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    Dossier: Dumont Fernand

    Genèse de la société québécoise

    Jean Éthier-Blais
    Il y a dans Genèse de la société québécoise de Fernand Dumont, une admirable anthologie, qui enseigne la fierté d'être ce que nous sommes et, souvent, suscite une tristesse terrible devant la haine et le mépris dont nous avons été l'objet. Sans parler des trahisons. Reste la troisième partie, qui n'est pas écrite, réservée à un penseur de l'avenir. Que deviendrons-nous?
    Le livre de Fernand Dumont vient à son heure. Aux prises avec des affrontements qui lui sont suscités par le nationalisme canadien en pleine phase impérialiste, la société québécoise cherche, peut-être pour la dernière fois, (car le temps presse) à se définir. D'où venons-nous? Sous quelle forme le miroir de l'histoire nous renvoie-t-il notre image? Avons-nous des raisons intellectuelles valables d'exister? Le parcours de nos ancêtres fut-il légitime? Avons-nous intérêt à le poursuivre? Ces questions hantent l'esprit de toutes les nations minoritaires, singulièrement la nôtre, soumise à des pressions idéologiques qui lui viennent autant de l'intérieur que de l'extérieur. À cet égard, notre histoire est un rébus, dont il s'agit de percer le secret. Esprit universel, Fernand Dumont est un spécialiste de la clarification des sujets impénétrables. Il va droit au coeur de l'écheveau, sans trancher, avec la pertinacité du chercheur et la terrible douceur du savant. Sa méthode consiste à arriver peu à peu à la vérité, en utilisant les textes, dans leur mouvement intérieur, sans les tronquer, en reconstituant l'arrière-plan qui leur a donné naissance, par un recours constant à l'histoire. Mais le texte refait toujours surface, qui donne à l'interprétation historique tout son sens, et rien que son sens. D'où l'impression de rectitude qui se dégage de ce livre, d'où la forte influence qu'exercera cette lecture. Il s'agit d'un livre qui servira de point de repère non seulement aux historiens mais aussi à ces nombreux Québécois qui veulent résister au matraquage idéologique et à ses mensonges.

    Bien sûr, Fernand Dumont part du principe que nous existons par nous-mêmes en cette vaste Amérique du Nord, où nous tranchons avec une telle évidence sur la monotonie culturelle et historique ambiante. Que serait cette Amérique sans nous? Mais la question que tout lecteur se posera est la suivante: avons-nous appris à exister pour nous-mêmes? C'est dans cette préposition que loge l'identité d'un peuple. Quant à l'idée de genèse, elle implique l'existence d'un sujet dont elle est la première manière. Fernand Dumont retrace notre évolution identitaire, à la fois chronologiquement et dans l'affermissement peu à peu de notre prise de conscience. Donc, nous sommes. Toutefois, partout dans ce livre, nous sentons, nous devinons la faille qui nous empêche d'accéder à l'affirmation totale. Je ne donnerai qu'un exemple. En 1839, l'un des chefs anglais propose l'idée d'union à La Fontaine. Il lui offre de s'unir "comme citoyens canadiens" en éliminant le prétexte de la "haine nationale". La langue, ajoute-t-il, ne ferait pas difficulté puisque les leaders canadiens-français parlent tous l'anglais. En 1839! Déjà la superbe du nationalisme canadien parle avec la voix du maître; déjà nos chiens couchants rêvent à quelque loi 86. Nous devons nous incliner au nom de la règle sacro-sainte de l'efficacité qui se retourne toujours contre nous. Après avoir lu Fernand Dumont, on se dit: À quoi nous aura-t-il servi d'avoir une Genèse et des prophètes si nous manque le courage d'affronter la suite? Mais on se dit que les grands esprits qui nous entourent jouent eux aussi un rôle dans l'évolution de la nation française en Amérique du Nord, un rôle moins énervant que celui des politiques et des hommes d'affaires mordus par les désirs inassouvissables de pouvoir, un rôle essentiel à long terme. Fernand Dumont est l'un de ces esprits. Genèse de la société québécoise est, à cet égard, dans l'histoire de la réflexion historico-politique au Québec, un livre fondamental. Pourquoi fondamental? Parce que, sans perdre son temps dans l'analyse d'un détail qu'il vaut mieux laisser aux historiens férus de ces choses, Fernand Dumont traite en philosophe, de tous les grands thèmes dont nous débattons chaque jour. Son livre est régi par la logique. D'abord, d'où venons-nous? C'est notre passé qui défile jusqu'à l'instauration d'un premier sentiment national. Que sommes-nous devenus? Et c'est ici que se présentent dans leur définition, dans leur suite qu'on dirait ordonnée par le destin, les mécanismes de notre vie collective: la nation, la survivance, l'utopie, la mémoire. Chaque chapitre est assorti d'exemples choisis, par un esprit pénétrant qui connaît les textes. Il y a dans Genèse de la société québécoise une admirable anthologie, qui enseigne la fierté d'être ce que nous sommes et, souvent, suscite une tristesse terrible devant la haine et le mépris dont nous avons été l'objet. Sans parler des trahisons. Un coeur bat dans ces pages; c'est celui de l'auteur, qui ne fait qu'un avec le nôtre. Reste la troisième partie, qui n'est pas écrite, réservée à un penseur de l'avenir. Que deviendrons-nous? La genèse est aussi une exégèse. Celle de notre avenir reste à faire. J'ajouterai que Fernand Dumont ne nous referme pas sur nous-mêmes, comme un papier à lettre qu'on plie et glisse dans une enveloppe. Notre destin a une qualité universelle. Cette universalité, on la retrouve autant dans notre littérature que dans notre absurde aliénation. Nous sommes témoins et acteurs d'une histoire dont le sens nous échappe. C'est le grand mérite de ce livre que de nous amener à réfléchir autant à ce que nous ne sommes pas qu'à ce que nous sommes.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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