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    Dossier: Canada

    La jeune musique canadienne

    Léo-Pol Morin
    LA JEUNE MUSIQUE CANADIENNE

    On ne saurait parler de la musique canadienne avec le sérieux qu'il convient d'apporter, par exemple, aux choses de la musique européenne et même de la déjà vivante musique américaine.
    Car, à proprement parler, si on considère l'idiome musical dans son sens le plus objectif et le plus caractérisé, il n'y a pas plus de musique canadienne qu'il n'y a de langue canadienne.
    Cependant, de même qu'on reconnaît l'accent des Canadiens, on pourrait peut-être, en faisant bien attention, reconnaître aussi leur musique.
    Mais cette musique fabriquée au Canada, malgré de timides et malhabiles emprunts aux folklores canadien et eskimo, n'a encore aucune particularité mélodique, harmonique ou rythmique. Elle sera timidement française ou anglo-saxonne, selon que son auteur sera d'origine française ou anglaise, et qu'il aura fait son éducation en France ou en Angleterre. Et même la musique de ceux qui n'ont jamais franchi les mers portera ces caractères distincts, tant il est vrai que les deux cultures, au Canada, marchent de front sans se confondre et, hélas! sans se compléter.
    De toute faon, le vocabulaire de cette musique est restreint, et elle ignore le tour aisé des langues naturelles et abondantes.
    C'est que le métier de compositeur n'est nulle part plus chanceux, plus ingrat, plus paradoxal, plus malaisé qu'au Canada. C'est un métier hors cadre et imprévu par nos éducateurs. Rien ici ne favorise les compositeurs. On ne les écoute pas. On ne les joue pas. On ne s'occupe pas d'eux. Dès lors, pourquoi s'étonner qu'ils écrivent souvent pour la seule intimité de leurs tiroirs.
    Malgré notre indifférence, cependant, on se souvient de musiciens comme Ernest et Gustave Gagnon, comme Sabattier, Labelle, Vézina, Calixa Lavallée, Alexis Contant, Lavallée-Smith, Paul Letondal, Romain-Octave Pelletier, E. Renaud, d'autres encore. Mais on serait bien incapable de dire de quels chefs-d’œuvre ils sont responsables, comme aussi de définir leur manière en tant que compositeurs.
    On connaît mieux le nom de Guillaume Couture. On sait qu'il fut le plus éminent compositeur de sa génération et qu'il fut en même temps le plus grand maître d'harmonie du Canada. Mais sa musique est le moindre de nos soucis. On ne la joue pas ou qu'à contrecœur. Son couvre capitale, Jean le Précurseur, ne reverra peut-être pas de sitôt les feux de la rampe.
    On dirait que nos compositeurs, en mourant, emportent avec eux leur musique. Est-ce par discrétion, par pudeur, ou par peur du jugement de la postérité?
    On connaît le nom de M. Achille Fortier, Mais combien connaissent ses oeuvres? Où et quand les joue-t-on? Et pourtant, sa musique, qui est fine, bien travaillée, ciselée, mérite l'attention des plus délicats.
    De même, tout le monde connaît M. Arthur Letondal comme un excellent maître de piano, mais le grand public ne sait pas qu'il écrit la musique avec élégance et clarté et qu'il est l'un des meilleurs compositeurs de sa génération.
    On ignore aussi, au loin, que le grand organiste Henri Gagnon, de Québec, est un compositeur adroit et très doué. Sa Mazurka compte parmi les meilleures et les plus agréable pages de piano écrites au Canada. Son Rondel de Thibaut de Champagne est une mélodie charmante que, parmi d'autres, le ténor Johnson a chantée à travers le continent.
