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    Dossier: Bogue

    La grand'peur informatique de l'an 2000

    Yan Barcelo
    Le bogue de l'an 2000 aura été probablement le plus grand "non événement" de l'histoire des technologies. On lira rétrospectivement ce texte, écrit en 1999, 18 mois donc avant la date fatidique, notamment comme rappel des origines du problème, des enjeux techniques et financiers qu'il posait, et parce que le bogue aura permis de réévaluer la responsabilité de la profession d'informaticien devant l'imminence du désastre annoncé.
    Il y aura beaucoup d'électricité dans l'air le soir du 31 décembre 1999, moment du passage à l'an 2000. Ce sera la fête, bien sûr, mais il y aura aussi beaucoup d'anxiété et, en certains endroits, de la panique pure. Plusieurs attendront une sorte de fin du monde — le monde informatique, s'entend.

    Au moment où les horloges internes des ordinateurs et de leurs logiciels vont basculer de 11h59, 31/01/99 à 00h00, 01,01,00, surviendra probablement l'équivalent informatique de l'Armageddon! Dans les heures, les jours, les semaines et les mois qui suivront, il se pourrait que des entreprises, des villes, des secteurs entiers de l'économie soient paralysés par ce qu'on appelle désormais le bogue de l'an 2000.

    L'origine de ce bogue remonte aux années mil neuf cent soixante, soixante-dix, alors que la mémoire exiguë et dispendieuse des ordinateurs obligeait les programmeurs à écrire leurs lignes de code avec un maximum de concision. L'un des procédés les plus répandus consistait à noter la date à partir des deux derniers chiffres de l'année de calendrier: 12/07/98, au lieu de 12/07/1998. Adoptée à cette époque, la pratique a perduré jusqu'à tout récemment, quand on s'est rendu compte qu'elle pouvait causer des dommages considérables.

    Le problème du bogue tient au fait que les ordinateurs ainsi programmés risquent d'interpréter le 01/01/00 comme étant le 1er janvier 1900. À cette date problématique s'en ajoute une autre: le 9 septembre 1999, ou 09/09/99, pourrait créer des hoquets puisque cette formule a souvent été utilisée pour communiquer à des systèmes informatiques des ordres signifiant arrêt.
    La situation peut sembler anodine. Elle ne l'est pas. La majorité des ordinateurs des entreprises et des gouvernements, et quantité d'appareils électroniques, couvrent des programmes interminablement longs où cette notation des dates se retrouve incrustée en de multiples endroits dans le code. Selon une estimation courante, on trouve environ 50,000 indications d'année pour chaque million de lignes de code.

    Quelle est l'envergure du problème? Aux États-Unis seulement, les frais de correction et d'ajustement s'élèveront de 300 à 600 milliards, selon les évaluations de la firme d'analyse de marché Gartner Group, une des plus respectées dans le secteur. Un chiffre conservateur, auquel il faut ajouter celui des poursuites légales de telle sorte que les entreprises et les institutions, tant gouvernementales que privées, pourraient se retrouver avec une note globale de mille milliards de dollars américains.

    DRI, une filiale de Standard & Poor, calcule que dès 1999, le bogue 2000 pourrait retrancher 0.3 point de pourcentage de la croissance économique alors qu'il pourrait enlever un autre demi point pour les années 2000 et 2001. On prévoit également que l'inflation s'intensifiera et le taux de productivité déclinera. Car, au lieu de consacrer leurs ressources à l'implantation de systèmes pour améliorer la productivité, toutes les compagnies ont déjà commencé à engloutir des sommes astronomiques d'argent pour rafistoler les vieux programmes. Et si le serpent de l'inflation dresse la tête, il est à parier qu'Alan Greenspan, président de la Réserve Fédérale, se verra obligé de hausser les taux d'intérêt, ce qui achèverait de ralentir encore davantage la croissance économique post-2000.

    Derrière les voûtes imposantes
    C'est dans le secteur financier qu'on a le plus parlé de la catastrophe. L'ensemble des grandes banques canadiennes, par exemple, aura dépensé, jusqu'à l'échéance de l'an 2000, entre un et deux milliards de dollars. Voilà une bonne partie de ces fameux profits excessifs, qu'on dénonce vertement dans les médias, envolés en fumée! Aux États-Unis, les firmes de courtage en valeurs mobilières auront dépensé six milliards de dollars à l'échéance de l'an 2000.

