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    Dossier: Éthique

    Deux virus: H1N1 et corruption2009

    Jacques Dufresne

    Deux virus sont à l'oeuvre en ce moment dans le monde et plus particulièrement au Québec. Nous connaissons tous le premier par son nom: H1N1. Le second, corruption 2009, est d'ordre moral, mais nous avons tout intérêt à l'assimiler au premier et à l'affronter avec les méthodes de la santé publique. La moralité publique accuse en effet un retard marqué par rapport à son homologue. Preuve que le fait de vivre est plus précieux pour nous que le fait de bien vivre. Dans toutes les situations où il y a des gains d'argent faciles en vue, il nous faudrait tenir pour acquis qu’une pandémie morale est imminente, qu'elle n'est pas seulement possible ou probable mais certaine et qu'il nous faut pour la combattre maintenir une troupe d'élite en état d'alerte.

    À Montréal, les soumissions dans le secteur public sont souvent truquées: un certain nombre d'entrepreneurs forment un club fermé et s'entendent entre eux pour que les contrats leur soient attribués à tour de rôle. Ils fixent ensuite le montant de la soumission la plus basse, désigne celui d'entre eux qui fera cette soumission et font des offres plus élevées. Des travaux dont la valeur réelle, avec bénéfice raisonnable pour l'exécutant, est de 1 million, coûtent ainsi aux contribuables entre 1,2 et 1,4 million. Quant aux entrepreneurs qui ne font pas partie du club fermé, on utilise des moyens de persuasion mafieux pour qu'ils se tiennent à l'écart. Une partie de l'argent ainsi volé aux contribuables sert à financer les partis politiques.

    Est-ce là un cas unique? On pourrait le croire en lisant les articles des journaux Le monde et The Globe and Mail. Dans ce grand journal de Toronto, ville jadis rivale de Montréal, on ravive même le mythe de Montréal ville la plus pourrie du continent. Voici la réalité: en 2008, il y eut 29 homicides à Montréal, le plus faible taux parmi les cinq plus grandes villes du Canada. Il y en eut par exemple, 70 à Toronto. Aux Etats-Unis, il y en eut 200 à Phoenix et 400 à Philadelphie. Montréal est aussi l'une des rares grandes villes du monde où l'on peut se promener le soir en toute sécurité, dans tous les quartiers.

    Pour mettre les choses dans leur juste perspective, il faut aussi rappeler que la collusion n'est que l'une des formes que peut prendre la corruption. Il y a aussi:

    -La corruption par l'usure

    Vous avez été obligé d'assiéger telle compagnie de téléphone pour obtenir un meilleur contrat, mais quand vous recevez la facture, vous constatez que l'entente verbale n'a pas été intégralement respectée. Aurez-vous le courage de recommencer la même bataille? On vous a eu par l'usure. L'obligation de méfiance à laquelle nous réduit ce type de marketing est l'une des pires atteintes au capital social d'une communauté. Si je place cette corruption par l'usure au sommet de la liste, c'est parce qu'on pousse l'hypocrisie jusqu'à la considérer non seulement comme légitime, mais aussi comme méritoire, dans la mesure où elle permet à une entreprise d'accroître ses profits, ce qui est son premier but. C'est ce premier but, soit dit en passant, qui est à l'origine de tous les excès. La personne morale, comme la personne en chair et en os, doit d'abord servir le bien commun tout en assurant sa survie.

    -La corruption par l'incompétence

    Quiconque connaît un tant soit peu l'industrie de l'informatique, vous avouera tôt ou tard, dans un élan de sincérité, que l'incompétence d'un décideur du secteur public dans ce domaine peut donner lieu, de la part des consultants en informatique, à des abus comparables à ceux que la collusion a rendu possibles dans le secteur de la construction. Il y avait hier beaucoup de décideurs incompétents, dans le secteur privé comme dans le secteur public. La chose était normale, l'informatique en était à ses débuts, mais n'y en a-t-il pas encore trop aujourd'hui?

    -La corruption par la compétence

    Vous êtes un chercheur réputé, vous associez votre nom à un médicament, sur la base d'une information dont vous savez qu'elle est partielle. Quelques années plus tard, le médicament, appelons-le Viox, est retiré de la circulation parce qu'il est lié à des dizaines de milliers de morts.

    -La corruption par la mauvaise gouvernance

    Imaginez une base de données vieille de 20 ans qui a été corrigée et améliorée par vingt programmeurs différents ayant chacun sa méthode, expliquée dans une petite note perdue dans le logiciel et devinez ce qu'il en coûte pour en assurer le bon fonctionnement.