    Il y a encore Amédée Tremblay, remarquablement doué lui aussi et Émiliano Renaud, qui avait au moins de la facilité; il y a Fred Pelletier, J.-J. Gagnier, chef d'orchestre très connu, il y a Arthur Bernier, Alfred Laliberté, Léo Roy, Madame Morin-Labrecque, Eugène Lapierre, Henri Miro, Auguste Descarries; il y a Conrad Bernier et encore Robert Talbot, le directeur de la Symphonie de Québec, qui est un musicien sérieux; bref, il existe chez nous de nombreux musiciens dont les oeuvres, à mon sens, se tiennent scrupuleusement à l'abri des indiscrétions de la grande foule et, mieux encore, des indiscrétions de la critique.
    Les musiciens de la génération actuelle semblent avoir la vie plus facile. Aucun compositeur ne peut encore vivre de ses oeuvres, mais on l'écoute davantage et on commence à s'intéresser à l'écriture musicale. La leçon d'harmonie a fini par mener à la composition.
    A l'exemple de Couture, des musiciens comme Rodolphe Mathieu, Claude Champagne et Georges-Émile Tanguay vivent assez dans l'atmosphère de leur couvre. On ne dit pas de Mathieu que c'est un professeur de piano, ou de chant, mais que c'est un compositeur. Et, en effet, Mathieu est un compositeur. De tous, aujourd'hui comme hier, c'est le plus original, mais aussi le plus déroutant et le plus indiscipliné.
    Son originalité, on la lui a reprochée comme une maladie, comme une tare. Pensez donc! Voici un musicien canadien qui ose être à date avec la langue musicale, et cela dès 1915! Voici un musicien qui cherche la langue musicale à sa fantaisie et aux caprices de son tempérament. Il ose être personnel et audacieux au lieu de faire de sages devoirs d'harmonie. On n'avait jamais vu cela dans la musique canadienne.
    Mais on lui a fait payer bien cher sa témérité, et sa musique ne court guère les rues...
    Mathieu ne fait plus de composition. Il aide à l'élaboration des oeuvres de son fils André (1937).
    Très peu de ses oeuvres ont été éditées. Seuls les initiés savent qu'il a écrit un Quatuor à cordes, un Trio pour piano et cordes, douze Monologues, autant de Dialogues pour violon et violoncelle, des mélodies, une Symphonie-Ballet, des Saisons pour chant et piano, enfin une Sonate pour piano et une autre pour violon et piano. Cela constitue un bagage imposant, il me semble!
    Cette musique n'est ni commode ni facile. Elle n'est pas à la portée de tous les amateurs. Nous sommes très éloignés des influences Francis Thomé, Dubois, Grieg et même Chaminade dans quoi se sont le plus souvent complu nos compositeurs. Wagner, Scriabine, voilà plutôt la filière par quoi l'autodidacte Mathieu a passé.
    Sa mélodie est sinueuse, instable, capricieuse, subtile et incertaine. Elle emprunte le chromatisme, ce qui confère à son harmonie l'investiture atonale. Et c'est ce qui déroute et éloigne les auditeurs canadiens, familiers des règles simples et franchement tonales.
    Il est vrai, cependant, que cet art n'a ni la fermeté, ni la clarté de forme qu'on souhaiterait y trouver. Le système atonal qui le caractérise ne fait qu'accentuer la faiblesse des formes qui demeurent imprécises, flottantes et souvent boiteuses. Mais c'est un art plein de chaleur, riche de substance, et d'une lyrisme généreux.
    Les petits Préludes pour piano datent de 1915. Et c'est déjà du Mathieu authentique. J'écoute une muse qui me fuit est une page originale et exquisément descriptive dont se souviendra la future histoire de la future musique canadienne. Son Lied pour violon et piano est une prière ardente, lyrique et passionnée.

