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    Dossier: Diamant

    Le Diamant

    Rémy Belleau
    Poète tiré de «Les Amours et nouveaux échanges des pierres précieuses. Vertus et propriétés d'icelles». Reproduit d'après: Poètes du XVIe siècle. Présentation de Marc Alyn. Paris, Éditions J'ai Lu, «L'essentiel», 1962, p. 409-415
    C'est trop chanté, Vierge déesse,
    Dessus les ondes de Permesse
    Autre labeur te faut choisir:
    Car l'usance trop familière
    Du plaisir se change et s'altère
    Le plus souvent en déplaisir.

    Sus donc avant, que l'on travaille
    Au moulin, et que l'on me taille
    Un Diamant, que le marteau
    Sur l'enclume ne saurait rompre,
    Ni l'acier ni le feu corrompre
    Ni consommer dans le fourneau.

    Ô pierre vraiment indomptable,
    D'une dureté non violable,
    Naissant du Cristal Indien,
    Qui ne tremble, et qui ne frissonne
    Des coups de la main forgeronne
    Du grand Sterope Éolien.

    Le Diamant pour faire preuve
    S'il est bon, il faut qu'on treuve
    L'éclat net, et le feu brillant,
    Comme le fer dans la fournaise
    Enseveli dessous la braise
    Brille et flamboie étincelant.

    De couleur un peu plus obscure
    Que le Cristal, mais nette et pure,
    Si que l'on puissse y concevoir
    Les couleurs de même teinture
    Que l'arc qui fait une ceinture
    Dedans l'air quand il veut pleuvoir.

    Comme l'eau d'une fontainette,
    Prisonnière dans sa cuvette,
    Brunit d'un obscur argentin:
    Ainsi faut qu'il fasse paraître
    Son teint clair brunissant pour être
    Du vrai lustre Diamantin.

    Cette race Diamantine
    Naît dans la roche cristalline
    Dedans l'Or ou dedans le sein
    Des sablonnières Indiennes,
    Ou dans les mines Cypriennes
    Où se prend le Cuivre et l'Airain.

    Celle qui de plus près approche
    Au brillant éclat de la roche
    Du Cristal au lustre argentin
    Est la plus rare et la plus belle:
    La seconde après elle, est celle
    Qui se trouve avecques l'Or fin.

    La plus blême et plus jaunissante
    Est celle qu'on voit pâlissante
    Dans l'Airain faible étinceler:
    La plus pesante et plus blafarde
    Est celle qu'on trouve bâtarde
    Dedans les minières de Fer.

    Aucuns disent que cette pierre
    Se tire des flancs de la terre
    De Decan et de Bisnager,
    De Mammeluc, et que bien proche
    Se trouve encore la vieille roche
    Ès mains d'un Barbare étranger:

    Qu'oncque ne se trouva mêlée
    Avec le Cristal, ni fouillée
    Des mains avares de l'Indois
    Et que Chypre dedans ses mines
    Ne trouve point ces pierres fines,
    Ni l'Arabe, ni le Médois.

    Miracle étrange de Nature
    De voir que cette pierre dure
    Qui du marteau ne craint le coup,
    Ni de l'acier, ni de sa trempe,
    Se ramollit et se détrempe
    Au plonger dans le sang de Bouc.

    N'est-ce pas encore plus celée:
    Ne pouvant recevoir taillée
    Le poli que de son sablon,
    Ne pouvant être combattue
    Que de soi, se voir abattue
    Au frai d'une lime de plomb?

    Mais quel esprit, quelle science
    A découvert l'expérience
    De ce secret? Il ne vient pas
    Des cerveaux humains interprètes,
    Mais des puissances plus secrètes
    Des Dieux qui commandent çà-bas.

    Dirai-je chose non croyable,
    Chose vraiment épouvantable
    De la force du Diamant
    Opiniâtre à son contraire,
    Combattant comme un adversaire
    La force et vertu de l'Aimant?