    La liste pourrait s'allonger. Pour ce qui est de la collusion, il serait plus sage de présumer que partout où elle est possible, elle devient nécessaire et que c'est l'hypocrisie qui est universelle, non la vertu. Ce voile de l'hypocrisie, on le lève graduellement aux États-Unis dans le cadre du débat sur la réforme du système de santé. De toute évidence, les compagnies d'assurance du secteur de la santé de ce pays n'aiment guère plus la concurrence que les entrepreneurs montréalais. Dans bon nombre d'états, deux d'entre elles seulement sont présentes. Ce qui aide à comprendre pourquoi le coût de la santé aux États-Unis est presque deux fois plus élevé qu'en France ou au Canada, pour des résultats comparables alors que les lois du marché devraient normalement avoir pour effet de les réduire. La France et le Canada ont des systèmes de santé publics.

    Ces deux levées du rideau, à l'échelle d'une ville et à l'échelle d'un pays ont une chose en commun: elles révèlent des situations corruptrices, des contextes qui rendent l'abus pratiquement inévitable, et qui, sans excuser ceux qui en tirent injustement profit, expliquent en partie leur geste. À quoi il faut opposer des fraudes longtemps préméditées comme celle de Bernard Madoff que la froide et cynique cupidité suffit à expliquer. Dans le premier cas, nous faisons le mal parce que tout autour de nous nous y pousse et que pour y résister il nous faudrait une lucidité, une identité et un courage exceptionnels. C'est notre faiblesse qui est alors en cause. Dans le second cas, nous sommes à l'origine du mal et c'est notre cupidité qui est à l'œuvre.

    L'occasion fait le larron, dit la sagesse populaire. Les situations corruptrices que nous évoquons sont des occasions complexes et juste assez bien dissimulées pour entretenir l'illusion qu'elles sont sans danger pour les moeurs publiques. Vaut-il mieux supprimer l'occasion ou convertir le larron? Parce qu'il est plus facile de protéger les hommes contre leurs faiblesses que de les guérir de leur cupidité, il faut d'abord supprimer l'occasion. Mais si on lance ensuite une campagne de redressement moral en vue de convertir le larron, il faut bien se garder de confondre les deux opérations, car on risquerait ainsi de les rater l'une et l'autre. La première est mécanique, la seconde est d'un autre ordre, elle suppose une élévation du niveau d'inspiration d'un peuple.

    En 1977, au Québec, au moment de la grande réforme de la loi électorale, nous avons commis l'erreur de confondre les deux opérations. Nous avons rendu illégales les contributions des grandes entreprises aux caisses électorales des partis politiques. L'intention était louable, mais emportés par un tsunami de vertu, nous avons cru avoir relevé ainsi le niveau des moeurs, ce qui nous dispensait d'appliquer les nouvelles règles efficacement. Une hypocrisie sur laquelle nous fermions les yeux à l'avance s'ajoutait ainsi aux abus de pouvoir. Il devait être clair en effet, pour tout esprit lucide, que les entreprises intéressées à être dans les grâces du gouvernement trouveraient un moyen de contourner la loi, ce qu'elles ont fait et sans doute beaucoup plus rapidement qu'on a bien voulu l'admettre. Au lieu de verser 100 000$ de façon ouverte à un parti politique, elles feraient en sorte que 100 de leurs employés fassent un don de 1 000S, qui leur serait immédiatement remboursé. Si nos esprits n'avaient pas été embués par la pensée magique sur le redressement des mœurs, nous aurions inscrit dans la loi elle-même les mesures requises pour contrer les nouveaux abus au fur et à mesure qu'ils se produiraient. Nous aurions suivi l'exemple des biologistes qui luttent contre les bactéries résistant aux antibiotiques et des informaticiens qui traquent les virus. Nous savons très bien mobiliser nos ressources sanitaires pour faire face à une pandémie, même lorsqu'elle n'est que présumée. Dans toutes les situations où il y a des gains d'argent faciles en vue, il nous faut tenir pour acquis qu’une pandémie morale est imminente et qu'elle n'est pas seulement possible ou probable mais certaine et qu'il nous faut pour la combattre maintenir une troupe d'élite en état d'alerte.

