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Cinéma

Grandeurs et misères du cinéma italien

Pierre Cadars
Extrait de: "Cinémas italiens": (entretien). Propos recueillis par Christian Authier. L'Opinion indépendante (Toulouse), date non précisée

Comment expliquez-vous qu’une telle diversité de talents aît surgi à cette époque?
C’était encore une époque du cinéma heureuse et bénie (i.e. les années 60). L’Italie fonctionnait à plein et la force de son cinéma était de couvrir tous les genres. Cela allait d’un cinéma très intellectuel - d’Antonioni par exemple - à un cinéma extrêmement populaire. Je pense à des films d’épouvante, des westerns, des comédies… Dans les années 60, il y avait un public très varié et il fallait satisfaire toutes ces sortes de public. Le cinéma italien était, avec le cinéma américain et le cinéma français, l’un des principaux pourvoyeurs mondiaux de cette usine à rêves. Ensuite, la télévision a cassé tout cela. Il y a eu entre 1960 et 1970 un âge d’or du cinéma italien dans sa diversité. Rappelons l’importance des studios - dont Cinecitta - et la présence à Rome d’acteurs du monde entier qui tournaient dans des productions parfois un peu minables mais aussi dans de très grands films.

L’un des genres que ce cycle met en valeur c’est la comédie italienne. Pourquoi a-t-elle été un peu méprisée par la critique française?
Je crois que cela tient au regard que les Français ont sur l’Italie. On se fait de l’Italie une vision un peu trop folklorique. L’Italie est un pays très varié et il y a un monde par exemple entre Milan et Palerme dans les modes de vie ou les sensibilités. Or, la comédie italienne est peut-être l’expression de ce que l’Italie a de plus intime et de plus extérieur mais on y trouve aussi des vérités très profondes, un art de vivre, des polémiques… Les Français s’en tenaient peut-être à la surface.

Le cinéma italien a été détruit par la télévision. Pourquoi le cinéma français n’a pas connu le même destin?
Le cinéma français a eu assez vite un système de protection, mis en place par l’État, qui lui a permis de survivre. L’Italie a très mal vécu artistiquement la contestation des années 68-70. La France ne l’a pas vécue de la même manière. Dans les années 70, la télévision prend en Italie une importance démesurée et le cinéma tend à disparaître aussi bien dans la fréquentation des salles que dans la production de films. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas eu des films importants dans les années 70 ou 80. Il y avait dans les années 70 des personnalités aussi fortes que Visconti ou Pasolini - avant qu’ils ne meurent - sans oublier les frères Taviani, Bertolucci, Olmi… Mais il n’y a plus cette diversité que l’on a connue dans les années 60. Les grands noms sont récupérés par Hollywood ou par le commerce international et il n’y a plus cet “artisanat local” qui faisait la vitalité du cinéma italien.

Le cinéma italien possédait cette capacité de traiter sous des formes très variées les réalités sociales, historiques et politiques. Comment comprenez-vous cette spécificité ?
C’est en partie l’héritage du néoréalisme. L’Italie avait forgé à la fin et au lendemain de la deuxième guerre son cinéma dans le mouvement néoréaliste reconnu mondialement. Par la suite, cet héritage subsiste dans le cinéma italien. La tendance française a toujours été d’intellectualliser et de rester très parisienne. La force de l’Italie - c’est aussi sa faiblesse - est d’être un pays avec des capitales régionales très importantes, donc de pouvoir jouer sur des visions très variées d’un pays.

Source

Date de création:2002-02-19 | Date de modification:2006-11-07