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    Dossier: Caducée

    Le caducée

    Ginette Paris
    Le texte qu'on va lire est celui de la conférence que Ginette Paris a prononcée au colloque Santé et Thérapies, le temps des choix, organisé par l'Agora à l'automne 1986. Les thérapies alternatives sont-elles une menace pour la médecine officielle? Sans doute, répond Ginette Paris, mais il faut savoir ajoute-t-elle, que ces deux grandes tendances existaient déjà chez les Grecs, où elles apparaissaient comme les deux pôles d'une harmonie sans cesse menacée et sans cesse recherchée. Tout en nous proposant une interprétation du caducée qui éclaire les pratiques actuelles, Ginette Paris nous fait revivre ces tensions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours.À propos de la forme actuelle de la médecine scientifique, elle note ensuite que la principale menace pesant sur elle ne vient pas des thérapies alternatives, mais de la forme achevée du modèle scientifique: les systèmes experts, ces logiciels qui réussissent les examens de médecine avec la mention summa cum laude. Sur son terrain, nous dit-elle, le robot est plus fort que le médecin-robot. Et elle imagine une nouvelle harmonie résultant d'une alliance entre un système expert et un thérapeute traitant des personnes et non des maladies. Elle nous donne ensuite un aperçu des bouleversements qui pourraient survenir ensuite dans les professions de la santé.
    Du médecin-robot au thérapeute hippocratique

    Même si l'on n'a jamais su ce que signifie un caducée, et en supposant que l'on n'ait jamais remarqué que ce symbole est sous nos yeux quotidiennement, sur les formules de prescription, les enseignes de pharmacie, les cartes d'affaire des chiropraticiens et des médecins, nous avons néanmoins une image, une conception de la médecine qui s'est forgée en accord avec (ou en opposition à) des principes et des valeurs qui nous viennent des Anciens Grecs et qu'ils ont résumés par le symbole du caducée.

    Il est composé, comme on le sait, d'un bâton autour duquel s'enroulent deux serpents de forces égales mais opposées. Il serait trop long et au-delà de mes capacités de faire ici l'historique de toutes les significations possibles du caducée, à travers l'histoire et les cultures, de l'Inde à la Grèce, en passant par la Chine et l'Egypte, car, comme les symboles de l'arbre et du serpent, le caducée est si ancien qu'on pourrait consacrer des années à inventorier tous les sens possibles de ce riche symbole. Mentionnons seulement une constante: à savoir, la signification donnée à ce symbole et donnons-nous quelques repères pour en comprendre l'évolution.

    Les divers symboles du caducée

    Parfois, le bâton représente l'axe de l'univers et les deux serpents, les forces contraires qui s'y agitent, l'organisation et la paix. Le caducée devient ainsi un symbole de ce qu'il ne faut pas confondre avec l'absence de forces négatives, mais qu'il faut plutôt voir comme un équilibre entre les forces contraires.

    Le caducée d'Hermès, que les émissaires portaient comme un signe d'intention pacifique, et auquel on ajoutait des bandelettes blanches pour qu'il soit vu de loin, est ainsi devenu l'ancêtre de notre drapeau blanc. Il ne signifie pas que la paix est faite mais que les forces sont telles qu'il y aurait matière à négocier, à organiser une entente.

    Parfois, le bâton représente un phallus, symbole masculin. Les deux serpents qui s'accouplent sur ce phallus sont alors un symbole de fertilité, de vie, car la vie elle même est un équilibre entre naissance et mort.Mais il est tout aussi souvent considéré comme un symbole féminin, le bâton devient alors un arbre, lui aussi symbole de vie et de l'ancienne divinité féminine de l'arbre, qui nourrit les humains et abrite la vie. Le caducée hindou, par exemple, de même que le caducée mésopotamien sont associés à l'arbre sacré, source de vie.

    Quant au serpent, qui apparaît deux fois sur le caducée, il est une des plus vieilles divinités de l'humanité, et il apparaît dans toutes les religions de la nature. Lorsqu'on étudie les différentes interprétations auxquelles le symbole du serpent a donné lieu au cours de l'histoire, on constate que sa signification recouvre à peu près ce que la science associe aujourd'hui au cerveau reptilien, à savoir les réactions les plus anciennes et les plus primitives de notre organisme, celles qui ont trait à la survie, à la sexualité, à la lutte, à la défense de ses petits. Dans ces réactions, le pire et le meilleur sont liés et les problèmes que les instincts posent à l'ordre moral de l'humanité sont symbolisés par le serpent, à la fois bon et mauvais.

