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    Dossier: Canada

    Récits de fondation du Canada

    Gilles Bibeau
    Une réhabilitation de Louis Riel

    Daniel Francis (1997), un historien de la Colombie-Britannique, invitait récemment ses compatriotes du Canada anglais à repenser radicalement les grands récits fondateurs du pays (les « master narratives » ), dans lesquels les Anglo-Canadiens idéalisent d'un côté « the railways, the Mounties and the North » , tout en démonisant, de l'autre, « the Indians, the Communists and the Quebec separatists ». Ce sont précisément ces « master narratives » que le populaire Pierre Berton a transformés (1982) en véritables stéréotypes du Canada, en cartes postales pour étrangers et en symboles passe-partout d'une commune identité canadienne. Chez Berton on ne trouve en effet qu'une seule nation pancanadienne s’étendant «a mare usque ad mare» avec le chemin de fer pour icône, et un pays relativement homogène né des alliances stratégiques entre des couples politiques célèbres: Mackenzie et Papineau, qui ont donné, pensent volontiers les fédéralistes anglo-canadiens, une même plateforme de revendications (la lutte pour un gouvernement responsable) aux Rébellions de 1837-1838 dans le Haut et le BasCanada; Baldwin et La Fontaine, qui ont permis la signature de l'Acte d'Union de 1840, et John Macdonald et George-Étienne Cartier, les deux réformistes, qui ont été les vrais maîtres-d'oeuvre de la Confédération. Dans un récent essai le philosophe essayiste John Ralston Saul (1998) transforme ces héros nationaux en des «jumeaux siamois» dont il fait les grands symboles de l'unité canadienne.
    Source: Qui a peur des ethnies? Article de Gilles Bibeau, dans Mondialisation, citoyenneté et multiculturalisme, sous la direction de Mikhaël Elbaz et Denise Helly, L'Harmattan, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 2000.
    À l'unification politique issue du pacte confédératif et au centralisme du gouvernement fédéral, les spécialistes (pas seulement Innis, Creighton et Daniel Francis) de l'histoire économique, sociale et culturelle ont donc opposé une vision multicentrique du Canada en tant que pays fragmenté par une pluralité de sous-cultures régionales, hétérogène du point de vue des histoires locales, et diversifié au sein même du partage d'une commune citoyenneté canadienne. Dans un texte également paru en 1997, le romancier Robert Kroetsch de l'Alberta a dénoncé, de manière encore plus radicale que Daniel Francis, le mensonge de tout récit fondateur du pays dont l'intrigue mettrait exclusivement en scène les alliances entre les politiciens, de quelque nation, langue ou parti qu'ils soient. L'écrivain juxtapose sur un ton à la fois ironique et dramatique, l'achèvement du chemin de fer en 1885 et la pendaison, la même année, du métis Louis Riel.
    «In 1885 the completion of the railway seemed the dominant narrative, an expression of, as the joumalists would have it, the national dream. The story of the Métis leader, Louis Riel, with his rebellion or uprising or resistance - the troubles in the northwest - seemed at best a sub-plot. In the Canadian imagination one hundred years later, the story of the railway has turned into a nasty economic scrap in the name of something called the The Crow Rates, while the Riel story bas become the stuff of our imaginative life (1997 : 355).»
    Héros tragique, Louis Riel se dresse, dans le récit du romancier R. Kroetsch, à l'avant-scène de l'histoire confédérative canadienne dont les débuts apparaissent maculés de son sang et de celui des Amérindiens et des Métis qui résistèrent à la conquête de l'Ouest par les Confédérés de l'Est. Personnage hier rejeté comme un criminel, Louis Riel reprend aujourd'hui sa place, affirme Kroetsch, dans l'imaginaire des Canadiens à côté, au-dessus peut-être, de sir John A. Macdonald et de sir George-Étienne Cartier. Le silence officiel des politiciens de tous
    bords (autant des francophones que des anglophones) qui ont camouflé, aux lendemains de la Confédération, un assassinat sous la forme d'un procès est ainsi rompu par un des meilleurs romanciers du Canada anglais qui n'hésite pas à faire du métis franco-indien un égal des Pères de la Confédération.
    En associant dans un même récit fondateur la Confédération, la construction du chemin de fer pancanadien, la destruction des Amérindiens et des Métis de l'Ouest et la mort de Louis Riel, Kroetsch s'oppose radicalement, à la suite de Northrop Frye, de Margaret Atwood et de Jacques Ferron, j'en dirai un mot plus bas, aux visions mythiques unificatrices (et pacificatrices) mises à la mode par les vulgates historiographiques anglo et franco-canadiennes et largement reprises tant par les idéologues du pancanadianisme que par les séparatistes de tous bords, depuis ceux de la côte du Pacifique jusqu'à ceux de la vallée du Saint-Laurent. Kroetsch n'a en réalité que repris, à sa manière, la réponse que le politologue-poète montréalais Frank R. Scott avait faite dès 1957 au célèbre poème épique Towards the Last Spike (1952) dans lequel E.J. Pratt (originaire de Terre-Neuve et vivant à Toronto) célébrait l'unité canadienne réalisée par la liaison, à travers le rail du C.P R., de la côte atlantique à celle du Pacifique. Dans ce poème, Scott avait rappelé que l'épopée de Pratt « effectively silences and thus writes out of history the Chinese labourers who built the railway ». Le récit mythique de Pratt que de nombreux Anglo-Canadiens se plaisent encore aujourd'hui à lire comme la version canonique du mythe fondateur du pays ne fait en effet aucune place aux travailleurs chinois engagés dans la construction du chemin de fer, pas plus d'ailleurs qu'aux nations Amérindiennes, qu'aux Métis ou qu'aux Canadiens français.
    Suffice to say that the monster in Towards the Last Spike, commente Margaret Atwood dans Survival, is the Canadian Shield in the foret of a female dragon or lizard, that war is declared against lier by Sir John Macdonald and takes the foret of building a railroad through lier, that she fights back with the weapons at lier disposal, namely the traditional ones of ice, rock and water, and that this time tiny man wins the war against the giant (1972 : 60).
    Source: Qui a peur des ethnies? Article de Gilles Bibeau, dans Mondialisation, citoyenneté et multiculturalisme, sous la direction de Mikhaël Elbaz et Denise Helly, L'Harmattan, Les Presses de l'Université Laval, Québec, 2000
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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