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    Dossier: Communisme

    Histoire du communisme et du socialisme: de la République de Platon à Restif de la Bretonne

    J.-G. Bouctot
    Bref historique des principales doctrines communistes depuis la République de Platon, en passant par la Cité du soleil de Campanella, par l'Utopie de Thomas More, jusqu'au siècle des Lumières, représentée dans ce texte d'un historien du XIXe siècle, par l'étonnant Restif de la Bretonne.
    Dans la société antique, où le travail est l'objet du mépris universel, où le commerce est considéré comme une production artificielle, où l'esclavage est vanté comme une institution nécessaire, le mode le plus honorable et le plus sûr d'enrichissement est la guerre. Aussi le but du législateur est-il, avant tout de fonder une cité militaire dont les institutions défient les attaques des villes rivales.

    La constitution de Lycurgue est le type le plus achevé de cette conception, inspirée des lois de la Crète. La république de Platon, que son auteur lui-même a déclarée irréalisable, en est l'expressoin la plus harmonieuse, en tant qu'interprétation idéale de la perfectibilité grecque. Cette doctrine est un système d'organisation du bonheur à l'usage exclusif des hommes libres (artisans, guerriers, magistrats). La propriété individuelle, la monogamie, la puissance paternelle ne conviennent pas à une société vouée au culte des jouissances exclusivement matérielles: tout est commun entre tous; propriété, femmes, enfants.

    En dépit des protestations de la liberté humaine et des lois naturelles, l'État, image de la justice sur la terre, est le seul répartiteur des biens et ses représentants seuls ont mission de régler les unions annuelles, de limiter le nombre des enfants en sacrifiant impitoyablement les faibles et les infirmes, et de former par une éducation virile des soldats destinés à vivre dans un camp retranché.

    Abandonnée par ses contemporains, l'idée communiste platonicienne rentre dans les letttres.

    C'est d'abord le philosophe de l'école d'Alexandrie, Plotin, qui demande, sans succès, à l'empereur Gallien, l'autorisation d'en faire l'application à un village de l'Italie méridionale. Puis, dans les temps modernes, une pléïade d'hommes éminents, esprits hantés de réformes, qui exhalent dans une forme insaissisable leurs griefs contre une société qui les opprime.

    C'est ce qui ressort de l'examen de l'Utopie de Thomas Morus, que nombre de bons esprits considèrent comme une fantaisie politique plutôt que comme un système d'organisation sociale sérieux, opinion que semble confirmer la division même de l'ouvrage, dont la première et la quatrième partie sont consacrées à la critique de la politique anglaise: le déisme est la religion de l'État, la morale un épicurisme éclairé, les biens sont communs à tous dans la cité dont le nombre des habitants est limité à 6 000, les repas en commun, les objets nécessaires à la vie déposés dans les magasins de la communauté à la disposition gratuite des citoyens, le commerce extérieur surtout méprisé, l'agriculture seule tolérée.

    Mais là cesse l'analogie. Le christianisme est passé laissant son empreinte, l'esclavage a fait place au servage, la femme a été affranchie; en conséquence le travail manuel est obligatoire mais réduit à six heures; le mariage respecté et le divorce admis.

    À Platon aussi se rattache le dominicain Campanella, auteur de la Cité du soleil. Plus hardi que Morus, et pénétré de la perfection de la vie monastique, il admet la connexité de l'abolition de la famille et de la propriété, la promiscuité des sexes, la sélection des unions pour le perfectionnement des races, la mise en commun de tous les biens; le travail est organisé sur une base rationnelle; la frugalité et la pauvreté étant nécessaires au progrès humain, quatre heures de travail manuel suffisent, le surplus de temps étant consacré au développement des intelligences par l'étude. Mais, comme, fatalement, l'inégalité reprend toujours ses droits, la cité consacre une hiérarchie des capacités; au sommet de l'édifice, un chef élu, sorte de pape industriel que nous verron plus tard rétabli par Saint-Simon, puis trois ministres représentants de la puissance (guerre), de la sagesse (sciences, arts, industrie), et de l'amour (agriculture, lois sociales réglant les unions par la sélection des races).

    Contemporain de Hume, Harrington vit à une des époques les plus troublées de l'histoire de l'Angleterre. Opposant ferme et modéré sous Charles Ier, dont il reste jusqu'à la fin le plus dévoué et le plus chevaleresque des serviteurs, ennemi déclaré du pouvoir absolu sous Cromwell, persécuté et emprisonné à l'instigation de ses ennemis, à la Tour de Londres, sous Charles II, l'auteur d'«Oceana» cherche dans les études spéculatives la réalisation d'un état social meilleur. Il croit trouver la solution du problème de la paix perpétuelle dans l'équilibre entre le pouvoir et la propriété. Aspirant à l'égalité politique, il redoute l'oppression de l'individu à l'aide du monopole territorial: en conséquence il demande une nouvelle répartition agraire irrévocable. Son idée n'est pas un partage communiste en vue d'établir une égalité absolue, mais une répartition proportionnelle au mérite, au rang social.