    De façon constante, le serpent est reconnu comme ayant cette double valence: positive et négative, l'une et l'autre liées inextricablement. La valence négative pourrait se résumer par la constatation que le choix de vivre uniquement selon ses instincts, ou selon son cerveau reptilien pour prendre le langage de la biologie, serait plus ou moins équivalent, sur le plan moral, au fait de ramper et de refuser l'élévation de l'esprit. La valence positive du symbole se résume par la prudence et le secret de régénération que l'on prête au serpent. Il était considéré, bien avant les théories évolutionnistes en biologie, comme faisant partie des plus vieux des animaux. Les Chaldéens, par exemple, avaient en fait un seul mot pour vie et pour serpent. Dans presque toutes les cultures, le serpent est associé aux forces de la nuit, aux anciennes déesses mères qui elles-mêmes symbolisent les mystères de la vie.

    On connaît évidemment le sort que le Christianisme a fait au symbole du serpent et l'on comprend que le geste de Marie écrasant le serpent symbolisait la dévalorisation par le Christianisme de la vie instinctuelle et des valeurs associées au paganisme grec. Pendant tout le Moyen Âge, plusieurs sectes comme celles des Alchimistes, des Gnostiques, et un grand nombre de sectes hérétiques que le Christianisme a combattues, ont continué à défendre le serpent et ce qu'il symbolisait, mais elles ont dû le faire de façon clandestine et subir l'embrouillamini de l'ésotérisme.
    C'est à l'époque grecque que deux ailes sont venues surmonter les deux serpents, venant appuyer encore l'idée d'équilibre en ajoutant la notion d'équilibre entre les forces instinctuelles serpents) et celles de l'esprit et de l'intellect (les ailes). C'est ce caducée-là que nous retiendrons ici, puisque c'est celui-là qui à le plus de signification pour l'histoire médicale. Ce caducée, il faut le préciser, n'est pas médecin mais médecine, il est la prescription fondamentale de la médecine grecque qui tient en deux mots: équilibre, holisme.

    Caducée et mythologie grecque

    Le caducée dans la symbolique grecque est associé à trois divinités: Apollon, Hermès et Asclépios. Le mythe veut qu'Apollon l'ait d'abord donné à Hermès lorsque celui-ci était encore un bébé, en échange de la flûte qu'Hermès venait d'inventer. Le caducée devient alors le bâton d'Hermès, dieu de la communication, des magiciens, guides, messagers et diplomates.

    La légende d'Asclépios, dieu de la médecine, est plus tardive que le mythe d'Hermès et semble avoir eu comme origine un héros, un médecin irréprochable mais qui aurait succombé aux tentations de la démesure en ressuscitant les morts. Le dieu Hadès, dont la fonction est de recevoir les morts sous terre, voyant sa clientèle baisser et sa divinité menacée, s'est plaint à Zeus de cette irrégularité. Le Justicier a alors foudroyé Asclépios pour le punir de la démesure de son ambition.

    Après sa mort, le héros légendaire fut promu au rang de divinité, patron des médecins. Les Romains reprirent cette divinité en l'appelant Esculape. Asclépios a lui aussi comme attribut le caducée et la légende fait de lui le fils d'Apollon que les premiers médecins de la tradition scientifique reconnaissaient comme leur véritable patron. C'est à lui qu'ils se vouaient dans le fameux serment hippocratique qui débute ainsi: «Je jure par Apollon médecin, par Hygée et Panacée, tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l'engagement suivant...»

    Mais avant d'aller plus loin avec la médecine scientifique et le caducée d'Asclépios, revenons au caducée d'Hermès qui était associé à la médecine magique et incantatoire qui prévalait en Grèce avant, et de façon concurrente à celle des grandes écoles de médecine. La médecine primitive d'Hermès, faite de charmes et de potions, de bains et de rituels, de pélerinages et d'épreuves, avait droit de cité auprès des penseurs les plus sérieux et évidemment, elle fut longtemps la seule médecine du peuple. Seuls les médecins qui avaient fait serment à Apollon méprisaient ces pratiques et ne faisaient même pas l'honneur d'une discussion à leurs représentants.

    Ceux-ci remportaient pourtant des succès impressionnants. Le temple d'Epidaure par exemple devint pour la Grèce à la fois ce que Lourdes fut pour l'Europe lorsque les miracles s'y multipliaient, et un équivalent de ce que furent au début de ce siècle les villes d'Eau en France, comme Vichy et Evian, recherchées comme des hauts lieux de cure et de repos. À Epidaure, les jeûnes, les rites de purification, l'hygiène et le repos se mêlaient à des rituels d'ordre religieux à valeur psychothérapeutique. Ainsi le malade, après avoir participé à certaines cérémonies, dormait dans le temple, et il voyait en songe ce qui le rendait malade et ce qui pourrait entraîner sa guérison. Le lendemain, il racontait son rêve à un prêtre qui l'interprétait en lui prescrivant la conduite à suivre et les traitements à entreprendre. Le patient remerciait en jetant de l'or dans la fontaine du temple.

