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    Dossier: Charles-Maurice de Talleyrand - Périgord

    Talleyrand diplomate

    Albert Sorel
    Première partie: Talleyrand diplomate
    Deuxième partie: Talleyrand au Congrès de Vienne


    1ère partie

    On a dit tant de final de Talleyrand que, pour parler de lui avec quelque nouveauté, il faut en dire du bien. Je ne dirai rien de l'homme: il est sacrifié, et je ne me risquerai pas à en esquisser le portait, après la terrible eau-forte de Sainte-Beuve. D'ailleurs, sur 1'homme nous n'avons rien appris depuis cette anatomie qui en a mis à nu toutes les infirmités, sondé toutes les plaies secrètes et découvert le squelette. Mais il reste le politique et le négociateur. Sainte-Beuve l'avait à peine touché: les pièces manquaient. C'est pourtant la partie essentielle de sa vie. Le reste n'a d'intérêt que par là; supprimez ce grand rôle sur la première scène du monde, qu'importeraient la chronique de coulisse et les portraits en déshabillé? Son histoire publique est une partie de la nôtre: tout ce qui relève en lui l'homme d'État élève l'État qu'il a servi. C'est un côté des choses qu'il est bon de considérer. Talleyrand a été mêlé à deux des plus grands actes de notre histoire moderne dans les deux scènes qui marquent le début et la fin de l'ère de la révolution, les États généraux et le Congrès de Vienne, il a paru sur le premier plan et donné des impulsions décisives. Ce sera toujours l'intérêt supérieur de sa carrière, et c'est ce qu'avait senti sir Henri Bulwer lorsqu'il composa cet Essai 1 qui est, au demeurant, ce que nous possédons de plus complet sur Talleyrand. «Je voulais, écrivait-il à Sainte-Beuve, montrer le côté sérieux et sensé du caractère de cet homme du dix-huitième siècle, sans faire du tort à son esprit et trop louer son honnêteté.»

    Voici le meilleur de sa pensée et peut-être le meilleur de sa vie; voici racontée par lui, au courant des affaires, sous l'impression même des événements, la négociation qui, après une carrière très-mêlée et très-discutée, le mit hors de pair parmi les diplomates 2. Cette correspondance de Talleyrand et de Louis XVIII pendant le Congrès de Vienne n'était ni complétement inconnue ni coinplètement inédite. M. Thiers, pour son histoire de l'Empire, M. Villemain, pour ses Souvenirs sur les Cent-Jours, M. Mignet, pour sa notice sur Talleyrand, M. de Viel-Castel, pourson histoire de la Restauration, en avaient eu communication et en avaient révélé le prix. M. d'Haussonville en avait publié des extraits, triés avec un art extrême, qui en donnaient l'avant-goût le plus piquant pour la curiosité des historiens et des lettrés. Grâce à M. Pallain, cette curiosité est à présent satisfaite. L'histoire lui doit un document capital; la diplomatie, un des chefs-d'œuvre de sa littérature. Quant aux amis de la Restauration et aux personnes attachées à la mémoire de Talleyrand, j'imagine qu'ils lui sauront un gré infini. M. Pallain a joint au texte des lettres qu'il publie des extraits de la correspondance des amis et collaborateurs que Talleyrand avait laissés à Paris, d'Hauterive entre autres, mais surtout M. de Jaucourt, qui était chargé de l'intérim des affaires étrangères. Ces extraits sont nombreux; ils forment presque un commentaire perpétuel. Je n'y ferai qu'une critique: je regrette qu'ils ne soient pas plus abondants encore. Il y a là une mine à exploiter.

    Les lettres de Talleyrand sont écrites dans une langue qui est par excellence la langue du grand monde et des grandes affaires: le français du dix-huitième siècle.

    «Par la marche naturelle de ses constructions et aussi par la prosodie, disait Voltaire, le français est plus propre qu'aucune autre langue à la conversation.» C'est pour cela qu'il a prévalu et prévaut encore dans la diplomatie, où les affaires se traitent surtout par conversation. Talleyrand était un causeur incomparable. Il avait la réplique rapide et saillante. Il excellait à résumer une situation dans une phrase, une pensée dans un mot. Grand seigneur, philosophe, prélat de cour, diplomate, il avait affiné par une culture et un exercice constants ces deux qualités qu'il possédait à un si haut degré: le goût qui fait l'écrivain, le tact qui fait l'homme d'État. Sa phrase est limpide et coulante; sa pensée éclaircit tout ce qu'elle touche. Les obscurités, le galimatias pédantesque, les longs enchevêtrements de termes abstraits qui voilent trop souvent la pensée des diplomates et dérobent dans les récits de chancellerie la vie des grandes affaires, se filtrent pour ainsi dire dans le courant rapide de cette eau transparente. Il avait l'horreur du vague et du disproportionné, de la pensée confuse et du mot impropre, la haine de la boursouflure et le mépris de l'exagération. Les éclats shakespeariens de Napoléon lui semblaient les propos d'un soldat mal élevé; il ne voyait dans le mysticisme politique du tsar Alexandre que les divagations d'un esprit sans équilibre. Le premier ne parvint pas à le déconcerter, le second ne l'enguirlanda jamais. Par suite, il y avait un certain idéal de grandeur et un certain charme de poésie, qui lui demeurèrent toujours inaccessibles. C'était le moins romantique des hommes.

