Il n’est sans doute pas nécessaire d’être un mordu de Dieu ou du Pape pour au moins savoir la place centrale que tient la notion de pardon dans les religions de tradition chrétienne. Doit-on rappeler à madame Gruda qu’en acceptant de mourir sur une croix, le Christ venait demander pardon à son père et ainsi racheter les péchés des hommes? C’est aussi au nom de cette même charité qu’il implora le pardon de ceux qui, convaincus de sa faute, voulaient lapider la femme adultère.
Serais-je religieux, curé, évêque ou cardinal, que je m’empresserais de remercier madame Gruda de me fournir la seule réponse que la charité chrétienne pourrait m’inspirer de faire aux Orphelins de Duplessis: «Au nom de la charité enseignée par le Christ, je vous demande sincèrement pardon pour les offenses qui ont pu vous être faites. » En leur rappelant que la justice des hommes, qui obéit à d’autres règles que celle de Dieu, s’en inspire parfois et accorde aussi à l’occasion un pardon inconditionnel.
Si, à ce jour, rien ne porte à croire que les Orphelins de Duplessis et leurs défenseurs soient disposés à faire preuve d’une clémence aussi charitable pour leurs anciens bourreaux, sauront-ils au moins pardonner à madame Gruda un propos dont la seul vertu est d’illustrer les distorsions auxquelles peut mener un enseignement culturel des religions dont elle aime souvent se faire l’apôtre.