    Hermès, dieu de la médecine holistique

    Cette sorte de médecine shamanique est plus justement symbolisée par Hermès, dieu de la Communication et des magiciens, que par Apollon. Le bâton d'Hermès symbolise alors la santé qui est vue comme un état qui n'est jamais fixe ou définitif, mais comme une harmonie des contraires qui retient d'Hermès sa bivalence, sa fluidité. L'ancienne médecine shamanique des Grecs appliquait la Mêtis, c'est-à-dire cette forme d'intelligence rusée que nous nous pourrions traduire par «intelligence de la situation», à la relation thérapeutique.Dans ce que la maladie a de psycho-somatique les qualités personnifiées par l'archétype d'Hermès sont souvent aussi utiles que celles personnifiées par Apollon, car dans la mesure où le symptôme est en même temps un mode de communication, le thérapeute doit user de toute sa Mêtis, pour ruser avec l'inconscient du patient, pour déjouer ses manigances, pour reconnaître les multiples déguisements du symptôme.

    Il faut de plus négocier avec un patient qui veut (consciemment) et ne veut pas guérir (inconsciemment); la négociation, elle aussi sous le patronage d'Hermès, porte sur un changement d'équilibre: le nouvel équilibre psycho-somatique devrait à la fois présenter des avantages somatiques évidents et contenter tous les besoins d'ordre psychique, sous peine de voir ré-apparaître d'autres symptômes si l'on n'a pas remplacé adéquatement ce que les psychiâtres appellent «gains secondaires de la maladie». Le mythe raconte comment Hermès est venu à bout d'Argus, le monstre à mille yeux, en l'endormant avec la musique pour ensuite le vaincre. Le thérapeute, devant un patient qui se détruit lui-même, est lui aussi dans une lutte à mort avec un monstre à mille têtes: si l'on soigne l'ulcère, c'est le mal de tête qui continue la destruction, si l'on guérit le mal de tête, il peut survenir un déplacement de vertèbre etc., le monstre, comme Argus aux mille yeux, a toujours un oeil ouvert.

    Le patient, bien sûr, doit vouloir ce combat et y mettre toute son âme, mais le thérapeute devra conserver à chaque instant une vigilance extrême pour reconnaître l'instant propice où le monstre peut être vaincu. Un thérapeute averti doit également être capable de reconnaître le mensonge qui peut prendre la forme chez un patient de la mauvaise foi, d'une réaction défensive, d'un retrait qu'on n'avoue pas.

    La morale grecque nous éclaire ici de façon intéressante car, pour comprendre qu'un dieu, Hermès, puisse avoir comme qualité d'être le patron des menteurs (et des voleurs), il faut savoir que la mentalité grecque -sans évidemment permettre impunément le mensonge ou le vol- souligne néanmoins par cette qualité de son dieu qu'il y a faute à ne pas s'apercevoir que l'on nous ment. La faute est du côté de celui qui ment, mais également du côté de celui qui est assez bête pour ne pas s'apercevoir qu'on lui ment. Un thérapeute qui ne possède pas ce talent n'a pas de mêtis, il ne pourra pas s'opposer efficacement aux ruses du symtôme, aux mensonges psychologiques que l'on appelle aujourd'hui des défenses.

    Pour tuer le monstre Argus, Hermès a usé d'un détournement: il endort le monstre en le charmant par le son de sa flûte! Que fait d'autre un thérapeute devant un patient dont le trouble est psychosomatique? Charmer le monstre, endormir le mal pour l'extirper, le tuer pendant que les défenses sont endormies! Personne n'est jamais débarrassé de tous ses monstres, et même le mythe d'Hermès tuant Argus ne suggère nullement la destruction définitive des anomalies. L'objectif de l'asepsie psychique (c'est-à-dire l'absence totale de microbes, vermines et monstres psychiques) est illusoire, à moins de vivre sous verre (ce que certaines personnes choisissent, malgré la platitude de la vie sans émotions).
    La solution symbolisée par le caducée d'Hermès représente un axe (la personnalité, la colonne vertébrale, le centre, le soi...), autour duquel s'organisent des forces égales et opposées: si d'un côté il y a un monstre négatif et rusé et qu'on ne peut l'affronter directement, il faut lui opposer une force également positive et rusée. C'est là un des sens des deux serpents en équilibre inverse et opposé, et c'est la tactique préférée d'Hermès, le divin fripon.