    Les exemples de situations corruptrices abondent en médecine et si le redressement est souvent difficile, il est par contre des cas où les mesures à prendre sont de l'ordre de l'évidence. L'histoire récente des médicaments anti-inflammatoires, comme Viox et Cerebrex en est un. L'aspirine, découverte il y a plus d'un siècle, continue de faire des jaloux dans l'industrie pharmaceutique. On cherche toujours des anti-inflammatoires présentant un meilleur rapport avantages inconvénients et l'on en trouve, ou du moins on croit en trouver. La compagnie Merck a trouvé par exemple le Viox et la compagnie Pharmacia le Cerebrex. On sait ce qui est arrivé depuis au Viox. En septembre 2004, la FDA , (Food and Drug administration) a obligé la compagnie Merck à retirer son produit du marché parce qu'on avait la preuve qu'il doublait les risques d'accidents cardio-vasculaires après dix-huit mois d'utilisation quotidienne. Il en est résulté 50 000 plaintes en justice qui ont coûté 4,85 milliards à Merck, somme énorme qui paraît cependant bien raisonnable quand on sait que le médicament avait rapporté 2,5 milliards en moyenne au cours des années précédentes.

    Comment la FDA avait-elle pu autoriser un médicament ayant des effets secondaires si graves et si faciles à repérer? Le docteur Nortin H. Hadler, un véritable adepte de la science en médecine, dont personne ne peut contester la rigueur, a soulevé la question dans un livre paru en 2004, juste avant l'interdiction du Viox. Ce livre a paru en version française en 2008 aux Presses de l'Université Laval sous le titre de Le dernier des bien portants. C'est toutefois à propos du Cerebrex, dont les avantages lui paraissaient aussi douteux que ceux du Viox, que Hadler donne les précisions qui aident le mieux à comprendre la genèse des situations corruptrices. Suite à une étude appelée CLASS, le JAMA (Journal of the American Medical Association) publia un article favorable au Cerebrex, mais on apprit plus tard que cet article avait été écrit à partir d'une information incomplète. Précisons que la vente du Cerebrex avait déjà été autorisée et que l'étude en cause ne portait que sur une comparaison entre le Cerebrex et un produit rival. Le démenti de la FDA à l'article du JAMA n'empêcha pas la compagnie Pharmacia de lancer une vaste promotion commerciale fondée sur l'article contestable et contesté. Voici ce que nous apprend Hadler à ce sujet: «30 000 copies de l'article du JAMA ont été achetées pour distribution. Les ventes de Cerebrex sont passées de 2,6 milliards de dollars en 2000 à 3,1 milliards en 2001. La tête de l'article de l'essai CLASS comptait seize auteurs: six étaient des salariés de Pharmacia et les autres d'établissements universitaires, tout en travaillant comme consultants rétribués de Pharmacia, le commanditaire de l'étude. Un des auteurs universitaires ayant une longue histoire de collaboration avec Pharmacia et d'autres sociétés pharmaceutiques avait été l'auteur principal d'un premier essai de Cerebrex et, au moment de l'autorisation du produit, dirigeait la division de la FDA chargée de réviser toutes les demandes d'approbation des nouveaux AINS. ( anti-inflammatoires non stéroïdiens )»

    Le Cerebrex est toujours disponible à un coût beaucoup plus élevé que l'aspirine. Pourtant, note Hadler:«Aucun des AINS approuvé n'a été avéré moins efficace, ni plus efficace que l'aspirine et aucun ne s'est montré moins inoffensif que l'aspirine.»

    C'est la compagnie Pharmacia elle-même, on l'aura noté, qui avait commandité l'étude CLASS et ce sont des chercheurs en conflit d'intérêts qui ont ensuite écrit l'article destiné au JAMA, lequel était lui-même en conflit d'intérêts puisqu'il a vendu 30 000 copies de l'article à la compagnie. Un enfant de dix ans pourrait découvrir les mesures à prendre pour faire disparaître une telle situation corruptrice. Hadler propose le remède suivant: «On pourrait créer des unités de clinimétrie financées par le fédéral, installées dans un certain nombre de facultés de médecine et recrutant des scientifiques correctement préparés à qui on interdirait toute relation financière avec une compagnie pharmaceutique.

    Quand le président Barack Obama s'engage à offrir des services de santé à tous les Américains sans accroître les dépenses, il mise sur des économies obtenues par de tels moyens. Mais pour réussir, il faudrait aussi qu'il interdise la publicité des médicaments dans les médias, à la télévision en particulier, ce qui, compte tenu de la crise que traversent en ce moment les médias traditionnels, équivaudrait à un suicide politique. Voici un exemple où l'on voit que pour éliminer une situation corruptrice, il faut pouvoir miser sur un haut niveau moral dans l'ensemble de la société, même quand le remède est simple et clair.

