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Cinéma

L'hiver du cinéma français

Christian Authier
Extrait «Fin août, début septembre»: l’hiver du cinéma français, L'Opinion indépendante de Toulouse (date non précisé)

(...) On en vient donc à se demander si l’alternative est aujourd’hui entre les superproductions niaises façon Besson ou Berri et les petits films débiles. Plus précisément, il semble se dégager dans notre cinéma deux courants convergents: les films grands publics - des comédies dans la plupart des cas - souvent estimables (“Les Visiteurs”, “Le Dîner de cons”, “Taxi”…) et les films intimistes, austères et intellos. Entre ces deux cinémas soutenus l’un par le public et l’autre par les subventions de l’État, plus trop de place pour autre chose…

Plus inquiétante encore, la tendance des premiers films ou du jeune cinéma français qui consiste à se vautrer dans le glauque, le morbide, le sordide, l’hermétisme et le psychologisme le plus étroit. Une tendance qui devient la norme. Il suffit parfois de relever les titres : “L’Ennui”, “Sombre”, “J’aimerais pas crever un dimanche”, “Déjà mort”, “La vie est dure, nous aussi”, “Chacun pour soi”, “A vendre”, pour saisir le phénomène. A côté de cette secte dépressive, Doillon a l’air d’un joyeux drille et Bresson d’un farceur. Quand on voit que les “valeurs sûres” de notre cinéma ont pour nom Rohmer, Sautet, Tavernier ou Téchiné, c’est qu’il y a un problème. Où est l’imagination, l’invention, la nouveauté aujourd’hui dans notre cinéma? Où est la relève? Pour un Desplechin (capable du meilleur comme du pire) un Jolivet, un Salvadori, un Durringer ou un Podalydès, combien d’obscurs tâcherons de l’enfilage de mouches?

Quand Olivier Ducastel et Jacques Martineau réalisent une comédie musicale grave et légère sur la mort (“Jeanne et le garçon formidable”), les stakhanovistes du nombrilisme et les fabriquants de comédies en série ripostent en force. Oui, le cinéma français va mal. Un dernier détail pour s’en convaincre : Jean-François Stévenin et Jacques Rozier n’ont pas tourné depuis 13 ans… Vite de l’air frais, on étouffe!

Source

Date de création:2002-02-19 | Date de modification:2006-11-02