où le placer. Venu de la “gauche socialiste”, il dirige une politique conforme aux idéaux de la “gauche américaine” tout en chauffant dans son sein le représentant de la “gauche républicaine” et en ménageant la “gauche communiste” ainsi que la “gauche verte”. Irréductible à une seule de ces familles, le premier ministre a en effet créé le concept de “gauche plurielle” avec le risque que celle-ci ne soit qu’une coquille vide.

    Enfin, rappelons que le clivage droite / gauche est récent (1). Il n’existe pas au XIXème siècle (son utilisation dans la vie parlementaire ne désigne pas alors des frontières idéologiques) et il faut attendre le début du XXème pour qu’il soit réellement signifiant. Ensuite, se sont mis en place des mythes rétrospectifs sur lesquels nous vivons encore, bien qu’ils ne traduisent plus grand chose en réalité. Voici néanmoins une visite guidée dans ce théâtre d’ombres.

    (1) Voir Naissance de la gauche de Marc Crapez, éditions Michalon.

    Copyright: L'Opinion indépendante, Toulouse, Fr.

    La gauche républicaine
    • Grands hommes: Philippe Le Bel, Descartes, Saint-Just, Louis Rossel, Jules Ferry, Clemenceau, De Gaulle.
    • Penseurs/écrivains: Michelet, Péguy, Malraux, Marc Bloch, Max Gallo, Régis Debray, Paul Thibaud, Pierre-André Taguieff, Emmanuel Todd, Jérôme Leroy.
    • Leader: Jean-Pierre Chevènement.
    • Devise: “Vive la République!”
    • Mythes/références historiques: l’Histoire de France, Valmy, la Marseillaise, Verdun, la Résistance intérieure, la campagne du Non à Maastricht.
    • Valeurs : la République, la Nation, l’État, l’intérêt général, la laïcité, l’indépendance de la France, l’universalité, la langue française, la francophonie, l’ordre, la loi, l’intégration, le service public, la conscription.
    • La presse: Marianne, Panoramiques.
    • L’ennemi: les élites mondialisées.
    • À lire: L’amour de la France expliqué à mon fils de Max Gallo.
      La gauche républicaine ou nationale-républicaine est au coeur du dernier combat idéologique qui traverse le paysage politique français. Ce clivage (que l’on retrouve aussi à droite) oppose les partisans de la Nation et de la souveraineté nationale à ceux qui prônent l’abandon de l’État-Nation au profit de constructions supra-nationales, en l’occurrence une Europe fédérale totalement acquise au libéralisme économique et au marché.

      L’existence politique de cette gauche nationale-républicaine est faible (le petit Mouvement des Citoyens) mais son poids est réel car son message dépasse de loin le strict débat gauche/droite. Sa force - outre le rôle central tenu par son leader Jean-Pierre Chevènement au sein du gouvernement et plus largement sur l’échiquier politique français - tient aussi à sa capacité de diffusion intellectuelle et culturelle à travers ses relais (l’hebdomadaire Marianne, la Fondation Marc-Bloch…). Sa faiblesse: l’absence d’un parti politique fort incarnant ses thèmes.

      À noter aussi l’importance, depuis plusieurs années dans cette gauche, de la référence à de Gaulle via notamment les ouvrages de Régis Debray (À demain de Gaulle) et de Max Gallo. Cependant, le combat des nationaux-républicains contre les libéraux-libertaires (que Chevènement nomme également “élites mondialisées”) ne s’est pas pour l’instant concrétisé par un rapprochement avec les républicains de l’autre rive, c’est-à-dire les gaullistes anti-européens. De fait, la gauche nationale-républicaine en est souvent tenue par les mots à un combat de défense ou de résistance (contre l’impérialisme américain, contre l’Europe des marchés, contre l’insécurité, contre les langues régionales…) tandis que son chef naturel, au ministère de l’Intérieur, participe à un gouvernement qui met en oeuvre tout ce que cette gauche prétend refuser.