    Lorsque Asclépios vint au monde, le mythe raconte qu'Hermès le sauva de la mort. La médecine d'Esculape a fait la jonction entre l'antique médecine des guérisseurs et des magiciens et la nouvelle médecine scientifique, sous le signe d'Apollon et de son fils Asclépios.

    Apollon, le dieu de la médecine scientifique

    Ce nouveau patronage, ce passage d'Hermès à Apollon a marqué le début du processus de sécularisation de la médecine, à la fin du Ve siècle avant J.-C. Les écoles et les corporations de médecins se sont distinguées avec hauteur des guérisseurs et des prêtres pratiquant leur art dans les temples. À la célèbre école de médecine de Cnide, on s'est appliqué à faire des observations de plus en plus précises, s'efforcant de mettre de côté aussi bien les rituels religieux que les théories philosophiques qui foisonnaient à l'époque.Bien qu'il y ait eu avant Cnide une tradition d'observation que l'on peut constater en lisant par exemple certains passages d'Homère, où les blessures et les symptômes sont décrits avec une étonnante précision, les maîtres de Cnide ont développé des techniques d'observation encore plus rigoureuses, et ces observations furent notées par écrit. Souvent, pour mieux transmettre ce qu'ils avaient observé, ils avaient recours à un langage imagé et rempli d'analogies. Par exemple, pour décrire une certaine forme de phtisie, on note que le malade fait entendre des sons sifflants comme s'il parlait à travers un tuyau de roseau; dans une maladie des poumons, on remarque que le patient ouvre les narines comme un cheval qui court et tire la langue comme un chien desséché par la chaleur de l'été... Mais peut-être les Cnidiens étaient-ils tellement en réaction contre les théories philosophiques, pythagoriciennes et autres qui se mêlaient d'expliquer la maladie qu'ils se sont contentés d'observer et de noter, sans jamais dégager de leurs observations une pensée médicale. Ils se refusèrent à émettre des théories médicales ou à systématiser de quelque façon que ce soit ce qu'ils avaient observé.

    Hippocrate

    Une autre école, celle de Cos (450 a.c. à 350 a.c.) dont Hippocrate (né à Cos en 460 a.c.) fut le grand maître, pousse un cran en avant la démarche scientifique. Hippocrate, l'homme qui incarne le génie médical grec, est un continuateur autant qu'un initiateur. Il reprend les observations des Cnidiens, mais il propose en plus d'appliquer la raison et l'expérience directe des cinq sens à l'étude de la maladie.

    Avec ces deux écoles, Cnide puis Cos, les explications par la possession, l'envoûtement, la magie, furent mises de côté au profit du rationalisme grec qui prit définitivement le dessus. Hippocrate représentait bien l'esprit de son temps lorsqu'il déclara à propos de l'épilepsie: «Certaines personnes croient qu'il s'agit d'une intervention divine. C'est faux. Il s'agit d'une maladie naturelle dont on ne comprend pas encore la cause». À Cos, on entreprit donc d'induire l'explication scientifique à partir des faits observés. On élabora des concepts et des théories médicales qui furent retouchés par Galien, médecin grec né à Pergame en Italie vers l'an 131. Ces théories sont restées en usage jusqu'à la fin du XVIIe siècle.

    Cette fois, la science a remplacé la foi religieuse qui donnait aux prêtres le pouvoir des guérisons «miraculeuses» et les médecins ont remplacé les guérisseuses, les prêtres et les prêtresses en exercant leur métier dans un esprit scientifique avant même que le mot de science ait prit le sens qu'on lui donne aujourd'hui.

    Le caducée ne changea pas complètement de sens en passant dans les mains d'Asclépios, fils d'Apollon. En effet, même si les corporations de médecins étaient hostiles à la médecine des temples, ils admettaient néanmoins pour eux-mêmes qu'on ne peut être un véritable médecin sans être attentif à la vie psychologique du malade. Ils ne séparaient pas non plus l'homme complet, corps et esprit, du milieu physique et même du milieu sociologique dans lequel il se trouve inséré. La pratique de la médecine exigeait à leurs yeux à la fois le savoir et la sagesse, et elle devenait une forme élevée de la culture.

    L'archétype d'Apollon, dieu solaire et personnificaiton de la conscience diurne, de la raison et de la logique scientifique, a donc symbolisé dans l'histoire de notre culture la fin de la médecine magique. Le lumineux Apollon, qui demeure dans les hauteurs, est devenu l'image d'une médecine rationnelle, univoque, scientifique.

