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    Dossier: Folie

    Article "Folie"

    Voltaire
    Qu’est-ce que la folie? c’est d’avoir des pensées incohérentes et la conduite de même. Le plus sage des hommes veut-il connaître la folie, qu’il réfléchisse sur la marche de ses idées pendant ses rêves. S’il a une digestion laborieuse dans la nuit, mille idées incohérentes l’agitent; il semble que la nature nous punisse d’avoir pris trop d’aliments, ou d’en avoir fait un mauvais choix, en nous donnant des pensées; car on ne pense guère en dormant que dans une mauvaise digestion. Les rêves inquiets sont réellement une folie passagère.

    La folie pendant la veille est de même une maladie qui empêche un homme nécessairement de penser et d’agir comme les autres. Ne pouvant gérer son bien, on l’interdit; ne pouvant avoir des idées convenables à la société, on l’en exclut; s’il est dangereux, on l’enferme; s’il est furieux, on le lie. Quelquefois on le guérit par les bains, par la saignée, par le régime.

    Cet homme n’est point privé d’idées; il en a comme tous les autres hommes pendant la veille, et souvent quand il dort. On peut demander comment son âme spirituelle, immortelle, logée dans son cerveau, recevant toutes les idées par les sens très nettes et très distinctes, n’en porte cependant jamais un jugement sain. Elle voit les objets comme l’âme d’Aristote et de Platon, de Locke et de Newton, les voyait; elle entend les mêmes sons, elle a le même sens du toucher; comment donc, recevant les perceptions que les plus sages éprouvent, en fait-elle un assemblage extravagant sans pouvoir s’en dispenser?

    Si cette substance simple et éternelle a pour ses actions les mêmes instruments qu’ont les âmes des cerveaux les plus sages, elle doit raisonner comme eux. Qui peut l’en empêcher? Je conçois bien à toute force que si mon fou voit du rouge, et les sages du bleu; si, quand les sages entendent de la musique, mon fou entend le braiment d’un âne; si, quand ils sont au sermon, mon fou croit être à la comédie; si, quand ils entendent oui, il entend non; alors son âme doit penser au rebours des autres. Mais mon fou a les mêmes perceptions qu’eux; il n’y a nulle raison apparente pour laquelle son âme, ayant reçu par ses sens tous ses outils, ne peut en faire d’usage. Elle est pure, dit-on; elle n’est sujette par elle-même à aucune infirmité; la voilà pourvue de tous les secours nécessaires: quelque chose qui se passe dans son corps, rien ne peut changer son essence; cependant on la mène dans son étui aux Petites-Maisons.

    Cette réflexion peut faire soupçonner que la faculté de penser, donnée de Dieu à l’homme, est sujette au dérangement comme les autres sens. Un fou est un malade dont le cerveau pâtit, comme le goutteux est un malade qui souffre aux pieds et aux mains; il pensait par le cerveau, comme il marchait avec les pieds, sans rien connaître ni de son pouvoir incompréhensible de marcher, ni de son pouvoir non moins incompréhensible de penser. On a la goutte au cerveau comme aux pieds. Enfin, après mille raisonnements, il n’y a peut-être que la foi seule qui puisse nous convaincre qu’une substance simple et immatérielle puisse être malade.

    Les doctes ou les docteurs diront au fou: « Mon ami, quoique tu aies perdu le sens commun, ton âme est aussi spirituelle, aussi pure, aussi immortelle que la nôtre; mais notre âme est bien logée, et la tienne l’est mal; les fenêtres de la maison sont bouchées pour elle: l’air lui manque, elle étouffe. » Le fou, dans ses bons moments, leur répondrait: « Mes amis, vous supposez à votre ordinaire ce qui est en question. Mes fenêtres sont aussi bien ouvertes que les vôtres, puisque je vois les mêmes objets, et que j’entends les mêmes paroles: il faut donc nécessairement que mon âme fasse un mauvais usage de ses sens, ou que mon âme ne soit elle-même qu’un sens vicié, une qualité dépravée. En un mot, ou mon âme est folle par elle-même, ou je n’ai point d’âme. »

    Un des docteurs pourra répondre: « Mon confrère, Dieu a créé peut-être des âmes folles, comme il a créé des âmes sages. » Le fou répliquera: « Si je croyais cela, je serais encore plus fou que je ne le suis. De grâce, vous qui en savez tant, dites-moi pourquoi je suis fou. »

    Si les docteurs ont encore un peu de sens, ils lui répondront: « Je n en sais rien. » Ils ne comprendront pas pourquoi une cervelle a des idées incohérentes; ils ne comprendront pas mieux pourquoi une autre cervelle a des idées régulières et suivies. Ils se croiront sages, et ils seront aussi fous que lui.

    Si le fou a un bon moment, il leur dira: « Pauvres mortels, qui ne pouvez ni connaître la cause de mon mal, ni le guérir, tremblez de devenir entièrement semblables à moi, et même de me surpasser. Vous n’êtes pas de meilleure maison que le roi de France Charles VI, le roi d’Angleterre Henri VI, et l’empereur Venceslas, qui perdirent la faculté de raisonner dans le même siècle. Vous n’avez pas plus d’esprit que Blaise Pascal, Jacques Abbadie, et Jonathan Swift, qui sont tous trois morts fous. Du moins le dernier fonda pour nous un hôpital: voulez-vous que j’aille vous y retenir une place? »

    N. B. Je suis fâché pour Hippocrate qu’il ait prescrit le sang d’ânon pour la folie, et encore plus fâché que le Manuel des dames dise qu’on guérit la folie en prenant la gale. Voilà de plaisantes recettes; elles paraissent inventées par les malades.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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