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    Dossier: Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine

    Le Havre-aux-Maisons

    Marie-Victorin
    Sur la continuité des traditions à Havre-aux-Maisons. Voir Croquis laurentiens, version intégrale.
    J’admire ce nom qui, tout simplement raconte une origine. Il est clair, en effet, qu'à une certaine époque, de tous les havres de l'archipel, celui-ci seul avait des résidents, d'où: Havre-aux-Maisons. Tandis que les Anglo-Saxons n'ont pu trouver pour leurs établissements que Nouveau-Ceci et Nouvelle-Cela, ou les ont affublés des oripeaux de la Grande-Bretagne, de la Grèce ou de Rome, les Français d'Amérique, ayant d'abord taillé large part aux saints du ciel, ont attaché aux lieux où ils élisaient domicile des noms qui en expriment un peu – et quelquefois beaucoup – le charme et la beauté, qui en rappellent aussi l'histoire et les traits saillants.
    On aborde généralement l'île du Havre-aux-Maisons par la Pointe-Basse – le cap Alright des Anglais – où il y a une anse de pêche et une demi-demoiselle coupée à pic, exposant au-dessus d'un beau quai, un énorme retable de pierre grise. Deux milles de chemin nous conduisent à l'église, tout près de la Pointe occupée par les marchands et les entrepôts à poisson. Un étroit goulet, où entre la mer, sépare ici l'île du Havre-aux-Maisons de celle de l'Etang-du-Nord.
    Gaufrés sur le velours ardent de trois demoiselles qui se tiennent comme par la main, le fin clocher et le toit rouge de l'église s'aperçoivent de très loin sur la Baie de Plaisance. Du balcon du presbytère, bâti à vingt pas du rivage, on hume les matins délicieux et j'envie le vénérable curé qui, depuis vingt ans, jouit du privilège d'y voir lever le soleil, un grand soleil d'océan, un soleil alchimiste qui fait de l'or avec de la pierre, de la lumière et du bleu marine! Le premier matin que j'y passai, la mer était si calme qu'à peine discernait-on un léger frémissement perdu sur la face de l'eau. Au loin, 1'Ile-d'Entrée, haute et moutonnée, et l'Ile du Havre-au-Ber, couchée en long dans l'eau claire. Décrivant un grand arc dont je suis l'origine; la baie atteint le Cap-aux-Meules, un vieux sphinx au front gris, lavé de rouge, portant une calotte verte, d'un vert exagéré, d'un vert de jouet allemand. Sur le flanc d'une demoiselle, tout près du Cap, s'érigent le mât et l'antenne du sans-fil et dans le val, les yeux ne voient qu'un éparpillement de confetti, qui sont des maisonnettes, et des semblants de petits bois qui ont l'air de vouloir rapiécer la robe verte des demoiselles.
    Lors des dernières tempêtes, la mer a craché des galets, bousculé de grosses roches, déplacé les bancs de sable, le chemin de l'église est encore obstrué des dégâts de sa colère. Un mouton isolé broute les sablines succulentes poussées déjà dans le cailloutis. Il traverse lentement le chemin et vient paître le long de la clôturette blanche du cimetière, où des croix noires plongent leur pied vermoulu dans la cendre des vieux Acadiens d'autrefois, venus, après une vie errante de misère et de larmes, se coucher ici dans la paix, enfin! Dans le champ voisin, des vaches pas encore bien réveillées ou déjà soûles, immobiles, regardent toutes du même côté, vers la mer où un pêcheur au loin, tout seul, sonde au maquereau. Autour de la barge, du bleu, du bleu partout, mais du bleu qui n'est qu'un trompe-1'oei1 et qui, à l'analyse se résout en reflets alternés de noir et de blanc... Mais de peur de les faire crouler, n'analysons pas nos joies, surtout celles des yeux!...
    Au moment où je vais rentrer, arrive devant l'église un pittoresque véhicule : un deux-roues soutenant une simple plate-forme, tiré par un petit cheval. Sur la planche nue, trois jeune filles en robes bleues comme le ciel tendu sur leurs têtes. Elles portent jeunesse dans les yeux et missel dans la main... Ce sont les sœurs d'Évangéline, bien sûr!... Ne les dérangeons pas et allons déjeuner!...

