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    Dossier: crire

    Le don d'écrire

    Marcel Aymé
    Considérations sur le don d'écrire d'un écrivain qui ne s'est pas regardé écrire.
    Le don d'écrire? Je ne parle pas, bien entendu, de ce don que possèdent heureusement la plupart des auteurs de ficeler proprement, dans une langue correcte, un roman de deux ou trois cents pages avec montée, culminance en palier, descente et chute pensive. Je parle de ce don plus rare qui consiste à être de sa chaleur et de sa chair dans les choses qu'on écrit, à donner aux idées la présence, aux mots le poids et la consistance d'un objet familier, maniable, le frémissement sanguin, nerveux, humoral et hormonal de la vie, en même temps qu'une certaine liberté qui continue à circuler dans la phrase après qu'elle a été fixée sur le papier; qui consiste aussi dans la joie d'écrire, de se transformer soi-même en livre, dans le plaisir de jouer avec les mots, de les tâter comme des pêches de vigne ou des chairs de femme, de mouiller un substantif avec un peu d'adjectif, d'empoigner une phrase rétive et de la réduire apoplectique et signifiante, ou au contraire de l'étirer, de la tendre comme une corde de guitare et d'en écouter la résonnance jusque dans ses doigts de pieds. Rien n'est plus important pour un écrivain que cette disponibilité d'esprit, cette faculté de changer de point de vue à chaque instant, de disposer de tous les horizons pour regarder les hommes et les situations et, à l'occasion, pour être contre soi-même. C'est à cause de tout cela qu'Antoine Blondin représente un grand espoir pour notre pauvre littérature qui ne rougit pas de se faire faire des enfants par des comités, des partis, des rassemblements, des groupes, des sous-groupes et qui semble aspirer, dans des camps divers, à la caporalisation.

    L'humour est un bon moyen de tenir à distance (mais sans s'y dérober) l'attendrissement et la colère qui engendrent trop souvent la myopie intellectuelle. Pour la colère et surtout la haine, il n'y a guère d'exemples qu'elles n'entraînent le mépris qui est, lui, une inhibition de l'intelligence, un empêchement radical de comprendre rien à l'individu ou à l'acte sur lesquels il se fixe. L'écrivain qui méprise ce qu'il prétend décrire, expliquer, juger, est la plupart du temps un radoteur insipide et, dans tous les cas, un écrivain diminué. Tout en réservant le meilleur de sa sympathie aux êtres généreux, aux faibles et aux victimes, il lui en reste un peu pour les gredins, les criminels, les brutes, chez lesquels il voit d'abord des hommes dont la qualité d'homme ne saurait être mise en question par les pires errements. C'est là une attitude généralement très mal vue des moralistes qui sont innombrables, susceptibles, et qui tiennent beaucoup à ce que les écrivains, au lieu de sentir, de comprendre, d'expliquer, se fassent les auxiliaires bénévoles des policiers, des procureurs et des gardiens de prison.

    On peut se demander pourquoi certains romanciers se plaisent à faire surgir sur le papier des moments de leur vie passée en même temps que les amis ou les parents qui en furent les témoins, alors que d'autres s'abstiennent tout naturellement de ne jamais rien dire dans leurs livres qui tienne à leur propre personne ou à celles de parents et d'amis. Ce n'est pas la faculté d'inventer qui est ici en cause. L'invention littéraire ne pose pas de grand problème, et l'on sait bien que pour créer un personnage il suffit d'écrire noir sur blanc qu'il a une moustache et qu'il se prénomme Alfred. Ce qui sépare les deux catégories de romanciers tient à mon avis beaucoup moins à une disposition fondamentale qu'à certaine provision de souvenirs que chacun a gardée de ses jeunes années. Il me semble que celui qui a eu une enfance blessée et ne conserve pas un bon souvenir de soi-même peut difficilement avoir envie de se raconter.

    Il y a des gens qui se regardent écrire comme d'autres s'écoutent parler et il n'en faut pas plus pour gâter et leur talent et le plaisir qu'on pourrait prendre à les lire.

    ... Autrefois, hier, l'art du romancier consistait à regarder l'humanité par le trou de la serrure, puis à écrire copieusement ce que tout le monde savait de ses activités et de ses comportements sociaux en laissant apparaître de loin en loin certains aspects de l'homme un peu étranges, un peu troubles, confusément aperçus par l'écrivain à travers le trou. Tous les genres du roman utilisaient ces moyens d'investigation et ce mode d'exposition.

    Le roman psychologique lui-même se contentait de décrire un mécanisme conforme aux habitudes et aux exigences de la vie en société et les découvertes du trou de la serrure y étaient aussi parcimonieuses, aussi imprécises que dans le roman de moeurs et d'atmosphère.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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