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    Dossier: Caravage

    Article «Caravage» de la Grande Encyclopédie

    P. Mantz, ,
    Article encyclopédique sur le Caravage datant de la fin du XIXe siècle. Il a fallu les premiers travaux de Longhi pour attendre de jeter de la lumière sur son oeuvre et faire la part entre le mythe et la vérité historique. Dans cet article, l'auteur, P. Mantz, n'échappe pas à l'opinion de l'époque à l'égard du Caravage qui reconnait l'indéniable virtuosité du peintre mais juge sévèrement l'artiste rebelle qui a traîné l'art de la peinture aux «confins de la laideur».
    CARAVAGE (Michel-Ange de) ou Michelangelo Merisi (et non Amerighi ou Merisi), peintre italien, né à Caravaggio, dans le Milanais, en 1569, mort à Porto-Ercole en 1609. Le maître que nous appelons Caravage, en souvenir de sa ville natale, a joué un très grand rôle dans l'histoire de la peinture italienne, il était fils d'un maçon, travailla lui-même comme muratore et garda toute sa vie les allures d'un rude ouvrier. Venu tout jeune à Milan avec son père, il fut d'abord occupé aux humbles besognes de son premier métier. C'est en préparant l'enduit des murailles que les peintres couvraient de leurs fresques qu'il sentit. s'éveiller en lui les vagues ambitions de l'artiste. On ne dit pas quel fut son maître. Après avoir vécu quatre ou cinq ans à Milan, où il faisait des portraits, il alla s'installer à Venise.. C'est là qu'il acquit une grande fermeté de pinceau et une sûreté de technique dont les plus habiles pourraient être jaloux. L'harmonie et la richesse de la couleur vénitienne n'exercèrent sur lui aucun prestige: Bellori, qui nous a laissé une précieuse biographie de Caravage, assure cependant que sa première manière, influencée par l'étude de Giorgione, est exempte de ces ombres noires qui devaient devenir bientôt la caractéristique de son talent. En quittant Venise, il alla à Rome et bientôt il commença à afficher une doctrine. Caravage faisait profession de croire et de dire que l'idéal est une invention et presque une maladie de l'esprit. Il répétait, à la grande surprise des artistes romains, qu'il n'avait aucun besoin d'étudier les antiques, puisqu'il lui suffisait de faire un pas dans la rue pour y trouver d'intéressants modèles. D'après le système qu'il prétendait mettre à la mode, la nature, alors même qu'elle est sans beauté, est la seule institutrice dont un galant homme puisse décemment accepter les leçons.
    Caravage mena d'abord une vie assez misérable. Heureusement, il trouva à s'employer chez Giuseppe Cesari, celui que les livres français nomment le Cavalier d'Arpin. Ce dernier, qui ne détestait pas de se faire aider, s'aperçut bien vite que le jeune Lombard était habile à la représentation de la nature morte et il lui fit peindre dans ses tableaux, des fruits, des fleurs et des accessoires. En ses moments de liberté, Caravage travaillait pour lui-même et comme un artiste met volontiers dans ses oeuvres le personnel et l'atmosphère des lieux qu'il fréquente, il se plut à représenter des tripots, des intérieurs de tavernes, avec leurs hôtes habituels, joueurs de cartes ou de dés, bohémiens, diseuses de bonne aventure, estafiers de l'heure crépusculaire «où le soldat douteux se transforme en larron». C'est du reste dans cette compagnie un peu mêlée;que Caravage aimait à vivre. Il était violent et querelleur, et plus d'une fois il eut des difficultés avec les sbires de la police pontificale.
    Sa peinture farouche avait pourtant du succès. II peignit une réunion de joueurs, Il Giuoco di carte, dont le cardinal del Monte fit l'acquisition. L'indulgent prélat se déclara même le protecteur du Caravage et, le sachant sans asile, il le logea chez lui. Bientôt on jugea que, malgré les vulgarités de son style, l'artiste était capable de travailler pour les églises. Il est vrai qu'il ne justifia pas toujours la confiance qu'on lui témoignait. Un saint Mathieu, qu'il avait peint pour Saint-Louis-des-Français, parut tellement trivial aux prêtres de la paroisse qu'il fût obligé de le refaire. Dès cette époque, le système du Caravage consiste à construire un tableau avec un violent contraste de blanc et de noir. Toutes les fois que son sujet lui permet d'adopter cette combinaison en vue de laquelle il avait machiné son atelier, il peint des carnations claires et il les entoure d'obscurités intenses : nul maître n'a employé plus résolument les ombres opaques et les noirceurs. C'est là le principe qu'il a appliqué dans la Déposition de croix qu'il peignit pour Santa Maria in Vallicella, et qui est aujourd'huI au musée du Vatican. Ce tableau a toujours été considéré comme le chef-d'œuvre de Caravage et il résume, en effet, dans la brusque juxtaposition du clair et de l'obscur, le style préféré du maître qui devint le modèle et le commandant du groupe des tenebrosi.