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    Le Havre-aux-Maisons est depuis longtemps le centre intellectuel des Iles, car, outre de belles et confortables écoles, il possède un modeste couvent de la Congrégation, où depuis quarante ans, de bonnes religieuses acadiennes étendent au milieu de cette vertueuse et lointaine population, l'oeuvre admirable de Marguerite Bourgeoys. De ce couvent sortent toutes les institutrices en activité dans la région, sans compter les jeunes Madelinotes qui, éprises du sublime idéal religieux, ont fourni à la Congrégation Notre-Dame, des femmes de foi et de science, et porté bien loin de l'archipel les bienfaits de l'éducation chrétienne.
    Je ne sais si le peuple canadien-français se rend bien compte de la dette accablante qu'il a contractée envers Marguerite Bourgeoys et ses vaillantes émules, les fondatrices de nos ordres enseignants. Ma conviction profonde est que ce sont nos mères, qui ont tenu depuis trois siècles. Le pied au rouet et l’œil sur le berceau, ce sont elles qui ont empêché que notre race ne sombrât dans le grand anonymat anglo-saxon, qui nous ont gardé avec la foi bretonne et les chansons de France, ce beau sang pur, générateur de fierté, grâce auquel nous avons perpétué, presque seuls en cette vaste Amérique, une vigoureuse individualité ethnique. Si ce miracle de survivance est, jusqu'à présent, notre plus beau titre de gloire, qu'elle est lourde la dette contractée envers celles qui ont modelé, affermi et embelli l'âme de la femme canadienne!..
    Le couvent vient d'être rebâti, en pierre, s'il vous plaît! dans cet archipel où, sachant mieux qu'ailleurs que l'homme est un pèlerin sur la terre, on ne construit qu'en bois. De larges baies vitrées ouvrent sur la campagne vallonnée et sur le Golfe, de sorte que les acadiennettes nichées dans cette lumineuse volière peuvent à toute heure du jour voir la mer et l'entendre - condition nécessaire à leur parfait bonheur.
    De peur qu'elles ne l'oublient, les bonnes religieuses leur racontent souvent l'histoire trempée de larmes qui est la leur. Elles leur apprennent à chérir le drapeau d'Acadie – les trois couleurs avec l'étoile mariale dans le bleu – et à chanter l'hymne national qui, pour ce peuple martyr, ne pouvait être qu'un chant d'église: l'Ave Maris Stella. Aux heures de repos parfois, les rondes joyeuses s'interrompent, les petites lissent leurs cheveux en désordre, et par les fenêtres ouvertes l'on peut entendre la dolente chanson:
    J'entends toujours la voix triste et plaintive
    De nos aïeux les martyrs de Grand-Pré.
    qui reporte déjà si loin en arrière, que ce crime, s'il n'était le chef-d’œuvre des crimes, serait depuis longtemps aux oubliettes de l'histoire. Deux siècles bientôt! Et nul n'a oublié! Le pardon toutefois est descendu dans les cœurs, et les petites, sans bien savoir qu'elles sont si grandement magnanimes, chantent le refrain:
    Mais pardonnons, c'est Dieu qui nous l'ordonne !
    Oui pardonnons, mais que le souvenir
    Des jours amers jamais (sic) nous abandonne ;
    Sur le passé, guidons notre avenir !
    Oui! petites acadiennes, pardonnez, mais souvenez-vous! N'ayez pas honte de votre sang latin, de votre riche parler acadien, de vos simples atours et, pourquoi ne pas le dire, de vos vertus. Ne baissez pas votre tête brune, ni vos beaux yeux purs, devant les touristes Anglo-Saxons qui, parfois, promènent leur ennui sur vos îles, non, jamais! Ils tiennent en ce moment de l'histoire, la terre et la mer. Oui!... Ils ont presque toute la puissance et presque tout l'argent. Oui encore!... Mais aussi vrai qu'il y a un Dieu au ciel, ils ont du sang sur les mains, et vous avez une palme dans les vôtres!... De sorte qu'en véritable et minime justice, étant, eux, les fils des bourreaux, et vous, les filles des martyrs, c'est à eux, sans doute, de courber la tête!...