    C'est un essai politique de république parlementaire, une tentative de distribution des devoirs et des droits telle qu'en eût pu concevoir l'école saint-simonienne, dont Harrington semble, en certains point, un précurseur.

    Restif de la Bretonne (1734-1806), romancier connu surtout par la hardiesse et la liberté licencieuse de ses écrits, mérite mention comme inspirateur des réformes modernes. Admirateur de J.-J. Rousseau, il ne voit, comme lui, de bonheur pour les hommes que dans le retour à l'état primitif de la nature. Il existe un Dieu, créateur d'une matière unique qu'il a animée du souffle de la vie. Au commencement, il n'y avait qu'un végétal, qu'un seul animal. Ce sont les différences de milieu, qui seules, ont déterminé la variété des espèces.

    Cela étant, il n'est plus besoin de culte: les religions révélées sont la source de tous les maux, de la tyrannie, de l'oppression des consciences, de l'Inquisition. Pourquoi des églises et des prêtres? Les seules cérémonies acceptables, ce sont les hommages périodiques à la Nature que l'homme doit lui rendre aux solstices et aux équinoxes.
    L'univers est le temple et la terre est l'auteur
    LAMARTINE, Méditations
    La morale s'appuie sur les saines notions que nous a données la nature des choses. L'homme doit faire usage de ses organes d'une manière conforme aux vues de la nature. Ne rien négliger, ne rien outrer. La base de toute la morale est l'ordre: or, l'ordre n'est possible que dans l'état d'égalité, source de bonheur et de la vertu. Tout étant à tous, personne ne peut rien s'approprier exclusivement: plus de crimes, plus de délits puisque la cupidité n'a plus d'objet. Tout est commun entre égaux. Chacun travaille au bien-être général, chacun y participe également. Les femmes toutes égales entre elles, vêtues de même, sont répartie tous les deux ans entre les hommes non mariés encore, laissées au choix de ceux qui l'ont déjà été. Cette périodicité des unions prévient l'adultère sans laisser l'incertitude sur la paternité.

    Les dettes supprimées, la propriété abolie, il n'y a plus d'oisifs, chacun travaille avec plaisir six heures par jour, l'esprit se développe, le corps se délasse. Le malheur n'est plus la loi d'une société où les uns sont surchargés de labeur, les autres dépourvus de tout, où les travailleurs sont «abrutis» et où «tout le monde est fort bête.»

    Pour ménager la transition, les conditions de la vie ne sont pas modifiées pendant la génération présente, mais, pour inaugurer le nouveau système, les enfants à naître seront élevés pour l'exercice des professions selon leur état et leur naissance: toutefois les métiers manuels seront les plus estimés; les arts seront méprisés à l'exception de la musique et de la danse. Le salaire sera proportionnel aux besoins et l'unité de temps de travail sera le fondement de la valeur. Tout citoyen sera honoré suivant ses actions, son âge, sa vertu. Les distinctions exclusivement attribuées au mérite personnel ne seront pas transmissibles aux descendants. L'enfant et le vieillard seront à la charge de tous; l'homme fait, jusqu'à 40 ans, deviendra l'agent le plus actif de la production; à partir de cet âge il participera aux honneurs, à l'administration et à l'exercice de la souveraineté, et à 70 ans, les vieillards, prêtres de la Nation, assisteront le souverain pontife choisi parmi les plus anciens.

    Ce qui étonne chez Restif de la Bretonne, c'est sa surprenante imagination, l'énergie et le naturel de son style, l'originalité de ses conceptions. On y trouve en germe le transformisme de Darwin fondé sur l'idée panthéiste, l'organisation phalanstérienne de Fourier, la haine de la propriété de Proudhon, la banque d'échange de L. Blanc, les récompenses au mérite personnel, l'abolition de l'hérédité, le Grand Pontife industriel de Saint-Simon et de Comte.

    Aussi l'auteur de la Découverte australe, par un homme-volant ou le Dédale français est-il considéré comme un penseur: sous une forme triviale et éloquente tour à tour, sa peinture des moeurs du dix-huitième siècle est une critique amère que ses contemporains ont estimée comme un pamphlet de génie et que nous nous plaisons à parcourir comme une curiosité historique.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    J.-G. Bouctot
    Mots-clés
    Histoire des doctrines communistes depuis l'Antiquité. Platon, Plotin, Campanella, Thomas More, Harrington, Restif de la Bretonne
    Extrait
    «Ce qui étonne chez Restif de la Bretonne, c'est sa surprenante imagination, l'énergie et le naturel de son style, l'originalité de ses conceptions. On y trouve en germe le transformisme de Darwin fondé sur l'idée panthéiste, l'organisation phalanstérienne de Fourier, la haine de la propriété de Proudhon, la banque d'échange de L. Blanc, les récompenses au mérite personnel, l'abolition de l'hérédité, le Grand Pontife industriel de Saint-Simon et de Comte.»
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