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    * *

    Claude Champagne est moins audacieux dans sa langue. Son écriture est plus châtiée et soumise à des règles grammaticales très précises. Il est de plus un homme de science. C'est un musicien discipliné et qui connaît bien son métier. Jamais il ne perd la tête. Jamais il ne s'emporte. Son harmonie est franche, nette et sans équivoque. L'atonalisme lui répugne et il a besoin des cadences parfaites pour étayer son oeuvre. Pour cela, il a d'ailleurs fait de sérieuses études en France, auprès de Gédalge et de Laparra.
    Moins abondant que Mathieu, moins riche d'idées et moins généreux, Champagne a cependant à son actif quelques morceaux de piano, Filigranes et un Prélude, une Suite Canadienne pour chœur et orchestre, éditée à Paris, chez Durand, un poème symphonique, Hercule et Omphale, une Suite espagnole pour orchestre, un Scherzo symphonique, une Pièce en forme de Habanera pour violon et piano, qui est une musique bien savoureuse et d'une parfaite mesure. Encore une Danse villageoise pour violon et piano, tout à fait paysanne et bon garçon, agrémentée d'une belle cadence pour violon seul. Enfin, un chant populaire très émouvant: Noël huron. Cette musique est faite avant tout de délicatesse, de subtilité et de charme. Son style est d'une élégance peu commune au Canada.
    Georges-Émile Tanguay a, lui aussi, étudié de nombreuses années à Paris. C'est à Caussade qu'il doit cette connaissance approfondie de l'harmonie qui fait de lui, à son tour, un spécialiste de cette science.
    L'écriture de Tanguay est toujours fine et discrète. C’est par le lyrisme, par une atmosphère de timidité et de tendresse qu'on reconnaît l'auteur. La brutalité, soit rythmique ou harmonique, est absente de sa musique qui se contente le plus souvent d'indiquer un caractère ou un sentiment.
    Des petits morceaux pour piano comme Air de Ballet et les Trois pièces brèves respirent la musique même. La Pavane est d'une couleur séduisante et très heureusement équilibrée de forme, tandis que la Romance pour piano et violon prend des airs de sensuelle méditation.
    Tanguay, qui est organiste, a aussi écrit de la musique religieuse et de belles pages d'orgue, notamment une Prière et un Lied pour grand orgue, qui nous montre l'auteur de L'Air de Ballet aux prises avec la forme savante et à compartiments. Car on ne frôle pas impunément les murs de la Schola Cantorum de Paris...

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    James Callihou, d'origine indienne par son père et canadienne-française par sa mère, fait très curieuse figure dans la musique canadienne. Il prend délibérément son inspiration dans les folklores indien et eskimo. Mais il en use allègrement, un peu à la manière du Hongrois Bartok.
    Il trouve d'ailleurs dans sa nature une mélodie, un rythme et une harmonie aux angles accusés, d'où n'est pas exclue, à l'occasion, une tendresse charmante.
    Musique riche de substance, qui se passe de développements thématiques, qui se borne à faire chanter les thèmes et à les prolonger. Musique trop courte, à mon avis, musique trop peu modulante et qui n'échappe pas toujours à la monotonie.
    Cette musique un peu dure et anti-lyrique sait cependant être d'accent poignant, et je n'en veux pour preuve que les Chants de Sacrifice et cette Berceuse pour un mort pour chant et piano qui, en deux pages, atteint au tragique par la seule vertu du rythme et d'harmonies coruscantes appropriées. Weather Incantation pour piano, est une musique déjà personnelle et qui laisse une impression de mélancolie glaciale et triste.
    Hector Gratton, dont la fécondité est pour le moins sympathique, s'est essayé à la composition de danses pour violon et piano qui prennent leur inspiration chez les violoneux de village. Mais c'est un art stylisé et agrandi comme celui de Callihou et dont les emprunts au folklore sont plutôt spirituels que textuels.
    Ses danses sont énergiques, remarquables par le rythme beaucoup plus que par l’harmonie et par la forme. Et si on recherche ici une paternité, on se trouve directement en face de Medtner.

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    Il y a d'autres musiciens, bien sûr, du côté des Canadiens anglais, parmi lesquels Ernest MacMillan, Healy Willan, George Bowles, Cleland Lloyd et MacPhee sont les plus intéressants.
    Si nous brandissons avec orgueil Mathieu et Champagne, les messieurs du côté de Toronto peuvent dresser avec beaucoup d'honneur un MacMillan.
    Ernest MacMillan est un musicien de premier ordre. Il l'a maintes fois prouvé, ne serait-ce que dans ses arrangements de chansons canadiennes, indiennes ou eskimos, et aussi, et surtout, dans ses chœurs, dans ses esquisses pour quatuor à cordes qui sont des oeuvres d'une finesse sans égale dans la musique canadienne.