    Quel genre de dommages tente-t-on de prévenir dans les banques? Par exemple, les nombreux programmes de calcul d'hypothèques risquent d'établir les intérêts et le capital courus à partir de l'an 1900, plutôt que l'an 2000. Problème analogue dans tous les programmes de calcul de l'intérêt quotidien dans les comptes des clients. Le néophyte pourrait suggérer de corriger l'erreur sur les comptes des clients au fur et à mesure qu'elle apparaîtrait. C'est ignorer que, une fois un mauvais calcul effectué, les calculs subséquents ne feront que consolider l'erreur première et, si la maladie n'est pas déracinée à la source, elle se renforcera jour après jour.

    Comment extirper le mal? En parcourant les millions - ou plutôt, les milliards - de lignes de code des systèmes informatisés des banques, y repérer chaque apparition des fatidiques 00, et les corriger en leur ajoutant deux autres chiffres: 20. Heureusement, on a créé des logiciels spécialisés pour accélérer cette recherche, mais ils ne relèvent en général que 80% des dates erronées. Or, ce dépistage doit être exhaustif à cause des liens que tous ces programmes entretiennent entre eux. Une mauvaise date qu'on aurait négligé de repérer dans un logiciel pourrait, dans un effet de cascade, en affecter plusieurs autres.

    Mais les problèmes des banques dépassent largement le simple cadre d'assurer à leurs clients l'intégrité des relevés de compte. On sait qu'en Europe, les institutions, accaparées par les problèmes d'adaptation à l'euro, tardent à s'ajuster au problème de l'an 2000. L'Asie, submergée par sa crise économique et financière actuelle, accuse encore plus de retard. Tout cela pourrait produire un effet domino où des paiements interbancaires ne pourraient pas être effectués et où de nombreux échéanciers de dette devraient être renégociés.

    Les dédales manufacturiers
    En tant que dépositaires du capricieux nerf de la guerre, et à cause de la visibilité qui en résulte, les banques et les institutions financières ont fait davantage parler d'elles. Mais pour plonger vraiment dans l'abîme, il faut aller voir du côté des entreprises manufacturières, dont le problème est multiplié par la quantité astronomique de systèmes intégrés, de machines à contrôle numérique, de valves et de lecteurs informatisés éparpillés sur les zones de production. Dans les systèmes financiers des banques et des sièges sociaux des grandes compagnies, le problème du repérage du bogue est relativement simple parce que le modèle standard utilisé était le langage informatisé Cobol. Le domaine manufacturier, lui, est une véritable tour de Babel où un appareil de contrôle et un lecteur quelconque, bien qu'ils se parlent, n'utilisent pas du tout le même langage. Le pire, dans un grand nombre de cas, c'est que le langage auquel on a recours est directement codé sur une puce, ce qui le rend illisible et incorrigible. Seul moyen de rectifier la situation: remplacer l'appareil au complet.

    Les fabricants ont déjà eu un avant-goût de la situation qui les attend. Une compagnie de nourriture scellée à froid aux États-Unis remarquait récemment que ses inventaires en entrepôt diminuaient d'une façon inexplicable. Après enquête, on découvrit que le système informatique, qui lisait la date d'expiration 00 apparaissant sur les produits comme signifiant 1900, amenait les employés à détruire ces stocks désuets! Dans des tests simulant la transition de 1999 à 2000, des robots de production, des génératrices et des transmetteurs électriques se sont arrêtés net. Une équipe de détection du bogue découvrit en sortant de l'usine où elle travaillait qu'elle était incapable de réintégrer les locaux parce qu'elle avait négligé de corriger le problème du bogue dans le système de sécurité.

    Ces anecdotes, plus humoristiques que graves, ont l'inconvénient de ne pas donner le véritable enjeu de la situation. À titre d'exemple, le dosage des composés dans nombre de compagnies chimiques dépend des lecteurs numérisés rattachés à des valves automatiques: comment s'assurer que le mélange soit conforme aux normes habituelles? Si la majorité des grands manufacturiers se seront immunisés, ayant eu le temps et surtout les moyens de le faire, il n'est pas certain que ce soit le cas de leurs fournisseurs. La plupart des grands fabricants comptent aujourd'hui sur les mécanismes finement synchronisés de l'approvisionnement pour n'alimenter leurs chaînes de montage qu'à la dernière minute. Dans de telles conditions, il suffit que quelques fournisseurs ne puissent rencontrer l'échéance pour que la chaîne entière soit paralysée.