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    On m'avait dit tant de bien du Havre-aux-Maisons que je voulus, dès le premier jour, en prendre la physionomie. Promenade pleine de charme, où le paysage change à chaque pas! Plus encore que sur les autres îles, les chemins, ici, se croisent et s'entre-croisent tombant complaisamment les uns dans les autres pour attraper les maisons capricieusement semées au hasard des vallons et des coteaux.
    Les petites maisons de bois des Madelinots ont souvent trois ou quatre pignons, – coquetterie pas bien française ! – et leurs bonnes figures presque humaines regardent les quatre coins du ciel des yeux toujours veillants de leurs fenêtres. Malgré l'évident pullulement des petits Madelinots, le logis est généralement exigu; il comprend un corps principal et une petite annexe – le tambour – qui est à la fois la cuisine et la salle où l'on vit. Or, oyez la curieuse histoire! Aux Iles de la Madeleine il arrive que lorsque les Madelinots ont vingt ans, ils laissent généralement prendre leur cœur dans les filets de quelque jolie Madelinote et que, aimant d'amour tendre, ils s'ennuient au logis! Un bon soir, en revenant de la pêche, la main sur le moteur et l’œil lointain, le grand gars tient au père ce langage ou quelque chose d'approchant: – Papa, quand la pêche sera finie, je voudrais demander Aubépine à Alphé. J'ai bien travaillé, hé! depuis sept ans? Qu'est-ce que vous pensez de ça?
    – Suis ton goût, mon garçon ! C'est une bonne fille!
    – Qu'est-ce que vous pourrez me donner?
    – Tu as toujours été un bon garçon, Fortuné, je te donnerai la moitié de la prée avec le tambour!
    Et l'hiver venu, il y a grand mess chez le père Ben. Et quand les pâtés, les tartes, les cakes, les tourteaux blancs sont disparus comme neige au soleil, que les Bassiniers du Havre et les gens de la Vernière sont rentrés chez eux par les chemins de glace sur la Baie de Plaisance, c'est une autre histoire! Aidé des voisins, le père Ben et son gars décollent le tambour de la maison, mettent sur des rouleaux le susdit tambour que les chevaux ont tôt fait de tirer à l'autre bout de la prée. Les blessures des deux habitations sont vite pansées avec de la planche d'haricot (pruche) et – l'on sait combien le bonheur est facile à loger – le jeune ménage s'installe dans la minuscule demeure. Voilà comment, quelquefois, au Havre-aux-Maisons, – et ailleurs aussi – s'opère la multiplication des logis, par fissiparité, comme chez les microbes!
    Lorsque les marmots commenceront à arriver du pays bleu d'où ils contemplaient, par en-dessus, l'Éden de la Madeleine, lorsque le pêcheur, à force de travail, aura tiré de la mer quelques centaines de piastres, il adjoindra à son tambour un corps de logis plus confortable. L'homme et la femme vieilliront, par les petits. Les enfants grandiront. Et vingt ans plus tard, la suite identique des phénomènes se reproduira avec la précision des gestes appris. Un jeune Madelinot verra son cœur pris dans les filets d'une jeune Madelinote. Un soir, en revenant de la pêche, la main sur le moteur et l’œil lointain, le grand gars, etc., (Voir plus haut). Et c'est pourquoi il y aura toujours des tambours migrateurs au Havre-aux-Maisons!
    Je me suis même laissé dire que là-bas, le tambour est considéré comme une sorte de bien meuble au même titre qu'un cheval et qu'un cab-à-rouet! Des malins prétendent aussi – mais ce sont des gens du Havre, qu'il ne faut pas croire! – que les pêcheurs de la Grande-Entrée viennent acheter des tambours au Havre-aux-Maisons. Le marché conclu, on met l'emplette sur la glace de la Baie d'En-Dedans par un fort vent de soroit et….. le tambour se rend tout seul à la Grande-Entrée – vingt-deux milles! Est-ce moi qui ai dit que les Acadiens ne sont pas loustics?