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    Enfin à beaucoup s'occuper d'elle, notre musique devient, de plus en plus coquette et un peu plus vivante. Elle avait et elle a toujours des défauts très graves. Outre ceux qui ressortissent à la technique et à l'inspiration, elle demeure dans l'ensemble, je dis bien dans l'ensemble, assez naïve, informe, et souvent incolore.
    Eh bien! son air est aujourd'hui plus aimable, moins compassé, moins paysan, plus libre et plus dégagé. Le savoir et la finesse, l'élégance de l'esprit, la bonne mesure et la culture qui sont au Canada choses trop rares, il semble que les jeunes musiciens en soient assez proches. Leur musique chante en effet avec moins de contrainte que celle de leurs aînés, et elle parle volontiers, avec Champagne et Mathieu, par exemple, la langue de son temps. Si donc elle a déjà été ennuyeuse, elle tâche désormais, et le plus naturellement du monde, à ne plus l'être.
    Cette musique, on ne la joue pas assez. C'est un autre de ses défauts. On la traite en parente pauvre. Mais c'est un peu de sa faute. Il est très difficile de se la procurer. Il faut lui forcer la main. De plus, c'est une personne susceptible et timide. Je le sais mieux que personne.
    Et puis, défaut plus grave, elle ne se renouvelle pas beaucoup. Si donc on fait entendre des oeuvres déjà anciennes plutôt que des nouveautés, il faut en accuser nos compositeurs. Il s'est en effet écrit bien peu de choses ces dernières années. Je n'ai pas besoin de dire que, tout le premier, je serais heureux de renouveler enfin mon répertoire d’œuvres canadiennes.

    BOUQUET DE MUSIQUE CANADIENNE
    ENTRE DEUX FESTIVALS...