    Plus les situations corruptrices sont complexes, plus les efforts pour supprimer le mal en supprimant les occasions s'avèrent vains si les moeurs stagnent ou se dégradent au même moment. Ce qui nous ramène à l'autre remède, plus difficile encore à appliquer avec succès: le redressement des moeurs, la conversion du larron. Comment accroître la proportion de bien dans une société? On connaît la réponse du matérialiste à cette question. À force d'étudier le cerveau et les gènes, on finira bien par trouver un ensemble de médicaments et de thérapies qui supprimeront l'agressivité à sa source biologique. La violence étant supprimée ou seulement tempérée, les stratégies mafieuses dont elle est l'élément central deviendront inopérantes. Trouvera-t-on aussi la pilule de la limite ? Celle qui tuera au coeur de l'homme ce besoin de posséder toujours plus d'argent, même quand on en possède déjà beaucoup ? Si on la trouve, il faudra s'attendre à ce que les plus doués pour la conquête et la conservation du pouvoir s'empressent de la prescrire à leurs sujets en prenant bien soin de s'abstenir eux-mêmes de la prendre. C'est ce qui se passe déjà. Qui peut nier qu'une bonne partie des drogues absorbées sous forme de médicaments ou sous une autre ont pour effet de plonger les gens dans une anesthésie qui émousse leur esprit critique? Obstacle facile à surmonter, dira un matérialiste éclairé. On trouvera une pilule qui stimulera l'esprit critique juste assez pour rendre la dictature impossible. Dans le même esprit, on trouvera une pilule ou une chirurgie qui redonnera un courage modéré à ceux chez qui on aura tué l'agressivité. Les cocktails de médicaments que prennent déjà bien des gens sont une préfiguration de ce cocktail terminal.

    C'est la seule direction dans laquelle il y a progrès en ce moment, un progrès hélas sans issue ! Il serait bien étonnant en effet qu'on trouve à la fin une liberté qu'on a niée au point de départ. La maîtrise de l'homme par la science et la technique ne peut être que la maîtrise de tous par quelques-uns, comme l'ont bien vu tant d'auteurs d'oeuvres futuristes. Quant à l'autre voie, la voie spirituelle, nous savons désormais à quel point il est difficile d'en éviter les contrefaçons. Insuffler une inspiration à un peuple est la tâche la plus enthousiasmante, mais aussi la plus exigeante qui soit. Elle suppose par exemple une vision du monde qui fasse apparaître cette inspiration à la fois comme nécessaire et comme possible. Elle suppose aussi une lucidité qui permette de distinguer l'authentique inspiration, pénétration d'une énergie d'un autre ordre dans l'ordre humain, de cette pensée magique dans laquelle baignent le plus souvent les exhortations au redressement des moeurs. C'est dans l'usage du mot démocratie que la pensée magique se manifeste le plus en ce moment, dans le cadre du débat sur la collusion à Montréal. On invoque en effet l'idéal démocratique, comme si les actes posés étaient mauvais non en eux-mêmes mais uniquement par rapport à cet idéal. La démocratie n'est pourtant qu'un régime politique, le meilleur sans doute, mais rien de plus. On pourrait même penser que la collusion prospère plus en démocratie que dans une oligarchie ou une monarchie. Un roi détenant le pouvoir absolu et ayant l'intérêt de son peuple à coeur pourrait facilement empêcher un groupe d'entrepreneurs de se liguer contre l'État dont il est le chef. Louis XIV a remis à sa place Fouquet, l'homme le plus riche de son royaume. Quels chefs d'État démocratique pourraient se vanter de pouvoir en faire autant ? Il faut éviter de faire de la démocratie un absolu. L'absolu est du côté de la Justice, d'une justice qu'on peut aimer, d'une justice comme celle qu'évoque H.D. Forbes : «Donner à l'autre son dû peut apparaître comme n'étant rien d'autre qu'une douloureuse nécessité s'expliquant par notre inéluctable interdépendance, mais quand s'ajoute l'amour de la justice, le même acte est vécu comme une réponse aimante à un autre qui se révèle à nous comme beau. Dans nos relations avec les autres, nous devons être attirés vers une perfection à la limite non représentable, en suivant nos désirs et non en les contrariant.»

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Jacques Dufresne
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    L'occasion fait le larron, dit la sagesse populaire. Les situations corruptrices que nous évoquons sont des occasions complexes et juste assez bien dissimulées pour entretenir l'illusion qu'elles sont sans danger pour les moeurs publiques. Vaut-il mieux supprimer l'occasion ou convertir le larron? Parce qu'il est plus facile de protéger les hommes contre leurs faiblesses que de les guérir de leur cupidité , il faut d'abord supprimer l'occasion. Mais si on lance ensuite une campagne de redressement moral en vue de convertir le larron, il faut bien se garder de confondre les deux opérations, car on risquerait ainsi de les rater l'une et l'autre. La première est mécanique, la seconde est d'un autre ordre, elle suppose une élévation du niveau d'inspiration d'un peuple.
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