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    Dossier: Enseignement

    Une bonne réforme

    Émile Robichaud
    Dans son document intitulé: «Faire avancer l'école»(1), la ministre de l'Éducation, madame Lucienne Robillard, exprime clairement son intention de donner un sens à l'école, et ce dans les deux acceptions du terme, c'est-à-dire une direction et une signification. Elle le fait en termes clairs, compréhensibles pour le commun des mortels: c'est déjà presqu'une révolution! Nous avons connu des réformes idéologiques: la grammaire elle-même s'est déjà vue assimilée aux institutions «bourgeoises» et, par là même, considérée comme une ennemie du peuple! Le réalisme et le bon sens semblent vouloir reprendre leur juste place. Plutôt que de rechercher les théories les plus fumeuses, voici que le Ministère entend se mettre à l'école... des écoles: «Il faut s'inspirer de l'exemple des écoles qui se prennent en main, qui progressent, qui réussissent [...]. De leur expérience, on pourrait dégager plusieurs pistes qui ouvrent le chemin vers la réussite.»(p.12) Voilà qui explique la pertinence de la plupart des mesures proposées par le document: nous soulignerons celles qui nous semblent particulièrement intéressantes.
    «L'école est embarrassée»

    Nous l'avions tous constaté: la Ministre le reconnaît: «L'école est embarrassée par trop d'objectifs, de programmes, de règles, de décisions et de façons de faire, qui se sont accumulés au cours des années, et qui aujourd'hui, l'alourdissent considérablement et entravent son essor.»(p.11) Il ne faut surtout pas demander à ceux que l'éditorialiste de La Presse, madame Agnès Gruda, a si joliment nommés «les pédagocrates» de faire le ménage dans tout cela: ils en rajouteront! Une seule solution: «donner de l'espace, de la souplesse et de la latitude aux responsables locaux - direction de l'école, personnel enseignant et personnel professionnel non enseignant - afin qu'ils puissent répondre adéquatement aux besoins particuliers de leurs élèves ou de groupes d'élèves.» (p.28) La «responsabilisation», enfin! Et pour ce faire, le Ministère de l'Éducation «entend revoir ses modes d'intervention en matière de pilotage pédagogique.» (p.28) Cela veut dire clarifier et simplifier les programmes et ne plus confondre programmes et approches pédagogiques. Le Ministère définira des contenus à enseigner et des compétences à acquérir et abandonnera la préparation «des imposants guides pédagogiques qui tentent de tout prévoir.» (p.29) Il entend, aussi, redonner aux enseignantes et aux enseignants une meilleure part dans l'évaluation qui sévit actuellement. Bref, un «grand ménage» et un sain courant d'air!


    Le français

    Une affirmation qui a, justement, la fraîcheur d'un courant d'air: «Il faut en effet posséder sa langue pour simplement pourvoir penser.» (p. 13) Vous avez bien lu: il n'est pas question de «communiquer» mais de «penser». Nous voici, enfin, libérés de «l'obsession communicative»! L'accent sera mis davantage sur l'écriture et la lecture, on fera appel «à des oeuvres d'auteurs reconnus» et on fera «acquérir aux jeunes une connaissance usuelle de la grammaire.» Et à tous les esprits tordus qui se scandaliseront qu'on revienne à une «connaissance explicite de la grammaire», le document lance cette redoutable réplique: «On ne fait pas de musique sans faire des gammes. On ne fait pas de sport sans exercice répété des mouvements de base».(p.15) Vous avez bien lu! Je vous avais prévenus: ce document n'est pas à mettre entre toutes les mains. Comme nous en avertit une certaine réclame publicitaire de la télévision, il contient des «scènes de violence»! Et tout ce bon sens, assené sans ménagement, fera certainement mourir plusieurs grands maîtres des tournures illisibles et incompréhensibles! Posséder sa langue pour pouvoir penser, apprendre la grammaire comme on fait ses gammes ou ses exercices, décidément madame Robillard a de mauvaises fréquentations! Et elle a même osé nous les identifier: des écoles qui se sont prises en main et qui on élaboré des pratiques «qui suggèrent déjà au Ministère des voies à emprunter.» (p.12) La «taupe» du bon sens s'est infiltrée au sein même du Ministère: tous les espoirs sont permis!