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    Sur les champs, devant les portes, sèchent de longs cordages, plusieurs fois repliés sur eux-mêmes, indiquant à la fois le déclin, du homard et le voisinage de la mer. Et tout d'un coup, la voilà, la mer, qui étincelle entre deux mamelons, présentant au soleil des milliers de petits miroirs où le vieux beau se reconnaît, s'admire et se multiplie. Nous montons un raidillon, et devant nous se déroule une grande savane broussailleuse parcourue de chemins sinueux qui s'en vont vers les anses de pêche au travers des airelles et des ciriers. L'île du Havre-aux-Maisons finit réellement ici. Au delà commence la Dune-du-Sud, longue de vingt-deux milles, large d'un mille ou moins, qui se rétrécit graduellement et se prolonge jusqu'à joindre presque la Grande-Entrée. Les lignes de dunes jetées par le vent y alternent avec des dépressions longitudinales devenues, avec les siècles, d'étroites tourbières humides – dites sayons dans le pays – où les Madelinots vont cueillir les plaquebières et les mocôques. Les dunes centrales sont plus ou moins couvertes de conifères nains, de genévriers souffreteux, de raisin d'ours, de corèmes et de goules noires. Celles qui bordent immédiatement le littoral sont presque dénudées, et seuls, l'élyme des sables, les pois de mer et quelques bouquets de soude en corrigent l'effrayante aridité.
    Aventurés un peu loin sur la Dune-du-Sud, un ensemble de sensations nouvelles nous assaillent. L'absence d'oiseaux et d'animaux, l'air miséreux de la végétation, le sable implacable qui étouffe tout, jusqu'au bruit menu des pas, les buttereaux chauves se poursuivant comme les pas du vent sur la plage, tout cela compose une atmosphère hostile, opprimante, infiniment! et l'on en vient à bénir comme des amis très chers, les deux ornières indistinctes, fils d'Ariane qui, dans ce désert, nous rattachent au monde habité.
    À la naissance de la Dune-du-Sud, et du côté du large, se blottit sous les rochers gréseux, un poste de pêche aussi fréquenté que pittoresque. J'y suis passé par un beau dimanche ensoleillé, alors que l'îlot de la Cormorandière au loin, saillait en clair sur l'horizon de mer, et que toutes les barges et tous les bottes s'allongeaient sur le sable, comme de grands poissons ouverts et vidés. Les tables à piquer la morue, les paniers, les cuves, le tonneau pour recueillir les foies, tout dormait sur la grève sous l'averse de rayons, dans l'absolu repos dominical. Par centaines, les cages à homard, encore remplies de chancres (crabes) et de bourlicocos (coquillages spiralés), secs et blanchis, s'empilaient au bord du chemin et sur les petits caps de grès rouge. Partout traînaient les boeilles et les picaces désormais inutiles.
    Les petites salines à toit pointu, serrées de biais, les unes contre les autres, le long du chemin sablonneux, donnent au poste de pêche de la Dune-du-Sud l'air d'un village en miniature bâti pour des nains. Mais voici que s'avancent, endimanchés, trois pêcheurs venant par ce bon soleil flâner autour de leurs bottes et déguster la petite bière de chenève que débite subrepticement à des amis, le marchand de l'endroit. Du coup, et pour jamais, l'hypothèse du nanisme tombe d'elle-même! Les hommes du Havre-aux-Maisons sont hauts, remarquablement hauts. En un siècle plus panaché que le nôtre, ceux-ci eussent pu devenir de superbes d'Artagnan et d'étonnants Lagardère. Le nord-est qui soufflette sans cesse les visages madelinots y sculpte parfois des masques terribles! Ces trois hommes par exemple, malgré tout ce que je sais de la douceur de leurs mœurs, ont vraiment l'air bravo, et pour peu que le couteau à morue voulût bien s'allonger en rapière, ce seraient Athos, Porthos et Aramis!
    Ayant flâné, musé tout autour du Havre-aux-Maisons, nous revenons vers le soir, par les délicieux lacis des chemins de fortune, tantôt sur le dos des buttes, tantôt au creux des vallons, perdant rarement de vue la mer tranquille. Nous percevons maintenant entre les croupes tronquées des caps, les lambeaux triangulaires de la gaze violette ou nacarat dont elle se voile pour son repos. Les petites maisons éparses s'endorment dans la paix qui gagne de proche en proche. Quelques cris d'enfant s'espacent graduellement, dernières lueurs de la vie d'un jour qui s'éteint. Sur le sommet de la Butte-Ronde, tout contre la mer qu'on ne voit pas, la grande croix s'efface du ciel, la grande croix qui, tout le jour, regarde peiner les hommes sur les sillons mouvants de la mer, la grande croix sur laquelle leurs âmes et leurs yeux convergent, lorsque le gros temps les surprend sur les fonds de pêche et secoue leurs barges comme des palourdes vides.
    Et maintenant que la grande lumière est vaincue, l'autre lumière vient dorer le velours noir de la nuit. Là-bas, au-dessus de la colline, une étoile, silencieusement, entre dans le ciel. A l'orbite d'une fenêtre lointaine, une lampe s'allume, puis une autre, éclairant comme des yeux les figures fatiguées des maisons.
    Un cri strident qui déchire le silence! Le vapeur borgote à la Pointe-Basse, clamant qu'il achève d'engloutir dans sa cale les barils de maquereau et les boîtes de homard, et que les voyageurs pressés peuvent commencer à se bercer de quelque espérance... à moins cependant que l'équipage ne décide d'aller faire un somme, auquel cas, bonnes gens qui pensiez coucher au Cap-aux-Meules ce soir, redescendez la passerelle, remontez en charrette ou en cab-à-rouet, et retournez chez vous pour la nuit!... Mais ne dormez que sur une oreille!...
    Comme les soucis du départ ne nous intéressent pas encore, rentrons! ...