    Le développement de la science et son application à la médecine fait certainement partie de ce dont l'humanité peut être et c'est à raison qu'il faut s'inquiéter de toute régression ou accroc à la rigueur scientifique. Ces régressions se remarquent d'ailleurs dans tous les camps. Lorsqu'un médecin, par exemple, court-circuite le processus scientifique en passant directement du symptôme au médicament, il régresse ainsi à la méthode préscientifique de l'essai-erreur. Celui qui sort son carnet de prescription aussitôt que vous êtes assis en face de lui et dont le «revenez me voir dans une semaine si ça ne va pas mieux» sous-entend «on essaiera autre chose», procède comme on savait déjà le faire à Cnide et à Cos et fonctionne somme toute de façon assez primitive.

    Du côté des thérapeutiques dites «alternatives», la régression peut prendre la forme d'une confusion entre le magique et le scientifique comme si la seule légitimation possible devait être scientifique. Les gris-gris et les amulettes se présentent alors sous des apparences pseudo-scientifiques puisque c'est de cette façon qu'on les charge du pouvoir magique de la confiance.

    Hermès vs Apollon

    Cette confusion des deux médecines, celle d'Hermès et celle d'Apollon, confond aussi le client qui risque de ne plus savoir à qui il a affaire. Certains médecins, croyant à tort qu'il est facile d'exercer une influence thérapeutique sur une autre personne et se prenant sans trop s'en apercevoir pour des sorciers, se leurrent en pensant, par exemple, qu'une petite demi-heure d'exhortations à éviter le stress suffira pour vous soutenir dans ce qui est ni plus ni moins qu'un changement profond de votre vie et de votre personnalité. Un exemple assez extrême de cette naiveté psychologique m'a été fourni dernièrement par une étudiante qui m'a raconté l'anecdote suivante. Son père, âgé de 55 ans, est un homme tendu qui a toute sa vie eu de la difficulté à se détendre. Après une première indisposition cardiaque, il a consulté un cardiologue qui lui a tenu le discours suivant; «Monsieur, j'ai étudié vos résultats d'examens et j'aime autant vous le dire franchement, détendez-vous sinon vous serez mort dans cinq ans.»

    Cette proposition est probablement vraie, mais en même temps elle est parfaitement absurde, car si en premier lieu le patient est cardiaque, c'est justement parce qu'il ne sait pas comment faire ce que le médecin lui prescrit, il ne sait pas se détendre. Ça n'a donc pas de sens de lui faire cette injonction. En second lieu, le «détendez-vous sinon vous mourrez» fait grimper dangereusement le niveau de stress et contribue au problème plutôt qu'à la solution. Il s'agit donc d'une situation psychologiquement aussi absurde que celle du mal aimé qui menace de se venger si on ne l'aime pas. «Détendez-vous sinon vous allez mourir» provoque de la tension de la même façon que «aime-moi sinon je te tue» provoque de la haine. En fait, ce cardiologue a fait une telle peur à son client que celui-ci a fait une seconde crise cardiaque le soir même. Il aurait fallu ici toute la ruse et la Mêtis d'Hermès pour communiquer à ce patient ce qu'il doit comprendre pour survivre. Il aurait fallu également que le médecin ait l'humilité de reconnaître qu'il ne pouvait pas réussir ce coup par son injonction et qu'à moins d'être un très grand guérisseur, il ne pouvait pas non plus le réussir en 15 minutes. Il aurait fallu qu'il le recommande à d'autres personnes plus compétentes que lui pour y arriver. Apprendre à quelqu'un à se détendre ne relève pas de la médecine d'Apollon.

    Réconciliation d' Hermès et d'Apollon

    D'un autre côté, les nouvelles approches holistiques de la santé ont elles aussi une double tâche à accomplir. Il y a d'une part la préoccupation de légitimer ces approches et ces spécialités nouvelles par des recherches scientifiques, et d'autre part il y a une recherche, une redécouverte des éléments qui faisaient la force de la médecine des temples: bains, rituels, massages, jeûnes, compréhension du lien entre l'âme et le corps, et le plus important de tous ces éléments: la réintroduction d'une véritable communication (le territoire d'Hermès, dieu de la communication) entre le thérapeute et le client. Cette confusion peut être créatrice, car on sent bien que d'un côté comme de l'autre on cherche une médecine qui soit complète, qui fasse l'équilibre entre les deux approches de la maladie, une médecine en bref qui soit de nouveau symbolisable par le caducée. Qui voudrait d'une médecine holistique qui serait ignorante ou régressive par rapport aux acquis scientifiques, et par ailleurs que faire devant l'impuissance de la science qui s'avoue incompétente devant ce 80 % de maladies qu'on dit psychosomatiques? Le lien entre l'âme et le corps ne pourra pas être saisi complètement par l'approche scientifique car un des termes, l'âme, ne s'étudie pas en laboratoire.

    Systèmes-experts: triomphe absolu d'Apollon?