    Une formation générale

    Maintenant que les 6000 objectifs des programmes ne hantent plus nos nuits et que nous avons retrouvé le droit de penser, de faire nos gammes et, pour garder la forme, nos «mouvements de base», nous pouvons nous payer le luxe de rêver... à une formation générale, rien de moins! Et c'est écrit en toutes lettres, dans un document officiel! «Accentuer, tout au long du primaire et du secondaire, la visée d'une formation générale de bon niveau.» (p.18) Une formation générale qui inclut des «connaissances dans les principaux domaines de la culture», des «façons de faire» et «un art de vivre». Et pour éviter de s'y perdre en cours de route, l'affirmation de la nécessité d'un «profil de sortie», c'est-à-dire une réponse nette à la question toute simple: «Que devraient savoir les jeunes à la fin du secondaire? Que devraient-ils savoir faire et savoir être?» Et le Ministère entend bien associer les partenaires du milieu de l'éducation à l'élaboration de ce «profil des sortie». Si c'était vrai.


    Les fameux «titulaires» au secondaire

    On a beaucoup parlé et écrit à ce propos. L'essentiel tient à la formation, du moins au premier cycle du secondaire, de groupes d'élèves stables qui soient sous la responsabilité d'un titulaire (ou d'un tuteur). Il n'est pas obligatoire que ce titulaire y enseigne plusieurs matières: c'est un idéal et non une condition d'implantation. C'est dans ce groupe stable que les jeunes feront l'apprentissage de la vie communautaire, de l'entraide, du support mutuel. Ils ont besoin, aujourd'hui plus que jamais, d'une "appartenance" et la somme de ces «appartenances» transformera l'école en une institution vivante, cohésive.


    Les deux cycles du secondaire

    Le premier cycle du secondaire, d'une durée de trois ans, se consacrerait à la formation de base. Une formation qui ferait l'objet d'une évaluation rigoureuse avant le passage au second cycle, d'une durée de deux ans. Cette évaluation permettrait les mises au point nécessaires et, le cas échéant, le rattrapage voulu.

    Quant au deuxième cycle, le document constate que «face à la diversité croissante de la population scolaire, il faut aménager une réelle diversité dans les cheminements.» (p.23) Par conséquent, «Il est donc important que l'ensemble des cours correspondent aux attentes de ceux et celles qui se dirigent vers des études collégiales, soit près des deux tiers, mais tiennent également compte de l'autre tiers qui se dirige vers la formation professionnelle ou le marché du travail.» (p.23) D'où la proposition d'un regroupement des matières à options par grands «champs» du savoir pour briser, en quelque sorte, le «monopole» des sciences-mathématiques et offrir aux écoles la possibilité de se donner une identité. Reste la question complexe de l'accès à la formation professionnelle pour les jeunes. Fidèle à sa volonté «d'avancer ensemble», la ministre pose trois questions:

    - «Doit-on permettre aux jeunes de moins de 16 ans de s'inscrire à certains programmes de formation professionnelle?

    - Faut-il revoir en profondeur les conditions d'admission à la formation professionnelle?

    - Doit-on faciliter aux élèves inscrits en formation professionnelle la possibilité de poursuivre simultanément leur formation générale?» (p. 35)

    La discussion est ouverte... et possible: tous les partenaires sont conviés à apporter leur contribution. Il n'y a pas d'évidence en cette matière: le fait que les efforts faits pour améliorer l'enseignement professionnel et y attirer plus de jeunes n'aient pas donné les résultats attendus le prouve bien.


    Révision des règles d'obtention du diplôme d'études secondaires

    Certains élèves obtiennent actuellement leur diplôme en réussissant 130 unités (une unité correspond à 25 heures de cours), d'autres en en réussissant... 180, soit une différence de plus d'une année scolaire! Les nouvelles règles de sanction proposent que, pour l'obtention, en juin 1997, d'un diplôme d'études secondaires, l'élève devrait réussir 54 unités sur un total possible de 72, ce qui représente 75% du total des unités de 4ème et 5ème secondaire. Les mathématiques et les sciences apparaissent maintenant parmi les matières obligatoires pour l'obtention du diplôme, ce qui n'est pas le cas actuellement. Une volonté donc, clairement exprimée, de donner plus de crédibilité au diplôme d'études secondaires. Mais tout cela dans le respect de l'équilibre et du bon sens: «La visée de la formation générale et le contexte sociétal exigent que tous les jeunes fassent un bon apprentissage du langage mathématique. Mais, il ne faut pas pour autant leur créer des embûches.»(p.27) Exiger mais le faire de façon réaliste et respectueuse des véritables enjeux.


