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    Dossier: conomie

    Critique de l'économie

    Michel Freitag
    Où on voit que l'existence de l'économique, si elle est lourde de conséquences pour la culture, n'a rien d'absolument nécessaire puisqu'elle est d'abord et avant tout liée à la propriété privée.
    L'idée de base de ma critique est extrêmement simple et elle parvient parfaitement à délimiter le champ d'existence de l'économique dans le sens d'une contingence historique, tout en remettant aussi du même coup à sa place, qui est normative et politico-idéologique, la prétention de l'analyse à l'objectivité scientifique: il n'existe de besoins, de biens, de satisfaction, de rareté, d'utilité, de production et d'échange économiques que dans les conditions de l'échange marchand, lequel connaît par ailleurs toutes sortes de degrés de généralité. Il n'y a de logique économique objective, et donc aussi de calcul économique rationnel (conscient ou inconscient, concédons cela) de la part des sujets que dans l'hypothèse -jamais entièrement satisfaite en fait et impossible à jamais entièrement satisfaire en droit si l'activité économique doit encore rester une action humaine et sociale, ainsi que l'a fait valoir Polanyi dans La grande transformation (1983) - d'une généralisation du marché. Toute la question, déterminante à l'égard de la nature même de l'économique, est alors de savoir ce que signifie cette généralisation de l'échange marchand pour la société et pour ses membres, et dans quelles conditions, sous quelles modalités historiques (contingentes) elle est advenue. (p. 260)
    Constatons pour commencer l'absence de l'économie dans les sociétés d'autosubsistance, que nous pouvons encore nommer des communautés de culture, pour reprendre ici le concept idéal-typique de la Gemeinschaft. Comment arrive-t-on alors à l'économique? Et une fois de plus la réponse est simple! On y parvient par la «déculturation» des rapports entre les personnes et avec les choses, avec l'abstraction de leur socialité immédiate et immanente si l'on entend par là la manière dont les actions humaines vis-à-vis du monde et d'autrui sont insérées dans des normes concrètes intériorisées (ou encore, plus tard dans l'histoire, la manière dont elles sont soumises explicitement et formellement à une volonté politique substantive, qui les régit par la médiation de la loi et d'une sanction extériorisée). On accède à l'économique par l'autonomisation du sujet individuel, par la suppression ou l'effacement des rapports d'interdépendance concrète entre les personnes, de l'assignation collective d'une valeur aux choses et de l'assignation normative (p. 261) immédiate des choses aux personnes: par l'abstraction des solidarités et par la rupture des relations déjà plus distantes mais toujours encore concrètes et personnelles de «service», de «soutien», d'«aide» et de «dépendance» et ceci, indifféremment, que ces relations soient mutuelles ou hiérarchisées.

    Ainsi, la dépendance vis-à-vis d'une chose ne devient «besoin» que lorsque l'accès en devient «libre» normativement - et c'est alors aussi que l'objet devient «rare» subjectivement et intersubjectivement. Pour les nomades traditionnels du désert, par exemple, l'eau n'est pas «rare», elle est précieuse, et ceci qu'elle soit abondante ou qu'elle vienne à manquer. La disette qui peut être récurrente en certaines saisons ou endémique pendant une guerre ne crée pas pour autant une «rareté» tant que les denrées qui font défaut n'entrent pas dans des circuits d'offre et de demande à l'intérieur desquels les partenaires sociaux pourraient agir de manière normativement autonomisée. C'est la propriété, qu'il faut comprendre dans son statut essentiel comme la libération (abusus) de l'accès subjectif aux choses relativement aux règles objectives qui en règlent l'usage (usus) - et relativement donc aux droits concrets qu'autrui détient sur ces choses conformément aux complexes structures normatives qui régissent les possessions traditionnelles - qui crée la «rareté» telle que l'invoque l'économie. Et c'est pourquoi toute la science économique naissante au XVIIIe siècle se nomme «politique», car elle n'est qu'un plaidoyer en faveur de l'institution politico-juridique de la propriété privée au sens strict, c'est-à-dire concrètement de l'élargissement de son champ à la totalité des choses, et ceci donc à l'encontre de l'ensemble des normes traditionnelles qui en régissent encore la possession et l'usage. Et avec la propriété naît justement l'économique, comme champ de son libre jeu et comme logique dérivée de celui-ci. (p. 263).
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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