    À ce tableau, il faut maintenant ajouter l'introduction des technologies informatiques. Celles-ci feront bientôt l'objet de débats décisifs et d'une importance capitale pour la médecine officielle autant que pour les médecines parrallèles. On a beaucoup entendu parler depuis quelques années du risque de perte d'emplois dans le domaine du secrétariat ou de l'administration en rapport avec l'introduction des nouvelles technologies. À y regarder de plus près, il semble que le perfectionnement des systèmes experts risque d'amener des bouleversements bien plus profonds dans les pratiques des professionnels comme les avocats, les comptables, les professeurs, et les médecins. En médecine, ces systèmes étaient déjà capables, il y a quelques années, de réussir summa cum laude les examens, par spécialité, que les jeunes médecins doivent subir à la fin de leur formation pour être légitimés dans la pratique de la médecine.

    Dans la mesure où une grande proportion des actes médicaux relève d'un corpus de connaissances déjà systématisées et d'une logique du IF THEN, on peut imaginer que la généralisation des systèmes-experts rendra désuète la performance médicale du médecin-robot, celui-là même qui est si efficace aujourd'hui parce qu'il a organisé son bureau et son travail sur le modèle qui permettra demain de le remplacer. En effet, le médecin qui, aujourd'hui, réussit à traiter convenablement un patient toutes les dix minutes agit selon un programme; l'entrée des données consiste à recueillir une description des symptômes et de l'histoire médicale et d'y adjoindre les résultats de laboratoire. La théorie médicale lui permet ensuite de traiter ces informations de façon à arriver à un diagnostic, à un traitement et à une médication.Une fois engagé dans cette logique, qu'on passe 3 minutes ou trois heures avec son médecin a finalement peu d'importance; s'il peut arriver à un résultat correct en 3 minutes, à quoi servirait d'y passer trois heures? Même si le médecin se donne la peine de demander pourquoi vous êtes tendu et qu'est-ce qui vous tracasse dans votre vie professionnelle ou émotive, cette question, justement parce qu'elle est posée dans le bureau du médecin et non dans celui d'un thérapeute de l'âme, n'aura bien souvent pas plus d'effet qu'une formule de politesse. Il s'agit d'une façon gentille pour le médecin de dire «vous voyez bien que je m'intéresse à votre personne, et que je ne suis pas un robot». Mais dans la mesure où la réponse à la question demeure sans effet sur le déroulement du programme médical une fois engagé, elle n'a pas d'autre impact que celui d'un rituel social.

    L'introduction de ces systèmes experts pose beaucoup de questions importantes:qui aura le droit de s'en servir? Les médecins pourront-ils justifier un monopole de l'accès à cette information? Jusqu'à quel point le système expert rend-il désuète la formation médicale actuelle? Que faire si les systèmes experts s'avèrent plus compétents que la moyenne des praticiens? Comment rétribuer l'acte médical si presque tout le travail est fait par l'ordinateur, l'assistante médicale, le laboratoire, et ainsi de suite? La façon dont les médecins se défendront vis-à-vis de ces nouvelles possibilités sera intéressante. Car, si devant leurs compétiteurs «holistiques» ils se sont défendus jusqu'ici en illégétimant ces derniers en raison d'une faiblesse au niveau scientifique, comment se défendront-ils lorsqu'ils se verront dépassés par des systèmes experts plus rigoureux et plus informés scientifiquement qu'eux-mêmes?

    Un indice de leur réaction peut nous être fourni par un éditorial du Dr. Barnett, en 1982, portant sur: «The Computer and Clinical Judgment» et publié dans le prestigieux New England Journal of Medecine. Le docteur Barnett commence par rassurer ses lecteurs:

    «The optimistic expectation of 20 years ago that computer technology would also come to play an important part in clinical decision has not been realized, and there are few if any situations in which computers are being routinely used to assist in either medical diagnosis or the choice of therapy...»

    Cette affirmation est juste, mais elle cache un fait important: celui de la résistance même des médecins et des corporations de médecins qui se sentent menacés, et à juste titre, si les systèmes experts devaient se généraliser. Mais depuis cet éditorial, écrit en 82, il y a eu non pas une généralisation de l'usage, mais une augmentation importante de la compétence de ces systèmes experts. Il semble raisonnable de prévoir que cette compétence ne restera pas inutilisée encore très longtemps, et cela d'autant plus que les compagnies qui ont investi dans la production de ces logiciels n'étant pas nécessairement contrôlées par les corporations médicales, on peut prévoir qu'elles réussiront à les vendre à qui les veut.