    Discuté mais glorieux, membre de l'Académie de Saint-Luc, chanté par le cavalier Marino, dont il avait fait le portrait, bien accueilli par les gens d'église, Caravage aurait pu mener à Rome une vie heureuse si les excentricités de sa conduite ne l'avaient mêlé à des aventures qui, plus d'une fois, le conduisirent en prison. Ici, la légende n'a rien exagéré. Au cours de ses patientes recherches dans tes archives romaines, Bertolotti a retrouvé les traces des poursuites judiciaires auxquelles ont donné lieu les nombreuses escapades de Caravage. Ainsi que le rapporte Bellori, il se promenait fièrement dans Rome, vêtu de velours comme un gentilhomme ou couvert d'un manteau déchiré, selon l'état de sa bourse; mais, riche on pauvre, il avait toujours l'épée au côté et malheureusement il savait s'en servir. D'après les découvertes de Bertolotti, les démêlés de Caravage avec la police commencent en 1600 et se poursuivent sans entracte jusqu'en 1606. On a là, par des pièces officielles – dépositions de témoins et jugements – la preuve que ce rude bretteur, si prompt à louer de la lame, méritait sa méchante réputation. Bien qu'on le traitât avec indulgence, il fut plus d'une fois saisi par les sbires et emprisonné. Un dernier haut fait compromit définitivement les affaires de Caravage. Un jour, à la suite d'une partie de jeu, il se prend de querelle avec un camarade, le jeune Ranuccio Tomassoni, et il le tue (1606). Il dut songer cette fois à se mettre à l'abri de la justice pontificale et il s'enfuit à Naples. Après y avoir exécuté diverses peintures, il partit pour Malte, où il eut l'heureuse fortune de plaire à Alof de Vignacourt qui, depuis 4604, était grand-maître de l'ordre. Caravage fit un très beau portrait de son protecteur (musée du Louvre) et travailla pour les églises; mais, là encore, il eut une absurde querelle avec un personnage de marque. Mis en prison, il se sauva la nuit et gagna la Sicile. Il habita successivement Syracuse, Palerme et Messine. Enfin, lassé de cette vie errante, et convaincu que le pape avait oublié le meurtre de Ranuccio, il se dirigea vers Naples. Après des aventures qui tiennent du roman, il fut, pendant le voyage, atteint d'une fièvre intense et mourut à Porto-Ercole, ayant à peine quarante ans.
    Le caractère irascible de Caravage aurait dû lui faire beaucoup d'ennemis. La discussion n'était pas sans péril avec un homme qui avait toujours la dague au poing; il professait d'ailleurs la plus haute estime pour son mérite et il parlait des peintres, vivants ou morts, avec le plus insolent mépris. Et, cependant,. malgré ses allures farouches, il eut de nombreux adhérents et il exerça en Italie une influence qui lui a longtemps survécu. Aux premières années du XVIIe siècle, Caravage était le modèle qui troublait toutes les jeunes têtes. Et ce ne sont pas seulement ses compatriotes qui se sont laissé séduire. Les étrangers subirent son prestige: bien qu'il vînt de la France, Valentin fut une de ses premières victimes, et d'autres l'ont suivi dans la recherche des ombres excessives, Honthorst par exemple, et un grand nombre d'Espagnols. Rubens lui-même, alors qu'il était au service du duc de Mantoue, a respectueusement étudié la manière de Caravage, et il lui est resté fidèle dans quelques-unes de ses peintures que Fromentin appelle des tableaux à base noirâtre.
    Bien que Caravage ait mené une vie fort agitée et relativement courte, il a beaucoup produit et ses œuvres ne sont pas rares. Nous avons cité la Déposition de croix du musée du Vatican, composition fameuse que Baglione, qui avait eu cependant des démêlés avec l'auteur, signalait comme la migliore opera di lui. Indépendamment du sérieux portrait d'Alof de Vignacourt, le Louvre possède la Mort de la Vierge de l'église della Scala in Trastevere, que Rubens fit acheter au duc de Mantoue, une Diseuse de bonne aventure et un Concert. La National Gallery a les Pèlerins d'Emmaüs. On peut voir encore plusieurs tableaux à Berlin, entr'autres l'Amour dominateur et un Saint Mathieu; Dresde expose des Joueurs, l'Ermitage un beau Martyre de saint Pierre, et le palais Balbi, à Gênes, la Conversion de saint Paul. Considéré comme peintre, Caravage est un exécutant de premier ordre: sa peinture est ferme et d'une belle pâte, mais son naturalisme l'a entraîné vers les confins de la laideur, et l'on peut concevoir des doutes sûr la légitimité du système de clair-obscur qu'il a mis à la mode et qui fait jouer au noir un rôle abusif. Dès qu'il eut quitté Venise, où il ne fit pas d'ailleurs un long séjour, Caravage semble avoir eu pour idéal de restreindre le plus possible la part réservée à la lumière.

    source: P. Mantz, article «Caravage» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus [et al.] Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie», [191-?]. Tome neuvième, p. 287-288.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    P. Mantz, ,
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    Considéré comme peintre, Caravage est un exécutant de premier ordre: sa peinture est ferme et d'une belle pâte, mais son naturalisme l'a entraîné vers les confins de la laideur, et l'on peut concevoir des doutes sûr la légitimité du système de clair-obscur qu'il a mis à la mode et qui fait jouer au noir un rôle abusif. Dès qu'il eut quitté Venise, où il ne fit pas d'ailleurs un long séjour, Caravage semble avoir eu pour idéal de restreindre le plus possible la part réservée à la lumière.
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