    Ubiquité informatique
    Imaginons à présent le capharnaüm qui pourrait résulter en janvier 2000, à l'occasion d'un bris dans la chaîne extrêmement complexe des produits et équipements de toutes sortes qui approvisionnent des villes comme Montréal, Toronto, Chicago et New York. Ajoutez à cela que les systèmes d'alimentation électrique, eux aussi dépendants de systèmes informatiques sensibles au bogue 2000, pourraient faillir à la tâche. Nous pourrions nous retrouver devant l'équivalent de la crise du verglas de 1998, mais multipliée par dix à l'échelle nord-américaine.
    Les secteurs financiers et manufacturiers, ainsi que l'approvisionnement des villes, ne sont que les principaux secteurs qu'on juge menacés. En fait, avec la pénétration universelle de l'informatique dans tous créneaux de l'économie, aucun secteur n'est à l'abri. Par exemple, les systèmes hospitaliers, avec leurs pléthores d'équipements médicaux qui contiennent des systèmes informatiques intégrés, ne sont pas sans rappeler la situation du domaine manufacturier. Plusieurs experts craignent que nombre d'hôpitaux soient incapables d'assurer leurs services de soins pendant des périodes indéterminées. Dans un hôpital de premier plan à Montréal, par exemple, rien n'a encore été fait pour enrayer la menace du bogue. Dans les milieux scolaires, on croit que bien des écoles seront paralysées. Même le Département américain de la Défense risque de ne plus pouvoir assurer ses opérations de défense, selon le rapport de l'Inspecteur Général, publié en février dernier. Devant l'ampleur d'une telle menace, on pourrait croire que tout le monde informatique s'est mis en état d'alerte pour régler les choses en vue du grand soir informatique du 31 décembre 1999.

    Erreur. Les absents s'annoncent plus nombreux que les présents. Une récente enquête de Computer Intelligence, une firme américaine d'analyse de marché, rapporte que 54% des entreprises interviewées disent avoir en cours des projets d'ajustement à l'an 2000, alors que 17% reconnaissent les avoir déjà complétés. Par ailleurs, le Cutter Consortium avance des chiffres plus alarmants, voire alarmistes: selon leurs données, 91% des entreprises interrogées n'ont même pas produit un budget d'ajustement à l'an 2000, et seulement 21% affirment pouvoir garantir leur pleine conformité à la date fatidique.

    En Europe, la situation est encore plus complexe: "Aujourd'hui, 73 % des responsables de PME françaises reconnaissent qu'ils ne disposent pas du moindre plan d'urgence et, moins de 600 jours avant l'échéance, 83% d'entre eux avouent qu'ils n'ont pas pris contact avec leurs clients à ce sujet... Selon les informations recueillies par la CIA américaine et révélées par l'agence Reuter, la situation mondiale vis-à-vis du bogue de l'an 2000 est très contrastée. Par rapport aux États-Unis, les différentes régions du monde accusent un retard variant de six mois à plus d'un an". (Le Monde, dossier principal, 21 mai 1998). Certes, il existe des quantités industrielles de solutions au problème. Le Québec, à lui seul, avec le Groupe DMR et le Groupe CGI, compte deux des plus importantes firmes en Amérique du Nord à offrir des solutions à la plus fine pointe de la technologie.

    Le problème n'en est pas un d'outils, mais de temps. Faire le repérage est relativement aisé, en tenant compte évidemment de la quantité de codes à filtrer. Le travail le plus long tient aux tests qu'il faut ensuite faire avec les systèmes informatiques pour s'assurer que le bogue a bel et bien été éliminé. Car la correction elle-même produira inévitablement des erreurs de programmation dans une proportion d'environ 10% des cas. De plus, dans un système complexe, une seule petite date oubliée peut encore déboîter l'ensemble. Or, c'est là que le bât blesse, car la plupart des experts affirment que pour vraiment bien nettoyer les programmes, un an de test s'impose. C'est donc dire que l'échéance réelle est reportée au 1er janvier 1999!

    Manque de temps, donc, mais aussi manque de personnel. Déjà, l'informatique est le secteur qui souffre le plus de carences de ressources, à quoi s'ajoute l'immense vacuum causé par l'urgence de l'an 2000. Déjà, certaines entreprises américaines offrent à leurs équipes d'urgence pour les motiver des bonus de 100,000$ au matin de l'an 2000. Alors que les retardataires paniqueront, on peut prévoir que les salaires des spécialistes monteront en flèche et que les firmes de consultants hausseront sensiblement leurs tarifs.

    Deux fois zéro?
    Quelle ironie, — ou quelle tragédie? — que tant de sombres prévisions puissent être le résultat de la juxtaposition innocente de deux symboles du vide. Les dirigeants des compagnies, grandes et petites, ont eu beaucoup difficulté à en imaginer les conséquences, d'où le retard de nombre d'entre eux. Faut-il y voir un signe prophétique, dont le sens exact nous échappe, mais qui est avant-coureur de catastrophes sans nom? Les adeptes de la parapsychologie et des messages médiumniques pourraient sans doute y trouver matière à se délecter.