    En second lieu le docteur Barnett développe une argumentation très intéressante quand il ajoute:

    «In the real world it is necessary that the doctor not only understand the statistical relations of signs and symptoms to the various possible diseases but also have the wisdom and common sense that derive from the understanding and experience of everyday human existence. It is this last requirement that represents the greatest weakness (and perhaps the ultimate limitation) of computer technology in dealing in any comprehensive fashion with the problem of clinical diagnosis.»

    Encore une fois, cette affirmation est juste en soulignant la nécessité d'une médecine qui soit complète. L'auteur fait appel, pour différencier la performance du système-expert de celle du praticien, à la notion de sagesse, de bon sens, d'expérience de la vie de tous les jours.

    La sagesse d'Hermès

    Or, où les médecins iront-ils chercher cette sagesse? Cette partie de la médecine, celle d'Hermès, est précisément la partie de l'acte thérapeutique que l'approche holistique tente de revaloriser. On peut se demander également qui des deux ira chercher la part de l'autre: est-il plus simple d'inculquer quelque sagesse à un médecin-robot ou serait-il plus efficace de mettre les systèmes- experts, l'usage du laboratoire et les budgets de recherches à la disposition de ceux qui ont déjà développé dans leur pratique une vision holistique de la santé? En somme, qui aura le plus dechance de développer une pratique qui soit complète? Qui méritera de porter le caducée? On ne pourra éviter cette question, car dans la mesure où les systèmes-experts et toutes les routines de vérification qui en accompagneront l'usage seront bientôt capables de faire mieux qu'un praticien ordinaire en terme de performance scientifique, il faudra bien que celui-ci développe une expertise pour laquelle il ne sera pas en rivalité avec l'ordinateur. Or le docteur Barnett a bien raison de faire appel à la sagesse et à l'expérience car l'ordinateur, malgré toute la sophistication du monde, ne sera jamais un sage et un programme, aussi sophistiqué qu'il puisse être, ne pourra jamais être holistique.

    Il y a un exemple devenu classique de la limite des programmes à tenir compte d'un contexte complexe. Dans les années 70, au moment de la compétition avec les Russes pour la conquête de l'espace, les forces armées américaines ont investi beaucoup de talent et d'argent pour faire un programme de traduction du Russe pour avoir un accès rapide et économique à la masse considérable de publications et de journaux scientifiques russes. Ce programme devait traduire en tenant compte du contexte, en interprétant subtilement les nuances culturelles et linguistiques. Au moment de son lancement, quelqu'un demanda alors à l'ordinateur de traduire le proverbe: «l'esprit est fort mais la chair est faible». Une fois contextualisée, voici ce que la traduction proposait: «la vodka est corsée mais la viande n'est pas fraîche». Le mot chair, à côté de celui d'esprit, pris dans le sens de spiritueux a fait conclure à l'ordinateur qu'il s'agissait d'un contexte culinaire, et comme en Russie, c'est la Vodka qui tient lieu de spiritueux, l'esprit est devenu de la vodka, tandis que la chair devenait de la viande et, toujours selon la même logique gastronomique, faible devenait pas fraîche.

    Cette anecdote illustre bien le genre de limite de ces programmes et pourrait bien se traduire par: «Apollon est logique mais Hermès peut lire entre les lignes». Cela nous ramène à la nécessité d'une médecine qui soit complète, de plus en plus impeccable sur le plan scientifique et aussi de plus en plus sage, assistée par des thérapeutes capables d'analyser un contexte complexe et d'aider le malade à ne pas se tourner contre lui-même lorsque son âme souffre et que ses démons l'assaillent. Pour y arriver, il faudra que l'accès aux deux approches soit chose courante. Avant de conclure, il me semble important de souligner une déficience symbolique de la médecine officielle d'aujourd'hui, qui peut nous faire penser que le caducée a changé de mains. Depuis toujours les guérisseurs, les prêtres ou les prêtresses des temples, et ensuite les médecins des grandes écoles hippocratiques furent dotés d'attributs mythologiques qui les auréolaient d'une certaine puissance. Ces attributs se sont transmis aux médecins modernes qui jouissent d'une reconnaissance sociale et financière extrêmement bien défendue. Ils ont droit en somme non seulement à une identité professionnelle et au prestige social, avec les avantages matériels qui en découlent, mais également à une identité mythique qui les soutient dans leur développement professionnel et personnel. Suivant les situations, le médecin se présente comme un héros, comme un maître, comme un sauveur, comme un savant, comme un patron.