    Car, étant la pierre voisine
    Du Diamant à l'Aimantine,
    Au lieu de faire une amitié
    Le fer tombe, et lui fait démordre,
    Exerçant le cruel désordre
    D'une secrète inimitié.

    Comme le soldat, qui s'emploie
    À ravir quelque riche proie
    Au sac d'un ravage mutin,
    Est forcé de son Capitaine,
    Qui le va fraudant de sa peine
    Et de l'honneur de son butin.

    Même les dieux inexorables
    Qui sur les eaux non violables
    Rigoureux président là-bas,
    Ont de pierre Diamantine
    Le coeur, le foie et la poitrine
    Pour ne rompre et ne fléchir pas.

    Les Boucliers aux riches gravures,
    Les corselets et les armures
    Des Dieux, et les clous du Destin,
    Sont-ils forgés d'autre minière,
    Ni burinés d'autre matière
    Que du courroi Diamantin?

    Diamant la garde fidèle
    Du maillot et de la mamelle,
    Et du berceau Saturnien,
    Lorsque Jupiter dedans Crète
    Nourrisson pendait à la tette
    Au fond de l'antre Dictean.

    Mais ce grand Roi tenant l'empire,
    Craignant que Celme ne pût dire
    L'avoir vu dedans le berceau,
    Afin d'éviter le reproche
    D'être mortel, en corps de roche
    Il empierra ce jouvenceau.

    Dirai-je la puissance forte
    Qu'il a pour celui qui le porte
    Pour se défendre, et pour s'armer
    Contre les ronds et les figures,
    Et les secrètes impostures
    Des Démons, citoyens de l'air?

    Contre la cire charmeresse
    Et la puissance enchanteresse
    Qui furieuse nous poursuit?
    Contre les fourbes des Incubes,
    Des Folletons et des Succubes,
    Bourreaux compagnons de la Nuit?

    Contre les horreurs pâlissantes,
    Les peurs et les frayeurs naissantes
    Des songes qui trompent nos yeux?
    Et contre ceux que la Manie
    Travaille, tourmente et manie,
    Pleins de rage et tout furieux?

    Car cil qui porte cette pierre
    Soit que l'or ou l'argent l'enserre
    Prisonnière dans un anneau,
    Ne craindra l'amoureux breuvage,
    Les charmes ni le sorcellage
    Qui nous altèrent le cerveau.

    Et quoi? l'on dit - ô cas étrange -
    Sentant le venin qu'elle échange
    Sa durté, et qu'elle amollit,
    Ternissant l'éclat et la grâce
    Et le clair rayon de sa face
    Par le poison qui l'affaiblit.

    Or comme elle est constante et forte,
    Celui qui chastement la porte
    Meurt constamment pour trop aimer,
    Ferme tout ainsi qu'une roche,
    L'exercice des vents, et proche
    Des flots écumeux de la mer.

    Propre tant elle a d'efficace
    Pour acquérir la bonne grâce,
    Le bon visage et la faveur
    D'une maîtresse bien choisie,
    Qui plutôt perderait la vie
    Qu'autre Amour grave dans son coeur.

    Dirai-je que la poudre même
    Du Diamant est si extrême
    Et si violente en froideur,
    Que prise elle amortit la flamme,
    Le seigneur souverain de l'âme,
    Des veines, du sang et du coeur?

    Ainsi l'ornement de sa grâce
    N'est pour la main, ni pour la face
    Seulement, ni pour sa valeur
    Mais pour cil qui a plus d'envie
    De trancher le fil de sa vie
    Que de tramer un déshonneur.

    C'est assez travaillé, Mignonne,
    Car la Princesse, à qui je donne
    Le riche labeur de vos doigts,
    Ne veut que soyez davantage
    Sur le poli de cet ouvrage:
    Ce sera pour une autre fois.

    Reine constante et non ployable,
    Et d'amitié non violable
    Vers son Roi et loyal amant,
    D'esprit net, sans paille, et sans nue
    Comme la beauté reconnue
    En l'éclat de ce Diamant.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Rémy Belleau

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