      La gauche américaine
      • Grands hommes: Voltaire, La Fayette, Benjamin Constant, Tocqueville, J.F. Kennedy, Jacques Delors, Michel Rocard, Jean-Claude Trichet, Bill Gates, Bill Clinton.
      • Penseurs/écrivains: Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Alain Minc, Alain Touraine, Edgar Morin, Jacques Attali, Philippe Sollers, André Glucksmann, Serge July, Jean Daniel, Jacques Julliard, Edwy Plenel, BHL, Georges-Marc Benamou.
      • Leaders: Dominique Strauss-Kahn, Daniel Cohn-Bendit, Noël Mamère, François Hollande.
      • Devise: “À bas la France moisie!”
      • Mythes/références: mai 68, 1983 et la conversion libérale du PS, Maastricht, chute du Mur de Berlin, Internet, le Traité d’Amsterdam.
      • Valeurs: l’individu, le politiquement correct, le droit d’ingérence humanitaire, la repentance, la Bourse, l’Euro, la mondialisation, le capitalisme, le communautarisme, la parité, les États-Unis, l’Europe.
      • La presse: Le Nouvel observateur, Le Monde, Libération, L’Événement du Jeudi.
      • L’ennemi: les nations.
      • À lire: La mondialisation heureuse d’Alain Minc.
        C’est sans conteste la gauche dominante. Longtemps désignée sous le vocable de “gauche américaine”, on peut l’appeler maintenant “libérale-libertaire”. Son programme est simple et s’apparente à celui des libéraux de droite : fin de l’exception française (suppression des services publics sur l’autel de la libre concurrence réclamée par l’Europe mais aussi fin d’une politique de défense indépendante de l’Otan, suppression du français comme langue de la République, reconnaissance des identités communautaristes et des droits particuliers, etc. ). Elle n’ose pas vraiment le dire mais son but est le remplacement de la République et de ses valeurs (destin collectif, intérêt général, laïcité…) au profit d’une démocratie marchande intégrée dans une Europe fédérale. Elle dénonce l’État-Nation comme une survivance archaïque à l’heure de la mondialisation. Américanolâtre, elle exècre la “France moisie” stigmatisée par Sollers.

        La gauche libérale-libertaire ne dédaigne pas utiliser le terrorisme intellectuel, l’invective et le lynchage médiatique contre ses adversaires (Jean-Pierre Chevènement, Régis Debray récemment). Cette nervosité révèle sa fragilité car même si ses thèmes sont relayés par 90% des médias, elle est encore loin d’avoir gagné la partie. Ainsi, ces partisans de la mondialisation et du libéralisme se sont affublés d’un maquillage “de gauche” grâce à une dénonciation morale et incantatoire du Front national tout en se refusant à combattre les maux sur lesquels prospérait le FN (insécurité, chômage, déliquescence du lien social…). Incarnant l’abdication du politique devant l’économique, cette gauche a néanmoins besoin d’ennemis-repoussoirs (avant-hier le PC, hier le FN, aujourd’hui les nationaux-républicains) afin de masquer ses reniements et sa conversion au marché. Sur fond de manichéisme, de diabolisation et de chasse aux sorcières (Chevènement c’est Maurras plus Le Pen, dixit BHL), il s’agit simplement d’éliminer toute contradiction, tout débat politique et démocratique. Évidemment au nom de la liberté.


        La gauche verte
        • Grands hommes: tous les animaux, l’homme des cavernes, Rousseau, Cousteau.
        • Penseurs/écrivains: René Dumont, Théodore Monod, Albert Jacquard.
        • Leaders: Dominique Voynet.
        • Devise: la terre ne ment pas.
        • Mythes/références: l’état de nature, mai 68.
        • Valeurs: l’Europe, le régionalisme, la nourriture bio, le vélo, l’énergie solaire, la marche à pied, le retour à la terre.
        • L’ennemi: l’État-Nation.
        • À lire: Nouveaux voyages dans les campagnes françaises de René Dumont.
          Curieuse “gauche écolo”… Née dans les années 60 sur le refus du productivisme et de la société de consommation, la gauche verte a été dopée par 68 et l’esprit de mai pour s’illustrer dans les années 70 à travers des mouvements anti-nucléaires et pacifistes sans réussir à sortir d’une marginalité électorale. Des luttes fratricides au sein du microcosme écolo (Lalonde, Waechter, Voynet) est sortie une femme politique de talent, Dominique Voynet, qui a donné son élan politique aux Verts français. Sous sa houlette, les Verts sont devenus l’une des composantes de la gauche plurielle et ont accédé au pouvoir en tant que parti politique. La gauche écolo a comblé son vide programmatique par l’adhésion au modèle libéral-libertaire. Cependant, le mouvement ne décolle pas et la candidature Cohn-Bendit aux européennes (malgré un énorme soutien médiatique) ne fera pas gagner de voix aux écolos. Aujourd’hui, la “gauche verte” est aussi loin d’un véritable écologisme (la préservation de la nature et la lutte contre la pollution) apolitique que du gauchisme écolo d’autrefois. Exemple : les pacifistes d’hier se sont métamorphosés lors de la guerre contre la Serbie en farouches bellicistes…