    La bio-diversité

    La vie est diversité. Le Congrès de Rio nous a initiés à cette facette, parfois surprenante, de la réalité vivante. Nos écoles seront des milieux vivants dans la mesure où nous accepterons cette «bio-diversité». Il est encourageant de voir la Ministre appuyer les projets novateurs. Cette diversification en inquiète plusieurs qui craignent «des écoles à la carte». Pourquoi faut-il craindre «la différence»? Il s'agit là d'un enjeu majeur de la revitalisation de notre système d'éducation. Dans la mesure où les enseignantes et les enseignants se verront accorder la place qui leur revient dans la définition des «règles de pratique» de leur profession, dans la mesure où ils seront présents «dans les lieux où sont prises les décisions importantes concernant leur profession»(p.29), la diversité ne devrait pas les inquiéter, bien au contraire. Bien sûr, cette diversification des écoles exigera une diversification des tâches du personnel enseignant. Ici encore, la loi de la vie a ses exigences. Tout le personnel d'une école ne peut se voir confier une tâche identique en tous points. Les uns seront titulaires, les autres responsables de l'accompagnement de stagiaires. Pendant que certains apporteront leur aide à des collègues moins expérimentés, d'autres prépareront du matériel didactique ou verront à aider des élèves qui ont besoin de rattrapage. Aurons-nous le courage d'accepter «la différence», exigence fondamentale de la vie?


    Des pistes à explorer

    Une approche intéressante que cette formule des «pistes à explorer». Nous voici bien loin des dogmes qui nous ont fait tant de mal. Quelques exemples de «pistes à explorer»:

    -«Est-il toujours opportun de maintenir obligatoires certains cours?

    - À quoi serait-il opportun d'allouer le temps qui pourrait être ainsi libéré?

    - Faut-il réserver des places en formation professionnelle pour les jeunes en cours de formation?» (pp. 30 à 37)

    Le document va même jusqu'à proposer «des démarches d'accréditation d'écoles, organisées sur une base volontaire et gérées en partenariat entre le Ministère, les commissions scolaires et les écoles». (p.37)
    Il n'y a pas de réponses toutes faites à ces questions complexes. Et c'est fort heureux! Elles mettent à l'épreuve les responsabilités professionnelles des enseignantes et des enseignants et celles des directeurs et directrices d'école. Auront-ils le courage... de la diversité.


    Malgré tout...

    Le Québec vit, comme toutes les autres sociétés, des heures difficiles. Nous n'avons plus les moyens de nous lancer dans des réformes coûteuses et hasardeuses. L'école doit faire face, et le document de madame Robillard le reconnaît, à des défis sociaux «réels voire redoutables». (p.39) Le style du document, ses approches, sa façon de poser les problèmes nous permettent d'espérer qu'enfin un sain réalisme présidera aux mises à jour, toujours nécessaires, de notre système d'éducation. Ce sain réalisme exigera certains retours à des moyens, à des méthodes qui ont fait leurs preuves. Aurons-nous le courage de vaincre la phobie du «retour en arrière»? Car il faut, parfois, plus de courage pour recourir à une façon de faire «ancienne» qu'à une méthode qu'on dit «révolutionnaire».
    La vie est faite de complexité, de diversité, et d'exigences. Nos enfants vivent déjà dans un monde difficile et ils auront à affronter de redoutables défis; ceux qui les aiment vraiment ne peuvent que souhaiter les voir le mieux préparés possible à les affronter. L'école ne peut pas tout faire: c'est une évidence que nous avions peut-être oubliée. Elle doit aller à l'essentiel et sa mission première est d'enseigner. «Malgré tout, il faut que l'école soit l'école. Et qu'elle se concentre de façon exigeante sur l'enseignement.»(p.39) Un enseignement nourricier, qui suscite chez les jeunes l'envie et la joie de connaître. Être exigeant, c'est une preuve de respect et d'amour.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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