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    C'est aujourd'hui dimanche, et la fête de l'Assomption - la fête nationale des Acadiens. Il n'y a pas eu de messe au Havre-aux-Maisons, car le prêtre qui dessert la paroisse en l'absence du curé, est allé porter aux isolés de la Grande-Entrée, qui n'ont pas vu de soutane depuis quatre mois, le réconfort de la parole de Dieu et du Pain de Vie.
    Une Assomption sans messe en Acadie devrait être un jour sans soleil, et cependant il fait une adorable journée d'été, un dimanche recueilli, où les barges se reposent, le nez au sable. A dix pas, sur les vigneaux, la morue, ventre ouvert, rissole doucement... Il semble que le Havre-aux-Maisons soit mort ou dans le coma! Erreur! Vers le midi, une rumeur a circulé. Est-ce le téléphone ou le charitable office des dames? Toujours est-il que, sur les deux heures, de tous les chemins, débouchent des cabs-à-rouet, des charrettes, des piétons, qui tous convergent sur l'école Saint-Joseph où l'on va, paraît-il, fêter l'Assomption.
    L'initiative a été prise par un enfant de l'île établi dans la vieille province, Paul à Jean au défunt Paul, en vacances dans sa famille, et que cette détresse du troupeau sans pasteur, en un pareil jour, a ému. L'école Saint-Joseph est grande, bien habillée de bardeaux depuis le haut jusqu'au bas, peinte en gris, volets verts, bien meublée. Elle s'érige presque au centre de l'île, sur une butte d'où l'on voit la valse figée des demoiselles, le scintillement des badigeons et, sur la mer, loin, très loin, l'Ermite de l'Archipel, l' Ile-d'Entrée, qui ferme magnifiquement un paysage sicilien.
    Dans l'ombre du grand bâtiment, le long de la clôture, sur le chemin, partout, les voitures sont rangées. Madelinots et Madelinotes causent par groupes, les vieux ensemble, les jeunes aussi. Bien que la température soit simplement agréable, presque tout le monde souffre de la chaleur qui, du consentement général, est atroce. Toujours bien en laine, héréditairement adaptés aux vents glacés qui sont de toutes saisons, les gens de mer s'écroulent au moindre sursaut du thermomètre. À 62° F., je les ai vus complètement anéantis, incapables de travailler sérieusement, quand, pour ma part, j'aurais hésité à quitter le gilet de laine.
    La fête tarde à commencer, mais par tempérament, les Madelinots ne sont pas pressés. Ils jouissent de se voir, se racontent les menues choses dont est tissée leur simple vie, et qu'ils n'ont pu ce matin, échanger sur le perron de la messe. Enfin, la porte s'ouvre, une main agite la cloche et l'on se précipite. Paul à Jean, haut comme son père, et remarquable de verbe, ouvre l'assemblée en demandant l'hymne national. Le maître chantre est là. Il se hisse avec sa femme et sa fille, sur la troisième marche, et d'une voix solide entonne l'Ave Maris Stella. Le chœur est menu, trop menu, mais combien touchant le religieux respect qui tient tout le
    monde, ceux de l'intérieur, et les autres qui n'ont pu entrer, mais dont on aperçoit les têtes attentives dans l'embrasure de la porte.
    Je songe à ce moment, qu'en cette fête de l'Assomption, il y a dans les églises citadines de grandes parades musicales. Des voix payées et qui, hier, chantaient quelque couplet leste dans les temples du plaisir; tonitruent aujourd'hui de prétentieuses messes mariales. Mais leur impérieux tam-tam frappe en vain à la voûte des églises. La Vierge Marie est ailleurs! Elle est ici, avec son nimbe d'or et son manteau bleu, les pieds sur les volutes blanches du nuage triomphal, prêtant l'oreille de son cœur aux braves Madelinots qui, pour lui plaire, redisent d'une voix rouillée par l'embrun, l'hymne millénaire, congéniale à leur âme simple, dont la prosodie courte et pleine, hausse la mélodie jusqu'à en faire l'une des plus éloquentes supplications dont soit capable le rythme humain.
    Amen! Les vieux ont remis leur casquette. Sur la marche du seuil, Paul Hubert est monté, un peu ému. Parce qu'il a été de longues années sevré de la poésie de ses Iles, il en goûte maintenant le charme subtil. D'autre part, l'étude et les voyages lui ont donné la fierté de race, et c'est plein de tout cela qu'il s'adresse, lui, très jeune, aux gens du Havre-aux-Maisons, ses oncles, ses cousins à tous les degrés, ses frères et ses sœurs, massés devant lui, à ses côtés, sur l'herbe, et jusque sur le chemin. Des femmes avec un bébé sur chaque bras le touchent presque et le regardent avec de grands yeux où il y a un peu d'orgueil. L'orateur ne tarde pas à s'animer sous le feu de tous ces regards qui le couvent: quand le cœur est là, vibrant, et que les âmes rendent un même son, on arrive vite, et sans la chercher, à la véritable et meilleure éloquence.
    «Nous sommes de pauvres pêcheurs, qui n'avons que le dimanche pour nous reposer et nous réunir. Nous n'avons pas comme nos frères du Canada, des fanfares joyeuses pour égayer notre fête nationale. Aujourd'hui, malheureusement, nous n'avons pas de pasteur, mais j'ai pensé que nous ne pouvions laisser passer l'Assomption sans rappeler le souvenir des aïeux, des martyrs de Grand-Pré.»
    Et pour la centième fois, après tant d'autres, le jeune Acadien reprend pour ses compatriotes du Havre-aux-Maisons l'affreux récit que Longfellow, loyalement, a fait au monde entier dans une oeuvre immortelle, et dont le temps qui efface tant de choses, n'a pu encore émousser l'horreur. Il évoque la vie paisible des ancêtres aux vallons d'Acadie, leurs grands domaines taillés dans les prées saumâtres de la Baie Française, leurs vertus et leur bonheur. Puis, c'est la guerre interminable dont l'Acadie est à la fois le théâtre et l'enjeu, les traités, les serments, les convoitises, les anxiétés, les souffrances. C'est enfin le crime sans nom, et le petit peuple qui monte au Calvaire!... Le feu, le sang, les larmes!... La fuite, sur les lointains océans, des vaisseaux de bois chargés de chair humaine, l'affreuse odyssée sous les ciels d'exil!......