          L’ultra-gauche
          • Grands hommes: Marx, Trotski, Castro, Sartre.
          • Penseurs/écrivains: Pierre Bourdieu, Ignacio Ramonet, Serge Halimi, Daniel Bensaïd, Viviane Forrester, Bernard Maris.
          • Leaders: Alain Krivine, Arlette Laguiller, Pierre Bourdieu.
          • Devise: “À bas le Capital!”
          • Mythes/références: la guerre d’Algérie, Cuba, le Che, le tiers-mondisme, les luttes de libération nationale, mai 68, Salvador Allende, grève de 1995.
          • Valeurs: luttes sociales, mouvements de chômeurs, mouvements pour les sans-papiers, Taxe Tobin.
          • La presse: Le Monde diplomatique, Politis, Rouge, Charlie-Hebdo.
          • L’ennemi: le libéralisme économique.
          • À lire: Contre-feux: propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale de Pierre Bourdieu.
            C’est le courant le plus difficile à analyser car le plus récent et le plus hétéroclite. Si l’extrême-gauche (ou plutôt les extrêmes-gauches) ont toujours existé dans le paysage idéologique français, “l’ultra-gauche” ou la “gauche radicale” apparue ces dernières années est atypique. Certes, elle s’incarne politiquement dans les traditionnels partis (LCR et LO, frères ennemis réunis pour la première fois lors des européennes) mais les déborde largement. Cristallisée lors des grèves de 1995, ce néo-gauchisme s’appuie sur des mouvements associatifs (chômeurs, sans-papiers, les réseaux Attac qui promeuvent la taxe Tobin sur la spéculation financière) et sur une conceptualisation intellectuelle élaborée par Pierre Bourdieu (dont les derniers ouvrages se sont taillés, à la surprise générale, de beaux succès d’édition).

            “L’ultra-gauche” attaque de front le pouvoir médiatique (l’essai Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi, le film Pas vu, pas pris de Pierre Carles) qui propage le libéralisme et la mondialisation comme modèle unique. Ce discours contre le capitalisme financier semble séduire (selon les sondages) une partie des électeurs du PS et du PC. Néanmoins, du fait de ses incohérences (peut-on réclamer la suppression des frontières et la libre circulation pour les individus - donc des travailleurs - comme ils le font en refusant celle pour les marchandises ou les capitaux ?), ce mouvement déjà informel pourrait éclater. Récemment, des membres de la LCR ont rejoint les rangs des nationaux-républicains de la Fondation Marc-Bloch.


            La gauche caviar
            • Grands hommes: François Mitterrand (1981-1995), Jack Lang.
            • Penseurs/écrivains: Marguerite Duras, Emmanuelle Béart, Léon Schwartzenberg, Pierre Arditi, Guy Bedos, Jacques Attali, Georges-Marc Benamou, Bernard Kouchner, Georges Kiejman, BHL, Mazarine Pingeot, Pascal Sevran, Roger Hanin.
            • Leaders: Jack Lang, Roland Dumas, Pierre Bergé.
            • Devise: “Charité bien ordonnée commence par soi-même”.
            • Mythes/références: le 10 mai 81, le défilé de J.P Goude en 89, la fête de la musique, les restos du coeur, SOS Racisme, le tag et le rap, l’ascension de la Roche de Solutré, le Pacs, La Gay Pride.
            • Valeurs: les bons sentiments, la morale, la société du spectacle, la festivité, le communautarisme, le multiculturalisme, le “jeunisme”.
            • La presse: L’Événemen”, Le Nouvel Observateu, Libération, Le Monde.
            • L’ennemi: l’État-Nation.
            • À lire: Grand amour d’Érick Orsenna.
              La “gauche caviar” est née sous Mitterrand. Elle a quasiment disparu avec lui car elle était fondée sur un culte de la personnalité délirant (“Génération Mitterrand”, “Tonton”…). Cette gauche show-biz et moralisatrice a eu le vent en poupe dans les années 80 à travers la politique spectacle, la conversion générale au libéralisme et au communautarisme, l’éloge des “branchés” ou des “câblés” (dixit François Mitterrand interviewé par Mourousi), la mode européiste. Cependant, si elle n’a plus de représentants politiques (sauf un Jack Lang marginalisé) ses valeurs - discours permissifs, reconnaissance des minorités religieuses, ethniques ou sexuelles au détriment de l’égalité républicaine… - imprègnent encore les mentalités. La “gauche caviar” a remplacé les idées et la politique par les bons sentiments et le cynisme. Elle prétendait lutter contre le racisme avec des concerts, contre la misère avec la charité. Avec elle, la culture se réduit au spectacle et à la fête. Bref, démagogie et nullité à tous les étages. Propagée par des grands bourgeois, elle a aussi existé en version populiste avec Coluche et Tapie. Ses représentants se sont pour la plupart reconvertis dans la “gauche libérale-libertaire”.