    Une chose certaine nous est révélée: l'extrême fragilité de notre civilisation technologique, en même temps que son immense pouvoir de levier. D'un côté, toute l'organisation socio-économique repose maintenant sur une infrastructure extrêmement sensible dans laquelle les problèmes peuvent se généraliser d'une façon inégalée à ce jour. On a peine à croire qu'à une autre époque l'équilibre de nations entières aurait pu être mis en péril par un problème d'approvisionnement en pneus, par exemple, ou de denrées alimentaires.

    Par contre, la généralisation d'une technologie comme le moteur à explosion interne pouvait laisser prévoir la possibilité d'une crise en cas d'interruption dans l'approvisionnement en pétrole. C'est ce qu'on a expérimenté dans les années mil neuf cent soixante-dix lors des deux chocs pétroliers, dont l'impact avait d'ailleurs été beaucoup plus déstabilisant que celui que nous prédit le bogue de l'an 2000.

    D'un autre côté, l'effet de levier de cette infrastructure est tel qu'un problème insignifiant qui, au départ, n'attirerait même pas l'attention peut entraîner un effet totalement démesuré. La chose était d'ailleurs déjà prévue dans l'un des théorèmes de Murphy où il est dit qu' "un seul ordinateur peut faire plus de dommages en une heure qu'une armée de 1000 fonctionnaires pendant un an à raison de dix heures par jour". Cette autre loi de Murphy nous donne encore mieux le pouls de la situation: "Si les architectes construisaient les édifices comme les informaticiens écrivent les programmes, le premier pique-bois venu risquerait de ruiner la civilisation."

    S'il est une question que le bogue de l'an 2000 devrait servir à mettre en lumière, c'est celle du statut de l'informaticien dans la société. Au moment où les programmeurs composaient leurs codes truffés de double zéros, l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes était celle de grands prêtres voués exclusivement au culte de leurs performantes machines. De nos jours, cette image s'est sans doute atténuée. Elle a été remplacée par celle, guère plus appropriée, de l'honnête technicien concevant l'informatique comme une simple mécanique à mettre au point, à l'instar d'un moteur d'auto.

    Les informaticiens, tout particulièrement les concepteurs de logiciels, ont une responsabilité socio-économique de premier plan. Leur position commande certains privilèges, c'est incontestable, mais aussi de lourdes responsabilités. C'est pourquoi la constitution d'un ordre des ingénieurs, projet caché sous le boisseau depuis quelques années, doit maintenant occuper le devant de la scène.

    Il ne s'agit pas ici de jeter le blâme sur l'ensemble d'une profession, mais de prendre conscience qu'il est grandement temps d'établir le rôle de l'informaticien à sa juste valeur et à sa juste responsabilité. Si l'ensemble d'une profession, celle des médecins par exemple, avait collectivement commis une erreur d'une gravité équivalente à celle qui nous attend, on aurait braqué le projecteur de l'actualité sur eux et réclamé qu'ils redéfinissent leur éthique, leur formation et leur organisation. Dans le cas de l'an 2000, la société risque de souffrir de traumatismes exceptionnels, et jusqu'à maintenant l'informaticien n'a jamais été pointé du doigt; il demeure dans l'ombre, modeste boulonneur d'un code ésotérique sur lequel repose pourtant l'ensemble de nos sociétés.

    Enfin, suprême ironie, trop savoureuse pour qu'elle soit passée sous silence: voici nombre d'années que les défenseurs de la vertu de l'informatique et des technologies (parmi lesquels je me range), cherchent par tous les moyens à démontrer que l'informatique permet de formidables gains de productivité. La chose est maintenant devenue tellement évidente qu'elle se passe de démonstration.

    Or, voici que le problème de nos deux petits zéros aura pour effet d'éliminer en quelques années la quasi totalité des gains de productivité que l'informatique avait rendus possibles: soit de 500 à 1,000 milliards dollars américains. Pour que ces gains aient pu être réalisés, imagine-t-on le nombre de systèmes informatiques qui ont été installés? Ces systèmes, il faut maintenant les revoir de fond en comble. Une jolie perte.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Yan Barcelo
    Journaliste indépendant spécialisé les technologies de pointe.
    Mots-clés
    Informatique, informaticien,
    Extrait
    «Une chose certaine nous est révélée: l'extrême fragilité de notre civilisation technologique, en même temps que son immense pouvoir de levier. D'un côté, toute l'organisation socio-économique repose maintenant sur une infrastructure extrêmement sensible dans laquelle les problèmes peuvent se généraliser d'une façon inégalée à ce jour. On a peine à croire qu'à une autre époque l'équilibre de nations entières aurait pu être mis en péril par un problème d'approvisionnement en pneus, par exemple, ou de denrées alimentaires.»

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