    Ces fillettes en indienne rose, aux cheveux sur les épaules, et qui ont apporté avec le rayonnement de leur jeunesse, un bouquet de phlox; ces enfants aux yeux dolents et qui écoutent bouche bée; ces vieux, accroupis sans façon le long du mur, un bâton de verne à la main, tous n'ont dans les veines que du sang de proscrit. Et au silence presque mortel qui règne parmi eux tous, l'on sent bien que, dans l'obscure région de l'âme où dorment les atavismes profonds, des images apâlies se régénèrent qui étreignent les cerveaux, font battre les cœurs plus vite et ravivent des colères lointaines: foyers qui flambent, baïonnettes qui luisent, orphelines qui pleurent sur des tombes méprisées.
    Mais l'orateur ne laisse pas ses auditeurs sous cette impression pénible. Le passé est horrible et sanglant, le présent est beau comme toutes les aurores.
    «Nous sommes patients. Plus que tout autre peuple nous avons été associés à la passion du Christ. Chassés de rivage en rivage, peuple d'agneaux, nous avons partout cédé la place au loup. On nous a pris et repris nos terres, on nous a pris nos richesses, on nous a pris nos enfants, mais il est deux trésors que l'on n'a pas pu nous prendre, parce qu'ils tenaient au domaine inviolable de l'âme: notre langue française et notre foi catholique!»
    Et avec un orgueil très légitime et très touchant, Paul Hubert inventorie en détail ces deux grandes richesses nationales, donnant à ses compatriotes une magnifique leçon de fierté. Paul à Jean a conquis complètement le cœur du Havre-aux-Maisons. Je lis cela en grosses lettres sur la figure d'un vieux pêcheur qui écoutait tout à l'heure, un croissant d'ombre sur les yeux, et qui est venu serrer la main du jeune homme, comme il descendait du seuil après une bonne heure de causerie familière.
    Mais avant de quitter sa tribune d'occasion, Paul à Jean a présenté un autre orateur, un Acadien de Salem de passage sur les Iles où il est né, et dont l'amusante faconde fait s'écraser les Madelinots pour ne rien perdre. Il parle un français où les particularités du dialecte acadien voisinent avec de terribles anglicismes, le tout servi avec une assurance d'outre-quarante-cinquième, beaucoup de gros bons sens et un très ardent patriotisme.
    Salem fut l'un des remous où se rassemblèrent les épaves errantes du Grand Dérangement. Après deux siècles de souffrances et d'épreuves, les Acadiens y sont demeurés nombreux et se souviennent. Je ne résiste pas à l'envie de résumer en quelques lignes une anecdote du Salemois, anecdote charmante qui appartient à la tradition orale et où reparaît, légèrement modifié, le thème célèbre d’Évangéline.
    Le héros de l'histoire est l'ancêtre des nombreuses familles Dugas de Salem. Déporté avec ses compatriotes, Dugas, dans le désordre de l'embarquement, se trouva séparé de sa femme Julie. Dirigé d'abord sur Boston, parqué ensuite à Salem avec un groupe d'infortunés, Dugas, comme les autres, y mangea le pain de la misère dans le French Borough. Mais le pauvre homme, naturellement affectueux, ne pouvait se faire à la séparation d'avec sa Julie! Animé d'un vague espoir, il se mit à parcourir les bourgs de la Nouvelle-Angleterre, répétant inlassablement au seuil de chaque porte, la seule phrase anglaise qu'il eût apprise:
    - Did you see my Julie?
    Personne, hélas! n'avait vu sa Julie, et les Puritains, au lieu du pain du cœur que cherchait le malheureux, garnissaient son bissac de croûtons. Toujours marchant, ayant franchi des centaines de milles à travers monts et forêts, croisé des détachements de soldats, Dugas atteignit le lac Champlain et descendit le Richelieu. Il entendait maintenant parler sa langue, et à tous les forts, à tous les postes militaires, à toutes les maisons aussi, il se disait, en regardant avidement par les portes ouvertes:
    - Elle est peut-être ici!
    Et bravement, son grand chapeau à la main, les genoux un peu ployés par l'habitude de la route, il posait l'éternelle question:
    - Avez-vous vu ma Julie?
    Toujours la même réponse, brève et désespérante. Un jour cependant, il pénétra dans la cuisine d'une grande maison de pierre au bord de la rivière. Une femme, lui tournant le dos, les bras enfarinés, pétrissait dans la huche.
    - Avez-vous vu ma Julie?
    La femme se retourne, regarde le mendiant et pousse un cri:
    - Ah! Sainte Vierge! C'est toi, Jacques?
    - Ah! ma Julie! ma Julie!
    Grand émoi dans la maison! Le fermier et sa femme, les enfants en nombre, entourent les deux Acadiens qui s'embrassent, s'enfarinent, rient et pleurent!
    Recueillie par cette famille canadienne, Julie attendait, elle aussi, le cœur veillant, l'heure de Dieu. Pour des raisons difficiles à justifier, les deux heureux époux sont retournés à Salem, où ils ont fait souche comme l'on sait.
    L'assemblée du Havre-aux-Maisons fut mise en liesse par ce récit qui, soit dit en passant, pourrait fournir le schéma d'un bien joli roman à un écrivain capable de s'intéresser à d'autres types qu'à des fous ou des criminels. Derechef, les chanteurs remontèrent à leur tribune, et cette fois nous eûmes l'Évangéline chanté par trois voix mâles au travers desquelles passait le filet discret d'une voix de femme:

    Évangéline

    Je l'avais cru ce rêve du jeune âge
    Qui souriant, m'annonçait le bonheur;
    Et confiant en cet heureux présage,
    Mes jeunes ans s'écoulaient sans douleur..

    Deux voix
    Il est si doux au printemps de la vie,
    D'aimer d'amour les amis de son cœur,
    De vivre heureux au sein de la Patrie
    Loin du danger, à l'abri du malheur (bis)

    Refrain

    Évangéline! Évangéline!
    Tout chante ici ton noble nom!
    Dans le vallon, sur la colline,
    L'écho répète et nous répond:
    Évangéline! Évangéline!

    Qu'ils étaient beaux les jours de notre enfance,
    Cher Gabriel, au pays de Grand-Pré,
    Car là régnaient la paix et l'innocence,
    Le tendre amour et la franche gaieté.

    Deux voix
    Qu'ils étaient doux, le soir, sous la charmille,
    Les entretiens du village assemblé,
    Comme on s'aimait, quelle aimable famille
    On y formait sous ce ciel adoré (bis)

    Refrain

    Là, les anciens devisaient du ménage,
    Avec amour contemplaient leurs enfants
    Qui réveillaient les échos du village
    Par leurs refrains et leurs amusements.

    Deux voix
    La vie alors, coulait douce et paisible,
    Au vieux Grand-Pré, dans notre cher pays,
    Lorsque soudain, notre ennemi terrible,
    Nous abreuva de malheurs inouïs (bis)

    Refrain.