              La gauche communiste
              • Grands hommes: Diderot, Rousseau, Babeuf, Robespierre, Jules Guesde, Jaurès, Lénine.
              • Penseurs/écrivains: Zola, Henri Lefebvre, Paul Nizan, Aragon, André Stil, Roland Leroy, Arnaud Spire, Jean Vautrin, Régine Deforges.
              • Leader: Robert Hue.
              • Devise: “Qui suis-je?”
              • Mythes/références: 1789, la Commune, 1917, le Congrès de Tours, le Front populaire, la guerre d’Espagne, la Résistance (après la rupture du pacte), la révolution cubaine, le rapport Khrouchtchev, les accords de Grenelle, mai 81.
              • Valeurs: le sens de l’Histoire, la lutte des classes, l’internationalisme, la grève, la Révolution, les congés payés.
              • La presse: L’Humanité, L’Humanité Dimanche.
              • L’ennemi: Le livre noir du communisme de Stéphane Courtois.
              • À lire: La mutation de Robert Hue.
                Bien malin celui qui pourrait définir le PC aujourd’hui… À force de mutation, Robert Hue est en train de transformer le parti en une sorte de luciole médiatique où l’on trouve de tout sauf des communistes. Le PC est censé être contre le libéralisme, les privatisations, l’Europe des marchés ou encore la guerre contre la Serbie. Il participe à un gouvernement qui met en oeuvre la politique qu’il dénonce. On comprend qu’il ait envie de changer de nom. La révolution, la dictature du prolétariat et la suppression du capitalisme ne sont plus au programme mais le label “communiste” dure toujours… Cependant, la schizophrénie du PC ne date pas d’aujourd’hui. En mai 81, le parti appelait officiellement à voter pour François Mitterrand tandis que ses cadres faisaient secrètement campagne contre lui. De même sur le bilan du communisme “réel” (80 millions de morts selon les historiens, quelques dizaines de millions de moins selon les organisateurs), le soi-disant réformiste et moderniste Robert Hue renoue avec la pire langue de bois stalinienne en défendant l’indéfendable. Déchiré entre un lourd passé (qu’il n’arrive toujours pas à regarder en face) et un présent pathétique (tourné uniquement vers la séduction des médias et quelques strapontins gouvernentaux), le PC semble promis à un triste avenir.


                Les gauches disparues

                La gauche socialiste: en liquidation
                • Grands hommes: Jules Guesde, Jaurès, Blum, Mitterrand (1971-1983).
                • Penseurs/écrivains: Fourier, Victor Hugo, Zola.
                • Leaders: Marie-Noëlle Lienneman, Jean-Luc Mélenchon, Julien Dray.
                • Devise: “Pour un socialisme à visage humain”.
                • Mythes/références: 1848, 1871, le Front populaire, les congés payés et les “acquis sociaux”, les luttes sociales, le Congrès d’Épinay, mai 81.
                • Valeurs: le socialisme, l’égalitarisme, l’État-providence, les services publics.
                • La presse: Politis.
                • L’ennemi: la social-démocratie.
                • À lire: La Paille et le Grain de François Mitterrand.
                  Ironie de l’Histoire: la “Gauche socialiste” est aujourd’hui l’appellation officielle de l’un des courants minoritaires du PS! C’est dire à quel point le parti dirigé par François Hollande n’a plus grand chose à voir avec le socialisme de Jaurès ou de Blum. À l’image du gaullisme au RPR ou du communisme au PC, le socialisme au PS n’est plus qu’un slogan, une sorte de certificat d’authenticité qui ne trompe personne, une nostalgie rose que l’on n’ose totalement évacuer… Après un long purgatoire, le socialisme français fut recréé par Mitterrand lors du Congrès d’Epinay qui vit la naissance du PS en 71. Le même Mitterrand le liquida définitivement en 83. Restent quelques mohicans.