    Les concerts Beethoven, bienfaisants, mais terribles accapareurs, ont failli nous priver du plaisir de prendre une fois de plus la température de la musique canadienne. Et par exemple d'aller entendre à St-Laurent une oeuvre qui par ses proportions, son sujet et son caractère devait intéresser la critique musicale autant que la dramatique: le Jonathas du révérend Père Gustave Lamarche, dramaturge, et de Gabriel Cusson, musicien, qui fut présenté au public, d'excellente façon et dans de beaux décors, par les élèves du Collège St-Laurent. Je crois que la critique fut présente. Quant aux mélomanes, ceux qui par définition aiment la musique avec excès, nous savons bien que l'art canadien est le dernier de leurs soucis et que cela ne vaut point un voyage hors les murs.
    Et pourtant, ne faut-il pas aller chercher la musique canadienne là où elle se trouve, à Saint-Laurent comme aux postes de Radio-Canada, puisque nos grands concerts symphoniques et nos festivals la croient indigne de leurs grandes cuisines. C'est ainsi que nous avons pu récemment entendre à St-Laurent comme à la radio de Toronto des oeuvres de Gabriel Cusson, Maurice Blackburn, Henri Gagnon, Robert Farnon, Graham George, Lionel Daunais, tous musiciens canadiens, sans compter les charmants petits morceaux de piano que vient de m'adresser M. François Brassard. Bouquets de printemps, fleurs des champs, fleurs de serre et de papier, où il est pourtant facile de reconnaître la fleur artificielle de la fleur vivante et chaude, la fleur exotique de la canadienne. Fleurs tout de même et qui ne laissent pas indifférent celui qui s'en approche et cherche à en apprécier le caractère, le parfum et la couleur. Et ces couleurs sont diverses assurément, timides et impersonnelles quelquefois, et non toujours dégagées d'influences mal définies, mais on y trouve plus d'un indice qui donne le droit d'être optimiste.
    M. Gabriel Cusson s'est attaqué à une forme aussi complexe qu'attrayante et difficile: de la musique de scène pour chœur, orchestre et ballet, sur un drame qui appelle la musique de tout son être, lui fait même la part plus large qu'il ne faut. M. Cusson y est si prolixe que Jonathas est comme hybridé et que la musique y gêne quelquefois le déroulement de l'action. Mais c'est là, sans aucun doute, de l'inexpérience de la part des auteurs et le défaut d'abondance n'en est un que pour les timides et les impuissants.
    On veut en certains endroits que la critique dramatique soit interdite au musicien, mais comment ne pas remarquer que la musique et le drame dans Jonathas se rencontrent fort heureusement. La musique présente souvent l'esprit du drame et en traduit le sentiment et la noble allure. De sorte qu'il y a dans Jonathas, au 4e acte, des pages chorales et orchestrales qui sont sans exemple dans la musique faite au Canada-français: un élan, un souffle, un sens inaccoutumé de la grandeur décorative.
    M. Maurice Blackburn, dont M. Jean-Marie Beaudet dirigeait récemment à Toronto la Fantaisie en Mocassins, est un musicien d'un tout autre ordre. C'est un imaginatif, un impulsif, un poète vibrant et caustique et qui a avant tout le souci d'exprimer les réactions de son esprit par le truchement de la musique. Imagier, il a le don de la couleur et de la mise en page, et les histoires qu'il raconte sont originales, vives et primesautières. Ses histoires, on les voit, on s'en amuse, elles dansent devant nous, et n'est-ce pas là le don même de l'esprit! Heureux jeune homme qui trouve déjà le moyen d'exprimer sa personnalité sans pourtant posséder encore le savant métier qu'il faut généralement à ces sortes d'exercices. Mais le métier s'acquiert, tandis que le don, l'imagination, la vie, sont un bienfait des dieux. Techniquement, il y a un progrès énorme des séduisantes petites Rues du vieux Québec à l'astucieuse Fantaisie en Mocassins, qui est une oeuvre plus élaborée, plus riche et plus pleine, plus originale aussi. Et une autre Fantaisie, Bal à l'huile, et aussi un Nocturne pastoral, joués à New-York, il y a quelques mois, montrent de reste que ce jeune musicien est doué d'un talent exceptionnel.
    On ergote de temps en temps sur l'existence d'une musique canadienne. On se perd en discussions qui ressemblent à de creuses batailles de mots. Les mots ne sont pas la fin du monde et ce qui compte, n'est-ce pas les oeuvres? Ou , pour quiconque y fait attention, la musique canadienne propose déjà à notre curiosité des pages qui autorisent l'optimisme, enfin des pages qui devraient mériter l'attention de nos grands donneurs de sérénades et celle, non moins négligeable, de nos très élégants auditoires. Mais il ne faut désespérer de rien. « Un jour viendra, qui n'est pas venu... »
    P. S. - « 0 musique, que me veux-tu ? » Mot d'angoisse et qui doit tourmenter l'esprit de bien des auditeurs en un temps de l'année où, hier encore, elle avait accoutumé de se taire. C'est que nous sommes éloignés du théâtre de la guerre et de ces malheureux pays où elle doit s'imposer le plus douloureux silence.
    Mais à Montréal, après tant d'années de grande économie, la musique ne prend plus congé. Il semble qu'on en ait besoin toute l'année longue. Du moins, on le croit. Elle se déplace avec les saisons. Elle va de la ville à la montagne et même jusqu'à la campagne. Elle s'inscrit sous des titres divers et donne ainsi l'impression qu'elle se renouvelle. Et pourtant, elle ne change point. Que ce soit dans un festival ou dans un simple concert de saison,
    les symphonies de Mozart ou de Beethoven demeurent « telles enfin que l'éternité les a changées ». Et cela pour notre plus grand réconfort, pour la paix et la joie de notre esprit.
    Le mot Festival a un énorme prestige auprès de ceux que flatte l'apparat des fêtes officielles. Et c'est tant mieux si la musique gagne ainsi de nouveaux adeptes. Vive donc ces Festivals qui aident à installer la musique dans nos mœurs et à la rendre presque nécessaire. Et bravo à ceux qui les maintiennent malgré les circonstances. Après les belles soirées de Beethoven au Plateau, après les représentations de Jonathas et quelques semaines de repos, le public reprendra le chemin de St-Laurent où d'autres fêtes somptueuses vont se dérouler dans un cadre et une atmosphère que ne viendra troubler aucun bruit insolite. (A propos des représentations de Jonathas à St-Laurent, j'ai oublié de signaler dans ma chronique de lundi dernier l'excellent travail accompli par un jeune chef d'orchestre canadien, M. Jean Deslauriers, qui a dirigé l'orchestre, les chœurs et le ballet avec une habileté et une autorité déjà remarquables.)
    Bien des gens comparent les deux Festivals: celui du Plateau, qui fut consacré à Beethoven, et celui de St-Laurent, où paraîtront différents auteurs en une splendide floraison. On se demande lequel est le plus sérieux des deux, lequel est le plus « festival ». Toutes choses à quoi il est inutile de répondre.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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