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    Dossier: Gaspillage

    La vaisselle jetable

    Claude Villeneuve
    Il y a près de quinze ans que j'ai entrepris d'utiliser une tasse pour boire mon café au bureau. Au début, j'avais pris cette habitude pour une raison écologique simple: le styromousse utilisé à l'époque était gonflé à l'aide de chlorofluorocarbones (CFC), des agents chimiques qui constituaient une menace pour la couche d'ozone stratosphérique. À l'époque je montrais volontiers ma tasse à mes étudiants comme un moyen de participer concrètement à la lutte contre la pollution. Même si aujourd'hui les polystyrènes sont gonflés avec d'autres gaz, moins nocifs pour l'environnement, je bois toujours mon café dans une vraie tasse et j'ai toujours l'impression de contribuer à la protection de l'environnement en posant ce simple geste.

    Depuis quinze ans, à raison de deux cafés par jour et de deux cent cinquante jours de travail par an (sans compter les nombreuses soirées et fins de semaine), c'est un minimum de sept mille cinq cents verres de styromousse qui ne sont pas allés encombrer les lieux d'enfouissement sanitaire de ma région. Cela peut paraître bien peu de chose sur une pareille période de temps, mais si on mesurait l'impact positif de tous ceux et celles qui font le même choix aujourd'hui, on obtiendrait un résultat surprenant, en termes d'économie d'espace et de ressources et en termes de diminution de polluants dans les systèmes naturels. Les gestes individuels peuvent contribuer à des solutions globales de même que les problèmes environnementaux se développent par l'accumulation de petites pollutions et de petites tricheries.

    Depuis une vingtaine d'années, la société nord-américaine s'est mise massivement à la vaisselle jetable. Aujourd'hui, on est loin de l'assiette en carton qui se détrempait lorsqu'on y déposait la salade et la tourtière de grand-maman. On trouve même que le styromousse maintient les aliments plus chauds par son pouvoir isolant. Mais personne ne m'a encore démontré qu'on peut apprécier un morceau de pizza avec une fourchette de plastique.

    Plusieurs grandes chaînes de restauration rapide, des traiteurs, des cafétérias scolaires et même des hôtels fournissent à leur client des repas ou des breuvages servis dans des contenants à usage unique, avec des couverts de plastique qui prennent rapidement le chemin de l'enfouissement ou de l'incinération. Ce sont ainsi des milliers de tonnes de papier, de styromousse, d'aluminium et de plastiques divers qui contribuent à la dégradation de notre environnement si elles ne sont pas traitées directement. Cette mode est si répandue qu'on sert même certains repas de famille dans de la vaisselle jetable, en particulier pendant le temps des Fêtes, pour s'éviter la corvée de laver et de ranger les assiettes et les couverts.

    Il y a toujours une justification économique lorsque l'entreprise fait ce choix. Dans la famille, le temps de ceux et surtout de celles qui travaillent n'étant pas rémunéré, c'est plutôt l'aspect commodité qui entre en ligne de compte. Mais il demeure que l'aspect pratique de la vaisselle jetable cache des côtés plus pernicieux, surtout si on examine ses impacts en amont et en aval du repas.

    Les tenants de la commodité vous expliqueront rationnellement qu'on ne peut servir un repas à des étudiants dans de la vaisselle durable, puisque de fait ceux-ci n'auront rien de plus pressé que d'en équiper leur appartement. On justifiera aussi que le traiteur économise les frais associés à l'engagement d'un plongeur lorsqu'il utilise le sacro-saint styromousse et la nappe de papier.

    Malheureusement, le choix de la vaisselle jetable n'est pas un bon choix économique, ni à court, ni à moyen et surtout pas à long terme. Témoin, un restaurateur d'Alma, au lac Saint-Jean, qui a réussi, en éliminant la vaisselle jetable de son établissement en 1991, à offrir plus de choix dans ses menus, à accroître le nombre de places, à préserver les emplois de son personnel, tout en diminuant ses coûts d'opération à un point tel que cela lui a rapporté dix-huit mille dollars de profits nets la première année, en plus d'éviter qu'environ cinq mille sacs de poubelle ne se retrouvent à l'enfouissement sanitaire. Le directeur d'une école polyvalente du lac Saint-Jean me confiait aussi qu'en faisant adopter de la vaisselle durable pour son établissement, il pouvait économiser quelques milliers de dollars par année tout en créant un emploi pour une personne handicapée.

    Le faible coût apparent de la vaisselle jetable est une aberration de notre système économique qui se traduit par des impacts importants sur notre environnement et sur nos emplois. Il est certain que les emplois créés par le retour de la vaisselle durable ne seraient pas comparables à ceux qui pourraient être créés dans une industrie de haute technologie. Mais des milliers d'honnêtes gens pourraient gagner leur vie sans faire appel aux prestations de l'État si on décourageait l'utilisation de la vaisselle jetable au Québec au lieu de l'encourager dans les écoles et dans les restaurants économiques!

    Les gens ont pris des habitudes déplorables à l'égard de la vaisselle jetable. Le restaurateur évoqué plus haut me disait que certains clients jetaient à la poubelle des couverts complets, assiettes, couteaux et fourchettes après leur repas. Ce comportement est un reflet de notre irresponsabilité vis-à-vis de nos gestes quotidiens de consommation. On ne se préoccupe plus de ce qui se passe en amont et en aval de ses gestes. Lorsque le repas est payé, on se sent libéré de tous ses coûts et impacts sur l'environnement ou sur l'économie passée et à venir. Or, tout se paye, souvent par ceux qui suivent ou par la collectivité qui a le dos large.

    Les étudiants qui font un repas rapide à la cafétéria le font de manière à se débarrasser au plus vite de cette corvée, comme ils se débarrasseront de tout ce qui les encombre dans leur vie d'adultes, perpétuant ainsi des comportements inacceptables de gaspillage. Ces comportements pourraient bien être considérés comme criminels dans trente ans!

    L'utilisation de la vaisselle jetable est un gaspillage intolérable tant du point de vue de l'environnement que de l'économie et il faut dénoncer cette pratique, surtout dans les établissements scolaires où nos jeunes devraient apprendre à se comporter de façon responsable.

    Puisqu'il faut commencer quelque part, cessons d'acheter de la vaisselle jetable pendant les fêtes de famille et permettons à un ou deux étudiants de gagner leurs petites douceurs...

    En cette année, mesdames, plutôt que de servir le réveillon dans des assiettes jetables, pourquoi ne pas mettre les hommes à la corvée vaisselle, c'est un excellent moyen de stimuler la communication... car ils auront au moins l'occasion de déplorer leur sort pendant que vous, qui ne vous laisserez pas distraire par le hockey, vous pourrez enfin régler le sort du monde!
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Claude Villeneuve
    Biologiste de formation, il occupe le poste de directeur par intérim du prestigieux Centre Éco-conseil de l'Institut de Strasbourg.

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