                  La gauche radicale-socialiste: en voie d’extinction
                  • Grands hommes: Combes, Clemenceau, Herriot, Albert et Maurice Sarraut, Daladier, Mendès-France, Henri Queuille, Maurice Faure.
                  • Devise: “Travail, Famille, Campagne”
                  • Penseurs/écrivains: Jean Giraudoux, Jules Romains, Alain.
                  • Leaders: Jean-Michel Baylet, Émile Zucarelli.
                  • Mythes/références: la France des Comités, la IIIème et la IVème République, les hussards noirs de la République, l’Affaire Dreyfus, le Cartel des gauches.
                  • Valeurs: l’individu, la laïcité, l’anticléricalisme, la défense des “petits”, la ruralité, la Province, le bas de laine, le conservatisme, la décentralisation, les communes, les banquets républicains, l’Europe.
                  • La presse: La Dépêche du Midi.
                  • L’ennemi: la Vème République et de Gaulle.
                  • À lire: Eléments d’une doctrine radicale d’Alain.
                    Le parti républicain radical ou radical-socialiste est né en 1901 mais cette naissance fut le produit d’une longue maturation où l’on trouva l’action des comités, des ligues (Ligue des droits de l’homme) et des loges maçonniques. Le radicalisme fut l’un des mouvements les plus influents dans la France de 1900 à 1940. On peut ainsi dire que la IIIème République fut “radicale”. Plus qu’une idéologie, le radicalisme fut une mentalité. L’attachement à la République allant de pair avec un éloge exacerbé du “provincialisme”.

                    Malgré un regain d’influence sous la IVème République, c’est bel et bien la défaite de juin 40 et l’Occupation qui scellèrent la fin du radicalisme. Peu présents dans la Résistance où le parti radical ne joua aucun rôle, les radicaux ne surent se renouveler et s’adapter sous la Vème. Le radicalisme reste foncièrement le reflet de la France et de la société des années 30. Parti fondé autour de personnalités fortes, il a commencé le siècle avec Clemenceau pour le terminer en compagnie de Jean-François Hory, Bernard Tapie et Jean-Michel Baylet. Est-il besoin de parler de déclin? Changeant souvent d’appellation, le désormais Parti Radical de Gauche survit sur son petit matelas d’élus et des scores électoraux microscopiques.

                    La gauche anarchiste: en voie d’extinction
                    • Grands hommes: Proudhon, Bakounine.
                    • Penseurs/écrivains: Jules Vallès, Darien, Louis Lecoin, Henry Poulaille, Jean Genet, Michel Ragon.
                    • Leader: impossible!
                    • Mythes/références: le drapeau noir, la Commune, Marius Jacob, la bande à Bonnot, Sacco et Vanzetti, la guerre d’Espagne.
                    • Devise: “Ni Dieu, ni maître”.
                    • Valeurs: le fédéralisme autogestionnaire, l’individu, la révolte, l’insoumission, le pacifisme, l’antimilitarisme, l’internationalisme, la haine de l’État, la haine du bourgeois, des uniformes, des religions…
                    • La presse: Le monde libertaire.
                    • L’ennemi: l’autorité.
                    • À lire: Qu’est ce que la propriété? de Pierre-Joseph Proudhon.
                      Les courants et les idées anarchistes - même s’ils furent toujours marginaux - eurent une réelle influence principalement à travers l’oeuvre et la pensée de Proudhon. L’esprit “anar” fut perceptible aussi dans Le Canard enchaîné d’avant-guerre et dans des combats moins connus comme ceux de Louis Lecoin pour l’objection de conscience. Outre Proudhon et la lutte armée, l’anarchisme de gauche reste plutôt aujourd’hui une sensibilité et une mémoire. Celle que l’écrivain Michel Ragon baptisa joliment “la mémoire des vaincus”.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Christian Authier
    Mots-clés
    vie politique française, parti, idéologie, république, progressisme
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    Émile Cioran
    Gauche, droite, politique, cynisme, autorité, ordre, pouvoir
    Christian Authier
    politique, France

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