    Dans la médecine pré-scientifique, le prêtre avait droit à son mythe et le patient avait lui aussi droit à son mythe. Il était engagé dans une quête, un pèlerinage, il se préparait pour une rencontre avec la divinité, il participait en somme de toute son âme à ce processus de guérison. Le malade était comme Dionysos luiªmême qui fut guéri par Cybèle lorsqu'elle l'initia à un rituel de purification. Le prêtre ou la prêtresse agissait comme guide, mais c'était au patient d'assumer la rencontre avec la divinité. Ce type de rapport est analogue à celui qui existe aujourd'hui entre un thérapeute et son client. Le thérapeute est là pour donner des conditions, présider à un rituel, guider le client, mais c'est lui ou elle qui sera le héros ou l'héroine de cette aventure.

    Le mythe du médecin a dévoré le mythe du patient

    À mesure que la médecine moderne a progressé, le patient a perdu son mythe au profit du seul médecin. L'histoire d'Asclépios qui commet l'erreur de la démesure est ici tout à fait paradigmatique de la médecine moderne. Le malade n'est plus rien aux yeux de la médecine officielle, tout juste un corps, et encore dans bien des cas faudrait-il dire une partie de corps. Le ou la malade a même perdu la dignité qui accompagnait autrefois la souffrance. Et je passe sous silence ici l'humiliation de se faire traiter comme une enfant débile ou une hystérique embarrassante que presque toute femme adulte a connue au moins une fois dans sa vie en passant par le bureau d'un gynécologue ou dans une salle d'accouchement.

    À la suite d'une recherche qui portait sur l'image de la médecine dans les documentaires de vulgarisation scientifique présentés à la télévision canadienne, B. Schiele concluait en 1984 (Traité d'anthropologie Médicale, Institut québécois de recherche sur la Culture, Montréal 1984) que le documentaire médical ne déploie la science que pour mieux renvoyer le téléspectateur à la dimension quasi surnaturelle du combat contre la maladie, et dans ce combat mythique contre le mal, c'est toujours le médecin qui est le héros. «Le patient de son côté est présenté comme banal, anonyme, sans attributs mythologiques. Lorsqu'il apparaît dans les documentaires, il est docile, entièrement abandonné aux soins du médecin. Il ne parle pas, il est objet de traitements, souriant, confiant, infantilisé... Il est évident qu'on ne le connaît pas: il n'est jamais interviewé. Sans titre, il rejoint le bestiaire du laboratoire.»

    Nouvel équilibre: Hermès et Apollon

    On a beaucoup parlé du holisme de la médecine alternative pour la distinguer de la médecine officielle, mais l'émergence à travers ces approches d'un nouveau mythe pour le patient ou la patiente est tout aussi crucial pour l'avenir de la médecine. Le malade, en participant activement à son combat pour la survie, retrouve sa dimension héroique, et le courage, l'énergie qui viennent avec.

    Il faut là encore rappeler les autres attributs d'Hermès et l'on comprendra à quel point il est juste que le caducée puisse être porté par Hermès autant que par Apollon.Hermès en effet était le dieu des voyageurs, des aventuriers, des pèlerins, de tous ceux qui prenaient la route en quête de révélation spirituelle, de guérison, de changement, d'une bonne affaire. Il était pour eux le pasteur, le guide, la force qui pousse à partir, à changer sa vie, à explorer de nouveaux territoires. Comme l'expression désignant la mort comme «le dernier voyage» nous vient des Grecs, on ne s'étonnera pas non plus d'apprendre qu'Hermès était également considéré comme le guide de ce dernier voyage.Hermès, dieu des voyageurs et des aventuriers, principe de changement, est un archétype déjà à l'oeuvre chez toute personne qui se tourne vers les médecines alternatives. Les qualités que cette figure de la mythologie personnifiait pour les anciens Grecs feront partie, j'en suis convaincue, d'un renouvellement des symboles et des mythes associés à la quête du malade qui cherche à retrouver la santé.

    En conclusion, revenons au caducée puisqu'il résume par son symbolisme riche les qualités toutes différentes de la médecine scientifique et de l'approche intégrale. Les collectivités, lorsqu'elles sont vivantes, ne cessent de ré-interpréter, mettre à jour les significations associées aux symboles et aux institutions qui les portent. Notre présence à ce colloque est une des multiples expressions de cette nouvelle mythologie de l'acte thérapeutique et de la nécessité de créer collectivement un nouvel équilibre, le principe fondamental symbolisé par le caducée.

    C'est à cette tâche collective que j'ai tenté de contribuer avec vous ce soir en explorant deux formes de la guérison qui relèvent de deux systèmes de valeurs différents, qu'on peut personnifier par les archétypes d'Hermès et d'Apollon. Le caducée peut passer des mains de l'un aux mains de l'autre, mais vous n'ignorez pas que dans un polythéisme, aucune divinité ne peut prétendre posséder la totalité de la vérité et que chacun doit reconnaître la nécessaire contribution des autres, sous peine de subir comme Asclépios les foudres du Justicier.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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