    Il se trouvait à l'aise avec Louis XVIII, esprit classique si jamais il y en eut. Écrivant à ce prince qui se piquait de littérature, il a le soin et le souci de plaire. Il veut se réhabiliter auprès du Roi, montrer que l'homme de cour subsiste sous l'ancien ministre du Directoire; que, pour s'être sécularisé, l'ancien prélat n'a perdu ni l'élégance dédaigneuse, ni la dignité tempérée de grâce et teintée d'ironie que le comte de Provence avait pu goûter autrefois chez l'abbé de Périgord et chez l'évêque d'Autun. Il le veut, il le fait; mais il n'y a point d'effort, et c'est l'art exquis de son style. C'est ce qui manque aux lettres du Roi; très-précieuses pour l'histoire, plus précieuses peut-être que celles de Talleyrand, elles n'en ont point le charme. Elles sont trop écrites et trop composées. L'ambassadeur et le Roi font de la coquetterie littéraire l'un envers l'autre; mais là où l'ambassadeur parait s'abandonner, on sent que le Roi s'applique. Enfin, il abuse de citations latines dont trop de personnes avaient abusé avant lui. Talleyrand n'en fait point: les gens comme lui ne citent pas, ils écrivent pour être cités.

    On a dit que ces lettres n'étaient pas de lui. C'est supposer une étrange modestie à celui qui les aurait composées: quand on possède ce talent, on ne le garde pas pour les autres. C'est supposer aussi que ce rédacteur mystérieux a toujours suivi Talleyrand depuis sa première mission à Londres en 1792 jusqu'à la dernière en 1830. Toutes les lettres qu'on a de lui sont du même style, elles ont la même touche personnelle et le même trait particulier: le goût à mettre les personnages en scène et une habileté supérieure dans le dialogue. On a cité d'Hauterive et La Besnardière parmi les «faiseurs» de Talleyrand en 1814. D'Hauterive était à Paris pendant le Congrès; La Besnardière était à Vienne, à la vérité, et il a écrit beaucoup: il écrivait .à merveille, mais d'une tout autre allure. Il suffit de comparer pour être convaincu que, s'il a fourni des notes et préparé les résumés d'affaires, toute la partie intime et vivante des lettres n'est point de lui. Ce que je n'ose affirmer, c'est que Talleyrand n'a point «causé» ses lettres avant de les écrire. On n'arrive guère du premier coup à cette concision facile et à cette précision légère. Qu'il ait subi dans la composition de sa correspondance l'influence tout intime qui le charmait si fort et l'aidait tant à tenir les autres sous le charme, que, pour parler en termes clairs et citer les noms, il se rencontre dans ces lettres «des touches vives et délicates. des nuances habilement persuasives où se marque la main de madame de Dino», Villemain l'assure; il s'y connaissait autant qu'homme du temps, et il avait recueilli la tradition; je n'aurai garde d'y contredire. Mais il reste le fond, l'ensemble, le mouvement, le caractère, le style enfin; tout cela, c'est Talleyrand même, et ce n'est que lui. Il y avait en Talleyrand du Mazarin, du Retz et du Voltaire. En lisant les mémoires de Retz, on imagine ceux qu'aurait composés Mazarin s'il avait su écrire. En lisant la correspondance de Talleyrand à Vienne, on se représente ce qu'aurait été Voltaire négociateur.
    II

    Si lumineuses que soient ces lettres, on ne peut les bien lire sans quelque préparation. Elles ne sont pas écrites pour le public. Elles sont adressées à un prince très-informé et très-averti. Il y a tout un fond de faits accomplis dont Talleyrand ne parle pas, et qu'il est pourtant essentiel de connaître. Il y a tout un fond d'idées arrêtées entre le Roi et lui sur lesquelles il ne revient jamais et qui sont indispensables à l'intelligence de son œuvre. C'en est même la partie essentielle et la partie la plus originale. Je voudrais essayer de la dégager. Je n'aurai garde de refroidir et de ternir ces récits en les résumant; mais je serais heureux d'aider le lecteur à en mieux saisir l'esprit et à en mieux apprécier la valeur.


    Notes
    1. Traduit par M. G. Perrot, Paris, 1868.
    2. Correspondance inédite du prince de Talleyrand et de Louis XVIII, publiée par Georges Pallain, Paris, 1881
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    Informations
    L'auteur

    Albert Sorel
    Diplomate et historien français (1842-1906). Délégué aux affaires étrangères, il occupe dès 1872 une charge de cours sur l'histoire de la diplomatie à l'École des sciences politiques. Bien qu'il ait débuté dans les lettres par la publication de deux romans, son oeuvre se rapporte surtout à l'histoire de la diplomatie (Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande, la Question d'Orient au XVIIIe siècle; origine de la Triple Alliance, Essais d'histoire et de critique). Il est également l'auteur de biographies de Montesquieu et de Mme de Staël. Nommé membre de l'Académie des sciences sociales en 1889, il entre à l'Académie française en 1893.
    Mots-clés
    Talleyrand, l'écrivain et le diplomate, Louis XVIII
    Extrait
    «Il se trouvait à l'aise avec Louis XVIII, esprit classique si jamais il y en eut. Écrivant à ce prince qui se piquait de littérature, il a le soin et le souci de plaire. Il veut se réhabiliter auprès du Roi, montrer que l'homme de cour subsiste sous l'ancien ministre du Directoire; que, pour s'être sécularisé, l'ancien prélat n'a perdu ni l'élégance dédaigneuse, ni la dignité tempérée de grâce et teintée d'ironie que le comte de Provence avait pu goûter autrefois chez l'abbé de Périgord et chez l'évêque d'Autun. Il le veut, il le fait; mais il n'y a point d'effort, et c'est l'art exquis de son style.»
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