    Hélas! depuis, sur la terre étrangère,
    J'erre toujours en proie à la douleur,
    Car le destin dans sa sombre colère,
    M'a tout ravi: mes amis, mon bonheur.

    Deux voix
    Je ne vois plus l'ami de mon enfance,
    À qui j'avais juré mon tendre amour,
    Mais, dans mon cœur, je garde l'espérance
    De le revoir dans un meilleur séjour (bis)

    Refrain
    Comme il y a un couvent au Havre-aux-Maisons, tout le monde ici sait par cœur cette simple cantilène. Malgré sa rhétorique un peu laborieuse, il faut bien qu'elle réveille quelque chose au fond des âmes, puisque je vois les lèvres de ceux qui ne chantent pas répéter tout bas:
    Évangéline! Évangéline!
    I1 y a quinze jours à peine, le même chant, puissamment intensifié par la magie d'un décor à souhait, m'a profondément remué aussi. Des jeunes gens de la Pointe-Basse, venus passer le dimanche au Havre-au-Ber et s'en retournant vers le soir, nous offrirent aimablement le passage. Voulant profiter de la soirée si belle pour leur faire un bout de conduite, leurs amis et connaissances chargèrent un autre botte et, vogue gaiement sur la Baie de Plaisance!
    Un beau couchant avait calmé la mer pour s'y mirer à l'aise et tous les pétales de la rose des vents se livraient voluptueusement aux ardeurs du rouge: rouge violent des falaises éclairées par la tranche, rouge d'agonie de la lumière dans le linceul des nuages, rouge imposé à la moire des eaux tremblantes. Seul, l'orient, ouvert sur l'Atlantique enténébré déjà, échappait au magique pinceau, et de ce côté, l’œil ne rencontrait qu'un grand pan de bleu sombre qui chutait dans le noir.
    Un câble fut jeté et les deux bateaux glissèrent de conserve, leurs deux petits mâts fraternisant sur le ciel et sur l'eau. Une voix de femme s'éleva à la proue, chantant l'Évangéline. Bientôt, au refrain, toutes les voix concertaient:
    Évangéline! Évangéline!
    Tout chante ici ton noble nom!
    Dans le vallon, sur la colline,
    L'écho répète et nous répond:
    Évangéline! Évangéline!
    Le halètement du moteur fut couvert. La terre s'éloigna, nous laissant seuls au beau milieu de la baie. L'illusion grandissante devint bientôt complète. Nous avions rêvé deux siècles d'histoire! Ce fallacieux incendie, là-bas, c'était celui de Grand-Pré! Nous étions des proscrits d'Acadie fuyant la baïonnette anglaise, cherchant un rivage hospitalier. Le Cap-aux-Meules, devant nous, était vierge encore, sans doute. A la proue, cette jeune fille qui chantait si clair:
    Qu'ils étaient beaux, les jours de notre enfance,
    Cher Gabriel, au pays de Grand-Pré!
    c'était Évangéline en pleurs, cherchant son fiancé!..

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    La fête va finir. Ces bons fils se souviennent de leur pasteur et père, souffrant sur un lit d'hôpital et, avant que de se séparer, on rédige un message que le sans-fil tout à l'heure portera d'un bond par-dessus la mer, les forêts et les fleuves, jusque dans la chambre du malade, aux pentes du Mont-Royal: «Paroissiens Havre-aux-Maisons réunis école Saint-Joseph Assomption envoient hommages vœux prompt rétablissement.»
    Le soleil baisse et rase maintenant le sommet des demoiselles. Un à un, à regret, les cabs-à-rouet et les charrettes s'écoulent par le réseau des chemins, du côté de la Dune-du-Sud, du côté du Barachois, vers l'église de la Pointe-Basse. Demeurés seuls, quelques hommes maintenant abordent Paul à Jean et lui glissent discrètement des pièces blanches pour payer le radiogramme. Ils s'en vont à leur tour, et je puis à mon aise serrer la main de mon ami, le féliciter d'avoir voulu, un peu pour moi, réunir ses chers Madelinots sous le drapeau d'Acadie, pour verser encore une larme sur les malheurs des aïeux, pour regarder avec confiance et détermination l'avenir qui, pour ce peuple marqué de Dieu, est une marche à l'étoile!
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Marie-Victorin
    Mots-clés
    Acadie, acadiens, Évangéline, Iles-de-la-Madelein
    Extrait
    Les hommes du Havre-aux-Maisons sont hauts, remarquablement hauts. En un siècle plus panaché que le nôtre, ceux-ci eussent pu devenir de superbes d'Artagnan et d'étonnants Lagardère
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